Je suis sourd. Et alors ?

Je suis sourd. Et alors ?

Je suis tout aussi différent et semblable que les entendants.

Je vis avec des rires ou des larmes.

Je vis avec des rêves ou des craintes.

Comme les entendants.

Je peux voir et comprendre le monde qui m’entoure

Puis m’informer, apprendre, écrire et créer

Comme les entendants.

Je suis sourd et je ne suis pas obligé de signer.

J’ai trouvé mon moyen de communication qui me convient

Pour être en lien avec des personnes que je souhaite rencontrer.

Comme les entendants.

Je suis bien sur différent mais qui n’est pas différent

Avec une histoire unique, une personnalité, des qualités et des défauts spécifique à chaque personne ?

Je m’adapte avec mes amis entendants comme eux s’adaptent face à ma surdité (Dans le meilleur des cas, bien sur).

Conjuguons nos différences et nos ressemblances.

Nous trouverons toujours un moyen pour s’entendre.

Je suis sourd oraliste. Quelle est ma place ?

Ma place, c’est celle que j’ai choisie.

Choisie avec le soutien de mes proches, de quelques personnes qui n’ont pas cherché à m’imposer leur vision. Choisi en prenant connaissance sur ce qui existe, à travers les lectures, les témoignages et bien sur, à travers toutes mes expériences.

J’ai choisi d’être sourd oraliste. Mais mon choix ne doit pas être le choix de l’autre. Malheureusement, ce choix m’amène à avoir « le cul entre deux chaises ». Entre le monde des entendants et le monde des sourds. Je suis amené à être rejeté d’un côté ou de l’autre, surtout du côté des sourds signants, en partie. Je dis bien en partie à cause de mes expériences, des réflexions que j’ai eu:

–  » Tu es sourd et tu parles ? Tu n’es pas sourd ! « , dixit des élèves sourds signants il y a 12 ans dans une classe spécialisée.

–  » Un sourd doit signer « , ce qui est sous-entendu, que je ne peux pas être sourd puis je ne signe pas. Réflexion faite par un interprête LSF entendant.

Ma place, c’est d’être reconnu comme une personne sourde et parfaitement intégré à la société. Pas simple, quand dans des groupes, je suis amené à m’isoler pour me reposer à cause du bruit, ou bien parce que je ne comprends rien et que c’est épuisant. Ou bien, lors des réunions, mon attention baisse et que je perds une partie de l’information. A coté de la plaque.

Pour prendre ma place, il me faut faire des efforts, aller de l’avant, et ne pas rester dans des idées arrêtés, ni des préjugés. C’est comme dans toute vie humaine, prendre notre place, c’est un combat de toute une vie mais sans écraser l’autre. Si je peux prendre ma place, pourquoi l’autre n’aurai pas droit à la sienne. Il y a toujours un moyen de s’entendre, de se comprendre, de se parler et accepter que l’autre est différent et semblable à la fois.

Pour que chacun prenne sa place, les efforts devraient être réciproques et ces efforts seraient simples à vivre par la suite et que ça irait de soi.

Je suis sourd. Mais je suis aussi un homme comme les entendants. J’entends souvent ou plutôt je lis souvent sur des forums de sourds et malentendants :  » Les entendants ne respectent pas…., les entendants sont comme çi « . Cela n’a aucun sens car chaque personne est unique et qu’on ne peut pas l’enfermer dans une généralité et le mettre dans une place qu’il ne veut pas. C’est la même chose quand on parle des noirs, des jaunes, des bleus. Y a tellement de nuances, de diversités et même des différences que nous ne pouvons pas généraliser.

Nous avons chacun notre place, quelque soit notre handicap, notre culture, notre couleur de peau etc….

Je suis responsable de ma place et qui peut évoluer dans le temps ou selon les aléas de la vie. Je suis responsable du message que je véhicule d’où je suis et surtout comment je me mets en marche, en mouvement vers les autres. Je suis responsable des paroles, des gestes que je pose.

Quelle place je veux avoir ? Quel message je souhaite transmettre ?

Audrey, sourde implantée, conductrice routiere

Audrey, jeune femme de 26 ans, vient de réussir son diplôme de chauffeur routier, catégorie poids lourds, permis C. Elle est la première femme sourde à le réussir.

Par Skype, nous avons échangé par écrit sur son parcours, sur son boulot au sein des routiers en majorité masculin et sa perception de la vie.

Parcours professionnel

Avant de devenir conductrice routière, elle a travaillé dans le domaine de la comptabilité , mais elle n’a pas pu trouver un emploi stable car souvent des difficultés se posaient à cause de sa surdité comme le téléphone. En parallèle, , elle faisait partie de l’équipe handisport CSO (équitation) et il fallait qu’elle passe son permis EB pour pouvoir transporter sa jument et c’est comme ça que qu’elle pris le goût d’aimer conduire. Et le fait de bouger avec sa voiture et van, c’est tout naturellement qu’elle s’est dirigée vers ce métier là.

Elle a donc commencé sa formation début janvier pour le Titre professionnel véhicule porteur terminé fin mars. Elle a entamé sa deuxième formation qui est plus professionnel pour passer le permis CE.

Sa réussite du permis C est une revanche par rapport à sa conseillère d’emploi qui pensait qu’elle n’y arriverait jamais.

Le monde des routiers

Audrey reconnaît que c’est un monde à part, car la majorité sont des hommes. Ces derniers parlent souvent de jolies femmes.

Un jour, elle avait mangé dans un restaurant routier, dès le premier jour, il n’y avait pas de femmes et elle était la seule. Là, tous les routiers se sont arrêtés de manger et de boire pour la regarder arriver.

A part cela, elle a la chance d’avoir un employeur sensibilisé au handicap. Là où elle a effectué son stage, c’était une coopérative dont le PDG est très sensible au niveau des personnes en situation d’handicap et il a offert une semaine de vacances de sport d’hiver à une classe d’enfants sourds, et a invité une classe d’enfants sourds à visiter et à monter dans les camions dans l’entreprise.

Elle va sur les routes régionales et parfois régionales. Mais jamais elle ne fera de l’internationale. Elle préfère éviter car elle ne serait pas rassurée par rapport à sa surdité et surtout pour sa sécurité la nuit. Etant une femme, il ne faut pas jouer avec le feu, ajoute-t-elle.

Lors de son parcours, elle a eu beaucoup de retours négatives comme quoi elle était bonne à rien, incapable etc. Donc du coup, c’est sa victoire sur la vie car elle a pu prouver à quel point elle pouvait réussir comme une personne « normale »

Sa perception de la vie

Depuis qu’elle a eu quelques décès dans sa famille, cela lui a fait comprendre à quel point la vie est courte, donc il faut la vivre à fond et donc si on a des rêves entre guillemets, il faut faire en sorte qu’on puisse les réaliser. Et elle a surtout envie de dire que malgré la surdité ou l’handicap en général, on peut en faire une force plutôt que d’en faire une faiblesse. Elle terminerais par cette citation qui la correspond assez bien : impossible n’est pas sourd.

Complément d’information

Elle est sourde et porte un implant. Cela ne se voit pas car elle porte des cheveux longs. C’est l’avantage d’être une femme. Elle oralise, signe et code un peu pour mieux clarifier certains sons qui se ressemblent.

Une petite dernière citation d’Audrey pour la route : «  Quand on veut, on peut, même si certaines personnes font tout pour te mettre des obstacles ».

Merci à Audrey pour son témoignage.

Nous te souhaitons pleins de courage et une belle continuation dans tous tes projets.

A ma femme entendante

Je souhaite t’entendre dans le silence

Pour mieux t’écouter.

Je souhaite t’entendre et voir ton visage bouger

Pour mieux te comprendre.

Je souhaite saisir chacun de tes mots

Et les voir pour mieux te répondre.

Je souhaite percevoir le sens de tes maux

Pour mieux être à tes cotés.

Je souhaite entendre le souffle de ton cœur

Et t’observer sans juger, sans arrière-pensées.

Te toucher, sentir les vibrations de ton corps

En toute délicatesse, en tout te respectant.

Je souhaite entendre les murmures de tes rêves

Et être à tes cotés pour les accomplir.

Je souhaite écouter la voix de ta liberté

Et te laisser respirer en toute quiétude.

Partage d’une lettre d’un sourd à un entendant

Bonjour à tous,

 

Au cas où vous ne le sauriez pas, j’ai écrit une lettre qui pourrait vous intéresser, si vous rencontrer un jour, une personne sourde ou malentendant comme moi. 😉

Lettre d’un sourd à un entendant

Belle soirée à vous et au plaisir de vous lire sur mon autre blog.

A très bientôt pour les photos.

Lettre d’un sourd à un entendant

Cher(e) entendant(e) ,

Viens donc dans la lumière pour que je te vois.

Pour mieux te comprendre, j’ai besoin de voir ton visage.

Le visuel est important pour le sourd que je suis.

Je te demande de répéter. Dis-le simplement sans crier.

Cries-tu dans un micro ? Les sons satureraient. On y comprendrais rien.

J’ai besoin que tu me parles simplement sans articuler exagérément,

Sans cacher ta bouche avec ta main.

Parfois je te fais encore répéter. Pour mieux te comprendre.

Mais non, je ne suis pas idiot. Si tu entends « ou… in », que dirait-tu ?

Il me faut entendre les consonnes qui sont des sons graves.

Il y a des consonnes difficiles à différencier comme B et P.

Si tu me dit poussin et que je comprends pouffin, y aurait malentendu.

Je te l’accorde, dans le contexte, je peux comprendre.

Mais cela me demande beaucoup d’attention. C’est fatiguant.

Pour t’entendre, j’ai besoin d’un lieu calme.

Les bruits parasites m’embrouillent et je ne peux pas me concentrer.

Cela serait bien dommage de ne pas pouvoir dialoguer, n’est-ce pas ?

Imagine dans un groupe qui parle tous en même temps ?

Impossible de suivre une conversation. On pourrait croire que je suis asocial.

Comment je peux être en lien s’il n’y aucun moyen d’être connecté et que surtout que le réseau passe très mal. Imagine que tu essaie de passer un coup de fil avec un réseau pourri, avec des grésillements.

Ah oui, préviens-moi quand tu souhaites me parler. Je n’ai pas le wifi.

Il faut que tu puisses me connecter pour attirer mon attention.

Pas la peine de crier, je sursauterai. Pas envie d’avoir une crise cardiaque.

Tu peux utiliser des moyens visuels ou juste taper sur mon épaule.

Pour ma part, je suis sourd oraliste et je ne signe pas.

Et oui, je ne suis pas muet. Je parle, j’oralise.

Certains peuvent avoir de forts accents, d’autres peu. Comme moi.

Toutefois certaines personnes pensent que je suis belge ou allemand

Avec mes S ou J qui se tranforment en CH…

Ah si tu savais la diversité dans le monde des sourds !

Des sourds signants.

Des sourds codeurs en LPC.

Des devenus-sourds.

Des malentendants.

Des sourds qui sont implantés ou pas etc…

Tiens, j’ai un fait un schéma, c’est plus simple : Sourd ou malentendant ? Au choix

Je parle ? Et alors, je suis bien sourd. Cela ne m’empêche pas de parler

Et de très bien me débrouiller sans que ça soit facile, bien sur !

Je pourrai t’avouer que ça été du labeur pour y arriver, avec de l’orthophonie et un bon appareillage mais ça a payé.

Tu oublieras parfois les précautions à prendre et tu oublieras que je suis sourd.

Marié depuis 3 ans, ma femme oublie de temps en tems en me parlant d’une autre pièce, ou en me parlant quand je suis occupé à un faire un travail.

Et oui, cela demande des efforts comme cela me demande aussi des efforts pour écouter.

Mais on y gagne au change de faire plus attention à l’autre. On n’y perd pas en liberté.

Bien sur que c’est chiant comme un grand nombre de petites choses dans la vie quotidienne.

Mais ce n’est rien à coté des échanges que nous avons, des bons moments que nous pouvons passer sans se parler.

N’oublie pas, le visuel est très important. On compense énormément pas la vue et c’est une richesse que l’on pas. Faut bien avoir des avantages aux inconvénients, n’est-ce pas ?

Je suis sourd mais je ne suis pas aveugle et peut voir, entendre ce que tu vis, de sentir tes aspirations et de reconnaitre tel que tu es.

Alors, n’aie donc pas peur de venir discuter, échanger. Tout est toujours possible tout en s’adaptant.

( Tu veux en savoir plus,  il existe une brochure: « Comment parler à une personne malentendante ? «  °

Lettre d’un enfant sourd à ses parents

Je suis sourd. Vous avez appris que je suis sourd.

Je voudrais tant découvrir le monde et l’entendre.

L’entendre avec mes mains, mes yeux, ma bouche.

Ne m’enfermez pas dans vos choix. Je serai toujours sourd.

Même si vous m’implantez, je ne serai jamais entendant.

Même si vous m’appareillez, je resterai toujours sourd.

Vos choix seront vos choix et elles peuvent évoluer.

Que rien ne m’empêche à apprendre la langue des signes,

Si je veux pouvoir communiquer, avoir une identité.

La langue des signes n’est pas égale à l’illettrisme.

C’est une langue à part, avec ses richesses.

Je pourrai très bien ne pas l’apprendre

Mais je souhaiterai que vous me laissiez le choix.

Le choix de connaitre la culture sourde avec sa diversité.

C’est tout autant de diversité et de richesses que chez les entendants.

Je suis avant tout votre enfant, avec une surdité qui fait partie de ma personne.

Si vous avez des lunettes, doit-on ignorer que vous êtes myope ou presbyte ?

 

Laissez-moi grandir.

Laissez-moi le temps de découvrir.

Laissez-moi le temps de comprendre.

Laissez-moi le temps d’apprendre.

 

Ne me laissez pas seul sans repères.

Ne me laissez pas seuls sans pairs.

 

Ne projetez pas vos désirs d’adulte sur moi.

Ne me faites pas mettre des vêtements de désirs.

Ne me faites pas de moi une star même si je le désire.

Osez me dire non et n’ayez pas peur que je sois en émoi.

 

Il me faut grandir dans la frustration.

Il me faut grandir dans l’insouciance.

 

J’ai besoin de la vie, cette science

De l’humanité pleine de distractions.

 

J’ai besoin de me sentir en sécurité

J’ai besoin d’amour et de vérité.

J’ai besoin de votre pardon

 

J’ai besoin que vous reconnaissiez vos erreurs.

Ne me laissez pas dans mes terreurs,

Mes angoisses même si je ne dis rien.

 

J’ai besoin de me tromper, d’expérimenter

Mais ne me laissez pas sombrer dans la colère

Ni même dans les frayeurs, les inquiétudes.

 

J’ai besoin de tendresse, de plénitude

Dans vos actes et vos mots chaque jour

Je vous aimerai sans cesse, toujours.

 

N’oubliez pas que je reste un enfant.

Je ne suis pas un adulte en miniature.

Ne me laissez pas en pâture

Devant la télévision sur le divan.

 

Je crois en vous. Vous êtes mes modèles.

Tout ce que vous ferez, je le ferai.

Tout ce que vous dirai, je le dirai.

Aidez-moi à voler de mes propres ailes.

Parcours de combattant d’un jeune professionnel sourd

(Histoire librement inspirée de fait réels)

Pika est sourd. Pika est un jeune professionnel. Il prend les transports en commun pour aller à son boulot. Mais là, ce jour-là, rien ne va. Son réveil vibrant n’a pas fonctionné et a du se lever à toute allure à cause de son retard. Le stress lui monte déjà aux tripes. Il arrive sur le quai du métro. L’affichage est en panne. Il y a une annonce vocale : « …. Sion, …o…… anne……i… ute. ». « Chuis pas dans la merde », se dit-il. Il demande à son voisin d’infortune. Il lui répond très rapidement. Rien compris. Il fait répéter mais la personne s’énerve et crie « T’es con ou quoi ? Faut attendre, c’est tout ». Sacré claque. Pika reste calme mais caaaalme malgré l’angoisse. Tant pis pour le métro.

Il prends une alternative. Le vélo’v. Il va à la borne. Mais le souci, c’est qu’il rate à chaque fois entre le signal sonore et le visuel pour décrocher le vélo. Donc il galère à le prendre. Enfin arrivé, il enfourche la bête métallique et manque de se faire faucher par une camionnette qu’il n’avait pas vu. Il était arriver un peu trop vite. Pika l’a entendu au dernier moment. Il a senti le rétroviseur de la camionnette frôler son épaule gauche. Mais tout va bien. Il est vivant. Le vent souffle dans ses aides auditives mais il reste vigilant. Il essaie de rester droit sur la chaussée en évitant les couillons qui s’arrêtent sur les bandes cyclables. Transpiration. Son appareil grésille. « Et m…. ». Il pédale à fond pour arriver à son boulot.

Rangement du vélo-v à destination. Badge qu’il essaye d’enclencher. Il doit sentir un déclic, petite vibration lui signalant que la porte s’est ouverte. Mais là, pas moyen. Il y a un souci. Un interphone s’impose pour avertir l’accueil. Il déteste ça. Biiiip. Une voix lointaine. Il comprend rien. « C’est Pika Toufair ». Une hôtesse d’accueil excédé ouvre et lui murmure des mots doux. Des mots doux, c’est pas vraiment ça. Elle marmonne et râle. Pika fait celui qui n’a rien entendu et c’est effectivement le cas.

Il s’installe à son poste devant un ordinateur. De la comptabilité. Un pur bonheur. Il prévient ses collègues qu’il est arrivé à travers une vitrine séparant les bureaux. Vive la visibilité où l’on peut éviter à toquer contre une porte opaque.

Bref, il se met au travail après avoir soigneusement séché son appareil. Coup de téléphone. « Pas aujourd’hui, pas branché », pense Pika. Le téléphone insiste. Il décroche et entend une voix forte et saccadée. Il comprend à peu près mais ça le fatigue beaucoup. Après 15 minutes de discussions autour des chiffres, il raccroche épuisé. Il se lève pour aller à la machine à café. Inclusion de sous dans l’avaleuse et hop, un verre d’expresso. Il saisit son breuvage et on l’appelle par derrière. « Pika ! ». Ce dernier sursaute et manque de renverser sa potion magique. Son collègue s’excuse et avait oublié que c’était une mauvaise idée de faire cela.

Échange d’informations puis un autre collègue passe ainsi qu’un troisième et s’ensuit une cacophonie, des rires et des mines sérieuses. « Youhou, je suis là. Vous pourriez faire attention, s’il vous plait ». «Rien d’important, Pika ». Puis ils s’en vont dans leurs bureaux. Pika reste planté, un peu énervé et même très désappointé. Dans quelle langue doivent-ils comprendre que n’importe quelle information est importante ? Elle permet d’inclure la personne dans son contexte et d’intégrer la personne dans le milieu. Sans informations, il devient hors hors-course, juste à essayer de boucher les trous, à recoller les morceaux. Et ça c’est épuisant. Pika demande parfois des explications par écrit mais cela met une éternité à venir. Comment s’investir dans un boulot où les échanges ne sont pas optimales, hein ?

En fin de journée, Pika part du boulot avec un gros mal de crâne. Il arrive au métro. Personne. Il va au guichet d’accueil. On lui répond que le métro est en panne jusqu’au lendemain. Il tilte d’un coup suite à une conversation entre ses collègues. Il avait entendu le mot métro mais n’a pas pu saisir les autres mots. Il envoie un texto à un des plus proches collaborateurs. Réponse : « Mais oui, Pika, on l’a dit quand t’étais là. T’écoute pas, c’est tout. A demain ». Zen, mais zeeeen. Mais Pika a envie de prendre un énorme bazooka et de faire exploser tout l’immeuble où se trouve l’entreprise. Cela ferait un sacré carnage. Mais cela ne résoudra rien,  évidemment. Pika reprend le vélo-v et va pouvoir se défouler au foot en salle.

Un sourd aime entendre….

Quand je suis seul, j’aime entendre le silence se poindre au creux de mes oreilles.

Surtout après avoir affronté la foule, le bruit des voitures, les travaux ou les machines qui ont tourné dans la maison.

J’aime entendre des voix douces et paisibles où je peux comprendre chaque mot, dans un environnement calme.

J’aime entendre une articulation simple, sans être exagéré. Cela me fatigue moins. je ne suis pas obligé de me concentrer.

J’aime entendre la voix de la personne avec son regard, ses lèvres. Je peux mieux apprécier la parole, cerner ce qu’il veut me transmettre.

J’aime entendre la musique surtout quand c’est harmonieux,  selon certaines fréquences et à un taux de décibel agréable. J’aime surtout quand c’est dynamique et puissant aussi comme les symphonies classiques etc…

J’aime tendre mon oreille dans la nature pour capter les chants des oiseaux ou le roucoulement d’un ruisseau.

J’aime , ô combien j’aime entendre des choses positives, constructives, épanouissantes ancrées dans la réalité.

Bien sûr qu’il y a des trucs, des machins que je n’aime pas mais je préfère évoquer ce qui est positif. Très important, pour le moral. J’ai bien conscience des horreurs et des conneries en ce monde mais il n’y pas que ça ! Deux poids, deux mesures. J’ai choisi de nourrir ce qui est positif, ce qui fait grandir chacun de nous avec ses qualités et défauts. Tout est dans la nuance et le juste milieu.

Et vous, qu’aimez-vous ?

Sourd-oraliste muet

Je vous avais dit que j’étais sourd oraliste mais aussi muet.

C’est vrai que je parle beaucoup mais dans ma tête. Je parle dans tous les sens avec mes mains au fur et à mesure que mes idées défilent.

Une vraie cacophonie.

Ma bouche est souvent fermée. Seul mon nez respire.

Mes seuls sons sont inaudibles.

Alors je signe, j’imite, je singe et je fais comme si je façonnais l’air qui m’entoure. J’arrive même à faire des tourbillons, à créer des courants d’airs. De sacrés vents pour mes partenaires aveugles.

J’ai un ami aveugle qui voit très bien ce que je fais. Il sent la différence d’odeur sur chacune de mes expressions. Il a le sens du détail et je peux lui dire tout ce que je veux. Nous sommes les meilleurs amis au monde même si on  s’engueule parfois comme du poisson pourri.

Il me reproche souvent d’être muet comme une carpe du Groenland. Je ne l’entends pas souvent de cette oreille et ça m’énerve parfois. Nous nageons parfois en plein délire, dans des métaphores inimaginables.

Plus muet que moi, c’est pas possible. Je suis imbattable.

 

Pour continuer à rire :  » Je bouge les mains mais ça n’a aucun sens »