Etrange signalisation préoccupante

Le juge vient de l’appeler pour une enquête dans une famille.

Une maitresse a fait une signalisation préoccupante.

Karima prépare ses affaires et se projette déjà le type de situation.

Une famille avec trois enfants dont deux ont des comportements inquiétants.

Maigrichons et inactifs, très sages et bien fatigués, ils accusent un lourd retard scolaire.

L’éducatrice vient d’arriver devant un immeuble de trois étages. Elle sonne à l’interphone.

Elle a bien sur prévenu la mère de son arrivée. Pour ne pas trop brusquer.

En montant à l’étage, elle sent de bonnes odeurs. Rien à signaler.

Devant la porte, un  paillasson impeccable souhaite la bienvenue en couleurs.  

Elle sonne. Pas rapide. Une dame bien habillé lui ouvre, la fait entrer.

Une forte odeur de parfum le fouette. Tout est blanc. Très peu de décoration.

Karima lui fait part des préoccupations et voudrait s’entretenir avec elle.

Etrange pressentiment. Tout est propre et nickel. A part une tache rouge dans un coin.

Tout semble avoir été nettoyé à fond. Rien ne dépasse. Le salon ? Juste un canapé.

Pas de télévision, ni de jouets. Pas de livres ni de bibelots. Juste une photo de tortue.

Vraiment bizarre. La mère emmène Karima à la salle à manger. Pour prendre un verre.

Juste de l’eau, aimerait Karima. Mère droite, à l’aise malgré une parole sèche et rapide.

Elle appelle les enfants. Ils arrivent bien habillés, tout propres et souriants. Un peu exagéré.

Le regard de ces mômes l’interpelle. Elle ne dit rien. Elle apprend qu’ils ne vont qu’à l’aquarium.

Les parcs sont infestés de microbes ainsi que les centres de loisirs. L’école ? C’est un moindre mal.

Coup de téléphone. La mère part dans l’autre pièce. Puis une scène étrange. L’ainé fronce les sourcils. Tout en silence, il lève rapidement son tee-shirt. Des marques rouges. Des bleus.

Karima sent une colère monter en elle. Puis elle croit voir passer une souris verte.

Puis sur les murs, elle semble voir des cadres de photos mise à l’envers. Recouvert de tissus blancs.

La mère revient et s’excuse. Elle tape des mains et les enfants s’en vont en silence, droit.

Karima souhaite voir les chambres des enfants. La mère refuse. Karima la rassure, maladroitement.

Qu’une chambre pour les trois enfants. Juste trois matelats par terre et un meuble pour les vétements. Aucun jouet. Puis elle aperçoit, coincé vers un placard, un bout de ficelle en caoutchouc.

Karima retient son souffle. La mère réagit en la faisant sortir. Claquement de la porte.

L’éducatrice, bouleversé, téléphone au juge. Un placement des enfants est nécessaire

A la suite d’une enquête encore plus approfondit. Très fort soupçon de maltraitance.

Karima essaie de se calmer. Puis va à son instituion pour parler à une de ses collègues.

Vite, débriefer. Faire le point. Accepter son impuissance immédiate. La procédure est enclenchée.

Démission d’une mère?

Penchée à la fenêtre, elle voit ses fils errer dans la rue.

Derrière elle,  son dernier de 3 ans regarder la télévision, presque endormi.

Il est 21 heures. Son mari traine encore dans un bar du coin.

Mécaniquement, elle s’en va à la cuisine pour ranger, faire la vaisselle.

Elle n’oublie pas de mettre une assiette pleine pour son mari nocturne.

Surtout ne pas oublier. Elle respire pour oublier ses bleus au dos.

Dehors, on ne remarque rien sur ce qu’elle vit. Elle est voilée.

C’est sa protection envers sa vie intime.

Une barrière contre les regards insistants des barbus.

Elle aperçoit sur la table des liasses de factures impayées.

Son mari est au chômage. Les gens ne veulent pas d’un bronzé.

Puis il a un visage qui fait peur, avec une grande barbe.

Parfois elle emmène un de ses fils chez l’orthophoniste.

A quoi bon puisqu’il est en échec scolaire ? Un bon à rien.

Personne ne l’écoute. A part ses copines à propos du pays.

Elle ne sort pas souvent pour éviter les humiliations.

Honte de ne pas se faire comprendre. Honte de ne pas comprendre.

Des enfants ? Elle en a six dont les deux ainés tournent mal.

Elle essaie de les raisonner mais son mari les encourage

Pour se venger contre la société qui ne veut pas de lui.

Et si son mari la surprend en train de raisonner les enfants.

Elle reçoit des marrons, bien chauds et soyeux. Pas de traces.

Pas assez mal pour aller à l’hôpital. Elle voudrait bien

Mais sa religion l’interdit. Elle se sent prisonnière.

Comment être regardé autrement ? Comment s’exprimer

Sans se faire passer par une menteuse ? Elle doit mentir hélas

Pour ne pas se faire exclure de la famille et être à la rue.

Engrenage. Perdue. Elle entend qu’elle serait une mère qui démissionne.

Une démission forcée oui ! Quand l’entourage ne donne pas les outils appropriés,

Comment agir en toute conscience et liberté ? Un  va et vient de pensées «  interdites ».

 

Comment construire des ponts entre les différentes cultures, les différentes modes de vie ?

Comment donner la possibilité aux parents, aux mères, aux pères d’être reconnu par ce qu’ils sont.

Je souhaite un bon courage à tous les travailleurs sociaux qui accompagnent ces personnes-là se trouvant dans des situations très complexes. 

Je ne doute pas que mon histoire peut faire rebondir mais elle peut être hélas vraie. Je me suis inspiré d’un livre : «  J’ai enlevé le voile, au péril de ma vie », et à partir de témoignages d’orthophonistes qui travaillent auprès des personnes en précarité sociale.

 

 

 

Bryan

La tête en étau.

La colère le ronge.

Qu’est-ce qui lui reste à faire ?

Personne ne l’écoute.

Il se sent inférieur aux autres

Car il se sent écrasé par le regard des autres.

Bryan serre ses poings dans ses poches.

Son visage est dur et ses yeux tournés vers le sol.

Au moindre mot qu’il prononce, c’est de manière agressif.

Il ne peut rien. Il traine une boule de nerfs.

Tout est pour lui injuste avec les colles,

Les devoirs en plus à la maison.

Quand il y a du bruit, c’est lui qu’on accuse.

Son prénom est pour lui un poids.

On le classe, on  l’étiquette «  Cas sociaux ».

Pour se faire entendre, il provoque.

Même ça, ça ne marche pas.

Il croule sous les insultes de ses pairs.

A la maison, ses parents sont débordés par le boulot.

Il doit se démerder pour manger.

Il ne sait pas à qui parler, il n’a confiance en personne.

Alors, un matin, il monte sur la terrasse de l’école.

Personne à l’horizon. Il enjambe la barrière en béton.

En dessous, la cour de béton. Il ne pense pas à mourir.

Juste arrêter ses souffrances.  Les autres l’oublieront.

Il ferme ses yeux. Une voix s’élève.

Il ne veut pas se retourner.

Il s’élance dans le vide.

A peine 30 centimètres plus bas, un sol de plexiglas l’arrête.

Bryan se dit vraiment que la vie est injuste.

Elle lui empêche d’en finir avec ses galères.

Sonné, il sent qu’on le soulève.

On l’emmène dans une petite salle.

Un silence respectueux.

Il est étonné de ne pas se faire engueuler.

Il est abasourdi. Un flot de larmes l’envahit.

Une main se pose sur son épaule.

Une émotion le surprend.

Il ne sait pas la définir.

Sanglots longs qui l’épuisent.

Il s’endort.

A quel moment doit-on être alerté par la détresse d’un jeune ou même d’un adulte ?

Hadja

Recroquevillée contre le sol, elle tend son gobelet loin devant elle.

Sa tête est emmitouflée par son hidjab bleu, recouvrant tout son corps.

Les yeux fermés avec ses oreilles aux aguets.

Elle s’appelle Hadja.

Elle entend moult pas qui s’entrechoquent. Des chaussures à talons qui claquent, des mocassins qui frottent. Des voix fortes résonnent en elle puis s’éloignent. Le monde lui semble lointain, étranger.

La honte la submerge. Tellement honte qu’elle en oublie ce qu’est la fierté, la dignité.

Sa faim la torture. Comme son visage est caché, elle peut pleurer, mordre ses lèvres pour retenir sa rage.

Hadja est livrée à elle-même. Son mari la bat du soir au matin et l’oblige à mendier. Lui-même n’a pas de boulot. Il s’enfonce alors dans l’alcool dans un bar du coin. Il l’a à l’œil. Il surveille les sorties de métro. Ses enfants ? Ils ont tous été placés. Rien. Plus rien ne retient Hadja. Rien que de la peur.

Tellement honte qu’elle ne peut pas appeler à l’aide. Elle n’a confiance en personne. Elle comprend très peu le français. Comment peut-elle s’exprimer si personne ne la comprend ?

Elle a caché son visage pour ne pas qu’on la reconnaisse. Humiliée, bafouée.

Qui donc peut-l’aider ? Le mari risquerait de la battre encore plus.

Spirale infernale de la violence et de la misère.

Spirale infernale de l’alcool et de la honte.

Elle existe cette femme, à l’entrée d’une bouche de métro. Sans fin !