Je suis sourd, ou de la reconnaissance

Nous oublions parfois que la reconnaissance de l’autre peut apporter beaucoup.

Et réciproquement, aussi.

Nous avons tous besoin de reconnaissance dans nos choix.

Le besoin d’être reconnu dans ce qu’on est apporte énormément de la confiance, de se sentir exister pour soi et pour l’autre.

 

Dans le monde de la surdité, la reconnaissance est parfois difficile pour certains. Ne pas être reconnu comme sourd m’est difficile car cela fait partie de mon identité. Surtout ne pas être reconnu comme sourd par d’autres sourds, c’est blessant et révoltant. Cela peut être vécu, je pense, pour chacun d’entre nous qui est tiraillé entre le monde des sourds et le monde des entendant. Deux mondes ? C’est beaucoup plus compliqué que ça, bien sur.

 

Être reconnu dans son choix d’entendre ou bien de signer, ou de coder etc… , c’est la possibilité de pouvoir s’affirmer encore plus dans son identité.

En fait, depuis une semaine, à travers mon texte « Un sourd en colère », je suis toujours aussi énervé, exaspéré par des positions tranchées, fermées qui donne très peu de place au dialogue.

 

Est-ce que se sentir accepter tel qu’on est en vérité peut nous permettre d’accepter l’autre dans sa différence ? Il me semble que cela peut contribuer.

 

J’aimerai pouvoir dire, signer, coder à chacun d’essayer d’accepter l’autre dans sa différence, dans ce qu’il est. Et surtout, de pouvoir l’inviter à s’exprimer.

Dire un mot, un geste ou même un simple sourire pour l’autre, cela peut -être un grand pas vers la reconnaissance de l’autre, et de ne pas en avoir peur. La réciprocité, c’est tellement important qu’on oublie souvent de le faire régulièrement.

 

Cette recherche de reconnaissance fonctionne pour tout le monde, dans tous les handicaps, dans tous les catégories sociaux, chez tous les peuples du monde. Nous n’avons pas le droit de rabaisser l’autre même s’il est différent.

En rabaissant l’autre, on se rabaisse. En faisant grandir l’autre, on en ressort grandit avec humilité et modestie bien sur.

 

(P.S: Je ne parle pas des choix radicaux bien sûr qui vise à se détruire et à détruire l’autre etc…)

Être sourd, un handicap ?

Le mot handicap peut faire bondir beaucoup de gens comme si ce mot était signe de faiblesse, d’anormalité. A mon niveau, L’handicap auditif  révèle juste un manque et pas forcément une maladie. La surdité n’est pas une maladie. N’ayons pas peur des mots. L’handicap est présent en fonction du contexte, quand ce manque fait ressurgir un décalage. Un géant parmi les lutins est un « handicapé » car le lien sera complètement différent. Le géant devra s’adapter comme les lutins pour essayer au mieux de communiquer, vivre ensemble.  Alors qu’un lutin parmi d’autres lutins, rien n’est différent (enfin presque puisque chaque lutin est unique).

Il est vrai, que dans notre société, ce mot est péjoratif. Pour moi, c’est juste un fait. Si j’admets que ma surdité n’est pas un handicap donc je ne dois pas avoir tous les avantages qu’ont les personnes handicapées.  Un peu radical, non ?

Doit-on trancher ? Peut-on nuancer en fonction de l’environnement, du contexte comme je disais plus haut ? l’Handicap au niveau de la surdité fait partie de la différence et on ne peut pas le nier. Je considère que c’est comme ça mais que cela ne fait pas toute ma personne. A travers les témoignages, les rencontres, l’handicap peut souvent à nous faire faire des trucs que nous n’aurions imaginer.

Handicap ou pas, je ne m’enfermerai pas dans une définition. Juste dans un constat à l’instant T. Sourd ou pas, cela ne m’empêchera pas de rêver et d’accomplir des projets les plus fous.

 

 

Lettre d’un sourd aux parents d’enfants sourds

Chers parents d’enfants sourds,

Je souhaite vous rassurer que votre enfant restera un enfant qui s’émerveillera, qui grandira avec tout ce que pouvez lui transmettre de mieux. C’est tout à fait normal d’être inquiet. N’ayez pas peur de vos choix car le choix que vous allez faire sera le mieux pour votre enfant, pour vous au moment où vous le prendrez. Votre enfant sera façonné par vos gestes, vos voix, vos attitudes. Il sera aussi façonné par ses découvertes du monde à travers tous ses autres sens. N’arrêtez pas de lui parler pour qu’il sente vos vibrations vocales. Personne n’a le droit de vous imposer une direction si c’est contre vos principes ou contre vos valeurs. Personne n’a le droit de vous critiquer parce que vous avez pris votre décision. Il y a tellement de choix, c’est vrai. Je vous souhaite de choisir ce qui vous convient le mieux pour votre enfant. Je ne vous souhaite que du bonheur avec tout ce que vous allez construire, tout ce que vous allez innover, créer pour que votre enfant puisses communiquer avec vous, comprendre le monde qui l’entoure.

 

Voici les différents chemins qui peuvent s’ouvrir pour votre enfant avec un lien vers une association qui pourrait vous éclairer, témoigner

Tout d’abord, vous pouvez joindre l’ ANPEDA – Association Nationale des Parents d’Enfants Déficients Auditifs

Site : http://www.anpeda.fr/

Ils ont des antennes dans la plupart des régions appelées les URAPEDA.

Ou bien l’ANPES – Association Nationale des Parents d’Enfants Sourds.

Site : http://www.anpes.org/

  • La langue des signes : FNSF – Fédération Nationale des Sourds de France

Site : http://www.fnsf.org

  • L’oralisme

Site : http://www.afideo.org/

  • Le bilinguisme : 2LPE – Deux Langues pour l’Education – Politique Bilingue

Site : http://2lpe.poli.bilingue.free.fr/

  • La langue parlée complétée – LPC : ALPC – Association nationale pour la promotion et le développement de la Langue française Parlée Complétée

Site  : http://www.alpc.asso.fr/

  • L’implant Cochléaire : Génération Cochlée

Site : http://www.generation-cochlee.fr/

Centre d’information sur la surdité et l’Implant Cochléaire

Site : http://www.cisic.fr/

 

Et si vous avez d’autres questions sur les démarches à effectuer pour votre enfant, il existe depuis un an, le Centre d’Information National sur la Surdité. C’est une équipe de documentalistes qui pourront vous répondre de manière fiable et précis soit par téléphone, mail, tchat, sms et visiophonie.

Site : http://www.surdi.info/

 

Chaque choix posée est légitime et doit être respecté dans son histoire.

Mes parents ont choisi pour moi une scolarité ordinaire avec une tentative de classe intégrée qui a échoué. Ils ont tout misé sur l’oralisme, l’intégration complète. Bien sur que j’en ai bavé. Mais qui n’en bave pas dans sa propre vie. Personne ne peut échapper aux crevasses, aux tempêtes mais on peut en ressortir encore plus grandi en fonction de son caractère, de sa personnalité. Je ne reproche rien à mes parents. Je suis fier d’eux et c’est réciproque.

L’importance, chers parents, j’y crois vraiment, c’est l’amour dans chacun de vos choix et de vos gestes et surtout d’être bien entouré. Ne restez pas seuls. J’ai pu grandir aussi grâce à des professeurs, des orthophonistes, des amis et bien sur la famille.

J’ai eu un chouette parcours riche avec un bac littéraire en poche (13 en français à l’oral, la classe pour un sourd), une licence de géographie, un BAFA (Brevet d’animateur), un diplôme d’éducateur spécialisé et un diplôme de documentaliste. Il y aura toujours de l’espoir pour chaque enfant si chaque jour, on croit en lui et qu’il se sente aimé et compris. C’est le même refrain pour tout le monde.

 

Pour résumer, soyez entouré, soutenu et confortez-vous à travers les témoignages.

 

Des remarques ? Des phrases qui vous choquent ? Des questions en suspens ? Une frustration ? Vous pouvez laisser un mot et je vous répondrai du mieux que je pourrai.

Sourd ? Malentendant ? Au choix….

Vous pouvez choisir au choix les phrases qui vous convient le mieux, et qui vous ressemblerait le mieux, sans tabou, sans préjugé…

Je_suis_sourd,_malentendant....

Bien sûr, la liste n’est pas complète avec en tête mon précédent texte: Un sourd en colère

Très bientôt, je voudrais aborder le thème d’entendre et écouter, tout aussi valable pour les entendants que chez les sourds! (Et quand je dis les sourds, vous me connaissez un peu mieux, c’est très large!)

Concerto de crocus pour un sourd en colère

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Un peu de couleur en cette journée grisâtre et humidasse.

Et surtout, je voulais vous partager mon texte Un sourd en colère qui se trouve sur mon autre blog. Un nouveau chemin s’ouvre pour moi.

Je vous souhaite une très bonne journée et pleins de courage dans tout ce que vous entreprenez!

 

Evolution du blog – Surdité

Bonjour à tous,

Etant donné que c’est bien long pour avoir des témoignages, je souhaite ajouter un thème, important pour moi, qui est la surdité. Je témoignerai donc de ma surdité, dans la vie quotidienne puis parfois, j’aborderai des sujets plus précis surtout ce qui tourne autour (LSF, LPC, Implant Cochléaire, Aides techniques, culture, théâtre). Je serai au maximum neutre même si j’ai déjà prévu un coup de gueule sur l’identité sourde; affaire à suivre!

Au plaisir de vous lire et à très bientôt,

Se moquer n’est pas jouer – Témoignage

En ce moment, circule la campagne contre le harcèlement scolaire. J’y suis sensible. très sensible même puisque je l’ai vécu au collège.

Comment cela se passait? Tout se jouait pas mal sur ma surdité. Dans la cour de récréation, on me sifflait et je ne savais jamais qui sifflait. Alors je cherchais le siffleur, en vain et je voyais des visages se marrer. Puis souvent ils parlaient à voix basse quand je passais, en me regardant d’un air amusé. Ils jouaient à me parler sans émettre de sons. J’avais envie de leur dire: « je sais que je suis sourd, merci ». Mais à quoi bon? Pour, j’étais niais et naïf, trop honnête même. J’en jouais pour leur faire plaisir, mais ça me rendait malade. Et tout ça, toutes les semaines.

Il y avait une période où je ne voulais plus aller à l’école et j’essayais de trouver des moyens de tomber malade. (Prise de médicaments mais je vérifiais toujours que ça n’était jamais mortel).

Je me souviens des moments où je voulais me jeter dans l’escalier de béton du collège. Mais à chaque fois, ma petite voix me disait que je pouvais en mourir. Et là, je voulais vivre malgré tout. Vivre mais loin des cons qui ne voulait que s’amuser à se moquer. J’étais le seul sourd du collège, à l’époque, selon mes souvenirs. Je ne m’étais jamais battu. Sauf une fois, en troisième. Mon prof principal m’avait enfin félicité. J’avais préféré quand même que ça se règle autrement.

Les conséquences de cette période dans vie? L’intolérance à la moquerie et aux voix basses, aux apartés.

Mais tout cela ne m’avait jamais empêcher de rêver (j’avais et ait toujours une imagination débordante), de m’appuyer sur des adultes en qui j’avais confiance et d’avoir des modèles comme des héros de romans, des héros de bande-dessinées. J’ai beaucoup écrit aussi, ce qui m’a permis aussi d’avoir des projets fous et de les réaliser! 😉

C’était il y a 20 ans. Je me dis que j’avais de la chance sans les smartphones. Aujourd’hui, tout est décuplé et la connerie s’amplifie sans aucune mesure.

Si je revoyais ceux qui me « martyrisaient », je voudrais leur poser une question: « A quoi ça t’a servi de te moquer, de jouer de moi? »

Non, se moquer n’est pas jouer et dans tous les domaines de la vie.

Sourd ou malentendant?

Est-ce que tu es sourd ou malentendant ?

Tout dépend dans quel contexte je suis et à qui je m’adresse. Et encore, c’est pas si simple que ça.
De manière concrète, j’ai une surdité sévère puisque de mon oreille gauche, je n’entends rien. J’ai une perte auditive de 100 DB (Surdité totale =>120 DB) ? Et pour mon oreille droite, j’ai une perte de 80 BD environ, selon les fréquences. Là, on peut dire que je suis sourd. Mais comme je suis appareillé sur mon oreille droite, la gauche étant hors-course, j’entends bien avec une très bonne récupération auditive. Là, je suis malentendant.

Ton identité de sourd ?

J’en ai pas. Je suis Vivien, tout simplement qui essaie de comprendre du mieux du possible et de s’adapter aux circonstances. Et le monde des sourds ? Avec la langue des signes ? Je m’y sens étranger malgré tout. C’est une autre culture même si je parle un peu la langue des signes.
Pas simple avec les représentations des gens qu’ont sur les sourds et malentendants. « Ah, il est malentendant, il faut juste parler un peu plus fort » « Ah et tu signes ? ».

M’enfin, Vivien, comment tu as fait pour si bien parler et entendre si t’es sourd ?

C’est grâce à la rééducation par l’orthophonie depuis je suis tout petit. Un travail de longue haleine surtout quand je devais répéter les sons sans voir la personne. Terrible ! Mais ça paye. En voiture ou en randonnée, je peux écouter ce que l’on me dit derrière moi sans me retourner. Par contre, quand la personne est devant, de dos. Impossible. Les sons se barrent dans le mauvais sens.

Une petite anecdote?

C’était cet été, dans le jardin de mes parents. ma femme vient me voir et j’entends: « Viens, on va éteindre le signe ». Stupéfaction. Fous rires. Bien sur, c’était « Viens, on va étendre le linge ». L’audition nous réserve parfois des surprises et l’accent des autres aussi!

Merci Vivien. Je vous souhaite une bonne soirée et un très bon week end à ceux qui nous entendent.

Avec plaisir. Si vous avez d’autres questions, je suis à votre disposition.

Le silence des sourds

Le silence des sourds est très particulier comparé au silence de ceux qui entendent. C’est un néant sonore. Imaginez que vous êtes dans le noir et que vous ne pouvez même pas percevoir la moindre nuance dans l’obscurité. Dans le silence « naturelle », vous et même moi quand j’ai mes appareils, nous pouvons malgré tout percevoir des bruissements. Une certaine sécurité car nous pouvons réagir au moindre son. Nous maitrisons malgré nous l’espace sonore. Quand c’est le silence total, comme quand je n’ai pas mes appareils ou plus de piles, cela peut-être insécurisant. Imaginez que vous êtes dans le bureau avec vos collègues. Vous travaillez avec un bruit ambiant, vous savez où se trouvent vos voisins de travail. Puis d’un seul coup, vous n’entendez plus rien alors que vous voyez bien, le monde continue de tourner. On vous parle mais vous n’entendez rien de rien. Vous voyez tomber une agrafeuse. Pas de bruit. Ne vous sentez-vous pas insécurisé ? N’est-ce pas angoissant ?

Bien sûr, quand je coupe moi-même mes appareils pour avoir du silence complet, c’est autre chose. C’est voulu. En général, je le fais très peu pour rester présent à l’entourage, à l’environnement.

Le monde sonore a un impact immense sur notre perception de ce qui nous entoure comme le monde visuel… bref avec chacun de nos sens.

Comme le silence, nous, les sourds, percevons le bruit autrement. C’est une nuisance sonore qui nous fatigue encore plus car nous essayons de capter des sons qui peuvent avoir du sens pour nous, pour se repérer. C’est comme si vous regarder la télé et que d’un seul coup, l’image se brouille et vous essayez de voir des formes connus. Vos yeux se fatiguent plus vite.

C’est pour cela que nous apprécions de converser avec des amis dans le silence, dans un environnement calme. 

Témoignage d’un sourd oraliste

Bien que la surdité soit invalidant dans le champ de la communication, cela ne m’empêche pas d’entendre le monde qui m’entoure par les yeux, le toucher et par mon appareil auditif qui marche très bien.
Bien sûr que le fait d’être sourd, c’est difficile de suivre les conversations, de ne pas savoir d’où viennent les voix, d’être vite fatigué lors de longues conversations etc….
Je suis sourd oraliste. Je n’entends rien des deux oreilles sans appareils, mais l’un entend grâce un appareil auditif. Je suis en mode mono pour entendre. Sourd de naissance, je suis appareillé depuis l’âge de 2 ans et je n’ai commencé à parler que vers 5 ans grâce à de l’orthophonie et à un environnement familial très présent.
J’ai eu une scolarité normale sans professeurs spécialisés. J’avais des séances d’orthophonie régulièrement jusqu’à l’âge de 13 ans environ. Je me souviens qu’à l’époque, je devais essayer d’articuler avec un petit bâton métallique entre les dents. Terrible. Mais ça c’est une méthode révolue. Enfin, j’espère. Puis je me souviens que je devais essayer d’entendre mon orthophoniste et la comprendre quand elle était derrière moi. Je détestais ça mais au moins, ça a payé. J’ai une récupération auditive énorme grâce à mon appareil. Je parle très bien et ça ne s’entend pas du tout que je sois sourd. Le théâtre m’a beaucoup aidé à articuler et à poser ma voix. J’en ai fait à partir de la seconde. Quand la fatigue vient me cueillir, ma locution devient brouillonne, assourdissant certains sons comme du je en che etc…
J’ai d’énormes avantages avec ma surdité. Je peux dormir comme un loir sans entendre les ronflements, les bruits de voiture, la musique à fond des voisins. Je peux éteindre mon appareil dans les lieux public tel que le métro quand des bruits sont agaçants. Par contre, je n’éteins jamais quand une personne me parle quand ça me déplait. Par respect, tout simplement.
Pour compenser, j’ai le sens du détail et j’adore faire des photos.
Quand on me parle et que j’entends la moitié des choses, je fais tout le temps des reconstitutions des mots entendus pour essayer de comprendre de ce que vient de me dire la personne.
Ma scolarité s’est très bien passée. Ma surdité ne m’a pas empêché de passer mon bac littéraire, ni ma licence de géographie, ni de passer mon diplôme d’éducateur spécialisé et exercer le métier, de partir vivre en volontariat au Sénégal et enfin, faire ma formation de documentaliste. Rien n’est impossible.
Tout cela grâce aux rencontres de personnes qui ont cru en moi, à ma volonté d’y arriver, à mes lectures, à l’écriture, à l’envie de découvrir le monde et encore plus personnelle, ma foi.
Je souhaite vraiment à chaque personne qui se croit condamné par son handicap à espérer, à rêver et à réaliser ses projets avec des personnes sur qui elle peut compter.
Alors, , ose aller de l’avant, prends des risques ( en te respectant évidemment) et fais toi entourer.