Le clash de Chloé

Chloé a cassé la console de jeu du foyer.

Par colère envers les gars qui l’embêtent.

Chloé a balancé tous les livres du salon par terre

A cause de ses copines qui lui cachent son journal intime.

Chloé est furieuse et se venge en menant le groupe vers le chaos.

Les éducateurs ont eu du mal à canaliser l’ado.

Chloé est une grande ado, avec une force énorme.

Elle avait contenue toute sa colère et elle explose.

La tornade passe dans le bureau des éducs et mets tout par terre.

Marie, une des éducs, a essayé de la contrôler. En vain.

Et là, Chloé se précipite dans le jardin vers Karima, sa référente qui l’avait appelé.

Bouillonnante, elle se rue vers l’adulte et la plaque.

Allongé à côté de l’éduc, elle éclate en sanglots.

Des grosses larmes. Elle tombe dans les bras de Karima.

Pleurs. Silence. Les jeunes qui en ont après Chloé sont contenus par l’équipe.

L’ado lance des mots sur ses maux. Karima écoute tout simplement.

 

Sans jugement sur ce qui vient de se passer.

Le temps des réparations viendra plus tard.

C’est le temps de l’écoute du mal-être.

C’est le temps de l’attention, de la confiance qui se renoue dans le dialogue.

 

Les autres jeunes ont fait tomber leurs colères.

Un éduc leur a fait passer un message pour ne pas condamner Chloé, pour ne pas la juger :

«  Que celui ou celle qui ne s’est jamais mis en colère lui lance cette balle ».

Aucun jeune n’a bougé.
Bien sûr que Chloé a commis des fautes mais ce n’est pas une raison pour l’enfoncer plus.

Un temps après, ils se sont réunis dans le salon après avoir rangé les dégâts causés par Chloé.

Ils ont discuté, en faisant en sorte que le climat soit apaisé, que chacun puisse parler et être entendu.

Demande de pardon de Chloé.

 

Le pardon n’est pas une démarche où l’on demande à l’autre d’oublier, de faire comme si rien ne s’était passé. C’est plutôt de choisir d’avancer avec ce que nous sommes malgré nos actes, et de croire en chacun de nous que nous pouvons évoluer, progresser.

 

Les jeunes sont surpris. Les éducs sourient. Ces derniers savent bien que cela se reproduira mais veulent croire que tout est possible en chacun d’eux. N’est-ce pas le sens du métier ? Relever et accompagner l’autre dans sa dignité ?

 

Que se passe-t-il par la suite ? A vous de l’imaginer….

La journée de folie d’un djeun

Je te jure. Ce matin, mon réveil sonne à 6h. Je me lève comme un zombie .

Pourtant j’avais pas réglé le réveil. Je prends des céréales.

En fait, ce sont des épinards en croquettes.

J’entends des miaulements. C’est mon clébard qui réclame un bizou.

J’essaie de comprendre ce qui se passe mais mon cerveau ne répond pas.

Je prends mon sac pour aller en cours et je monte dans le bus. Personne.

Putaing, oh, y a bien cours aujourd’hui. Y se passe quoi ?

Le chauffeur est un robot. Le bus démarre en trombe en marche arrière.

Je m’agrippe comme je peux sans rien comprendre. Et là, le bus s’envole.

Les vitres explosent et une ceinture vient m’enlacer. Je reste suspendu

Car le bus monte comme une fusée. Je vois mon quartier de très haut.

C’est quoi ce délire ? Et là, Le bus disparait et me retrouve seul accroché à un fauteuil.

Je suis suspendu dans l’air sans tomber. Je plane complètement par-dessus des quartiers.

Personne dans les rues. Et là, une horde de corbeaux me transporte encore plus loin.

Un aigle royale s’agrippe à mon sac à dos et me dépose sur un volcan en éruption.

Rien ne me brule. Je suis tellement angoissé que je suis tétanisé. Un cauchemar sans doute.

Une cage de glace m’enveloppe sans fondre malgré la lave qui s’écoule sous mes pieds.

Une forte rafale me soulève. Je rebondis des milliers de fois. Je suis complètement sonné.

Et là, je me retrouve devant une cabane tout déglinguée. Je franchis la porte.

Une immense salle de ouf avec des buffets à perte de vue. Une foule de lutins et de trolls.

Des fées virevoltent dans tous les sens. Le délire est encore plus délire. Du métal rock !

Des manchots jouent de la guitare électrique et de la batterie.

Tout un orchestre avec des musiciens tout aussi tordus comme des cors de chasse.

On me donne une mitraillette et on m’ordonne de tirer. Je refuse. Une forte migraine

Qui m’impose de tirer. Je le fais. Pleins de bonbons et chamallows arrosent la foule.

Je m’effondre de fatigue dans un fauteuil rempli de chocolats et de caramels.

Tout noir. Sensation de vertige.

On me réveille. Un éducateur me murmure avec douceur :

« Toi, tu t’es encore shooté ».

Requiem pour un délinquant

Rien à faire ce soir

Où mes idées sont noires

De colère, de vengeance.

Crier contre l’engeance

Policière, je voudrais.

Je suis à peine saupoudré

Du regard des gens d’ailleurs.

Ils me regardent comme un violeur

De leur intimité, de leur puissance.

Pour eux, je suis un bon à rien.

Pour eux, ma vie n’a pas de sens.

Je ne suis qu’un voyou, un vaurien.

Alors je m’en vais jubiler dans la nuit

Défier les forces de l’ordre, les interdits.

Je guette pour les dealers hors des taudis.

Je mens à ma famille pour défier l’ennui

Et le gout de l’adrénaline monte en moi.

Faire tout pour se faire accepter et respecter

En volant, en prenant des risques sans émoi.

Quand revient la loi, tout me fait débecter.

Je fonce sans réfléchir pour ne pas mourir

De honte. Jamais je ne voudrais férir.

Pourquoi suis-je comme ça, en galère ?

On ne veut pas m’écouter, ni me comprendre.

Les gens croient que j’aime me faire prendre

Et de se faire remarquer, de faire le grand fier.

Je voudrais pourtant, au fond de moi

Qu’on me donne un coup de pied au cul

Et qu’on me réveille pour éviter d’être vaincu

Par la drogue, la violence et l’alcool

Alors quoi ? Pourquoi nous sacrifier ?

Nous les jeunes de lointains quartiers ?

Bryan

La tête en étau.

La colère le ronge.

Qu’est-ce qui lui reste à faire ?

Personne ne l’écoute.

Il se sent inférieur aux autres

Car il se sent écrasé par le regard des autres.

Bryan serre ses poings dans ses poches.

Son visage est dur et ses yeux tournés vers le sol.

Au moindre mot qu’il prononce, c’est de manière agressif.

Il ne peut rien. Il traine une boule de nerfs.

Tout est pour lui injuste avec les colles,

Les devoirs en plus à la maison.

Quand il y a du bruit, c’est lui qu’on accuse.

Son prénom est pour lui un poids.

On le classe, on  l’étiquette «  Cas sociaux ».

Pour se faire entendre, il provoque.

Même ça, ça ne marche pas.

Il croule sous les insultes de ses pairs.

A la maison, ses parents sont débordés par le boulot.

Il doit se démerder pour manger.

Il ne sait pas à qui parler, il n’a confiance en personne.

Alors, un matin, il monte sur la terrasse de l’école.

Personne à l’horizon. Il enjambe la barrière en béton.

En dessous, la cour de béton. Il ne pense pas à mourir.

Juste arrêter ses souffrances.  Les autres l’oublieront.

Il ferme ses yeux. Une voix s’élève.

Il ne veut pas se retourner.

Il s’élance dans le vide.

A peine 30 centimètres plus bas, un sol de plexiglas l’arrête.

Bryan se dit vraiment que la vie est injuste.

Elle lui empêche d’en finir avec ses galères.

Sonné, il sent qu’on le soulève.

On l’emmène dans une petite salle.

Un silence respectueux.

Il est étonné de ne pas se faire engueuler.

Il est abasourdi. Un flot de larmes l’envahit.

Une main se pose sur son épaule.

Une émotion le surprend.

Il ne sait pas la définir.

Sanglots longs qui l’épuisent.

Il s’endort.

A quel moment doit-on être alerté par la détresse d’un jeune ou même d’un adulte ?

Elle s’appelle…

Elle s’appelle Soreyna.
Petite adolescente manouche qui mendiait sur un parking d’un supermarché.
Elle a un visage balafré avec un sourire qui peut désarmer les coeurs endurcis.
Si on prend le temps, avec sa petite voix, elle peut vous confier sa petite vie de nomade.
Elle est dans la ville depuis un an et demi et vit avec sa famille dans un campement.
Si vous connaissez le lieu de son campement, elle sera ravie. Elle se sentira reconnue. 
Si un jour, vous la croisez, n’hésitez pas à lui laisser un sourire ou bien à lui adresser quelques mots. 

Elle s’appelle Feyza.
Jeune femme voilé aux yeux bleus qui prenait le bus tous les jours.
Elle ne se laisse pas faire par les machos qui font frotti-frotta. Ils en eu pour leurs comptes.
Elle ne rêve qu’une chose: Que les femmes soient considérés comme des sujets à part entières et non des objets. 
Les hommes! Si vous la croisez, méfiez-vous de vos instincts primaires. 
Elle vaut la peine d’être rencontré, respecté tout simplement. 
Elle a besoin comme pour toutes les femmes de se sentir en sécurité.

Prenons-soin d’elle.
Prenons soin de vous.
Prenons soin de nous. 

Texte écrit suite à une rencontre et au visionnage du film égyptien: Femmes du bus 678