Le jeu chez l’enfant ayant des troubles de la personnalité et du comportement

Nous allons établir le lien entre le jouet et l’enfant à travers le jeu pour ensuite développer la notion de socialisation chez les enfants

  1. Le jeu et le psychisme de l’enfant

Selon Marcelli[1], quelques études ont mis en lien le niveau intellectuel et la capacité du jeu. Elles ont démontré que les enfants doués jouent beaucoup à des jeux variés et sont inventifs. Néanmoins, les enfants «  retardés » jouent peu, passant d’assez longues périodes inactives. «  Ils préfèrent les jeux sans règles compliqués, auxquels jouent généralement des enfants plus jeunes. [ …] Dans l’utilisation du matériel ludique, par rapport aux enfants « normaux », les enfants « retardés semblent présenter moins de réactions anticipatrices, de formulations de règles, d’autocorrections et d’autocensure lorsqu’ils sont placés en situation d’apprentissage d’un jeu. »[2]

Winnicott appuie son idée de la distinction entre le jeu et l’émergence pulsionnelle. En effet, « plus la vie fantasmatique de l’enfant est envahissante, plus la projection sur la réalité environnante est grande, plus le jeu est saturé des ces projections. Ceci s’observe particulièrement bien chez les enfants prépsychotiques où toute l’activité ludique est bientôt envahie de thèmes de dévoration agressive, de destruction, d’anéantissement, régression qui s’observe non seulement dans le contenu du jeu mais aussi dans son organisation formelle. En effet, des pulsions ou des fantasmes trop envahissants peuvent interrompre le jeu qui devient instable, changeant, chaotique. » [3]

Quand on demande à l’enfant de jouer calmement en toute tranquillité, il faut qu’il puisse contrôler ses pulsions. Il aura du mal à accepter aussi une règle du jeu car cela serait pour lui une confrontation dans une représentation  normative et symbolique.

Les auteurs sont d’accord pour dire que les différences de sexe sont visibles sur la façon de jouer. Les garçons sont plus agressifs et compétitifs en variant leurs jeux. Pour les filles, ce qui passe avant tout est le plaisir et une maîtrise du jeu, avant « l’expression pulsionnelle ».

Les jeux peuvent se créer aussi autour des fantasmes comme inventer des histoires familiales, en récréant sa généalogie. Des enfants imaginent aussi un compagnon qui n’existe pas et qui compense parfois une absence de frères et de sœurs ou s’ils sont dans une famille repliée sur elle-même.

Néanmoins, les rapports entre le jeu et les jouets ne sont pas si simples. Winnicott[4] en formule une première idée : Le jouet « suffisamment bon » doit laisser l’enfant s’exprimer et être dans la créativité. . Il faut donc que le jouet soit simple, facile à utiliser et peu importe l’esthétisme de l’objet, pourvu que ce jouet permettre à l’enfant d’imaginer, de se créer un espace. Les jeux compliqués, très techniques ne pourront pas laisser place à cette liberté de création. «  L’excès de jouer peut également être néfaste : trop de jouets tuent le jeu ; trop de jouets isolent l’enfant du groupe des pairs. Le jouet fait alors écran entre l’enfant et le monde extérieur. » [5]

Le rapport que l’enfant a avec le jouet peut être intéressant. Quand l’enfant casse le jouet et que cela se fait de manière systématique, cela démontre qu’il a du mal à établir une aire transitionnelle, concept établi par Winnicott : «  cela traduit son incapacité à contenir l’excitation et l’envahissement par la pulsion agressive et destructrice ».[6]

L’instabilité de l’enfant met en danger l’équilibre fragile entre le plaisir et le corps. Il s’épuise vite face à une activité s’il n’est plus stimulé et change de jeu.

«  Le jeu implique le corps et le plaisir du fonctionnement du moi éprouvé dans l’activité suppose que ni l’excitation ni l’angoisse ne soient excessives ; Le jeu de l’enfant est précaire dans cet espace entre le subjectif (proche de l’hallucinatoire) et l’objectivement ».[7]

Le jeu a aussi une portée symbolique chez ces enfants car le jeu est moyen de communiquer leur mal-être, leur vécu, leurs émotions. A travers la psychothérapie élaborée par Anzieu, on peut voir dans la relation du jeune et le jeu un «  processus de symbolisation » [8][…]  « Le symbole n’existe qu’en l’absence de l’objet lui-même qui est représenté, privé de ses caractères propres ».[9]

Après avoir vu le jeu comme un élément fédérateur du psychisme de l’enfant, le jeu passe aussi par le rapport avec l’autre, et qui apporte donc obligatoirement une socialisation.

  1. La socialisation chez l’enfant ayant des troubles de la personnalité et du comportement

            Chez ces enfants, la socialisation n’est pas facilement intégrée car se joue des pathologies pouvant empêcher l’enfant d’entrer en contact avec l’autre. Je pourrai nommer par exemple l’impulsivité et la tendance à la frustration,  à la moindre contrariété. Cela peut entraîner donc une coupure de relation avec l’autre. L’enfant s’inhibe ou s’isole dans un coin comme c’est le cas pour les enfants avec des troubles autistiques et psychotiques. Cela est valable même pour les enfants qui n’ont pas ces pathologies mais qui ont des gestes répétitives, obsessionnels. La socialisation chez ces enfants passe aussi par la relation à long terme.

Les enfants qui ont des troubles du comportement ont du mal à intégrer les règles dans sa totalité. Car ils doivent gérer leurs pulsions tel que le vol, le mensonge ou bien l’agressivité.

A travers leurs actes, ils déforment la réalité et se mettent en marge du groupe.

Selon Marcelli[10], L’intolérance à la frustration qu’on retrouve chez ces enfants est parfois due à des relations artificielles entre les parents, puis à une désacralisation de l’autorité paternelle, et où les modes d’interactions familiales se sont organisés sur le chantage.

« Pour se défendre contre l’agressivité primaire ressentie comme dangereuse et mortifère, le sujet psychotique morcelle, clive, et projette ses affects environnants : aussi par clivage et identification projective, les objets environnants perdent leurs caractéristiques propres, deviennent persécuteurs et dangereux. » [11] A travers ces propos de Klein, l’enfant psychotique agirait envers les adultes comme des objets mauvais ou bon. Il agit de manière extrême sans prendre de distance avec ses affects.

Chez l’enfant, la relation avec l’autre peut être une source d’angoisse face à l’inconnu, à l’imprévisible. L’enfant, s’il ne gère pas son angoisse, est submergé par ses représentations morbides. Sa crise d’angoisse se manifeste parfois par des passages à l’acte.

« On doit prendre en considération l’importance des schèmes d’interaction souvent déviante, précocement intériorisés : carence affective ou éducative, grave déficience socio-économique », profonde instabilité familiale, se retrouvent constamment. En effet, l’externalisation des conflits, mode réactionnel privilégié du sujet dit «  caractériel » n’est souvent que la reprise par ce sujet d’interaction habituelle de son entourage. » [12]

En clair, l’enfant imite la réaction de ses proches face aux évènements.

Pour que l’enfant puisse respecter les règles en générale, il faut qu’il puisse avant tout se connaître et respecter ses propres valeurs.

( Chapitre suivant:  » Au chevet de l’enfant »)

[1]  MARCELLI.D, op.cit, p.207 -208

[2]  MARCELLI.D, ibid, p.208

[3]  MARCELLI.D, ibid, p.208

[4]  Winnicott in MARCELLI.D, ibid, p.211

[5]  Winnicott in MARCELLI.D, ibid, p.211

[6]  MARCELLI.D, ibid, p.211

[7]  Kurts.N in HOUZEL.D (sous la direction), « Dictionnaire de psychopathologie de l’enfant et de l’adolescent », PUF, Paris, 2000, p. 380

[8] ANZIEU.A, « Le jeu en psychothérapie de l’enfant », éditions Dunod, Paris, 2000, 157

[9] ANZIEU.A, ibid, p.170

[10]  MARCELLI.D, op.cit, p.222

[11]  Klein in MARCELLI.D ibid, p. 317

[12]  MARCELLI.D, ibid, p.413

 

Extrait de mon mémoire d’éducateur spécialisé :  » Viens… Laisse moi jouer », 2006

Le burn-out de Marc

A peine en route vers son travail, Marc se sent fatigué et angoissé. Il respire pour se donner une contenance. Il veut malgré tout continuer car son boulot, c’est sa raison de vivre, surtout l’accompagnement des jeunes qu’il voit galérer mais progresser chaque jour. Même si au fond de lui, il y croit, sur place, il n’a plus d’énergie. Il est comme un zombie faisant ce qu’on lui demande de faire. Il essaie de montrer un meilleur visage. Et pourtant, son visage est ravagé par la désespérance. Tout ce qu’il entreprend, c’est sapé par certains de ses collègues et surtout minimisé ou ignoré par l’institution. Il boit du café pour tenir. Quand il revient chez lui, il n’a plus la force de faire du sport ni de regarder la télévision. Il sombre dans des idées noires les plus profondes. Sa poitrine le serre. Il se sent tiraillé entre ses principes, ses valeurs et ce qu’il vit au boulot, complètement contraire à ce qu’il imaginait du travail social. Rentabilité, efficacité, calcul.  C’est pas de l’accompagnement au boulot. C’est la loi du plus fort et le pouvoir écrasant l’autre.

Au boulot, il est devenu sourd aux cris des jeunes. Il s’est habitué alors qu’il sait pertinemment que c’est pas gérable. Il y a de la plainte constante, des commérages, des médisances. Une atmosphère qui engendre une insécurité inimaginable chez les jeunes.

Marc en voudrait finir. Mais non, il ne peut pas abandonner ces jeunes. Puis il y tient trop à la vie même si en ce moment, elle est invivable.

Un matin, Marc ne peut plus se lever pris dans des bouffées d’angoisses. Il tente de se redresser mais les vertiges l’emmènent au fond de son lit. Il saisit son portable sur sa table de nuit. « Impossibilité de venir aujourd’hui. Je vais voir le médecin. Je vous tiens au courant ».

Rendez-vous pris. Une amie l’emmène. Le verdict tombe. Arrêt de deux semaines pour surmenage, et même épuisement professionnel. Prise d’antidépresseurs et d’anxiliotique. Il en ressort avec de la honte. Il dira juste qu’il a une forte grippe.

Solitude extrême. Et pourtant, le burn-out touche beaucoup de personne en ces temps de crise, de pression des patrons, des dirigeants dans tous les domaines, encore pire dans le médico-social.

Marc s’est senti devenir une machine à éduquer, un robot programmé sans libre-arbitre, sans conscience.

Jusqu’où Marc serais-tu allé ? Jusqu’à qu’un fil se casse ? Et que ton psychisme soit à jamais ébranlé et fragilisé ? La santé mentale est primordiale.

Ne restez jamais seuls dans vos souffrances. Ce n’est pas une honte de consulter un psychiatre, un psychologue. Ce n’est pas une honte de prendre soin de soi. Comment prendre soin de l’autre si on ne prend pas soin d’abord de soi ?

Joies d’un éducateur

Comment ne pas s’émerveiller devant les progrès d’un être en devenir, en chemin ?

Peu importe son handicap, ses faiblesses, ses chutes, ses blessures. (A en tenir compte bien sûr mais à ne pas se focaliser dessus).

Quand il se relève pour la énième fois avec un sourire, malgré tout, c’est un plaisir de le voir évoluer.

Comment ne pas se réjouir quand un enfant a galéré se redresse ?

La base de notre vocation d’éducateur (travailleur sociaux, parents, profs etc.), c’est toujours en l’autre même si elle chute. Bien sûr que nous ne sommes pas superman et pouvons être tenté de baisser les bras malgré nos efforts.

Mais savoir que l’enfant, le jeune réussira un jour, cela nous donne toujours une occasion d’y croire, d’innover notre manière d’être et d’accompagner.

Se réjouir quand nous voyons l’enfant comprendre.

Se réjouir quand l’enfant fait son premier pas.

Se réjouir quand le jeune s’émerveille devant une surprise.

Se réjouir quand l’enfant me dit merci, gratuitement.

Se réjouir quand l’enfant est fier de ce qu’il a fait.

Se réjouir quand nos mots, nos actes portent du fruit et que l’enfant, le jeune s’épanouit véritablement.

Se réjouir quand un talent se déploie chez le jeune et qui se donne à fond.

 

 

Quand la joie advient, il est tellement bon d’en profiter, de la faire fructifier, de la partager pour apaiser nos galères, nos envies de râler et de s’encourager.

Puis la joie de savoir que des lieux bienveillants existent et qui fonctionnent bien. Qu’il est tellement bon de pouvoir s’en inspirer et le partager autour de soi.

Je vous souhaite de cueillir vos joies, de les entretenir et de vous en souvenir quand vous traverser des périodes difficiles.

Quand la frustration devient acceptable: une expérience d’éduc

Je me souviens d’une expérience auprès des jeunes ayant des « troubles de la personnalité et du comportement » (Vocabulaire de l’époque).

Surtout avec un jeune que j’appellerai Casper.

Il avait 12 ans et s’emportait violement quand mes collègues et moi lui répondaient non. Il frappait contre les murs et claquait la porte de sa chambre. Régulièrement, je reprenais avec lui sur ses « emportements », ses colères.

Il était libre, bien sûr de pouvoir s’exprimer mais qu’il y avait des limites à ne pas franchir. Rappel du respect du matériel et des personnes. Hé oui, s’il y avait une personne qui se trouvait sur sa route, il se faisait taper ou crier dessus.

Avant de lui donner une réponse différente à ce qu’il voulait entendre, on regardait si le parcours vers sa chambre était libre. Au cas où !

Un jour, la porte de sa chambre lui est restée entre ses bras. Au fond de moi, je me marrais. J’ai pu aller le voir calmement. Comment réparer sa bêtise ?

Un autre jour, après un non, il sortit un mot inattendu : « Pouilleux ».

Bigre ! Diantre ! D’où sortait-il ce mot ? J’en étais surpris avec un sourire.  Je suis allé le voir pour le reprendre car c’était pour lui une injure. Etonnant Casper. J’avais noté qu’il n’avait plus frappé les murs ni claqué sa porte.

Enfin, le jour arriva où il ne s’était plus mis en colère après une frustration. Il était resté calme en repartant dans sa chambre. Je suis allé le voir pour le féliciter et il en était ravi.

J’ai vécu ces instants de vie il y a 11 ans. C’est comme si c’était hier. En 3 mois, il avait beaucoup évolué. Comme quoi, il faut toujours y croire et persévérer, se réajuster au cas où.

Bigre, un groupe d’analyse de la pratique

Et si je vous parlais du groupe d’analyse de la pratique.

Ou bien une supervision. C’est selon le vocabulaire de chacun pour désigner la même chose.

Qu’est-ce donc ? C’est une relecture de sa pratique professionnelle avec une psychologue ou un coach.

Mais ça, c’est en théorie.

C’est souvent un lieu où l’on étale ses déboires sans se remettre en question.

Un lieu où l’on critique l’institution, où on râle, où on se défoule.

Mais tout dépend comment le groupe est mené, puis tout dépend aussi de la dynamique de l’équipe.

Je me souviens de ma dernière expérience d’éduc : mes collègues ne parlaient pas du tout d’eux mais surtout des jeunes. Cela en devenait presque une réunion de synthèse bis mais en version affect multiplié par 10. Il n’y avait aucune remise en question. C’était plombant et épuisant. Nous n’avancions pas. Je me disais franchement si la psychologue présente était utile.

 

Sérieusement, heureusement, il y a une grande majorité de groupes où cela fonctionne bien.

C’est essentiel pour souffler, pour prendre de la distance face à des situations complexes, difficiles avec un jeune, un parent ou un partenaire.

Essentiel pour mettre des mots sur un mal-être (ou pas) et de se dire les choses.

Essentiel pour se sentir moins seul.

Essentiel pour s’exprimer et avoir des appuis pour pouvoir avancer plus sereinement.

Un lieu de parole pour désamorcer les conflits dans une équipe si besoin, pour lever des incompréhensions, des malentendus.

Un lieu nécessaire pour chacun. Vital pour la vie d’une équipe, de l’institution.

 

Et vous ? En avez-vous sur votre lieu de travail ?  Quels sont vos expériences de ce type de groupe ?

Bref, j’ai écrit un projet

Il est temps que j’écrive le projet de Bryan.

Un PPA : Un Projet Personnalisé d’Accompagnement.

Un PPI : Projet Pluridisciplinaire Individuel.
Un PPE : Un Projet Personnalisé d’Emancipation

Un PPO : Un Projet Pluridisciplinaire d’Orientation

Un PPU : Un Projet Personnalisé Unitaire

UN PPY : Un Projet Pluridisciplinaire de Yoyo

Alors, son anamnèse. Son histoire plus exactement.

Qui sont ses parents ? Son parcours de vie ? Ses conditions de vie ?

Son parcours dans la famille. Un foutoir pas possible.

Maintenant, son parcours scolaire. Merde, où ai-je mis mes notes ?

Sacré phénomène que ce Bryan. Un artiste hors pair qui met du neuf dans toutes ses matières.

De la vraie matière grise. Un génie de la discipline artistique.

Bref, recentrons-nous. Avis de la psychologue.

Où est mon dictionnaire ?

C’est important que je retranscrive dans un langage clair et net, valorisant pour le jeune sans occulter la réalité, évidemment. Je me mets bien dans la tête que le jeune va lire ce projet ainsi que ces parents. C’est l’idéal bien sûr.

De la diplomatie. Du tact. Choix des mots très importants puis des phrases simples.

Parcours médical ?

C’est là que ça se corse. Mais au regard de ses performances scolaires malgré son handicap, c’est un véritable exploit. Bryan est vraiment étonnant avec son fauteuil roulant tout terrain.

Bilan de la psychomotricienne.

Un véritable feu d’artifice corporel.

Bilan de vie dans le groupe ?

Mince, il me manque le retour d’Emma.

Un véritable tourbillon de vie. Mais vite fatigué le soir ! Cela fait trois ans que je suis son référent. Il a superbement évolué dans son langage et la communication avec ses pairs. Un vrai bavard. Il adore utiliser la langue des signes quand il n’arrive pas à exprimer ses sentiments verbalement.

Quels sont les points positifs de ce qui a été mis en place pour lui ? Et les points négatifs ?

Il a un emploi du temps de ministre. Cela ne va pas du tout. C’est une aberration au vue de sa grande fatigabilité. Favoriser sa créativité. Essentiel pour son épanouissement.

Vie quotidienne ? Très volontaire mais bien maladroit. Mais en nette progression.

Il pourrait être un futur Pistorius avec le coté déjanté et parano en moins !

Maintenant, mes notes de l’entretien avec Bryan, puis de ses besoins.

Leurs demandes ? Pas trop excessives et très réaliste.  Cela fait du bien d’avoir des parents lucides, conscients de la vie de leur enfant.

……

Bon, ma pause syndicale est finie. Je repars rejoindre le groupe.

Bref, j’ai écrit le projet.

Les petits bonheurs d’un travailleur social

Les petits bonheurs d’un travailleur social ?     (D’après mes expériences)

  • Après des semaines de cris, de boucan, une matinée calme après avoir instauré un cadre sécurisant, apaisant auprès des jeunes.
  • Quand un de tes jeunes avec des troubles autistiques arrive à s’exprimer par un geste ce qu’il ressent après plusieurs semaines de frustration.
  • Quand un jeune ne part plus en colère quand on lui dit non.
  • Lors d’un atelier musique, un jeune arrive enfin à produire un rythme et qu’il est attentif au aux autres. Le must, c’est quand la psy vient et dit : « C’est énorme, il n’a jamais fait ça ! »
  • Qu’après plusieurs semaines de contact avec les jeunes tu arrives enfin à établir un lien de confiance avec leurs parents.
  • Quand un jeune te redemande de faire le jeu alors que t’avais galéré pour le préparer et qu’il ne finissait jamais un jeu.
  • Quand ce matin-là, la jeune avec une déficience intellectuelle n’a pas mis ses crottes dans toute sa salle de bain.
  • Quand un jeune polyhandicapé arrive à se détendre après des jours de douleurs, et par la suite, il fait un petit sourire.
  • Quand un jeune rend un service et que c’est énorme pour lui de le faire.
  • Quand entre collègues, on se comprend et que nous posons des actions qui apportent ses fruits.
  • Quand on sent une vraie cohésion de groupe qui s’établit dans l’équipe.
  • Quand notre hiérarchie nous dit merci pour telle action.

Y aurait encore pleins de choses à dire, tellement les petites victoires sont parfois insignifiants mais essentiels pour notre boulot.

Tout est dans l’endurance, la persévérance dans notre passion du métier.

J’invite vraiment chacun à relire régulièrement sa pratique, en le partageant avec ses collègues ou autres éducateurs qui peuvent comprendre et entendre.

Je souhaite à chacun d’oser être ce qu’il est, avec ses convictions pour faire émerger des petits victoires, et d’y toujours y croire.

Et vous, quelles sont vos petites victoires ?

Etre éduc spé ?

Comment être un éducateur spécialisé ?

Tout d’abord, ne pas se former et ne se fier qu’à ses intuitions.

Ne jamais faire de lien entre la théorie et la pratique. Les livres, c’est pour les intellos.

Ne jamais se remettre en question et de ne pas tenir compte des critiques, peu importe s’il est positif ou négatif. Il n’y que toi qui te connais et tu ne te fies qu’à tes propres jugements de valeurs.

Tu imposes tes règles sans devoir te préoccuper du bien être et de la dignité de la personne que tu accompagnes.

La loi, c’est pour les coincés, les tordus. Tu sais ce qu’il faut faire.

Ne travaille pas en équipe. L’équipe ne peut que poser des problèmes.

Évite les conflits, cela ne sert à rien et tiens-toi sur ce que tu as décidé.

Ne tiens pas compte de ta fatigue, des sauts d’humeur, c’est du pipeau.

Quand tu dois être têtu et obstiné, c’est la seule façon de réussir et de faire carrière.

N’essaie jamais d’écrire et si tu écris, utilise ton propre langage de crainte qu’on te découvre.

Fais-toi de la pub pour dire que tes actions sont les meilleurs.

Fais à la place des autres qui ont besoin d’aide, tu iras plus vite.

Si un jeune t’énerve, tu lui fous une baffe et tu fais croire à tes collègues que c’est de la légitime défense.

En gros, si tu te retrouves dans un de ces items, tu te goures de métier.

Je souhaite à chaque étudiant et jeune professionnel un bon courage, de se faire confiance et de trouver des appuis extérieurs à qui vous pouvez faire confiance et qu’ils vous font confiance.

Ne vous mettez pas la barre trop haute au niveau du public auprès de qui vous souhaitez travailler.

Respectez-vous, avec vos limites et vos talents pour mieux respecter ceux que vous accompagnez et vos collègues.

Pleins de courage à vous tous.

Texte écrit en 2013! 

L’éduc spé (ou travailleur social) face à la violence

Comment doit-on se positionner face la violence ?

Il est clair qu’il est hors de questionner de l’utiliser à des fins éducatifs ou non. La violence n’est jamais justifiable. Même sous le coup de la colère, de la fatigue, de l’épuisement.

Mais il ne faut pas oublier que nous sommes des êtres humains. L’éducateur spécialisé n’est pas superman. Je ne suis pas superman. Nous ne sommes pas rodés contre la violence.

C’est un travail de toute une vie d’éviter la violence, de passer par les mots, par des gestes pour contenir cette violence. Pour protéger le jeune, pour protéger l’entourage du jeune et pour se protéger.

La violence de toute forme doit être sanctionnée mais de manière proportionnée en fonction du contexte. Nous ne devons jamais être seuls face à la violence. L’équipe est là pour ça. Pour résoudre les conflits, dégonfler les abcès, mettre des mots sur des maux.

Pour ma part, j’en ai fait l’expérience et j’en ai fait les frais. Des circonstances atténuantes et une direction qui ne m’a pas du tout soutenue. Un licenciement pour faute grave à cause d’un parent bien placé dans les sphères du pouvoir. C’est ballot, c’est tombé sur son fils. Comme si je l’avais fait exprès. (Voir « Mon histoire de Burn-out)

La responsabilité n’incombe pas qu’à une seule personne. L’équipe est responsable aussi de chacun des membres qui travaille du mieux qu’il peut, avec ses capacités, compétences, son histoire et son énergie qui peut avoir hélas des limites.

Y a plusieurs types de violences auquel nous sommes confrontés en fonction du public.

Des violences physiques volontaires par des jeunes ou adultes en colère, conscients de leurs actes ou bien en crise.

Des violences verbales et psychologiques.

Puis des violences physiques par des jeunes qui n’ont pas conscience du mal qu’ils font, comme certains enfants avec des troubles autistiques ou d’autres types de handicap. Là, c’est l’impuissance face à cette violence qui peut être déroutant, nous désarmer la plupart du temps.

Je sais bien qu’ils y a des structures qui dysfonctionnent avec des violences institutionnels qui engendrent souvent de la violence, une insécurité chez les jeunes et au sein de l’équipe.

Et heureusement, ils existent des structures qui fonctionnent très bien et en cela, il est important de croire que des solutions existent pour faire face la violence, pour l’endiguer, la canaliser en des énergies positives. La violence n’est jamais gratuite et elle ne vient jamais de nulle part.

Nous avons chacun notre part de responsabilité dans l’ambiance, l’énergie qui en découle entre les différents acteurs (jeunes, éducateurs, personnels, direction, partenaires et parents).

Pouvoir réguler cette violence entre certains de ces acteurs, c’est un véritable jonglage diplomatique et un équilibre sans cesse à retrouver entre nos choix professionnels, notre raison et nos convictions, notre cœur d’homme ou de femme.

 

La violence ne doit être jamais une réponse, ni un moyen éducatif. Elle est pourtant là et on doit la dompter, l’apprivoiser.

 

Bon courage à chacun et chacune.