Chroniques d’un éducateur #13 Quelques vers de savoir-être

Au gré du quotidien, un petit café pour tenir
Résister au bruit et garder le sourire.
Juste une présence, parfois une tasse de thé
pour rassurer, conforter dans sa dignité.
Tentation d’une bière pour affronter la violence
Encaisser, respirer face aux insolences.
Un verre de rosé entre collègues d’infortune
pour se chambrer, se défouler sans rancune.
Etre clair dans ses intentions, sans voir flou
Malgré ses quelques verres à devenir chelou.
Conjuguons le savoir-faire et le savoir-être
Pour un cadre aux milles fenêtres.
Jongler entre ses valeurs et les injonctions
Et donner le meilleur, sans disjonction.
Toujours y croire, avoir un regard ajusté
Et oser se décaler pour se protéger.
Je nous souhaite un verre plein d’envie
A votre juste mesure, évitons la survie.
Un petit verre de sirop d’humour
Pour éviter la routine de chaque jour.
Un dernier vers pour la route
Pour vous souhaiter aucune déroute.


Chroniques d’un éducateur #11 L’art de faire équipe… ou pas !

Lors de mes remplacements, j’ai pu découvrir la diversité des équipes. J’ai pu prendre du plaisir à travailler avec certains et certaines, ce qui rendait le travail beaucoup plus agréable. Et puis d’autres remplacements avec des collègues très désagréables, peu importe leur fonction, AMP, ME, Aide-soignant, psychologue, etc….
Dernièrement, je ne pouvais pas supporter une collègue qui infantilisait les résidents adultes, parlait sur un ton désagréable (oui, c’est subjectif), avait une attitude hautaine à mon égard car je n’étais que remplaçant.
Alors comment faire équipe avec des personnes que nous choisissons pas, et surtout avec des personnes qui nous agacent ?
Cette réflexion pourrait se retrouver partout, dans n’importe quel domaine de travail.
On pourrait croire que dans le social, nous pourrions nous entendre, avoir des points communs. Possible quand nous avons travaillé sur nos objectifs de travail, quels postures doit-on prendre envers ceux que nous accompagnons au quotidien ? C’est aussi tout le travail du chef de service, de la coordinatrice de permettre un travail d’équipe, d’être en confiance et en cohésion. Et surtout de l’humour et de la bienveillance.
C’est bien beau tout ça Vivien ! En théorie, c’est beau mais en pratique, il faut jongler avec les personnalités de chacun et chacune, de leur façon de travailler. Il faudrait être en capacité aussi de pouvoir d’écouter, de communiquer, d’échanger.

« L’équipe est l’un des tout premiers outils de l’éducateur, celui sans lequel il ne peut pas exercer convenablement son métier. »
Philippe Gaberan

Si on se laissait aller, on aurait envie de baffer un collègue insupportable, ou d’engueuler une collègue qui dépasse les limites envers une personne que nous accompagnons.
C’est un sacré travail sur soi pour pouvoir avancer dans la diversité des expériences.
Je me souviens d’excellents échanges avec certaines collègues sur nos pratiques, sur la façon de faire grandir les jeunes, sur la façon d’être juste présent et de ne pas être que dans le faire. Cela m’avait permis d’étoffer ma pratique professionnelle et de comprendre certaines situations.

Echanger sur nos pratiques est une clé phare pour faire avancer une équipe.
Echanger aussi sur ce qui nous pèsent, nous rends vulnérables aussi tout évitant le jugement, la manipulation, la malveillance.
La communication bienveillante est un très bon outil mais qui est à utiliser dans de bonnes conditions. Se former aussi essentiel.
Faire circuler les informations est tout aussi important pour éviter les couacs.

Oui, je sais, ce n’est jamais simple surtout quand nous sommes fatigués, quand nous sommes confrontés à des violences du public ou une violence institutionnelle.

– Vivien, t’es un peu mal placé pour parler d’équipe puisque tu ne fais que des remplacements. Tu es juste de passage !
Et alors? L’importance d’un équipe qui roule bien, c’est de pouvoir travailler dans de bonnes conditions et surtout cela impacte sur les personnes que nous accompagnons. Mon objectif est de rendre le quotidien des adultes ou des jeunes moins pénible et que la dignité de chaque personne soit respectée.

J’aime bien quand les règles sont claires dans le fonctionnement d’une équipe, que chacun et chacune sait ce qu’il fait. J’apprécie quand je peux travailler en tout confiance, que j’ai ma place, ce qui n’est pas souvent le cas hélas. Cela m’arrivait être infantilisé, me prenant juste pour un bouche-trou.

Alors, et vous ? Comment vivez-vous le travail en équipe ?
Quels sont les moyens que vous mettez en oeuvre pour une meilleure cohésion d’équipe ?
Aussi lâchez-vous, avec bienveillance ! 😉


Oui, je sais, je suis vache pour mettre cette photo pour illustrer

Chroniques d’un éducateur #8 Les soins dans une relation éducative

En tant qu’éducateur spécialisé, on pourrait ne pas imaginer faire la toilette à ceux que nous accompagnons. « Surtout pas, c’est le rôle des AMP ou des aides-soignants ».
Et pourtant, quand nous travaillons dans un foyer de vie, dans un internat, nous sommes plus amenés à faire les toilettes ou à les accompagner dans leurs gestes pour se laver.
Il est vrai qu’au début, cela peut paraitre rebutant et pourtant c’est un acte essentiel de la vie quotidienne : la propreté et le bien-être. Puis c’est le premier contact dans la journée entre l’accompagnant et le résident. Cela permet de tisser un lien avec la personne, dans la délicatesse du soin et de l’écoute dans ses besoins.

Instant culture : le mot Toilette vient du latin « Texere, textus » qui signifie « tisser » De tellette (toile), fin 14ème siècle, ce mot désignait une petite pièce de toile qui servait à envelopper la marchandise.  (Source : Sociodoc)

Etre à l’écoute de ses postures agréables ou pas, être dans la méthode pour amener le résident à vivre la toilette le plus sereinement possible. Enfin, facile à dire que de faire pour certains résidents. Les premières fois, j’ai été maladroit comme tout apprenant et en même temps, je prenais le temps de rassurer, de lui parler et de veiller que tout se passe bien.
Lors des habillages, ces derniers jours avec certains, j’ai amené de l’humour ce qui a a été très apprécié car se dévoiler tout nu et se laisser manipuler, ce n’est jamais simple. Même si pour certains, c’est habituel.

– M’enfin Vivien, arrêtes un peu, c’est tellement évident !
Hélas, pas pour certains, en discutant avec une collègue aide-soignante, elle me partageait que des éducateurs , éducatrices refusaient de « mettre la main à la m »..euh à la pâte. « Chacun devait tenir son rôle ».
Et bien non, hier et aujourd’hui par exemple, nous étions un aide-soignant, une maitresse de maison et moi, éduc spé, pour s’ccuper des toilettes de 9 résidents. Pour certaines personnes, c’était nécessaire que nous soyons deux pour des cas lourds. D’une pour éviter de se faire mal au dos, et de deux, on risque de faire moins d’erreurs. Attention, toujours avec l’accord de la personne. Je me souviens d’avoir demandé à une jeune de choisir qui ferait la toilette. Toujours important que sa parole puisse être respecté le plus possible. C’est évident mais parfois des accompagnants l’oublient et tombent dans la routine, avec des gestes mécaniques jumelés avec la fatigue, oubliant de mettre de la tendresse malgré tout.

Pour ma part, je trouve que c’est un bon moyen de travailler en équipe quand il le faut, et cela peut permettre aux résidents d’être rassuré sur une bonne ambiance qui pourrait régner au sein d’une équipe (quand il y en a!). Cela peut sécuriser la personne d’évoluer dans un cadre sain.

Dans le référentiel du diplôme d’éducateur spécialisé, certaines compétences sont en lien direct avec les toilettes: Instaurer une relation et favoriser la construction de l’identité et le développement des capacités
Et oui, permettre à la personne de réapproprier son corps, de faire les gestes appropriés l’amenant à être propre pour lui-même et les autres.

J’avoue que parfois, avec la fatigue, on essaie d’être le plus pragmatique possible et le plus efficace. Mais quels sont nos priorités ? Quels moyens avons-nous à disposition pour accompagner la personne le plus sereinement possible ?

A vos claviers et témoignages ! Sans tabous !

Poupée de ma fille, appelée Fatou ! Les deux jambes et le bras gauche ont disparu 😀


Chroniques d’un éducateur #7 La violence des mots et des gestes

Bonjour tout le monde, je voudrais évoquer avec vous la violence des mots que nous employons envers les personnes que nous accompagnons. Et de la violence en général dans nos institutions.
Comment doit-on parler d’eux ?
Est-ce que ce sont des patients ? Non, certes nous ne sommes pas des soignants.
Des usagers ? Cela fait comme des usagers de transports en commun. Des personnes qui utilisent un service de manière passager.
Des clients ? Bof, pas vraiment. Le service après-vente laisse à désirer parfois. Puis ils ne choisissent pas ce que nous leur proposons dans une très grande partie de la population concernée.
Des résidents ? Cela fonctionne bien pour ceux qui sont en foyer, c’est neutre, pas stigmatisant. Enfin, il me semble.
La manière comment nous nommons ceux qui nous sont confiés influence notre regard et notre vocabulaire.

Ensuite, cela peut paraitre évident, comment nous leur parlons ?
Pour certains, on pourrait croire qu’ils ne comprennent rien à ce qu’on leur dit et on pourrait se permettre des phrases dures comme pour évacuer une impuissance que nous avons face à la situation.
Dans le domaine de la déficience intellectuelle, on peut tomber dans des mots dures face à des situations de crise : « Arrête de faire l’imbécile ». « Tu fais chier ».

Comment doit-on se positionner face la violence ?

Il est clair qu’il est hors de questionner de l’utiliser à des fins éducatifs ou non. La violence n’est jamais justifiable. Même sous le coup de la colère, de la fatigue, de l’épuisement. Et si cela se produit, il ne faut pas avoir honte, en parler, comment prévenir ces gestes ? Se passer le relais, certes mains encore ?

Mais il ne faut pas oublier que nous sommes des êtres humains. L’éducateur spécialisé n’est pas superman. Je ne suis pas superman. Nous ne sommes pas rodés contre la violence.

C’est un travail de toute une vie d’éviter la violence, de passer par les mots, par des gestes pour contenir cette violence. Pour protéger le jeune, pour protéger l’entourage du jeune et pour se protéger.

La violence de toute forme doit être sanctionnée mais de manière proportionnée en fonction du contexte. Nous ne devons jamais être seuls face à la violence. L’équipe est là pour ça. Pour résoudre les conflits, dégonfler les abcès, mettre des mots sur des maux.

Pour ma part, j’en ai fait l’expérience et j’en ai fait les frais. Des circonstances atténuantes et une direction qui ne m’a pas du tout soutenue. Un licenciement pour faute grave à cause d’un parent bien placé dans les sphères du pouvoir. C’est ballot, c’est tombé sur son fils. Comme si je l’avais fait exprès. (Voir « Mon histoire de Burn-out, y a 10 ans pile-poil)

La responsabilité n’incombe pas qu’à une seule personne. L’équipe est responsable aussi de chacun des membres qui travaille du mieux qu’il peut, avec ses capacités, compétences, son histoire et son énergie qui peut avoir hélas des limites.

Y a plusieurs types de violences auquel nous sommes confrontés en fonction du public.

Des violences physiques volontaires par des jeunes ou adultes en colère, conscients de leurs actes ou bien en crise.

Des violences verbales et psychologiques.

Puis des violences physiques par des jeunes qui n’ont pas conscience du mal qu’ils font, comme certains enfants avec des troubles autistiques ou d’autres types de handicap. Là, c’est l’impuissance face à cette violence qui peut être déroutant, nous désarmer la plupart du temps.

Je sais bien qu’ils y a des structures qui dysfonctionnent avec des violences institutionnels qui engendrent souvent de la violence, une insécurité chez les jeunes et au sein de l’équipe.

Et heureusement, ils existent des structures qui fonctionnent très bien et en cela, il est important de croire que des solutions existent pour faire face la violence, pour l’endiguer, la canaliser en des énergies positives. La violence n’est jamais gratuite et elle ne vient jamais de nulle part.

Nous avons chacun notre part de responsabilité dans l’ambiance, l’énergie qui en découle entre les différents acteurs (jeunes, éducateurs, personnels, direction, partenaires et parents).

Pouvoir réguler cette violence entre certains de ces acteurs, c’est un véritable jonglage diplomatique et un équilibre sans cesse à retrouver entre nos choix professionnels, notre raison et nos convictions, notre cœur d’homme ou de femme.

La violence ne doit être jamais une réponse, ni un moyen éducatif. Elle est pourtant là et on doit la dompter, l’apprivoiser.

Bon courage à chacun et chacune.

Rétrospective anniversaire « Sourd et certain »

Bonjour à tout le monde, cela fait deux ans que j’ai fait imprimé le livre « Sourd et certain » à 500 exemplaires + 200 exemplaires l’année d’après. Il m’en reste 65 exemplaires.
Les livres se sont retrouvés en Belgique et au Québec, et bien sûr en France dans toutes les régions.
Ce projet de publication s’est fait grâce à la campagne Ulule et qui a été un succès grâce, en partie à l’APIRJSO puis un de mes partenaires Talentéo pour la communication de mon projet (Il a fêté ses neufs ans fin février! ).

Mon livre a permis de faire de belles rencontres à travers des salons, mes conférences-théâtralisées « Au secours, j’ai un collègue sourd », des colloques.
Voici quelques photos souvenirs :-).

Mars 2019 à l’auditorium de Chaponost
Au Colloque du Bucodes à Paris
avec Dhafer, octobre 2019
Au salon Autonomic de Rennes
Début octobre 2019
Mensuelle APADLO septembre 2019
Salon Handica à Lyon
Mai 2019

Pardon ? vous ne savez pas de quoi parle le livre ? Voici une piqure de rappel (pas douloureuse !)

Vous hésitez à l’acheter ?
Voici quelques retours que j’ai pu avoir 🙂

« Sourd et certain » de Vivien Laplane. La surdité est simplement et joliment mise en mots. Pour mieux comprendre et surtout mieux communiquer 😉

Catherine S

Je confirme sûr et certain, très bon livre

Séverine

Bravo Vivien enfin dans la lumière qui s’oralise comme un rayon de soleil

Aurélie

Ton livre est très clair, très accessible avec des mots simples.Très agréable au niveau lecture

Secret confidentiel 😀

Je viens de terminer la lecture du livre « Sourd et certain » de Vivien Laplane. Un livre constitué de plusieurs petits textes, que je recommande grandement et que l’on devrait mettre entre les mains du plus grand nombre. Un livre qui apporte un regard fort intéressant sur la vie d’un sourd entendant dans sa vie personnelle et professionnelle et qui nous ouvre les yeux sur les difficultés qu’il peut rencontrer dans son quotidien et ses relations aux autres. Un livre qui rappelle que c’est à nous, entendants, de nous adapter au handicap par de petites actions simples, qui faciliteront la vie des personnes vivant avec, comme par exemple : s’exprimer face à la personne qui n’entend pas bien ou encore ne pas parler tous ensemble lorsqu’on est en groupe. Bravo Vivien Laplane pour cet ouvrage !

Nicolas M.

J’ai lu votre livre avec plaisir et j’ai découvert que ce n’était pas si simple de vivre avec la surdité ! j’aurai eu tendance à penser que la fait d’être appareillé permettait de tout résoudre. Autant pour moi. Mais on sort de ce livre avec le sourire grâce à la poésie et l’humour. Donc le message passe tout seul . .

Myriam P.

Merci pour ce livre qui m’a permis d’effleurer le monde du handicap, de comprendre le parcours, la volonté qui amène à l’espérance . C’est un livre pédagogique à diffuser, avec un beau message d’amour pour ses parents à la clé. Bravo

Anonyme

Cela vous tente ? N’hésitez pas à le commander et à en parler autour de vous, à votre médiathèque etc.
Pour le commander, cliquer sur l’image 🙂 et je vous ferai une dédicace !

Au Comptoir à Chaponost, septembre 2019 !

Chroniques d’un éducateur #6 Avantages et inconvénients du travail en intérim

Bonjour à tout le monde,
Même si j’ai bien passé 4 jours de travail en intérim la semaine dernière et au lieu de raconter mon quotidien , j’ai souhaité faire le point sur mon choix de travailler en tant que remplaçant, et de voir avec vous quels sont les avantages et les inconvénients.

Les avantages ?
. Liberté d’action
Tout d’abord, c’est pouvoir travailler à mon rythme avec les missions que je réalise aussi en libéral.
C’est la satisfaction aussi de pouvoir choisir les lieux de travail et répondre aux besoins des structures.
Je n’accepte pas n’importe quelle mission car je ne peux pas travailler avec tous les publics, pour ne pas me mettre dans des situations difficiles.
Variété de missions
Ensuite, c’est découvrir la richesse de la diversité des structures, et faire de belles rencontres tant au niveau des collègues et des résidents / jeunes.
. Agrandissement du portefeuille de compétences.
Cela me permet aussi d’élargir mes compétences et de pouvoir faire preuve d’adaptabilité et de créativité avec des publics très diverses. J’ai pu travaillé alors avec des adultes autistes sévères, des adultes IMC, des adolescents et jeunes déficients intellectuels soit en journée ou en internat.
. Mieux payé
Et bien sûr, si je passe par une agence d’intérim, j’ai des primes de précarité avec l’IFM (‘indemnité de fin de mission) et l’ICCP (indemnité compensatrice de congés payés).

Mais Vivien, et la relation éducative ? Qu’en fais-tu ?
Effectivement, cela fait partie des inconvénients dans l’intérim en tant que travailleur social !

Les inconvénients
. Précarité
logique car on ne sait jamais quelles missions j’aurai dans le mois suivant, c’est toujours de l’imprevu. Cela m’est arrivé d’avoir une semaine sans rien, mais cela devient rare car je commence à me faire connaitre. Mais ce qui est sûr, je n’ai pas de projets de faire carrière ni de décrocher un CDI à temps plein. Ce qu’il me faudrait, c’est d’avoir 3 fois 20% car pas mal d’éducateurs / éducatrices souhaitent travailler à 80%. Non, pas vous ?
. Relation éducative très passagère
C’est sûr que ce n’est pas très bénéfique pour les résidents, usagers quand il y a un remplaçant. Et pour ma part, il me faut ingurgiter pas mal d’informations pour ne pas commettre d’impairs. C’est pour cela que j’apprécie les lieux où ils ont un classeur pour les remplaçants, avec les récapitulatifs de chaque jeune et le déroulement de la journée type. J’apprécie quand c’est écrit car cela m’arrive de ne pas tout retenir auditivement.

Alors, pour ceux qui ont travaillé en intérim ? Comment le vivez vous ?
Et ceux qui accueillent des remplaçants, comment les recevez-vous ?

Consommons local et responsable

Bonjour à chacun et chacune,
Ces temps-ci, nous sommes invités à consommer au niveau local et de manière responsable. Il s’agit pour nous de donner du sens à nos achats comme des expériences à offrir ou bien des cadeaux inédits et étonnants.
Comme le savent certains, je fais partie d’une coopérative d’activitées : Graines de Sol.
Avec douze talents engagés, nous nous sommes réunis dans un catalogue solidaire magnifiquement orchestré par Joan.

Je vous invite à télécharger le catalogue et découvrir les différents offres allant du bien-être, de la culture jusqu’à l’artisanat :

Interview d’un éducateur insolite

Bonjour Séraphin, vous êtes éducateur dans un foyer expérimental accueillant des jeunes fracassés par la vie mais aussi des jeunes qui veulent donner un sens à leur vie. Quelle est votre parcours ?

De combattant, je dirais. J’ai travaillé tout d’abord des années dans une Maison d’enfants à Caractère Social puis en CHRS. J’ai travaillé auprès de publics très divers et variés. De toute culture, de toute religion, de toute catégorie sociale car leur point commun était la vie qui ne leur a pas fait de cadeau. Surtout des parents dépassés par les évènements, maltraitants malgré eux parfois.

Y a-t-il des moments où vous ne pensez plus à votre métier que vous exercez depuis trente ans ?

Oui, quand je dors. Et encore !

Pourquoi ce métier ?

Je pourrai vous poser la même question. Pourquoi êtes-vous journaliste ?

C’est moi qui pose les questions, vous permettez ?

La remise en question est constructif vous savez. Ce n’est pas péjoratif. Prendre de la distance est nécessaire…. Pourquoi ce métier ? C’est ce métier qui m’a choisi et j’ai été porté par cette dynamique. Y –t-il des raisons valables ou non valables ? C’est comme si vous me demandez pourquoi j’aime ma femme ?

Je ne savais pas qu’un éducateur philosophait.

C’est très important pour s’entretenir. Nous ne pouvons pas être que dans l’action. N’être que dans le faire, on s’épuise, cela devient une routine.

Vous ne vous êtes jamais emmerdé dans votre métier ?

Si, avec mes collègues. Avec les jeunes, c’est différent. C’est quand ça bouge que c’est intéressant. Quand ils sont calmes, il y a moins de matière à travailler. Quoique, cela dépend.

Revenons à notre sujet initial. Vous gérez un foyer expérimental où la direction est basée sur une coopération entre un éducateur et un gestionnaire. Que les règles sont posées avec les jeunes qui intègrent le foyer à chaque année. Et surtout qu’il y a une pièce interdite aux adultes sauf lors d’un gouter annuel, où la confiance est de mise. Chose étonnante, la pièce est la plus propre de la maison et magnifiquement décoré.

Oui, au début, c’était une pièce vide où les jeunes pouvaient taguer, aménager ce qu’ils voulaient. Au fur et à mesure, ils se sont rendus compte que le rangement, la beauté d’un lieu leur procurait un bien-être. Ils étaient heureux. Ils se sentaient chez eux. Comme dans leur chambre, on n’y pénètre pas. On fait le point avec le jeune dans une autre pièce. On fait très attention à ce que chaque jeune préserve son intimité et construit son identité propre.

Un concept revient souvent dans la philosophie de ce foyer : l’Amour. Cela ne fait pas bisounours ?

Cela le parait aux yeux d’une société qui recherche la performance, l’élitisme gommant les différences. Non, l’Amour doit être la base de notre société. L’Amour permet la confiance, le partage. Ne plus être gentils mais vrais comme chacun doit l’être au fond de lui-même et pas en fonction de ceux que disent les autres de manière négative. Nous essayons d’avoir un vocabulaire positif, valorisant même en posant un cadre, même si un jeune a fait une connerie. Nous n’évitons pas les conflits. On le provoque parfois si on sent qu’il y a un abcès qui s’infecte dans la relation, dans le mal-être. Tout doit être fait dans la bienveillance.

C’est difficile ce que vous demandez.

Bien sûr que c’est difficile. La vie est difficile et ce n’est pas une raison d’en rajouter plus pour se mépriser, s’ignorer, s’isoler et se noyer dans la rancœur.  Nous faisons en sorte que la différence soit une vraie richesse et qu’elle soit vécue. Pas des paroles en l’air. Nous le vivons au quotidien. Comment croyez-vous que j’ai réussi à tenir depuis trente ans ? Comment croyez-vous que des gens arrivent à garder le sourire malgré les galères, les souffrances renvoyés ceux que nous accompagnons.

Revenons à nos moutons.

Oui, nous avons des moutons dans notre grand parc. C’est une chance que nous avons d’être à la périphérie de la ville au bord de la campagne.

Ce n’est pas ce que je voulais dire.

Mais nous y sommes. Notre foyer s’ouvre une fois par mois aux habitants du quartier en organisant une fête avec des jeux, un buffet organisé par les jeunes. C’est toujours un succès même si au début, bien sûr, les gens étaient réticents.

Pourtant, on vous entend peu parler. C’est une initiative porteuse d’espoir pour notre société.

Vous m’étonnez en vous entendant. La plupart des journalistes sont souvent à la recherche de scoops, de faits croustillants, morbides, peoples.

Vous généralisez !

Tout à fait, j’en suis conscient. Je sais très bien aussi qu’il y a des journalistes qui font du très bon boulot et je souhaite vraiment que nous les entendions plus et que le profit ne soit pas le moteur du métier mais l’homme dans son ensemble.

Une dernière question. Votre plus mauvais souvenir ?

Aucun. J’essaie de ne me souvenirs que de belles choses. Les mauvais. Je les mets dans une malle : « A ne pas ouvrir sauf si c’est pour se faire mal ».

Merci Séraphin d’avoir accepté cette interview pour le journal « Rêve au concret »

Merci à vous aussi.


Interview fictif mais pensées réels. Ecrit en 2016 !

Educateur spécialisé, le retour

Après 9 ans de pause, j’ai décidé de reprendre mon métier d’éducateur spécialisé. Mais pas dans n’importe conditions pour ne pas à revivre mon burn-out vécu en mars 2011.

– Vivien, tu te grilles quand même en partageant cette experience, non ?
Oui et non. C’est faire preuve d’honneteté et de confiance. Et ayant fait ma première journée de remplacement mardi dernier, j’ai compris que j’ai gagné en confiance et maturité. 9 ans pour rebondir, s’affirmer, affiner ses armes, mieux se connaitre avec ses forces et limites. Puis j’assume mon passé. C’est derrière moi et aujourd’hui, j’ai évolué, mûri. C’est aussi une façon de témoigner qu’après un burn-out, on peut se relever, avec le temps qu’il faudra.
Comment j’ai vécu ma première journée ? Extrêmement bien malgré un gros stress en me levant. Logique et humain !
Je me suis régalé dans contacts avec les ados avec une déficience intellectuel (trisomie, austisme et autres). J’ai juste un peu ramé quand une jeune m’a parlé avec son masque. Je ne comprenais rien Et oui, je reste toujours sourd. J’ai dû faire appel à une de mes collègues. C’était aussi très appréciable de travailler en équipe, de pouvoir s’entendre sur le déroulement de la journée.
Comme activités, nous avons fait des jeux de sociétés avec comme but de mieux appréhender les habilités sociales. Et l’après-midi, ce fut tout simple, activités manuelles avec de la pate à modeler puis atelier nature (semis).
Alors, non, on ne fait pas de l’occupationnel, hein ! C’est toute une démarche pour que chaque jeune puisse évoluer dans un cadre sécurisant et qu’il puisse s’exprimer avec différents outils de médiation.

Le lieu où je travaillais était en campagne et il faisait un temps magnifique. Quoi de mieux pour reprendre le métier !

Hâte de continuer les remplacements !

Vivien, a sourd-in work # Educateur Spécialisé

Dans quoi je me suis embarqué pour vous raconter mes souvenirs d’éducateur spécialisé en peu de mots, de la formation à mes expériences professionnelles qui ont duré 3 ans – .
En 2004, quand j’ai intégré la formation pour être éducateur spécialisé, j’étais dans une promo spéciale, intensif pour deux ans car j’avais un bac+3. Nous étions donc 15 exactement.
Ces deux années d’études furent pour moi un vrai régal, avec une ambiance très cordiale, solidaire malgré quelques couacs. Je me souviens de la formatrice référente qui m’a beaucoup soutenu, surtout quand je passais des caps difficiles lors des stages. (Malentendues avec une salariée par exemple).
Au niveau de ma surdité, je suis très peu intervenu au sein du groupe pour demander de parler un peu plus fort. Je ne l’ai fait qu’une fois. Et cette fois-là, j’ai eu droit à une note d’un formateur sur mon bulletin : « Parle trop de son handicap ». Faut pas chercher à comprendre.
Il y avait deux matières qui furent plus difficiles pour moi : Le droit et l’économie. J’avais galéré pour faire les dossiers. Lors d’un cours, je me souviens d’avoir confondu en écoutant le mot constitution, j’avais entendu prostitution !
Mes matières préférées ? La psychologie du développement, le GAP (Groupe d’analyse de la pratique), psychosociologie et pédagogie.

Quels stages j’avais fait ? J’ai été dans une MECS (Maison d’Enfants à Caractère Sociale) pendant 3 mois, et pendant 9 mois, dans un ITEP (Institut Thérapeuthique Educatif et Pédagogique). J’ai mis le sigle de l’époque. Cela a changé entre temps.
Mon mémoire était sur « le jeu chez l’enfant ayant des troubles de la personnalité et du comportement ». Le titre exact était : « Viens…. Laisse-moi jouer ». J’avais créer des jeux coopératifs, ou adapté des jeux pour aider les jeunes à se concentrer et finir la partie. Un pur régal même si j’ai galéré pour l’écriture du dossier. L’oral en fin de cursus s’était très bien passé et les examinateurs avaient bien pris en compte ma surdité.
Les seules difficultés que j’ai eu, c’est de pouvoir gérer les conflits en groupe car je ne pouvais pas comprendre (j’entendais un mot sur deux) les jeunes dans un brouhaha. Puis je ne pouvais pas répondre aux insultes. Je pouvais juste deviner à travers les regards et les gestes. Ces difficultés se sont retrouvées quand j’ai été éducateur de rue pendant 6 mois en 2008-2009.

Au niveau professionnel, auprès de quels publics j’ai travaillé ?
Tout d’abord auprès des jeunes de quartier puis auprès d’ados ayant des troubles de la personnalités et du comportement dans un ITEP. J’ai bien compris par la suite que c’était pas un public pour moi car j’ai eu un burn-out en avril 2010.
Ne jamais se mettre en situation difficile !
Ne jamais aller au delà de ses capacités.
J’ai expérimenté auprès des adultes déficients intellectuels (un vrai plaisir) et enfin auprès des enfants ayant des troubles autistiques. C’est cette dernière expérience qui m’a valu le coup de grâce sur mon métier. J’avais beaucoup apprécié travaillé avec ce public mais les conditions de travail m’ont achevé.

– Vivien, c’est un peu déprimant ton témoignage là ! Un message positif à faire passer malgré tout ?
Ne jamais abandonner ses rêves, ses convictions !
J’ai continué à oeuvrer pour le social autrement, sur les handicaps à travers les écrits, divers petits boulots. Il m’a fallu du temps c’est sûr pour rebondir mais j’ai pu avancer, expérimenter.

Prochain boulot ? Je reviens un peu dans le temps car juste après mon diplôme d’éducateur spécialisé, j’avais décidé de partir en volontariat.
Je suis donc parti un an au Sénégal en tant qu’animateur socio-culturel dans un collège privé catholique.

Lors d’un atelier Expression artistique pendant ma formation d’éduc spé