Journal à mon père inconnu- 7

Samedi 4 septembre

Enfin, je peux marcher tout seul Papa. Je vais être hébergé dans un foyer le temps qu’on me trouve une famille d’accueil. Ma mère est enfin en prison et mon petit frère Loufi est chez ma grand-mère. Je viens de sortir de l’hôpital. Un éducateur est venu me voir pour préparer mon séjour au foyer.  Je ne suis pas inquiet. Je lui ai juste parler de toi et il m’avait promis qu’on préparerait mon voyage. Peut-être pour les vacances de Toussaint ?

 

Lundi 27 septembre

Je prends le temps de t’écrire Papa. Ma vie au foyer se passe à peu près bien même si mes voisins de chambre m’emmerdent parfois. Ils font les durs et me provoquent à la bagarre. Le souci est que je n’ai pas de forces. Pas pour l’instant. Cela viendra. Je continue d’aller à au collège où je galère un peu. J’ai du mal à me concentrer. Heureusement, mon prof principale est au courant de mon histoire et m’encourage.

 

Jeudi 30 septembre

Il me faut une autorisation de sortie par mes parents pour sortir du territoire. . Ma mère, déchu de l’autorité parentale et toi, inexistant pour l’administration, je suis mal barré. Mais heureusement, j’aurai un tuteur. Je le verrai demain avec le juge.

 

Vendredi 1er octobre

Trop bien. Le tuteur est partant pour mon projet d’essayer de te retrouver. Je suis fou de joie. J’ai du mal à tenir en place. Je te laisse. Je vais fêter ça avec le foyer. Les éducs m’ont prévu une soirée sur le Sénégal, un repas typique et de la bonne musique. Tous mes potes du collège se sont réunis pour récolter des fonds pour payer mon voyage. A très bientôt papa.

 

Vendredi 15 octobre

J’irai te rejoindre à Noel. Il n’y avait plus de places pendant les vacances de Toussaint pour Dakar. Pour que je mérite vraiment mon voyage, je te promets de bosser à fond. Pour que tu sois fier de moi. Les vaccins ont été fait. Je suis prêt….

 

( A suivre)

Journal à mon père inconnu – 6

Samedi 14 aout

Je relis encore une fois mon acte de naissance donné par ma grand-mère hier. Je suis né le 18 octobre 1999  à 19h52 à l’hôpital de  saint Louis du Sénégal, de Arsène Gomèse Badiane et de Catherine Emmanuelle Sansnom. J’ai déjà regardé un atlas et je me suis mis à t’imaginer Papa sur les rives du fleuve. A t’imaginer en train de me guetter à l’horizon. Je me mets à rêver à décoller pour le Sénégal, à découvrir ma vraie famille. Ma grand-mère m’a juste raconté comment je suis né mais elle lui reste des zones d’ombre. Elle ne sait rien de plus. J’avais senti qu’elle me cachait des choses mais peu importe. Je sais maintenant d’où je viens. Je suis heureux. J’ai un but pour pouvoir marcher, guérir plus vite. Te rencontrer, te connaitre Papa.

Attends, j’entends des cris dans le couloir….

Papa, je tremble. C’était maman qui a essayé de me voir. Elle a essayé de forcer le passage. Je l’ai à peine aperçu. Elle a crié : «  Rami, je t’interdis d’aller au Sénégal. Sinon,  J’aurai ta peau. » Puis un flic l’a embarqué. Un médecin est venu me voir pour me dire que je changerai d’hôpital par mesure de sécurité, avec l’accord du juge. Qu’as-tu donc fait Papa pour que je sois interdit de séjour chez toi ?

Malgré cette peur qui me tenaille, une folle envie de défier ma mère me prend. Je veux prendre ce risque. Je me préparerai au voyage.

 

( A suivre…)

Journal à mon père inconnu – 5

Vendredi 13 aout

                Les jours passent et se ressemblent presque. Réveil à 6 heures du matin pour les premiers soins. Petit-déjeuner à 7h30. Kiné à 10h. Repas à 11h30. Visite normalement entre 14h et 20h. Ostéopathe à 16h. En revenant à la chambre, j’espère toujours avoir une bonne surprise. Mais rien de palpitant depuis fin juin. Je suis triste, Papa. J’ai envie de pleurer. J’ai l’impression d’avoir un container dans ma poitrine et qu’il suffirait d’un petit robinet pour tout lâcher. Mais je reste confiant, tu sais. Même triste, cela ne m’empêche pas de sourire aux infirmières, de rire en lisant des bandes dessinées. Mais quand je suis seul pendant un temps, j’ai l’impression de m’enfoncer dans le lit de solitude….

C’est quand même fou ce qu’on peut vivre en une journée. Je te disais que j’étais triste depuis quelques temps et là, je suis dingue de joie. Complètement hilare, Papa.  Une grand-mère est venue me voir à l’instant. En fait, c’était la mère de ma mère que je n’avais jamais connu. Elles s’étaient fâchés et ne se parlaient presque plus. Ma grand-mère avait appris que j’étais à l’hôpital par hasard, hier. Elle est venue de très loin. Grâce à elle, j’ai su où j’étais vraiment né. Je retrouverai ta trace Papa !

 

( A suivre…)

Journal à mon père inconnu – 4

Même jour

C’était trop bien Papa ! Ils m’ont trop fait rire surtout le professeur Hopopop avec sa petite barbiche et son air savant. Ah si tu avais entendu comme il parlait ! Il était trop drôle. Puis le deuxième, c’était une clown. Zoé’lastique. Elle faisait des acrobaties de ouf et faisait des pouêt-pouêt avec ses gants jaunes en guise chapeau. Ma chambre d’hôpital était devenue une aire de jeu pour eux. Tous les deux m’ont fait un bien fou. J’ai senti beaucoup de douceur et de tendresse, puis d’énergie et une folle envie de sourire et rire.  En partant, ils m’ont laissé un nez rouge. Mon premier cadeau. Peut-être que je ne suis pas un homme mais j’ai pleuré. Pleuré de joie Papa, mais pleuré quand même.

Papa, je veux m’en sortir. Quand je remarcherais, j’irai semer ce que j’ai reçu aujourd’hui à mes voisins.

J’ai toujours mes jambes dans le plâtre, et alors ? Maman m’a abandonnée, et alors ? Je suis loin de ma famille, et alors ? Je sais ce que je vaux. Ici, je me sens reconnu. On prend soin de moi.  Je relis sans cesse la superbe carte de ma classe. Cela me dynamise, me motive. Oui, j’espère Papa. Je t’aime Papa même si je ne te connais pas. Je te retrouverai un jour, c’est sûr. Promis !

 

( A suivre…)

 

Les deux clowns existent réellement même si les faits sont imaginés. Ils font partie de l’association «  Vivre aux éclats » : http://www.vivreauxeclats.fr/

La belle-famille de Franck

Chaque soir, c’est la même chose pour Franck où il ne peut que se taire. A chaque fois qu’il essaie d’ouvrir la bouche, sa belle-mère le rabaisse. Son père en rajoute une couche avec des mots assassins.. Est-ce qu’il pour quelque chose dans le décès de sa mère il y sept ans. Depuis son père s’est remarié et a eu quatre magnifiques enfants dont des jumeaux.

A l’école, il se démène comme il peut. Il est le premier de sa classe en seconde. Il projette de faire littéraire pour ensuite être avocat. Il est à l’aise avec les professeurs et pour ensuite discuter en classe lors des débats.

A la maison, quand il est tout seul avec ses trois frères et sa sœur, il essaie de transmettre ses connaissances. Il est très pédagogue dans sa façon de dire les choses.

Mais quand sa belle-mère arrive du boulot, son calvaire continue. Il n’arrive pas à se défendre et à mi-mots souhaitent que ses enfants dépassent Franck. Pour elle, Franck est un péteux, moche et hypocrite. Il n’est bon pas qu’à servir et à faire partie de la décoration. Il fait partie du passé de son mari.

Franck se fait parfois appelé Quasimodo par ses frères et sœurs, surtout en présence des parents. Ces derniers rient et ne trouvent rien à en dire tellement c’est vrai pour eux.

Franck aimerait se sauver de la maison mais pour aller où, si loin de ses grands-parents maternelles. Il a parfois essayé de raisonner son père mais il ne veut rien entendre.

Il aimerait crier : «  Ho, je vis, j’existe. Je suis avec vous et je ne suis pas un vieux meuble. Je n’ai que 17 ans. »

C’est ainsi qu’après les cours, il décide de ne pas rentrer chez lui et de partir marcher loin, très loin. Mais à peine sorti de la ville, il croise un de ses profs un peu surpris de le voir dans ce coin-là.

Il l’invite à prendre un verre dans un bar pour discuter.

Son professeur reste patient et silencieux. Il voit bien que Franck est à bout et qu’il veut pleurer.

«  Franck, je crois vraiment en toi car tu as d’énormes capacités. Tu es serviable, tu es généreux et tu as un don pour mettre l’aise ton entourage. Tu as un don pour parler et captiver ton public »

Larmes. Franck parle enfin de sa belle-famille, de son père.

Le professeur lui propose d’inviter sa belle-famille aux prochaines joutes oratoires lors de la fête du lycée. «  Tu n’as pas à prouver aux autres ce que tu sais faire. Fais ce que tu sais faire et comment tu peux être en vérité. Puis n’hésite pas à te défendre avec tact et diplomatie comme tu sais si bien le faire avec des camarades de classe ».

Remerciements de Franck. Ils se disent au-revoir et Franck reprend le chemin vers la maison avec un cœur plus léger, malgré une grande appréhension. Cela ne se fera pas du jour au lendemain de se faire accepter tel qu’on est.

 

 

Cette histoire est inspirée de faits réels avec les liens entre le fils du premier mariage et la belle famille.

En connaissez-vous des histoires qui se ressemblent ?