Merci… mais pourquoi ?

Merci.

Pourquoi, merci ?

C’est reconnaitre ce qui a été bon, satisfaisant, beau.

C’est reconnaitre l’autre dans ce qui l’est.

 

Je te remercie pour ton sourire.

Je te remercie pour cette parole qui m’a réconforté.

Je te remercie de m’avoir laissé la place parce que j’étais fatigué.

Merci parce que tu as été sincère, franc.

Merci pour ton message d’attention.

Merci de m’avoir laissé le passage en voiture ou en vélo.

 

Merci pour le travail que tu as fait.

Merci de t’être occupé du ménage ou de la vaisselle.

Merci d’avoir répondu au téléphone.

 

Gratifier, oui mais pas dans l’hypocrisie.

Certes, il y a de la politesse que nous avons apprise étant jeune.

La politesse, c’est permettre à l’autre d’exister.

Merci qui ? Merci Tante germaine. Nommer, c’est identifier la personne

Et reconnaitre qui elle est.

Il y a des enjeux diplomatiques, il est vrai pour ne pas froisser les caractères forts ou autre.

Mais il y a aussi des enjeux d’humanité, de solidarité, de communion entre les personnes.

 

Prendre l’habitude de dire merci pour ce que l’autre a fait,

C’est tenter de valoriser et de ne plus juger.

C’est tenter de construire un lien durable et juste

Et non une relation de défiance qui pourrait plomber l’ambiance.

 

Merci d’être venu me voir parce que j’étais seul.

Merci d’avoir veillé à ce que je comprenne la conversation.

Merci de m’avoir rendu visite alors que j’étais malade.

 

Et quand on me dit merci, je ne dis plus « De rien »

Car elle sous-entend que l’on ne reconnait pas que l’autre s’exprime.

Je réponds maintenant (quand ça s’y prête et que c’est sincère 😉 ) : « Avec plaisir ».

 

Je te remercie de penser autrement et de m’avoir remis en question.

Je te remercie pour ton écoute.

Je te remercie d’avoir regardé avec bienveillance, sans jugements.

 

Un merci gratuit.

C’est un doux fruit

Pour notre esprit

Et notre cœur parfois meurtri.

 

 

 

 

Je suis sourd, ou de la reconnaissance

Nous oublions parfois que la reconnaissance de l’autre peut apporter beaucoup.

Et réciproquement, aussi.

Nous avons tous besoin de reconnaissance dans nos choix.

Le besoin d’être reconnu dans ce qu’on est apporte énormément de la confiance, de se sentir exister pour soi et pour l’autre.

 

Dans le monde de la surdité, la reconnaissance est parfois difficile pour certains. Ne pas être reconnu comme sourd m’est difficile car cela fait partie de mon identité. Surtout ne pas être reconnu comme sourd par d’autres sourds, c’est blessant et révoltant. Cela peut être vécu, je pense, pour chacun d’entre nous qui est tiraillé entre le monde des sourds et le monde des entendant. Deux mondes ? C’est beaucoup plus compliqué que ça, bien sur.

 

Être reconnu dans son choix d’entendre ou bien de signer, ou de coder etc… , c’est la possibilité de pouvoir s’affirmer encore plus dans son identité.

En fait, depuis une semaine, à travers mon texte « Un sourd en colère », je suis toujours aussi énervé, exaspéré par des positions tranchées, fermées qui donne très peu de place au dialogue.

 

Est-ce que se sentir accepter tel qu’on est en vérité peut nous permettre d’accepter l’autre dans sa différence ? Il me semble que cela peut contribuer.

 

J’aimerai pouvoir dire, signer, coder à chacun d’essayer d’accepter l’autre dans sa différence, dans ce qu’il est. Et surtout, de pouvoir l’inviter à s’exprimer.

Dire un mot, un geste ou même un simple sourire pour l’autre, cela peut -être un grand pas vers la reconnaissance de l’autre, et de ne pas en avoir peur. La réciprocité, c’est tellement important qu’on oublie souvent de le faire régulièrement.

 

Cette recherche de reconnaissance fonctionne pour tout le monde, dans tous les handicaps, dans tous les catégories sociaux, chez tous les peuples du monde. Nous n’avons pas le droit de rabaisser l’autre même s’il est différent.

En rabaissant l’autre, on se rabaisse. En faisant grandir l’autre, on en ressort grandit avec humilité et modestie bien sur.

 

(P.S: Je ne parle pas des choix radicaux bien sûr qui vise à se détruire et à détruire l’autre etc…)

Regarde-moi

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Regarde-moi.
S’il te plait, regarde-moi.
J’ai l’impression que tu me fuis.
Je ne me sens pas reconnu.
As-tu honte de moi ?
Que représente mon visage pour toi ?
As-tu peur de voir mes fragilités
Alors que je suis peut-être fort ?
Tu me rejettes parce que je te déçois ?
Regarde-moi sans projeter de dessein sur moi.
Je suis une personne libre, entière et fière.
Mais ça, tu ne le sais pas
Si tu ne me regardes pas.
Tu as peur de plonger dans mon regard
De voir mon intimité bafouée, ballotée.
Ton regard est important pour que je puisses grandir
M’appuyer sur des personnes qui me font confiance,
Et surtout qui croient en moi.
Je voudrais te regarder mais ton visage s’incline.
Tu te détournes de moi.
Tu n’en as pas conscience peut-être.
Mais moi, je te regarde.
Renouons une vraie relation.
Je compte sur toi
Comme je compte sur chaque personne
Sur qui je pose mon regard.
Mais un regard simple, sans défiance
ni méfiance ou dégout.
Juste un regard d’ouverture.
C’est percevoir une partie de l’être.
Donner son regard, c’est se montrer en partie.
Alors, c’est ça ?
Tu ne me regardes pas pour ne pas que je vois
Ton malaise, ta souffrance de me voir galérer ?
Tout ça parce que je ne rejoins pas tes désirs,
Que tu aurais voulu que je tende vers ton idéal ?
S’il te plait, regarde-moi pour qu’on se parle vraiment.
J’espère que le temps viendra au dialogue.
S’il te plait, regarde-moi sans projection, sans peur.
N’aie-pas peur de moi, je suis tout autre
Et tu pourrais en être fier et rassuré.