Sourd toujours… mais je reste à votre écoute.

Sourd toujours.

Même si je suis appareillé et que je parle bien, je reste sourd.

Y aura toujours des trous dans les phrases entendues dans un groupe.

Il me faudra sans cesse inventer, m’adapter, innover quand des informations me manquent.

Gamin, j’adorais lire et je me régale toujours. C’est une chance car cela m’aide beaucoup à compenser.

L’écriture aussi. Je ne fais pas de la grande littérature mais cela m’aide à ouvrir les horizons.

Cela m’aide à échanger quand le message ne passe pas oralement ou mal.

Cela m’aide à poser les choses, à mieux m’exprimer, à prendre du recul.

La lecture et l’écriture ont été pour moi salvatrices.
Ma surdité me joue des tours à l’oral ou bien à l’écrit, j’ai toujours du mal avec les accords ou bien avec les propositions. Les lequel, auquel,duquel, dont etc… quel galère ! Les petits mots se faufilent à travers mes oreilles et je suis parfois obligé de faire des liens parfois insolites. C’est ce qui amène souvent à des malentendus. Plus souvent à l’oral bien entendu.

Sourd toujours.

Vaut mieux pas que j’oublie quand je veux prendre ma douche.

J’oublie souvent quand je fais du sport. Il me faut mettre un bandeau pour éviter la transpiration sur l’appareil. Sinon ça grésille et ça rouille.

Puis ça revient en pleine figure en groupe, quand les gens parlent bas.

Quand dans les transports en commun, ça parle aux haut-parleurs et que je n’y comprends rien.

Quand des inconnus, des commerçants ou autres parle dans leurs barbes ou tournent le dos.

Pourtant, je suis habitué mais parfois, ça devient barbant.

Je resterai toujours sourd mais cela ne m’empêche pas d’avoir une grande majorité d’amis entendants.

Cela ne m’empêchera pas d’accomplir mes projets de photographie, d’écriture et de théâtre.

 

J’aurais aimé être sourd quand des mots durs sont dit, hélas.

Même sourd, on peut ressentir des choses négatives à son égard. J’en ai fait l’amère expérience.

Je ne resterai jamais sourd aux encouragements, aux mots vrais et agréables.

 

Pleins de courage pour ceux qui galèrent et qui se battent.

Même si on baisse les bras parfois pour se poser, souffler, il faut toujours se relever.

Puiser dans ses ressources car chacun en a.

Et bien sûr trouver des personnes de confiance.

Sourd toujours… mais je reste à votre écoute.

Hasta la vie…

 

Audrey, sourde implantée, conductrice routiere

Audrey, jeune femme de 26 ans, vient de réussir son diplôme de chauffeur routier, catégorie poids lourds, permis C. Elle est la première femme sourde à le réussir.

Par Skype, nous avons échangé par écrit sur son parcours, sur son boulot au sein des routiers en majorité masculin et sa perception de la vie.

Parcours professionnel

Avant de devenir conductrice routière, elle a travaillé dans le domaine de la comptabilité , mais elle n’a pas pu trouver un emploi stable car souvent des difficultés se posaient à cause de sa surdité comme le téléphone. En parallèle, , elle faisait partie de l’équipe handisport CSO (équitation) et il fallait qu’elle passe son permis EB pour pouvoir transporter sa jument et c’est comme ça que qu’elle pris le goût d’aimer conduire. Et le fait de bouger avec sa voiture et van, c’est tout naturellement qu’elle s’est dirigée vers ce métier là.

Elle a donc commencé sa formation début janvier pour le Titre professionnel véhicule porteur terminé fin mars. Elle a entamé sa deuxième formation qui est plus professionnel pour passer le permis CE.

Sa réussite du permis C est une revanche par rapport à sa conseillère d’emploi qui pensait qu’elle n’y arriverait jamais.

Le monde des routiers

Audrey reconnaît que c’est un monde à part, car la majorité sont des hommes. Ces derniers parlent souvent de jolies femmes.

Un jour, elle avait mangé dans un restaurant routier, dès le premier jour, il n’y avait pas de femmes et elle était la seule. Là, tous les routiers se sont arrêtés de manger et de boire pour la regarder arriver.

A part cela, elle a la chance d’avoir un employeur sensibilisé au handicap. Là où elle a effectué son stage, c’était une coopérative dont le PDG est très sensible au niveau des personnes en situation d’handicap et il a offert une semaine de vacances de sport d’hiver à une classe d’enfants sourds, et a invité une classe d’enfants sourds à visiter et à monter dans les camions dans l’entreprise.

Elle va sur les routes régionales et parfois régionales. Mais jamais elle ne fera de l’internationale. Elle préfère éviter car elle ne serait pas rassurée par rapport à sa surdité et surtout pour sa sécurité la nuit. Etant une femme, il ne faut pas jouer avec le feu, ajoute-t-elle.

Lors de son parcours, elle a eu beaucoup de retours négatives comme quoi elle était bonne à rien, incapable etc. Donc du coup, c’est sa victoire sur la vie car elle a pu prouver à quel point elle pouvait réussir comme une personne « normale »

Sa perception de la vie

Depuis qu’elle a eu quelques décès dans sa famille, cela lui a fait comprendre à quel point la vie est courte, donc il faut la vivre à fond et donc si on a des rêves entre guillemets, il faut faire en sorte qu’on puisse les réaliser. Et elle a surtout envie de dire que malgré la surdité ou l’handicap en général, on peut en faire une force plutôt que d’en faire une faiblesse. Elle terminerais par cette citation qui la correspond assez bien : impossible n’est pas sourd.

Complément d’information

Elle est sourde et porte un implant. Cela ne se voit pas car elle porte des cheveux longs. C’est l’avantage d’être une femme. Elle oralise, signe et code un peu pour mieux clarifier certains sons qui se ressemblent.

Une petite dernière citation d’Audrey pour la route : «  Quand on veut, on peut, même si certaines personnes font tout pour te mettre des obstacles ».

Merci à Audrey pour son témoignage.

Nous te souhaitons pleins de courage et une belle continuation dans tous tes projets.

Florence, gérante de snack

Florence, jeune gérante de snack, m’accueille en m’offrant du thé. Détendue, elle me raconte brièvement son parcours de vie.

Ayant effectué pleins de petits boulots, elle préférait les jobs dynamiques où elle avait des responsabilités. Elle aimait prendre des initiatives et elle avait besoin d’être créative. Un jour, on l’a appelé pour gérer le snack. Elle a apprécié ce défi car pour elle, dans la vie, il faut se battre. En effet, on ne peut rien obtenir si l’on ne se bouge pas. Les choses ne viennent pas toutes seules. Et pourtant avant, elle l’a joué coolos mais depuis, sa perception de la vie a évolué, à cause de la pauvreté qui augmente. Pour elle, il y a un rétrécissement des possibilités dans la vie et pourtant, cela ne l’empêche pas de se battre, d’aller de l’avant.

Étrangement, quand elle fait de la méditation, elle a une vision de la vie complètement différente. En fait, on perçoit la vie en fonction du contexte, en fonction de son environnement, en fonction de son état intérieur.

 

Regard sur les gens qui nous entourent ?

Autour d’elle, elle a une impression que l’agressivité augmente mais sent qu’il y a un risque de projection que l’on peut faire sur l’autre. C’est pas facile en ce moment d’aborder les autres car elle voit l’autre comme un « ennemi », sûrement qu’elle a ouvert depuis une semaine et qu’elle appréhende.

Sans doute, il y a des phases de la perception de son environnement en fonction de ce qu’on vit.

 

La religion ?

Jamais baigné dedans et c’est une réalité qui est loin d’elle. Cela lui arrive d’apprécié la beauté d’une église mais sans plus. Mais au niveau spiritualité, elle apprécie le silence et a besoin d’espace d’intériorité.

Elle se sent responsable de sa vie et doit en faire quelque chose. Et pourtant, la vie est quelque chose de mystérieux où on ne sait pas jamais à quoi s’attendre. Cela ne l’empêche pas d’avoir moins peur.

 

L’actualité ?

Enervée. Très remontée et bien pessimiste sur l’avenir. On se fait bouffer par la colère, par la violence, dit-elle! Elle pense que ça va exploser à cause de la pauvreté qui s’accroit.

Pour elle, la religion catalyse la violence. Ce sont plutôt les hommes qui sont vecteurs de violence et non la religion.

 

Dans son commerce, elle adaptera la nourriture, qu’elle soit accessible à toute sensibilité (Halal ou pas, végétarien ou pas etc…).

Pourquoi ne pas évoquer ce qui nous rassemble au lieu de parler de nos différences qui fâchent ?

Nous avons fini notre discussion autour de l’IBM, l’Indice du Bonheur Mondial pour contrecarrer le PIB. Elle aurait aimé interroger les personnes qui sont dans cette optique et comprendre, à une époque où elle en avait entendu parler.

 

Merci à Florence pour ce témoignage !