A Acceo, une rencontre avec des youtubers sourds

Bonjour à tous,

Hier, j’ai assisté à une très riche rencontre avec des youtubers, blogeuses, bédéistes sourds dans les locaux d’Acceo/Tadéo.

Tous les moyens ont été mis pour que nous puissions comprendre avec une interprète en langue des signes et une retranscription écrite.

J’ai été épaté et très intéressé par toute l’énergie déployée pour favoriser l’accès au téléphone pour joindre des entreprises, des banques, des collectivités etc…

Acceo a mis en place une application pour permettre aux personnes sourdes et malentendantes de trouver et contacter gratuitement, par téléphone, les établissement accessibles. Pour l’instant, il y a 22 000 structures accessibles à travers la France.

(Cliquez sur l’image pour accéder à l’application😉 )

Je leur souhaite beaucoup de réussite dans leur entreprise pour permettre une accessibilité aux plus grands nombre dans un maximum de services.

Voici la liste des youtubers, blogueuses, bédéistes qui étaient présents :

  • Titi – Titi et Lulu – Des soeurs youtubeuses complètement déjantés et instructives sur le monde des sourds.

  • Lucas Wild – un futur star de la mode évoque la surdité avec humour, avec spontanéité et sans tabou!

 

 

Voyage d’un jeune réfugié vers l’inconnu – 1

(Récit imaginé en m’inspirant des faits réels)

 

Je suis angoissé. Je respire tout doucement.

Je monte dans le bus vers une destination à peine choisie.

J’ai pris au pif. La Provence. Pourquoi cette région ?

Pour avoir plus chaud sans doute.

Je suis fatigué. Je tremble de froid. Ou de peur ?

Je ne comprends pas ce que me disent les français.

A peine quelques mots. Mais je peux sentir si c’est contre moi ou pas.

Par leur voix, leur mimique du visage. Surtout le regard.

Heureusement, j’ai un ami avec moi. Un ami de mon pays.

Comme la plupart de ceux qui ont vécu dans la jungle,

On a bravé le désert, les violences des passeurs, les tortures.

Puis l’infinie eau salée qui pouvait nous engloutir à tout jamais.

J’avais confiance malgré tout. Je n’avais plus rien à perdre.

J’avais tout à gagner en fuyant les bombes qui ont dévasté mon village.

Mes parents n’ont pas survécu. Mes trois frères sont partis vers l’Angleterre.

Je ne sais pas s’ils sont vraiment arrivés. Je n’ai plus réussi à les joindre.

Abdul, mon ami, n’a pas voulu me lâcher pour me lancer à la recherche de mes frères.

Et surtout pour trouver un lieu où nous pourrions vivre et non plus survivre.

Me voici donc dans le bus, assis sur du plastique qui protège les fauteuils.

Je ne me sens pas contagieux pourtant. J’ai pu prendre ma douche hier.

Froide certes,  mais une douche quand même.

Un blanc m’a offert un IPAD pour que mon voyage soit moins pénible.

Que puis-je craindre ? Que le bus chavire ou coule ?

Cela m’a l’air plutôt stable.  Mais est-ce que le chauffeur n’est pas un pourri

Qui pourrait nous abandonner en plein milieu du pays sans savoir où l’on pourrait aller ?

C’est idiot. On nous a promis qu’on serait en sécurité et qu’il y aurait des gendarmes pour veiller sur nous.

Faut leur faire confiance. Je n’ai pas le choix. Même si j’ai vécu une très mauvaise expérience en Hongrie. Je préfère ne pas en parler.

Si je devais me méfier de tout, je ne pourrai plus vivre. Je suis déjà angoissé à la base. Ce n’est pas la peine d’en rajouter une couche.

Le bus roule depuis un temps. Cela me semble une éternité ce voyage et pourtant, je suis de plus en plus apaisé.

Quand trouverai-je mes frères ? Sont-ils encore vivants ?

Dieu seul le sait.

(A suivre)

Entre deux mondes (Entendant et sourd)

Je suis bien entre deux mondes.

J’oralise puisque je vis dans le monde des entendant.

Ma famille est entendante.

Mes amis sont entendants.

Mon entourage est entendant.

A quoi bon que j’apprenne la langue des signes ?

Et pourtant je suis aussi dans le monde du silence

Quand j’éteins mon appareil, je suis dans le silence complet

A part quelques gros bruits pour un klaxon, une moto qui démarre

Ou des feux d’artifice.

Même avec mon appareil, il m’arrive souvent de ne pas entendre des mots

Dans un groupe, dans un contexte bruyant ou quand la personne parle mal.

J’oralise et cela me va très bien. J’aime beaucoup parler.

Je peux être un vrai moulin à paroles,

Et si je pouvais, je ferai des monologues sur scène.

Et pourtant, je reconnais que j’aime aussi parler avec mes mains.

Je l’utilise parfois avec quelques personnes entendantes, dans un groupe ou bien quand mon appareil tombe en panne loin d’une pile de rechange.

Non, la langue des signes n’est pas totalement absente de mon quotidien.  Un minimum mais présente.

Je trouve qu’être entre deux mondes est enrichissant. Je ne suis pas encore bilingue puisque je ne maitrise pas la langue des signes. C’est un atout qui ne serait pas négligeable pour pouvoir jongler entre le monde des entendants et le monde des sourds.

J’avoue que cette situation n’a pas souvent été confortable. Même très désagréable avec un sentiment de n’appartenir à aucune communauté, comme un apatride. Alors que c’est faux, bien sûr puisque nous avons tous un lien qui nous unit. Notre humanité. (Trompettes….).  Je sais, trop facile mais tellement évident.

Etre entre deux mondes, ce n’est pas avoir le cul entre deux chaises. Enfin, ce n’est le plus le ressenti que j’ai actuellement avec moult et mûres réflexions.

Ce que je souhaite vraiment, c’est que chacun d’entre nous puisse faire des rencontres le plus juste possible, avec une ouverture la plus grande possible sur ce qui nous entoure.

Ce que je souhaite aussi, c’est de ne plus s’arrêter à des idées fermées à cause des mauvaises rencontres. Je parle pour moi aussi. Il faut sans cesse explorer les possibilités et de pouvoir être à l’aise dans son identité.

C’est ce qui est le cas, je me sens de plus en l’aise dans ma position de sourd oralisant, en étant libre de choisir mes moyens de communications et en s’adaptant aussi aux contextes.

Pleins de courage donc à chacun et chacune.

Survie dans un taudis

Il fait froid et humidasse.

Jimmy tente de se réchauffer.

Les murs sont très mal isolés.

Un courant d’air désagréable se faufile sous la porte d’entrée.

Les moisissures prennent leurs aises dans les recoins de la salle de bains

Et de la cuisine.

Il voit la vaisselle s’accumuler. Il n’a pas le temps.

Il veut fuir de son studio pour aller au travail.

Son studio ? C’est plutôt un cagibi ouvert aux fantômes.

Aux mauvais esprits qui encombrent ses pensées.

Jimmy aimerait bien prendre le temps de réfléchir

Mais comment ? L’Esprit financier le tourmente.

Il a peur de ne pas finir le mois.

L’Esprit de la faim le guette à tout moment.

L’Esprit de la santé a pris ses vacances.

L’Esprit de la soif l’enveloppe parfois

Quand il ne peut plus payer l’eau.

L’Esprit d’Amour a fait ses valises pour un temps

Car il est trop encombré par ses esprits qui le fait plier de douleurs, parfois.

Mais l’esprit d’Espérance est toujours là, discret malgré tout.

Jimmy ne chancèlera pas, il ne veut pas finir dans la folie.

Il le pourrait avec sa solitude dans ce taudis.

Il cache sa détresse à ses collègues de travail.

Ils ne le savent pas. Il a trop honte.

A quoi bon ? On le considère comme un travailleur modèle.

Il ne veut pas briser ce mythe.

On verrait une incohérence entre ce qu’il vit chez lui et à son boulot.

Il ne voudrait pas être rejeté, renié, trahi.

Son travail, c’est ce qu’il aide à tenir.

Alors il ne peut pas se permettre de ne plus avoir d’emploi.

L’esprit du désespoir pourrait pointer ses gros sabots.

Que vaudrait alors sa vie ?

 

Le mal-logement n’est pas une fatalité. Chaque homme, chaque femme, chaque enfant devrait vivre dignement, avec un minimum de confort.

Est-ce que l’homme, accaparé par tant de soucis ou qui vit dans l’inconfort permanent, peut prendre le temps de réfléchir, de débattre et penser à l’avenir de son quartier, de sa ville, de son pays ou de sa planète ? Tout dépend de ses priorités.