Chroniques d’un éducateur #14 Fauteuil électrique, plaisir de travailler et Mexique

A force d’enchainer les missions dans un même lieu, je prends du plaisir à revoir les résidents et certains collègues. Les accompagnements aux soins, repas se font plus précis, efficaces et délicats. Mais il faut encore progresser pour certains car il faut de l’organisation pour ne pas se faire mal au dos, ni faire des gestes inutiles, des déplacements de palan pour rien etc…

Quand les personnes hébergées sont couchées, il me faut déplacer les fauteuils électriques et les recharger. C’est tout un art de manier la manette car je ne compte pas le nombre de fois où une roue a embrassé un de mes pieds. Un poids non négligeable. Hier, je me suis laissé surprendre par la sensibilité du fauteuil, avec la personne dessus. Le fauteuil est parti trop vite vers le lit. Plus de peur que de mal. Je m’étais excusé auprès du jeune. Il avait posé sa tête sur mon bras pour un temps de réconfort. Malgré cet évènement, le lendemain, quand il m’a revu, il s’est exclamé joyeusement en me revoyant. Toujours plaisant d’être bien accueilli, n’est-ce pas ? Et surtout quand le lien de confiance est resté malgré les bourdes.
Pour ceux qui peuvent utiliser le fauteuil électrique et qui n’ont que se moyen pour exprimer leur liberté de se déplacer, cela doit être jouissif. Certains ou certaines n’hésitent pas à déambuler dans les couloirs, à sortir dehors dans le parc, à faire des sprints.

Je reconnais que j’aurai bien aimé travailler sans la situation sanitaire que nous vivons parce que les masques me fatiguent lors des relèves, et bien même dans les échanges avec mes collègues. En même temps, je relativise et je suis satisfait des remplacements que je fais au foyer d’accueil médicalisé.

Toujours au même endroit, Vendredi dernier, j’ai la chance de pouvoir participer à une fête sous le thème du Mexique. Les femmes avaient des fleurs dans les cheveux et les gars, avec un sombrero. L’équipe avait fait décorer par les résidents puis préparer des mets mexicains. Et bien sûr, il y avait de la musique. Un jury devait passer par unité et récompenser les groupes. J’ai eu l’occasion d’emprunter l’appareil photo d’une collègue et ait pris pleins de photo avec plaisir.

Petite anecdote :
je terminais une soirée dans un FAM auprès d’adultes IMC. 21h30, mon dernier collègue venait de partir et je finissais de m’occuper d’un résident qui regardait la tv dans sa chambre. Je devais l’installer, mettre son oxygène, accrcoher sa sonde urinaire. Il avait appuyer plusieurs fois en 10 mn car j’avais oublié un détail, vu que c’était ma première soirée seul! Au bout de la énième fois, je reviens dans sa chambre et lui lance : »Dis tout de suite que je te manque! ». Eclats de rire de sa part!

Chroniques d’un éducateur #13 Quelques vers de savoir-être

Au gré du quotidien, un petit café pour tenir
Résister au bruit et garder le sourire.
Juste une présence, parfois une tasse de thé
pour rassurer, conforter dans sa dignité.
Tentation d’une bière pour affronter la violence
Encaisser, respirer face aux insolences.
Un verre de rosé entre collègues d’infortune
pour se chambrer, se défouler sans rancune.
Etre clair dans ses intentions, sans voir flou
Malgré ses quelques verres à devenir chelou.
Conjuguons le savoir-faire et le savoir-être
Pour un cadre aux milles fenêtres.
Jongler entre ses valeurs et les injonctions
Et donner le meilleur, sans disjonction.
Toujours y croire, avoir un regard ajusté
Et oser se décaler pour se protéger.
Je nous souhaite un verre plein d’envie
A votre juste mesure, évitons la survie.
Un petit verre de sirop d’humour
Pour éviter la routine de chaque jour.
Un dernier vers pour la route
Pour vous souhaiter aucune déroute.


Chroniques d’un éducateur #12 Un peu de lecture

Même après quelques années d’expérience, il est toujours utile de lire ou relire des ouvrages autour de son métier. Une piqûre de rappel… sans la 5G !
Bref, j’ai gardé quelques ouvrages de mon diplôme d’éducateur spécialisé reçu en 2006 à l’IUTB de Tourcoing puis j’ai completé ma bibliothèque selon les opportunités.
J’ai surtout acheté (et emprunté quand même aussi) des livres aussi quand j’ai écrit mon mémoire sur le jeu et la socialisation auprès des enfants qui ont des troubles de la personnalité et du comportement.

Pour la bibliographie, je ne ferai pas mieux que le site de Célia Carpaye, que je vous invite à découvrir sans hésiter:
http://www.educenformation.com/

Pour ma part, voici ma petite bibliothèque :

Puis quelques ouvrages que j’aimerais lire :

Ne surtout pas oublier Deligny !

Et bien sur il y a deux revues incontournables:

Quels sont vos livres de chevets en lien avec le social ?

Chroniques d’un éducateur #9 La langue des signes, un outil de communication

Pour rappel, la langue des signes n’est pas ma langue maternelle. Tout simplement, parce que j’ai grandi dans un environnement entendant et j’ai suivi une scolarité ordinaire.
J’ai appris quelques bases de la langue qu’à partir de 15 ans, en cotoyant une association qui accueillait des enfants sourds et autres types d’handicap.
Je considère que je suis sourd appareillé oralisant et cela me convient parfaitement.

Bref, lors de ma dernière mission dans un foyer d’accueil médicalisé auprès d’adultes, j’ai eu l’occasion d’utiliser mon vocabulaire LSF (Langue des Signes Françaises) pour échanger avec un résident qui utilisait cet outil de communication. Il avait des problèmes neurologiques qui l’empechaient de s’exprimer. Il pouvait juste verbaliser quelques mots mais c’est tout. Il était entendant et il est devenu malentendant.
Quand j’ai commencé à échanger avec lui, il a beaucoup apprécié et surtout il en a bien profité pour me chambrer, et réciproquement. Au fil des heures, un lien de confiance s’était établit et n’hésitait pas à me sollicitait. (Un peu trop selon mes collègues).

Note : ces collègues ont cherché sur internet pour voir qui j’étais. Va falloir que je fasses attention à mes propos (ou pas).

Au moment du coucher, il avait un visage radieux et a pu me dire qu’il était content que je le comprenne et qu’on échange en LSF. Ce n’est pas dit comme ça mais cela ressemblait.

J’avoue que c’était satisfaisant de pouvoir échanger avec une personne dont, de premier abord, pouvait être difficile. Il semble important que les professionnels puissent connaitre les bases. Des bases pour répondre au plus juste aux besoins des personnes.

Je vous invite à voir quelques bases LSF dans la vidéo ci-dessous, réalisée par un acteur-mime renommée :


Il est bien clair que pour certains sourds, la LSF est leur langue, plus qu’un outil de comnunication.
C’est une langue à part entière, qu’elle a sa propre mode de pensée, sa propre grammaire.
C’est une langue qui s’apprend sur du long terme comme toute langue étrangère!
C’est beaucoup plus complexe que le simple vocabulaire LSF que je propose. Le Makaton, en gros!

Alors collègues du social ou médico-social, utilisez-vous la LSF comme outil de communication ? Ou bien d’autres ?
A vos claviers, je suis curieux de lire vos témoignages 🙂

Chroniques d’un éducateur #6 Avantages et inconvénients du travail en intérim

Bonjour à tout le monde,
Même si j’ai bien passé 4 jours de travail en intérim la semaine dernière et au lieu de raconter mon quotidien , j’ai souhaité faire le point sur mon choix de travailler en tant que remplaçant, et de voir avec vous quels sont les avantages et les inconvénients.

Les avantages ?
. Liberté d’action
Tout d’abord, c’est pouvoir travailler à mon rythme avec les missions que je réalise aussi en libéral.
C’est la satisfaction aussi de pouvoir choisir les lieux de travail et répondre aux besoins des structures.
Je n’accepte pas n’importe quelle mission car je ne peux pas travailler avec tous les publics, pour ne pas me mettre dans des situations difficiles.
Variété de missions
Ensuite, c’est découvrir la richesse de la diversité des structures, et faire de belles rencontres tant au niveau des collègues et des résidents / jeunes.
. Agrandissement du portefeuille de compétences.
Cela me permet aussi d’élargir mes compétences et de pouvoir faire preuve d’adaptabilité et de créativité avec des publics très diverses. J’ai pu travaillé alors avec des adultes autistes sévères, des adultes IMC, des adolescents et jeunes déficients intellectuels soit en journée ou en internat.
. Mieux payé
Et bien sûr, si je passe par une agence d’intérim, j’ai des primes de précarité avec l’IFM (‘indemnité de fin de mission) et l’ICCP (indemnité compensatrice de congés payés).

Mais Vivien, et la relation éducative ? Qu’en fais-tu ?
Effectivement, cela fait partie des inconvénients dans l’intérim en tant que travailleur social !

Les inconvénients
. Précarité
logique car on ne sait jamais quelles missions j’aurai dans le mois suivant, c’est toujours de l’imprevu. Cela m’est arrivé d’avoir une semaine sans rien, mais cela devient rare car je commence à me faire connaitre. Mais ce qui est sûr, je n’ai pas de projets de faire carrière ni de décrocher un CDI à temps plein. Ce qu’il me faudrait, c’est d’avoir 3 fois 20% car pas mal d’éducateurs / éducatrices souhaitent travailler à 80%. Non, pas vous ?
. Relation éducative très passagère
C’est sûr que ce n’est pas très bénéfique pour les résidents, usagers quand il y a un remplaçant. Et pour ma part, il me faut ingurgiter pas mal d’informations pour ne pas commettre d’impairs. C’est pour cela que j’apprécie les lieux où ils ont un classeur pour les remplaçants, avec les récapitulatifs de chaque jeune et le déroulement de la journée type. J’apprécie quand c’est écrit car cela m’arrive de ne pas tout retenir auditivement.

Alors, pour ceux qui ont travaillé en intérim ? Comment le vivez vous ?
Et ceux qui accueillent des remplaçants, comment les recevez-vous ?

Chroniques d’un éducateur #5 Masque transparent et idée reçue

Bonjour à tout le monde,
Après une semaine de vacances, j’ai eu mon premier entretien dans une famille pour une intervention en libéral. Je prends la suite d’une autre éducatrice. Comme c’est pour accompagner une jeune autiste et sourde, je me suis procuré un masque transparent et je pense que ça a beaucoup joué dans le premier contact que j’ai eu avec la jeune.
Un vrai challenge je me suis lancé pour faire cet accompagnement. Je me mettrai en lien avec son école spécialisé qui ne l’accueille que deux jours par semaine. Et par chance pour cette famille, la prise en charge est financée par une association. Ce qui me convient aussi car en effet, l’argent peut être source de tensions si les aides n’ont pas pu être obtenues.
Je prévois donc avec cette famille d’être deux heures par semaine puis trois heures selon les besoins de la jeune. Au niveau jeux, et outils de communication, la famille s’est bien fournie et c’est déjà un atout. Affaire à suivre donc mercredi pour mon premier vrai temps d’accompagnement du jeune.
Pour info, mon masque transparent ne fait pas de buée car j’ai mis du savon transparent. A l’intérieur bien sûr !

Je vous parlais d’idées reçues tenaces dans le titre. Tout simplement, parce qu’à la suite de mon entretien, je reçus un texto pour un remplacement dans un foyer pour adultes IMC (Infirmes moteurs cérébrales). Pensée qui m’est venue : « Ouh là, IMC = difficultés d’élocution. Etant sourd, je n’ai pas envie de me mettre en difficultés ». 30 minutes après, même texto. L’agence d’interim insistait dis donc. Et là, 10 minutes après, on m’appella pour une intervention dans la journée de 14h à 20h. Je répondis et à la suite d’un regard et d’un geste d’une amie présente à ce moment-là, j’acceptais la mission. (Quel geste ? Ce geste signifiant : « Money Money » avec la musique d’Abba).
Au final, arrivé au foyer, je fus surpris que 8 personnes sur 9 parlaient à peu près bien et je les comprenais. Ce qui était fort appréciable. Pour info, les seules personnes IMC que j’ai connu et côtoyés avaient des problèmes d’élocution. Cela a renforcé mon idée reçue, qui était bien sûr erroné.
Mon remplacement s’était très bien passé avec de bons moments d’échanges, de jeux et de rigolades avec des résidents.

Et cette semaine qui va suivre ? J’ai quatre jours de remplacements dans un IME que je commence à bien connaitre.
Le must ? Une météo printanière pour des trajets en vélo 😁☺️

Chroniques d’un éducateur #3 De la communication non verbale, des jeux et un instant de pile usé

Remplacement de trois jours dans un IME avec des jeunes déficients intellectuels de 10 ans à 14 ans. Tous différents les uns et les autres au niveau des apprentissages, de la compréhension de leur environnement, de leur communication. Certains verbalisent légèrement, nous les comprenons. D’autres tentent de verbaliser, de produire des sons qui arrivent à avoir du sens. Ils jonglent avec leurs mots en même temps que leurs émotions. Du diamant brut. Avec eux, nous les faisons briller dans le temps, avec leurs armes et nos billes pour les aiguiller en fonction de leurs possibilités.
J’ai beaucoup apprécié ces trois jours malgré deux énergumènes qui m’ont bien fait tourner en bourrique, comme ils le font avec les autres éducateurs. Mots cailloux, gestes indélicats, surdité provisoire.
Avec plaisir, j’ai eu des temps individuels pour travailler sur la communication et le travail sensoriel. Juste apprendre à manier des objets et les faire rentrer par un trou dans une boite, à emboiter des legos, à malaxer de la pâte de la modeler. J’ai eu à chanter des comptines pendant 30 minutes car cela stimulait un jeune qui ne pouvait pas parler, ou très peu. Quand je chantais, il verbalisait un tout petit peu en entonnait un air, surtout : « Meunier tu dors! « . Il prenait mes mains pour les faire tourner. Il était donc dans l’intéraction donc je profitais de cette médiation pour être en lien avec lui.

J’ai eu l’occasion d’animer un petit groupe de 4 jeunes pour un temps d’expression. Bouger des parties du corps pour se détendre. Se passer un ballon imaginaire en disant le prénom d’un de ses camarades. Imiter des animaux au choix. Oui, vous avez bien lu, avec eux, j’ai fait la poule, le canard, le cheval, le cochon, l’ours. Cela a bien plus à certains.

J’ai apprécié travailler en duo avec un autre éducateur, pour des temps de jeux de société et de bricolage. J’ai découvert le Toutim, excellent jeu d’observation, réflexion et argumentation autour des formes, des couleurs et autres sens. Cela à renforcer ma conviction que les jeux sont très utiles pour apprendre les règles, les relations avec les autres, savoir attendre, savoir observer, savoir écouter etc…. Ok, faut choisir les bons jeux adéquats et on ne soupçonne pas encore ce qui existe déjà, et que nous pouvons adapter aussi.
Le jeu fonctionne si on y prends du plaisir.

Bref, trois jours la semaine dernière et cette semaine, je serai à temps plein les 5 jours, sauf le mercredi après-midi dans un autre IME. Je ne sais pas encore dans quel tranche d’âge je serai.

J’oubliais de vous raconter une anecdote. C’était ce mardi matin. Je savais que je n’avais plus de piles auditives chez moi et il fallait que j’en achète dans une pharmacie sur la route vers le boulot. J’y allais en vélo et pas de pot, il y en avait pas. En arrivant à l’IME à 8h50, j’allais voir le secretariat et je leur informai de mon problème. Je ne t’entendais plus rien et je détestais ça. La secrétaire prit le téléphone pour joindre une autre pharmacie. Elle avait enlevé son masque pour que je puisses lire sur les lèvres. Elle m’avait demandé les références des piles. La pharmacie en avait et oh joie, la secrétaire se proposa de m’emmener en voiture; Ce fut fait en 10 minuteset j’ai pu commencer à travailler en entendant très bien à 9h10 au groupe. J’ai beaucoup apprécié cette réactivité et je les en remercie. C’est beau la solidarité, non ?

Le cauchemar de l’éducateur

21h45. Arthus venait de faire le tour des chambres. Tout le monde semblait dormir. Un silence apaisant enveloppa le foyer. L’éducateur jetât un coup d’oeil sur la salle à manger. Tout fut rangé et nettoyé. Il se dirigea vers son bureau en laissant grande ouverte la porte, au cas où. Il s’affala enfin sur le fauteuil, avec sa tête toute embrumé de la journée. Un mini-relâchement. Il fallait qu’il tienne encore debout jusqu’à l’arrivée du veilleur de nuit. Ses yeux pouvaient tomber à tout moment comme une averse s’engouffrant dans la vallée. Un petit bruit aigue survint. Un acouphène. Cela lui arrivait de temps en temps. Cela pouvait durer quelques secondes. Le temps qu’il reprenne souffle et prenne une grande respiration.
Puis ce fut le silence complet.
Il sursauta en ouvrant ses yeux embrumés. Une lumière tamisait le couloir. Un fond sonore caressait les moindres recoins. La ventilation. Puis un tic-tac entêtant, discret dans la journée mais bruyant le soir quand aucun autre son venait perturber ces sinistres secondes s’écoulant vers l’éternité. Il n’était que 21h55.
Le veilleur allait tarder arriver. Martin était son nom. Il devrait arriver d’un instant à l’autre. Arthus crut que chaque seconde tambourinait sourdement comme si un funeste châtiment allait s’abattre.
Pour se changer les idées et ce qu’il aurait du faire, c’est noter ses observations dans le logiciel. Cela allait être rapide. Il ouvrit la fenêtre. Rien. Pas d’historique. Pas de traces sur ce qui s’était passé. Il fut saisi d’un horrible doute; Il regarde les autres fichiers. Tous vides. Même dans l’intranet, tout fut le néant. Aucun signe du passé. Où sont passés les projets écrits, les anamnèses, les circulaires, les factures, les photos du foyer ?
Arthus commença à paniquer légèrement. Très légèrement.
Il ouvrit la messagerie. Rien à part un message non lu. Cela venait de l’ARS. L’agence annonçait qu’il coupait tous les vivres du foyer, idem pour tous les établissements médico-sociaux car non rentables. Ils devaient se démerder comme les Amishs. Plus de sous. Plus de boulot.
Son coeur allait exploser… de colère, de fureur. Il devait sans doute rêver. Ce n’était pas possible autrement. Il se leva pour reprendre ses esprits. Il se retrouva dans le couloir. Un grand air glacial le fouetta. Toutes les portes des chambres étaient ouvertes, et des lumières bleues surgissaient de nulle part. Il se précipita vers la première chambre. Une chambre vide, sans plus aucun meuble. Personne. Ce fut la même chose pour les autres chambres. La sueur tombait à grosses gouttes de ses tempes. Il voulut crier mais rien ne sortit.
Soudain, un extincteur se mit à bouger et le frappa subitement sur ses épaules.
Arthus se réveilla brusquement. Martin, le veilleur l’avait secoué virilement. L’éducateur reprit ses esprits. Il s’était endormi devant l’ordinateur avec pleins de fenêtres remplis de dossiers, et la messagerie pleine. Tout était donc normal.
Arthus fit donc la relève, transmis quelques informations puis se prépara à rentrer chez lui.
Pour faire cette fois-ci des rêves.
Enfin, il espère!

Pour d’autres histoires à lire :
La fugue de l’éducateur
Le cauchemar du Veilleur de nuit
Journée fictive d’un éducateur

Chroniques d’un éducateur #1

C’est avec grand plaisir que je commence mes chroniques d’éducateur, un métier que je reprends doucement après 9 ans de pause. J’ai déjà commencé des remplacements novembre et décembre, trois jours au total dans un IME avec des jeunes déficients intellectuels puis un foyer avec des adultes autistes.

Jeudi dernier, j’ai effectué un remplacement dans un foyer pour adultes autistes bien dépendants. De 14h à 22h, il me fallait les accompagner dans leur quotidien comme si c’était dans leur maison. Activités bien sûr mais limitées en raison du contexte sanitaire, mais aussi préparation du repas, linge, ménage avec certains qui étaient en capacité de balayer et mettre la table.
Comme j’atterissais auprès d’adultes que je ne connaissais pas, il me fallait improviser avec le soutien d’une de mes collègues. Cette dernière m’avait fait un panorama des comportements que chacun pouvait voir. Si cela pouvait m’éviter des réactions violentes et inattendues, c’était très bien. Et pourtant, je restais toujours vigilant et bienveillant quand l’un venait me parler sans cesse, ou bien l’une qui venait me toucher sans arrêt, l’une qui battait des mains et crier. Nous assurions une présence, et permettre à chacun de pouvoir calmer ses angoisses.
Je m’étais occupé aussi de mise en pyjama et changement de couche d’une résidente, puis rasage dans un autre résident. Dire qu’il y a quelques mois, je ne voulais pas m’occuper des toilettes car trop mal à l’aise face à la nudité. Etonnement, je fus serein et paisible dans ce que je devais faire.
Le seul truc notable qui aurait pu me chambouler, c’était à 20h30. J’étais seul avec les résidents depuis 20h. Certains étaient déjà couchés. J’étais en train de mettre en pyjama une résidente dans sa chambre, porte presque fermée. Quand soudain, un résident surgit et agrippa mon masque pour l’arracher, et me le donna. Et repartit aussi vite comme il était venu. Un « Ok, tout va bien » a résonné dans ma tête. Je finis ce que j’ai à faire puis allait voir le résident tranquillement. Il riait tout seul sur le canapé et quand il me vit, il murmurait : « Il faut pas mettre le masque ». Je le rassurais que c’était important pour les proteger du virus et que je pouvais comprendre que ce n’était pas facile de nous voir masqué (je ne l’ai pas dis mot pour mot comme ça mais l’intention y était). Le reste de la soirée s’est passé sans accrochages masqués.
Enfin, 22h, fin de la soirée et je rentrais chez moi qui était à 35 mn de voiture à travers la campagne. Une douce fatigue.

Dire que je ne me sentais plus capable de travailler avec un public ayant des troubles autistiques, suite à une très mauvaise expérience en 2011. On peut se surprendre et c’est tant mieux. Il faut se laisser le temps pour s’affirmer, avoir confiance et trouver une certaine paix dans son métier.

Oh des résolutions d’un éduc pour 2021 (ou pas)

Alors que l’année 2021 s’approche avec hâte, je me suis dit qu’une poignée de résolutions ne pourrait pas me faire du mal. Alors, commençons :

  • Arrêter de se plaindre et de râler dans le vide. Autant y aller dans le vif et ne plus tourner autour du pot.
  • Ne plus élever la voix même quand je suis épuisé, crevé, éreinté, agacé, très désappointé, très en colère. Etant père, je m’entraine à domicile !
  • Aller aux réunions avec le sourire et se dire que j’ai une place à prendre, et ne plus fermer ma gueule. (Enfin, ce n’est pas facile, j’avoue)
  • Savoir prendre du recul et savoir se remettre en cause en cas d’erreur. Les échecs font grandir, c’est bien connu. (Soit, je gagne, soit j’apprends. C’est pas moi qui le dis, c’est Mandela!)
  • Ne pas prendre de haut ceux qui débutent dans le métier et être humble.
  • Ne pas vouloir trucider le directeur ou un autre type de supérieur hiérarchique qui me sape le travail au quotidien et la relation avec une personne.
  • Ne plus mélanger ma vie privée et ma vie professionnelle.
  • Ne dire que des choses positives et n’avoir que des mots valorisants pour ceux que j’accompagne. (Même si on a envie de dire pleins de gros mots)
  • Rester calme en toute chose et ne plus frapper involontairement du mobilier.
  • Garder le sourire même quand tu as envie de chialer ou d’hurler. (Je peux hurler dans la voiture, vitres fermées ou au fond des bois).
  • Savoir dire stop quand c’est contraire à tes valeurs, tes principes.
  • Savoir poser un vrai cadre.
  • D’écouter la personne vraiment jusqu’au bout. (Même quand ça bégaie, on ne sait jamais)
  • Ne plus faire de fautes d’orthographes dans les écrits.
  • Savoir se poser quand rien ne va plus et oser se reposer.
  • Oser passer le relais quand ça ne va plus dans la gestion d’une crise, d’un conflit
  • Ne jamais rester seul(e)e) face à une merde quelconque, minime soit-il !
  • Accepter que je ne sois pas superman mais humain avec des limites
  • Faire confiance à ses capacités et ses talents de créativité et d’adaptabilité
  • Crier un bon coup dans une salle insonorisée pour éviter que des petits innocents s’en prennent pleins la tronche.
  • Etre pragmatique, efficace et oser mettre ses mains dans le cambouis

Etant père depuis presque 4 ans, et reprenant mon métier d’éduc spé, il y a du challenge. Je m’entraine à domicile, cela tombe bien.

Mais en fait, nos choix dans nos décisions, comportements ne se décident pas quand une nouvelle année commence. C’est maintenant quand c’est nécessaire et pour la vie. Tout un apprentissage le travail avec l’autre, le travail en équipe etc…

Bon courage donc à tous les éducateurs (Éducateurs spécialisés, ME ou AME, Parents, professeurs, etc…) et même à tout le monde, ceux qui travaillent, ceux qui sont bénévoles etc…

Prenez bien soin de vous et vivement que ce fichu virus fasse une belle résolution : disparaitre !