MélanieDeaf

Mélanie est la première youtubeuse sourde à se faire connaitre largement. (L’intéressée me confirmera si besoin).

Elle a crée deux chaines dont une où elle parle en LSF (Signe2mains) et l’autre à l’oral MélanieDeaf.

Je m’appelle Mélanie, j’ai 22 ans et je suis étudiante en Master MEEF LSF pour pouvoir enseigner la langue des signes française. Je suis sourde profonde, j’oralise depuis petite et je pratique la langue des signes depuis l’âge de 16 ans. J’ai décidé de faire des vidéos sur YouTube en commençant par la langue des signes, car je suis moi même timide, et je trouvais qu’il y avait très peu d’apprentissage sur internet, chose que je trouvais dommage lors de mes 16 ans ! J’ai mis en place un site internet, des vidéos sous titrées et signées, … Puis j’ai commencé à faire des vidéos en utilisant ma langue maternelle afin d’être plus à l’aise.

Info = MEEF : Métiers de l’Enseignement, de l’Éducation et de la Formatio

Voici une vidéo coup de coeur :

 

Un sourd silencieux – 7 (fin) – Un rêve devenu réalité

Tristan regardait autour de lui. Il vit ses appareils auditifs sur la table basse. Il les mit. Silence. Juste quelques bruits de fond comme la circulation dans la rue. Un chien qui aboyait dans la cage d’escalier. Et quelques petits bruits qu’il n’arrivait pas à identifier. Pour l’instant, rien ne clochait. Il respira lentement assis sur son canapé, le dos droit. Il se sentait soûlé par toutes les émotions qui l’avaient traversé. Sur son bureau, l’ordinateur était allumé et sur une chaise, il y avait quelqu’un. Il était de dos et en contre-jour. Il entendit des tapotements sur le clavier. Voilà d’où venaient ces sons inconnus. Tristan racla sa gorge pour faire part de sa présence.

C’était Simon, un de ses meilleurs amis. Il se retourna et alluma la pièce pour ne plus être en contre-jour. Il fit un grand sourire. « Salut Tristan, t’en quel état t’étais-dis donc ! ». Froncements de sourcils. Incompréhension. « Je t’ai retrouvé par terre. T’as du tomber dans les pommes. Rien de grave. Une amie et moi t’avons remis sur le canapé. Et me voici à t’attendre que tu te réveilles. Il est 20h15 mon gars. »

Tristan ne savait plus trop il en était. Il avait perdu la notion du temps. Il faisait encore jour même si le soleil était couché. Il se leva doucement et Il aperçut un courrier sur le bureau. Il le prit. C’était le Conseil Supérieur de l’Audiovisuel.

On l’informa qu’il avait pris en compte les revendications de Fédération Nationale des Sourds de France., tel qu’avoir « accès à une information suffisante, de qualité, pleine et entière » avec du sous-titrage et la langue des signes.

Enfin, un rêve qui devenait réalité. Cela sera plus concret dans le temps pour que les moyens techniques puissent se peaufiner, pour que les journalistes et techniciens soient sensibilisés. Oui, il fallait du temps et de la persévérance. Ne plus laisser la colère faire perdre nos moyens. Tristan en savait quelque chose. On pouvait se révolter mais il était toujours nécessaire de prendre du recul, et de trouver les mots, les gestes pour avancer, pour acter nos engagements. Mais il savait qu’émotionnellement, c’était compliqué quand les mots n’arrivaient pas à sortir, quand il n’arrivait pas à pouvoir s’exprimer le plus justement possible. La frustration pouvait lui amener à être violent verbalement ou physiquement. En même temps, c’était valable pour tout le monde. Tristan tiltait. Il commençait à philosopher, à réfléchir. Tout semblait cohérent. Il ne rêvait plus. Simon était bien en chair et en os, et qui le regardait tout souriant.

Rangement du courrier. Claquement dans les mains. Tristan s’exclama : » Allez, sortons boire un coup pour fêter ça ».

Les amis sortirent. Et ils se mirent à rêver pour un monde encore plus accessible, plus fraternel, plus solidaire. Pour un monde où les gens ne se jugeraient plus sur leurs comportements, leurs attitudes avec des a-prioris tendancieux, des raccourcies dangereux.

Un rêve, quand elle respecte la dignité de chaque personne, se réalisera toujours.

Un sourd silencieux fera toujours du bruit pour se faire entendre et prendre sa place le plus juste possible.

 

Fin

Un sourd silencieux – 6 – Harcèlement

Le voilà projeté dans ses souvenirs les plus désagréables qu’ils soient. Son rêve devenait du n’importe quoi qui allait fouiller dans sa mémoire, glanant au passage des incohérences, des absurdités. Mais là, il fut confronté à un cruel cauchemar. Il était là, assis sur un petit muret face à des élèves qui jouaient, l’ignoraient. Un profond sentiment de solitude l’envahissait. Il entendait juste du brouhaha. Des rires. Des cris. De l’autre côté de la cour caillouteuse, au pied d’un grand platane majestueux, errait un enfant étrange. Seul, lui aussi. Dans son monde. Il tournait autour de l’arbre en sursautant par moment et jouait avec ses mains.

Un sentiment de remords. Pourquoi ? Il s’en souvenait. Il l’avait rejeté lui aussi, s’isolant encore plus car il ne savait pas communiquer avec lui. Et pourtant, là, dans son rêve, il voulait faire autrement que ce qu’il avait vécu. Il se leva et fendit la meute de petits ados de 10 ans à 13 ans. Il entendit des sifflements. On s’amusait à lui siffler pour qu’il se retournât sans savoir d’où ça venait. Tristan ignora. Il alla à la rencontre de Corentin. L’enfant de la lune. Son cœur battait. Il appréhendait.

Essai d’échanges. Avec des gestes simples. Corentin souriait avec ses yeux. Tristan le comprit même si son visage restait neutre. Sonnerie de fin de récré. Tout le monde se mit en rang. Il ne voulait pas aller. Le rang était pour lui un calvaire. Des sifflements seraient de retour. On l’appellerait et se retournerait en voyant les autres regarder ailleurs ou rire.

Soudain, il se retrouva directement dans la classe devant le tableau noir, face aux élèves. Que devait-il se passer ? Le prof le regardait sévèrement. Qu’avait-il fait ? Il vit des jeunes filles pouffer. Des garçons le regarder de façon mesquin. Le prof lui reprochait de ne pas écouter et de rêver. Tristan respira un grand coup. Une réalité du passé dans un rêve. Et s’il disait ce qu’il aurait voulu tant dire ? Et s’il voulut s’expliquer tout simplement en expliquant ce qu’était la surdité ? En quoi ça impliquait ?

Et c’est ainsi que Tristan se lança dans une sensibilisation. Tous les visages changèrent. Personne ne rigolait. Le prof fut surpris.

La classe s’illuminait. Les murs disparurent. Les élèves disparaissaient au fur et à mesure dans des volées d’oiseaux multicolores. Les pupitres fondaient en sable fin. Le prof s’était statufié en marbre noir et blanc. Le tableau était devenu un écran de télévision où il voyait du sous-titrage, une personne signer.

Soudain, Tristan se retrouva sur son canapé jaune.

Fin du rêve ?

 

Notes de l’auteur :

. Texte en écoutant la bande-originale du film « Goodbye Lénine »

. Voir témoignage sur le harcèlement scolaire avec MélanieDeaf : Harcelée, parce que sourde! 

Un sourd silencieux – 5 – Douces notes

Un son de guitare suivie d’une flopée de notes de piano. Tristan fut surpris. Il entendait. Il vérifia ses oreilles. Ses appareils étaient là. Absurde. Comme tout rêve d’ailleurs. Sauf s’il était vraiment réveillé. Il ouvrit ses yeux. Il se trouvait dans une grande salle de concert, avec des musiciens sur scène. Sur le côté, un grand panneau lumineux qui décrivait la musique et retranscrivait les paroles d’un chanteur. C’était toujours un rêve. Tristan ne fut plus submergé par les acouphènes. Les sons furent légères, tendres. Tout simplement harmonieux. Un chant s’éleva en crescendo et partit comme s’il dévalait des collines escarpées. Des sons de violons le faisaient frissonner comme s’ils l’emmenaient danser dans un camp de tziganes. Il était tout seul dans la salle à écouter l’orchestre et le soliste. Il resta longtemps à entendre. Des larmes de joie perlèrent ses joues. Il se laissa aller. Sans aucune honte. Puisqu’il n’y avait personne. N’est-ce pas ?  Il se leva et juste au moment où il voulut avancer, il se heurta contre quelque chose. Il sentit qu’on le poussait. On le bousculait et fut traîné hors de la salle. La musique avait continué sans tenir compte de ce qui lui arrivait. Sur le pas de la porte, il se tint droit, tout tremblant contre le mur pour regarder la salle et le couloir en même temps. Personne. Il sentit pourtant des courants d’airs, des présences. Il eut la sensation désagréable qu’on le regardait. Son cœur battit. Un son aiguë perça son crâne coupant la musique enchanteresse. Tristan s’écria : « Et flûte ». Les acouphènes revenaient lui tourmenter. Il se laissa tomber et mit sa tête entre ses genoux.  Il fut tiraillé entre des sons agréables à entendre et ces sons envahissants.

Soudain, il fut pris de vertiges. Il releva sa tête et se stabilisa avec ses mains contre le sol. Un sol caillouteux. Il regardait autour de lui. Il était dans une cour de récréation.

Que lui réservait donc son rêve ?