Même sourd, j’ai une voix

Etant sourd, on pourrait croire que j’ai une voix bizarre, comme un accent belge ou alsacien.

Les gens s’imagineraient que j’ai des petits pois dans la bouche.

Point du tout, je parle très bien. Et pour moi, la parole est vitale.

Le son qui sort de ma bouche me libère et extériorise ce que je ressens.

J’ai cette chance d’avoir eu au moins 13 ans d’orthophonie. J’ai vraiment commencé à parler à 5 ans. Je devais sans doute parler fort ou mal. J’ai beaucoup appris. Surtout pour l’articulation.

J’ai appris aussi à poser ma voix. Ce qui m’a beaucoup aidé, c’est le théâtre, la lecture.

C’est un pur plaisir pour moi de lire à haute voix, quand j’ai bien sur travaillé le texte avant.

Je ne vous cache pas qu’il y a des faiblesses quand je fatigue. Mes mots raccourcissent et je finis pas ma phrase.

La parole est primordiale pour moi. Elle m’aide à m’ouvrir, à être entendu, à être reconnu.

Non, certains d’entre-vous savent bien que je  ne m’exprime pas en langue des signes. Ce n’est pas ma langue maternelle même si je suis sourd de naissance. Je m’en sers parfois avec ma femme quand mes piles tombent en panne. Mais je ne peux pas me passer des appareils.

J’ai besoin d’entendre et de m’entendre.

Je comprends que l’on ne veuille pas parler quand on n’entend pas sa voix ou quand ça dérange, ça titille, ça fait une voix de canard ou une voix nasillarde.

Cela me met en colère quand je lis des témoignages d’enfants sourds où des professionnelles disent aux parents, il ne parlera jamais etc… Qu’est-ce qu’ils en savent ?

N’ayez pas de peur de la voix car elle sort du ventre, lieu des émotions. Des sons sortent, elles sont nécessaires.

Je reconnais qu’il y a des personnes sourdes qui auront des difficultés à parler et qu’ils préfèreront la langue des signes. Et c’est tant mieux, heureusement.

Ill ne faut pas oublier non plus qu’il y a des sourds oralisants, comme moi, qui existent et qui sont plus nombreux qu’on ne le pense. Parce qu’ils se fondent « plus facilement dans le monde des entendants ». C’est difficile de de différencier tellement les profils des personnes sont différents.

N’ayons pas peur d’apprivoiser notre voix, quand c’est possible.

Poème d’amour d’antan

Poème écrit en 2004 (bien avant de rencontrer ma femme ! 😀 )

 

Au clair de lune, sur la plage

Auprès de l’océan qui rugit

Les écumes nous appellent ,sages .

La lune t’illumine, tu rougis.

 

Comme dans un rêve,

Où la brise douce se lève

Nous caressant nos visages

Et tes larmes qui sont de passage.

 

Il n’y aura rien entre nous.

Je sais ! Je ne fais pas la moue.

Je suis triste tout simplement.

J’ai envie de crier tout doucement.

 

Tu dis des mots qui réchauffent

Mon cœur qui s’est refroidit.

Baiser d’un rayon de lune sur les ondes.

Je me sens léger comme une bulle ronde.

 

Tu marches loin de moi.

Mais tu me souris quand même.

Gêné, je reste un peu blême.

Ton amour t’attend loin de toi.

 

Traînant dans le sable avec force,

J’essaie de pleurer, je m’efforce.

Mais loin, loin de toi

Pour ne pas avoir honte de moi.

 

Dans le silence léger de la nuit,

Avec les chants des vagues de l’océan,

Un mot sort de ta bouche, tout petit.

Un mot qui restera en moi tout le temps.

 

Un mot, plutôt des mots :

«  On reste amis, je t’embrasse »

Tu me laisses seul près de l’eau.

Les vagues m’enlèvent et me débarrassent.

 

Copyright 2004 Vivien L

Poésie d’orage

L’orage

Avec rage

Fait ombrage

Au soleil sage.

Il engloutit la ville

Rafraîchit les cinéphiles,

Les automobiles,

Les locomobiles.

Le tonnerre

Fait frémir les verres,

Les octogénaires,

Les luminaires.

La foudre jette un sort

Aux cadors,

Aux matadors,

Aux gens dehors.

Et tombe la grêle,

la pluie point frêle

Des averses torrentielles

Une ambiance intemporelle.

Prudence les amis. !

 

Quatrain #4 – Choisir

J’ai choisi de parler

Et de rester appareillé.

Je suis sourd, point idiot.

L’implant n’est pas dans mes tuyaux.

 

Médecins, j’assume mon choix

Et je ne suis pas aux abois.

N’oubliez pas votre serment.

Incarnez-le bien ardemment.

 

Que mes paroles soient entendues

Et ma liberté, respecté.

J’appelle à la réciprocité.

Évitons les malentendus

 

Oser être décalé

Crier du fond du coeur

Dans un silence moqueur.

Sourire au grand air

Dans un souffle éphémère.

Rire à gorge déployée

Dans un regard balayé.

Respirer à fond la caisse

En pensant aux déesses.

Et s’en vont les angoisses

Qui portaient la poisse.

Et continuer d’avancer

Sans tergiverser.

Toujours oser

Se décaler.