Journal d’un confiné #10 – Voyage

Parait que ce sont les vacances
Instants de tous les extravagances.
(Tout mais dans ta demeure).
J’irai sur les routes sans heurts
Loin des tumultes, de l’agitation.
(Tu m’agaces ! Dans ta construction!)
J’irai sentir les embruns subtiles
et oublier les tracas futiles.
(Tu es sourd ou quoi ? Chez toi!)
Je découvrirai la Bresse, l’Artois
Ou les confins du Cézallier.
(Je m’énerve ! Dans ton foyer ! )
Je parcourrai les sommets du Jura
Et les profondeurs du Sahara.
(Tu sais ce que c’est le confinement ? )
J’irai sillonner les départements,
M’égarer sur les communales.
(Tu ignores la crise internationale ?)
Seul, coupé du monde, peinard
Je chantonnerai sans fard.
(Espèce d’égoïste ! Ici on crève !)
Dis, tu me laisses un instant de rêves
Tranquille dans mes toilettes !
(Hein ? Toi, tu vas te prendre une palette !)
Je reste bien chez moi pour ma santé
Et la santé de toute ma communauté.
( Et que cela ne tombe pas dans l’oreille d’un sourd!)
Sinon faudra le dire avec des images, des signes
Pour que tout le monde intègre les consignes.
(Et bien, je nous souhaite un meilleur séjour!)

 

DSC_0744_01

Et pour ceux qui se seraient pas au courant, j’ai fait une petit vidéo :

Journal d’un confiné #9

J’attends que me vienne l’inspiration
Au son des rythmes du balafon.
(Quoi donc ? des percussions ? )
Le ciel est toujours là, avec passion
Avec le soleil qui me nargue.
(Prends tes maux et tu les largues).
Je m’imagine courir auprès des gazelles
Dans la brousse et manger des bretzels.
(Tiens donc, tu n’aurais pas le fièvre ?).
Je m’en vais converser avec Leuk le lièvre,
Et chanter, claqueter avec Dame Cigogne.
(c’est le musique qui te cogne ? )
Je rêve de boire un délicieux bissap
Et que rien ne me trouble, me sape.
(T’as bu du bon ce matin, dis donc!)
Je ne serai pas rien, quelconque
Pour lire des contes africains.
(N’oublie pas les alsaciens !)
Allez, je vous laisse ce matin divaguer
Rever et se laisser zigzaguer.
(Je ne vois pas de quoi tu parles).
Je vous souhaite le principal :
De vivre pleinement l’instant.
(Même quand tu trames, galères !)
Je vous envoie pleins d’ondes positives
Et s’émerveiller devant de belles initiatives.

 

Kolda et Ballade 091 (2)
Pirogue sur un lac dans le Fouladou, près de Vélingara (Sénégal – 2007)

Communiquer avec un entendant

L’entendant appartient à une communauté particulière qui ne communique qu’avec des langues orales. Ou bien par des claquements de langue comme chez les bushmen en Namibie. (Pour la lecture labiale, cela doit être galère). Il y a des exceptions comme chez les amérindiens où certains peuplades utilisent à la fois la langue orale et des gestes. (Si je ne me trompe point. Allô les linguistes ? )

Bref, en tant que sourd, il me faut découvrir ce spécimen qui connait peu le silence (à part quand il dort, et encore!).
Avant de communiquer avec lui, il me faut comprendre quels sont ces besoins de communication. Avec quoi il est plus à l’aise, ou elle. L’entendant est aussi entendante, bien évidemment.
La personne entendante sera sans doute plus à l’aise d’échanger avec vous quand il nous connaîtra mieux. Le premier contact est le plus important. Si je lui fais la gueule et qu’elle fuit, nous pourrons croire que les personnes entendantes sont des lâches et ne veulent pas faire d’efforts.

Il me faut être disponible pour accueillir l’autre dans sa différence. Je peux déployer plusieurs modes de communications :
. Si la personne n’utilise que sa bouche, je peux utiliser mon appareil auditif pour capter les sons de sa voix et m’aider de la lecture labiale.
. Par contre, si la personne est masqué, je suis dans la mouise. Je luis demande de signer. Si aucun de nous deux connaissons la langue des signes françaises, c’est ballot. Nous pouvons tenter de mimer et de montrer l’objet de nos désirs. (Sexuel ?  c’est trop tôt).
Alors nous pourrons utiliser l’écrit. Mais si je ne sais pas écrire, on peut lui demander de dessiner. Et s’il ne sait pas dessiner ? J’avise son regard, et tente de comprendre en fonction du contexte dans lequel je suis.  La langue française Parlée complétée, une aide à la lecture labiale, n’est pas très aisée à cette occasion. (Ou pas ? Les LPCistes ? ) Toujours s’adapter sans s’énerver. Respirer si rien ne change et faire un sourire pour clore les échanges (qui n’en furent guère).

Lors des réunions, je dois préparer en amont quelques outils que je peux avoir en ma possession :
. Un micro bluetooth, que je peux utiliser comme bâton de parole, dont le son me parviendra complètement dans mon appareil auditif.
. Un IPAD pour avoir une retranscription écrite ou en LSF. Très utile pour suivre les échanges et garder une trace écrite (si c’est la LSF, c’est dommage). Généralement, les entendants apprécient cet outil de travail s’ils sont distrait quelques instants et peuvent relire les derniers mots. Il existe pleins d’opérateurs, il y a l’embarras du choix.
. Un interprete / une interprete  en LSF ou une codeuse / codeur LPC en présentiel, si cela a été bien organisé en amont. (L’improvisation est compliqué à juste titre dans ce cas! )

Communiquer avec un entendant, c’est tout un art. C’est comme communiquer entre sourds, puisque nous avons plusieurs modes de communication aussi :
– La langue des signes françaises (anglaise si nous sommes anglais,  chinoise si nous sommes chinois, bref, vous m’avez compris).
– L’oral, qui peut être appuyé par la langue française parlée complétée, une aide à la lecture labiale. Elle peut me permettre de différencier les sons qui se ressemblent à l’oreille comme PA, MA et BA. La lecture labiale seule ne me suffira pas pour tout comprendre car cela ne capte que 30% du message.
– L’écrit, très pratique si nous sommes à l’aise avec cet outil.

Et le téléphone ? c’est aussi un moyen de communiquer. Nous pouvons échanger par sms, whathsapp ou par appel vocal avec des sous-titrages (Application RogerVoice par exemple). La visio est aussi très pratique (je l’utilise de plus en plus). Et si j’ai un Nokia des années 2000, tant pis pour moi.

Chaque mode de communication est utile en fonction de nos besoins. Chaque choix qu’un entendant fait pour communiquer est à respecter, comme nous le faisons si bien entre nous les sourds. (Comment ? Je suis ironique ? Si peu…).

Prenons le temps d’échanger, de s’entendre, de se comprendre et nous pourrons éviter les malentendus (Du mieux que nous pouvons avec nos a-prioris et nos représentations).

DSC_0339

 

Journal d’un confiné #8

Depuis une semaine, je ne suis pas sorti

Ni pour des courses ni des partys.

(Et alors, il faut te féliciter, t’applaudir ? )

Pas la peine, cela va me refroidir.

Le confinement ne m’est plus insupportable.

(Chouette, on confisque ton doux portable ? ).

J’en ai besoin pour maintenir des liens,

Cela serait un choix très cornélien.

(Continue, tu prendras racine).

Chaque matin, au réveil, je m’étire

avant d’entendre les premiers soupirs.

(Tu fais du sport ? Un vrai scoop).

Cela m’évite des entourloupes

Avec ma fille malicieuse et coquine.

(Tant que tu ne deviens pas Anakin).

En fait, mon pain était très bon

Ce n’était guère nauséabond.

(Encore ? Tu veux un palme d’or).

Aujourd’hui, j’irai bien dehors

Pour marcher aux alentours.

(Pas plus d’une heure sans détour ).

Et j’aurai bien mon attestation

pour éviter les complications.

(Attention, tu bayeras aux corneilles).

Bien sûr, pour goûter aux merveilles

Et observer les papillons et passereaux.

(Et tu reviendras derrière tes barreaux).

M’enfermer pour éviter de contaminer

Et ne point rompre des destinées.

(Facile, tu es à la campagne, tu es un héros !)

Je vais me remettre à mon bureau

Et tenter de travailler malgré l’incertitude.

(Tant que tu ne vises pas l’inaptitude).

Et puis faire vivre les producteurs locaux

En achetant en ligne, sans dommages collatéraux.

(La rime n’est pas très joli à entendre).

Tant que c’est facile à comprendre.

DSC_0741

Journal d’un confiné #7

Déjà deux semaines sans franchir la frontière.
(Quel frontière? Physique et psychologique?)
Après être passé de la sidération à la colère,
Me voici dans l’acceptation énergique.
(Tu as pris du bon ? T’as fumé un tapis ?).
Hier, j’ai accroché des photos sans répit.
(Y a encore des murs vides, vierges ?
J’éviterai de faire le concierge).
L’intérieur est plus habité, vivant.
(Sûr, avec une fille de trois ans !)
Ce matin, j’ai pétri le pâte à pain
(Oh Beethovenn : PAINPAINPAIN PAIN)
L’avantage du confinement: faire maison !
(Tu pourrais faire toutes les combinaisons).
Un décalage entre le bruit des réseaux sociaux,
La masse des informations salopiauds
Et le silence dans la rue, dans le quartier,
Où la nature prospère sans aparté.
(Et si tu déconnectais une journée entière
Sans regarder les nouvelles incendiaires?)
C’est une très bonne idée et se concentrer
Pour rendre service en restant cloîtré !
Ne perdons point espoir, restons soudés !
(Levons nous pour Danette, sans compter).
Je continuerai à danser, à jouer, lire, !
(N’oublie pas de t’habiller, avec délire).
Je nous souhaite de continuer à espérer
(Je ne vois pas pourquoi tu dis ça !)
Je nous souhaite de nous altérer.
(Je pars apprendre la salsa).
A la prochaine…
(Sans haine).
Facile cette rime, tu pourrais changer.
(Va faire ton boulanger !).

 

Journal d’un confiné #6 – Comme Cyrano

Déjà vendredi ? La route t’appelle ?
Certes, non, comment te dire sans appel ?
Nous pourrions le dire en somme
De différentes façons jeune homme.
Agressif : Si vous aviez un toit monsieur,
Il faudrait le donner aux gracieux !
Amical : Mais reste donc dans ta demeure
De crainte que tu l’attrapes et meurs.
Descriptif : Quel logis pour se blottir !
Un palace que dis-je pour l’investir.
Curieux : Comment est décoré ton intérieur ?
Est-ce cosy, rustique ou frimeur ?
Gracieux : Aimes-tu tant le risque
A en aimer être Vercingétorix ?
Prévenant : N’oublie pas ton masque
Et garde tes distances avec un casque.
Tendre : Viens donc chez toi
Pour être sûr d’être avec toi.
Dramatique : Non, ta demeure sur terre
Ne sera point ta mise en terre !
Militaire : Qu’on sonne la retraite !
Pour point qu’on ne vous maltraite.
Lyrique : Que ton sort n’affecte point
ta famille, tes proches, tes voisins.
Naif : Le confinement est fini ?
Je n’ai pas entendu de cérémonie.
Pratique : As-tu bien lavé tes mains ?
Et pris ton attestation pour le chemin ?
Voici ce que je peux dire comme Cyrano
Dans sa longue tirade du nez , un vrai joyau.
Tu n’es pas seul à vouloir la liberté
Mais le plus important, maintenant, est la santé.
Plus vite chacun prendra sa part de responsabilité.
Plus vite nous pourrons reprendre notre liberté.

DSC_0067

Journal d’un confiné #5

Le givre s’est déposé sur les toits, les voitures.
(Le printemps est arrivé en peinture ? )
Un merle se pavane devant ma fenêtre.
(Fait gaffe à ne pas disparaître).
Hier, j’ai échangé avec une caissière masqué.
(Avec une attestation cacheté ? ).
Je n’ai rien compris, ne voyant pas ses lèvres.
(Tu es sourd comme un conserve).
J’ai dû deviner selon ses gestes et regards.
(T’as du être comme un hareng, hagard !).
J’ai été controlé par une policière.
(Tu as été pris dans une souricière).
J’avais bien mon attestation mais pas de papiers.
(La grosse boulette sentant les pieds).
J’ai juste eu un avertissement verbal.
(C’est une chance à mille balles).
Revenu à la maison, j’étais soulagé.
(Après s’être lavé, nettoyé, ménagé).
Le ciel bleu d’azur m’appelle à sortir.
(Fichtre, reste à la maison fakir !)
Alors j’ai voyagé sur Google Earth.
(Merci pour la rime en Earth).

Je nous souhaite de déconnecter
De vous saupoudrer de sérénité.
Je nous souhaite un autre regard
Sur notre quotidien qui se bagarre
Entre nos enfants et notre travail.
Je nous souhaite des trouvailles
Pour soulager nos héros quotidiens.
Ne soyons point tragédien.

Prenez bien soin de vous les amis !
Et protégez vous sans répit !

Oiseaux (2)_02