BD : Tombé dans l’oreille d’un sourd

Oh un article ?

Pas encore de vidéo mais je voulais vous partager un coup de coeur pour une bande-dessinée :

C’est « Tombé dans l’oreille d’un sourd » de Grégory Mahieux et Audrey Levitre.

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Grégory et Nadège sont comblés par la naissance de leurs jumeaux, Charles et Tristan. Pourtant leur univers s’effondre lorsque le diagnostic tombe : Tristan est sourd profond.Comment alors, en tant que parents entendants, aider leur fils à s épanouir dans notre société d hyper-communication ? Comment respecter son identité propre dans ce monde qui laisse, au final, peu de place à l altérité ? Bref, comment prendre les bonnes décisions pour Tristan ? (source : Lirado)

J’ai été agréablement surpris du ton donné par l’auteur. Brut, sincère et qui résume bien les difficultés au quotidien dans les démarches administratifs et surtout au niveau médical. L’auteur révèle bien encore les énormes failles au niveau éducation par rapport à la Loi 02-2005. Il y a encore toujours un énorme décalage entre les paroles et les actes.

J’ai trouvé ça juste dans les explications sur les différents tests que leur enfant Tristan a du passer ainsi que les combats qu’ils ont du mener pour que leur enfant soit intégré dans un milieu ordinaire tout en restant en lien avec un établissement spécialisé.

Tous les thèmes sont abordés : le milieu médical, les centres spécialisés, l’école, les aides techniques, les disponibilités dans le travail, l’acceptation du handicap par les autres ou le devenir de l’enfant.

Il me semble important d’apporter un regard sans jugement sur la position des parents car cela pourrait faire hurler pour ceux qui seraient contre l’implant cochléaire. C’est leur choix et il est à respecter.

Le dessin est très agréable à regarder et se lit très facilement. J’ai beaucoup apprécié la mise en scène du vécu de Tristan. Je me suis parfois retrouvé dans ses colères et ses solitudes. Et là, je retrouve bien les attitudes des parents qu’auraient pu avoir mes parents.

Un témoignage que je conseillerai à ceux qui veulent en savoir plus sur le quotidien de parents d’enfants sourds, et même sur le vécu des enfants ballotté entre le silence et le bruit.

Et vous, l’avez-vous lu ?

Non ?

Qu’attendez-vous donc ? Courez donc chez votre libraire! 😉

Et hop, un interview de l’auteur dans Youbecom

Si tu crois en l’homme

Tu t’es assis sur ce banc, regardant l’horizon.

A l’ombre d’un instant, tu ressens une présence.

Peu importe quoi, elle t’apporte de la douceur

Loin des violences et des peurs véhiculées par les médias.

Tu reviens dans le quotidien où chacun de tes gestes prend un sens.

Tu vis tout simplement, avec les autres, toujours là à te sourire

Ou à te dire bonjour, à parler ou rire franchement du temps qui passe.

Les colères, les ragots te passent par-dessus la tête. C’est futile.

Tu sens une brise douce te caresser les cheveux. Nouvelle sensation.

Loin des larmes, tu reprends souffle car la vie continue avec tes rêves.

C’est ainsi que tu te lèves et prends le temps de ce que tu as à faire.

Tu essaie de revenir à l’essentiel à travers la musique, la culture, la joie d’être ensemble.

Tu as a mis aux oubliettes la haine et la vengeance. Il en faut du courage pour aimer.

Si tu continues en croire à l’homme, alors tu ne peux que rester debout et résister.

Si tu crois en chacun, tu ne sombreras pas dans l’oubli et l’indifférence.

Je te sens plus apaisé même si il y a des appréhensions. Rien n’empêche l’autre.

N’oublie pas de parler, de t’exprimer, de créer, d’innover pour grandir

Et construire un monde meilleur avec tes capacités du moment.

Tu pourras transmettre à tes enfants la force de l’amour et du lien.

Transmettre que tout est possible et que l’on peut vaincre la folie de certains hommes.

Tout est possible si tu ne restes pas seul et ça, tu le sais.

Si tu crois en l’homme, tout est possible !

 

Audrey, sourde implantée, conductrice routiere

Audrey, jeune femme de 26 ans, vient de réussir son diplôme de chauffeur routier, catégorie poids lourds, permis C. Elle est la première femme sourde à le réussir.

Par Skype, nous avons échangé par écrit sur son parcours, sur son boulot au sein des routiers en majorité masculin et sa perception de la vie.

Parcours professionnel

Avant de devenir conductrice routière, elle a travaillé dans le domaine de la comptabilité , mais elle n’a pas pu trouver un emploi stable car souvent des difficultés se posaient à cause de sa surdité comme le téléphone. En parallèle, , elle faisait partie de l’équipe handisport CSO (équitation) et il fallait qu’elle passe son permis EB pour pouvoir transporter sa jument et c’est comme ça que qu’elle pris le goût d’aimer conduire. Et le fait de bouger avec sa voiture et van, c’est tout naturellement qu’elle s’est dirigée vers ce métier là.

Elle a donc commencé sa formation début janvier pour le Titre professionnel véhicule porteur terminé fin mars. Elle a entamé sa deuxième formation qui est plus professionnel pour passer le permis CE.

Sa réussite du permis C est une revanche par rapport à sa conseillère d’emploi qui pensait qu’elle n’y arriverait jamais.

Le monde des routiers

Audrey reconnaît que c’est un monde à part, car la majorité sont des hommes. Ces derniers parlent souvent de jolies femmes.

Un jour, elle avait mangé dans un restaurant routier, dès le premier jour, il n’y avait pas de femmes et elle était la seule. Là, tous les routiers se sont arrêtés de manger et de boire pour la regarder arriver.

A part cela, elle a la chance d’avoir un employeur sensibilisé au handicap. Là où elle a effectué son stage, c’était une coopérative dont le PDG est très sensible au niveau des personnes en situation d’handicap et il a offert une semaine de vacances de sport d’hiver à une classe d’enfants sourds, et a invité une classe d’enfants sourds à visiter et à monter dans les camions dans l’entreprise.

Elle va sur les routes régionales et parfois régionales. Mais jamais elle ne fera de l’internationale. Elle préfère éviter car elle ne serait pas rassurée par rapport à sa surdité et surtout pour sa sécurité la nuit. Etant une femme, il ne faut pas jouer avec le feu, ajoute-t-elle.

Lors de son parcours, elle a eu beaucoup de retours négatives comme quoi elle était bonne à rien, incapable etc. Donc du coup, c’est sa victoire sur la vie car elle a pu prouver à quel point elle pouvait réussir comme une personne « normale »

Sa perception de la vie

Depuis qu’elle a eu quelques décès dans sa famille, cela lui a fait comprendre à quel point la vie est courte, donc il faut la vivre à fond et donc si on a des rêves entre guillemets, il faut faire en sorte qu’on puisse les réaliser. Et elle a surtout envie de dire que malgré la surdité ou l’handicap en général, on peut en faire une force plutôt que d’en faire une faiblesse. Elle terminerais par cette citation qui la correspond assez bien : impossible n’est pas sourd.

Complément d’information

Elle est sourde et porte un implant. Cela ne se voit pas car elle porte des cheveux longs. C’est l’avantage d’être une femme. Elle oralise, signe et code un peu pour mieux clarifier certains sons qui se ressemblent.

Une petite dernière citation d’Audrey pour la route : «  Quand on veut, on peut, même si certaines personnes font tout pour te mettre des obstacles ».

Merci à Audrey pour son témoignage.

Nous te souhaitons pleins de courage et une belle continuation dans tous tes projets.

Un sourd aime entendre….

Quand je suis seul, j’aime entendre le silence se poindre au creux de mes oreilles.

Surtout après avoir affronté la foule, le bruit des voitures, les travaux ou les machines qui ont tourné dans la maison.

J’aime entendre des voix douces et paisibles où je peux comprendre chaque mot, dans un environnement calme.

J’aime entendre une articulation simple, sans être exagéré. Cela me fatigue moins. je ne suis pas obligé de me concentrer.

J’aime entendre la voix de la personne avec son regard, ses lèvres. Je peux mieux apprécier la parole, cerner ce qu’il veut me transmettre.

J’aime entendre la musique surtout quand c’est harmonieux,  selon certaines fréquences et à un taux de décibel agréable. J’aime surtout quand c’est dynamique et puissant aussi comme les symphonies classiques etc…

J’aime tendre mon oreille dans la nature pour capter les chants des oiseaux ou le roucoulement d’un ruisseau.

J’aime , ô combien j’aime entendre des choses positives, constructives, épanouissantes ancrées dans la réalité.

Bien sûr qu’il y a des trucs, des machins que je n’aime pas mais je préfère évoquer ce qui est positif. Très important, pour le moral. J’ai bien conscience des horreurs et des conneries en ce monde mais il n’y pas que ça ! Deux poids, deux mesures. J’ai choisi de nourrir ce qui est positif, ce qui fait grandir chacun de nous avec ses qualités et défauts. Tout est dans la nuance et le juste milieu.

Et vous, qu’aimez-vous ?

Un sourd en colère

Bonjour à tous,

 

Pourquoi je suis en colère ?

Je me révolte contre des personnes qui mettent les sourds dans des cases.

Je me révolte contre des sourds qui font aussi de la discrimination et font des généralités.

Je suis révolté contre les personnes eux-même entendants, qui signent et se permettent de catégoriser les sourds, genre cette personne ne signe pas donc elle n’est pas sourde.

 

Ouvrez grands vos yeux et vos oreilles.

Un sourd peut entendre avec ses aides auditives et signer.

Un sourd peut parler même s’il signe.

Un sourd peut parler sans signer.

Un sourd peut avoir un implant.

Un sourd peut coder ou pas.

Un sourd peut lire sur les lèvres ou pas.

Un sourd peut écrire super bien ou très mal.

Un sourd est un homme comme les autres avec ses qualités et ses défauts.

( Voici un schéma plus précis : Sourd ? Malentendant ? Au choix…)

 

Je considère qu’une personne est sourde quand elle est connait vraiment le monde du silence avec aides auditives ou pas.

 

Mais attention, nous ne nous résumons pas à notre surdité.

Nous avons une personnalité qui a été façonnée par notre histoire, par notre famille et nos amis, par l’école et la société. La surdité a bien sur un impact dans notre identité mais tout ce que l’on fait, tout ce que l’on est, n’est pas dû à notre surdité.

De quel droit juge t-on l’autre personne sourde avec ses moyens de communications ?

Si on a soi-même un cancer, juge t-on un cancéreux à différentes phases ? Est-ce qu’on lui impose notre façon de voir la maladie, le traitement à faire ?

Chacun est libre de son choix, et parfois même, il n’a pas eu le choix (Choix fait par les parents ou par des professionnels).

 

Arrêtons de généraliser et sachons écouter, entendre, surtout observer sans critiquer. Essayons de comprendre même si on n’est pas d’accord.

Mais je reconnais bien sur que ce n’est pas facile pour certains, à cause de leur histoire, à cause de leurs souffrances conscients ou inconscientes, à cause des déceptions, des désillusions.

 

Pour ce qui ne savent pas, je suis sourd appareillé oraliste (Voir mon témoignage) et je parle très bien. Cela fait illusion souvent. Et quand j’enlève mes appareils, je n’entends vraiment rien. Je suis malentendant avec mes appareils. Je suis sourd sans mes appareils. Tout dépend du contexte.