Rêve d’un éducateur

Franck se pose sur un banc du jardin du foyer.

Il voit les jeunes jouer sur le terrain.

Soudain, Tim fait tomber Déborah.

Pensant qu’ils allaient s’insulter, il se lève.

Mais curieusement, Tim s’excuse et Déborah lui fait un grand sourire.

Etonnement de Franck.

C’est l’heure de mettre la table pour le repas.

Il se dirige vers la salle à manger et constate avec surprise

Que Théo et Célia ont accompli leur service.

Le nec plus ultra, il découvre des petits bouquets de fleurs sur chaque table.

Franck respire joyeusement, drôlement bien.

Il n’a pas envie de se méfier. A quoi ça rimerait ?

Il entend de la musique au salon. Il va voir

Il aperçoit danser les jeunes surtout deux qui ne s’entendaient pas du tout.

Mais là, c’est autre chose. L’éducateur se demande s’il ne s’est pas trompé de groupe.

Est-ce que ce sont bien les jeunes qu’il accompagne et doit parfois gérer des conflits assez musclés ?

Soudain, la musique s’arrête. La plus jeune, Lili, déclame un slam.

Lili, celle qui bégayait, dit tout un trait, sans accrocher des mots, en prenant des temps de pause là où il faut.

Franck est émerveillé. Applaudissement et la musique repart.

Il ferme les yeux et un sourire rayonne en son être.

Il adore son métier.

Il ouvre ses yeux et se retrouve sur le banc du jardin.

Il aperçoit Tim faire chuter Déborah.

Franck sourit.

Il ne se passe rien. Déborah ne se met pas en colère.

Après tout, son rêve peut se réaliser.

Il a envie de changer de regard sur la suite.

Un regard sans méfiance sur comment les jeunes vont réagir.

Se projeter de manière positive sur ce qui va se passer.

Un regard de confiance que les jeunes peuvent le percevoir.

On ne sait jamais, n’est-ce pas ?

Franck se lève pour aller à la salle à manger.

La table est mise. Très grand satisfaction.

Il remercie Théo et Célia.

Cette dernière sourit et revient avec des serviettes de couleurs

Pour les plier délicatement sur chaque assiette.

Comme quoi, la surprise que chaque jeune peut nous réserver, c’est chaque instant.

Sachons toujours porter un regard positif et de ne rien juger sur ce qui va se passer par la suite.

Semons, semons avec nos valeurs, notre bienveillance et les fruits viendront.

Le clash de Chloé

Chloé a cassé la console de jeu du foyer.

Par colère envers les gars qui l’embêtent.

Chloé a balancé tous les livres du salon par terre

A cause de ses copines qui lui cachent son journal intime.

Chloé est furieuse et se venge en menant le groupe vers le chaos.

Les éducateurs ont eu du mal à canaliser l’ado.

Chloé est une grande ado, avec une force énorme.

Elle avait contenue toute sa colère et elle explose.

La tornade passe dans le bureau des éducs et mets tout par terre.

Marie, une des éducs, a essayé de la contrôler. En vain.

Et là, Chloé se précipite dans le jardin vers Karima, sa référente qui l’avait appelé.

Bouillonnante, elle se rue vers l’adulte et la plaque.

Allongé à côté de l’éduc, elle éclate en sanglots.

Des grosses larmes. Elle tombe dans les bras de Karima.

Pleurs. Silence. Les jeunes qui en ont après Chloé sont contenus par l’équipe.

L’ado lance des mots sur ses maux. Karima écoute tout simplement.

 

Sans jugement sur ce qui vient de se passer.

Le temps des réparations viendra plus tard.

C’est le temps de l’écoute du mal-être.

C’est le temps de l’attention, de la confiance qui se renoue dans le dialogue.

 

Les autres jeunes ont fait tomber leurs colères.

Un éduc leur a fait passer un message pour ne pas condamner Chloé, pour ne pas la juger :

«  Que celui ou celle qui ne s’est jamais mis en colère lui lance cette balle ».

Aucun jeune n’a bougé.
Bien sûr que Chloé a commis des fautes mais ce n’est pas une raison pour l’enfoncer plus.

Un temps après, ils se sont réunis dans le salon après avoir rangé les dégâts causés par Chloé.

Ils ont discuté, en faisant en sorte que le climat soit apaisé, que chacun puisse parler et être entendu.

Demande de pardon de Chloé.

 

Le pardon n’est pas une démarche où l’on demande à l’autre d’oublier, de faire comme si rien ne s’était passé. C’est plutôt de choisir d’avancer avec ce que nous sommes malgré nos actes, et de croire en chacun de nous que nous pouvons évoluer, progresser.

 

Les jeunes sont surpris. Les éducs sourient. Ces derniers savent bien que cela se reproduira mais veulent croire que tout est possible en chacun d’eux. N’est-ce pas le sens du métier ? Relever et accompagner l’autre dans sa dignité ?

 

Que se passe-t-il par la suite ? A vous de l’imaginer….

J’ai été diagnostiqué!

Ce lundi, je suis parti à l’hôpital pour faire une batterie de test. Je n’avais pas très bien compris pourquoi. Une batterie, c’est ce que ma mère m’avait dit. J’ai dû louper le collège et rencontrer plusieurs médecins et d’autres personnes. Cela a duré une semaine. Pour mon bien, m’avait-on dit !

Et maintenant ? J’ai rencontré une psychologue, un neuropsychiatre, une orthophoniste, une psychomotricienne, un psychiatre, et des noms bizarres dont je ne me souviens plus.

A cause de cela, j’ai loupé mon activité favorite telle que le rugby que j’avais le lundi soir et le mercredi après-midi. J’ai pu rentrer dormir à la maison mais dans la journée, j’ai dû attendre parfois longtemps dans une chambre avant de voir une personne. Oh j’avais quand même des revues de gamins et du coloriage.

Un samedi matin, maman a reçu le courrier. C’était pour dire ce que j’avais. Un médecin nous donnait rendez-vous dans deux semaines pour en parler.

J’ai un syndrome de Doctuche de Mortan. Je suis dysprachique. Je suis dysfolique. Je suis dysmorphique et enfin j’ai une déprésurisation à tendance sicidaire.

Tous ces mots me plombent ma journée. Je ne sais plus quoi faire. Je suis un peu perdu et ma mère est complètement désorientée. Mon père ? N’en parlons pas, il est complètement ahuri et il est parti abattre des arbres qui menaçaient de tomber sur notre maison. Cela m’a donné un effet bombe atomique.

Je me sens étiqueté, ficelé, emprisonné dans quelque chose que je ne veux pas. Je sens une colère bouillir en moi et j’ai envie de pleurer en même temps.

Et mes talents, qu’est-ce qu’on en fait ? Ce que je sais faire, que vas- t-on en faire ? Est-ce qu’on va me regarder comme un syndrome à deux pattes dont il faut prendre soin et guérir les symptômes.

Je me sens à la fois perdu et lucide. Je me sens parfois naïf, idiot mais aussi j’ai des lueurs d’intelligence. C’est ce qui me rassure. Cela m’arrive d’avoir un esprit critique et je me surprends d’en avoir. Cela me fait plaisir. Mais ça, personne ne l’a relevé. Et c’est frustrant. Non, c’est pire. C’est injuste.

Voilà, on m’a diagnostiqué ! On m’a étiqueté.

Fugue d’un éducateur

Il est 7h20. Les jeunes ont commencé à émerger pour prendre le petit déjeuner. Mais rien n’a été préparé. L’un d’eux a pourtant entendu la voiture de l’éducateur arriver sur le parking du foyer.

Le plus âgé, Séraphin, se rend au bureau de l’éduc’ et aperçoit que des feuilles ont été éparpillées. Et là, stupeur, la fenêtre est grand ouverte. Un petit mot sur la fenêtre écrit avec de la mousse à raser :

« Ciao, les jeunes, débrouillez-vous ! ».

Séraphin appelle ses huit autres camarades pour se mettre à la chasse de Maxime, l’éduc.

Le plus jeune, Dylan, 10 ans, récupère un détecteur de métaux. Parce que Maxime a des dents plombés, cela peut aider, dit-il. Les autres le regardent amusés. Et c’est ainsi que les 9 jeunes sortent de la rue et se répartissent en plusieurs groupes pour le retrouver.

Calvin et Henri, les inséparables font route vers l’étang où Maxime les emmenaient souvent pêcher. Chaque petit groupe avait pris le soin de prendre un talkie-walkie. Les passants étaient ahuris de les voir courir et concerter ensemble. Les habitués du quartier se souvenaient plutôt d’eux comme des chamailleurs sans nom.

Chaque recoin de rue était fouillé et pleins de questions aux passants s’ils n’auraient pas vu un gars barbu avec une boucle d’oreille à l’oreille droite, brun avec une queue de cheval. Une piste est évoquée vers le bois près de l’étang. Echanges par talkie-walkie, ils se retrouvent tous sur une place où trône une sculpture étrange aux milles couleurs. Ils longent l’étang et s’enfoncent dans le parc et là, ils aperçoivent un tissu orange. Dylan remarque une écriture, celle de Karima, une éducatrice :

«  Vous êtes sur la bonne voie. Continuez ». Et c’est ainsi qu’ils parcourent des sentiers jonchés de tissus oranges. Et là, Séraphin s’écrie : «  M’enfin, les gars, vous ne souveniez plus ? On avait entendu des semblants de chuchotements de la part des éducs qui nous feraient une surprise un jour. »

Soulagés que Maxime n’ait pas fait une vraie fugue. C’est un jeu grandeur nature qu’ils vivent pour la première fois.

Tout en marchant en peu rapidement, ils arrivent enfin dans une clairière où se trouvent un cabanon, et une grande table dressée jonchée de mets. Toute l’équipe éducative dont le chef de service les accueillait en les applaudissant. Parce que les jeunes étaient arrivés ensemble et c’était un défi que l’équipe voulait relever.

Chacun était tout étonné et joyeusement surpris. Ils se précipitent autour de la table pour s’empiffrer de pains aux chocolats, de brioches. Des jus d’orange fait maison coulaient à flots. Maxime fit une photo de cette bande de lurons pour marquer le coup.

Et la journée n’est pas finie pour eux car c’est la fête du foyer.

L’équipe avait pu lancer ce défi après un long cheminement avec chaque jeune, en travaillant sur leurs capacités, leurs savoir-être et savoir-faire.

Malgré cette fête, cela n’empêchera pas les coups de colères dans les prochaines semaines dues aux situations familiales de chacun mais au moins une relation de confiance s’est établie. Néanmoins la confiance se travaille chaque jour.

FIN

(Histoire complètement fictive)

Bryan

La tête en étau.

La colère le ronge.

Qu’est-ce qui lui reste à faire ?

Personne ne l’écoute.

Il se sent inférieur aux autres

Car il se sent écrasé par le regard des autres.

Bryan serre ses poings dans ses poches.

Son visage est dur et ses yeux tournés vers le sol.

Au moindre mot qu’il prononce, c’est de manière agressif.

Il ne peut rien. Il traine une boule de nerfs.

Tout est pour lui injuste avec les colles,

Les devoirs en plus à la maison.

Quand il y a du bruit, c’est lui qu’on accuse.

Son prénom est pour lui un poids.

On le classe, on  l’étiquette «  Cas sociaux ».

Pour se faire entendre, il provoque.

Même ça, ça ne marche pas.

Il croule sous les insultes de ses pairs.

A la maison, ses parents sont débordés par le boulot.

Il doit se démerder pour manger.

Il ne sait pas à qui parler, il n’a confiance en personne.

Alors, un matin, il monte sur la terrasse de l’école.

Personne à l’horizon. Il enjambe la barrière en béton.

En dessous, la cour de béton. Il ne pense pas à mourir.

Juste arrêter ses souffrances.  Les autres l’oublieront.

Il ferme ses yeux. Une voix s’élève.

Il ne veut pas se retourner.

Il s’élance dans le vide.

A peine 30 centimètres plus bas, un sol de plexiglas l’arrête.

Bryan se dit vraiment que la vie est injuste.

Elle lui empêche d’en finir avec ses galères.

Sonné, il sent qu’on le soulève.

On l’emmène dans une petite salle.

Un silence respectueux.

Il est étonné de ne pas se faire engueuler.

Il est abasourdi. Un flot de larmes l’envahit.

Une main se pose sur son épaule.

Une émotion le surprend.

Il ne sait pas la définir.

Sanglots longs qui l’épuisent.

Il s’endort.

A quel moment doit-on être alerté par la détresse d’un jeune ou même d’un adulte ?