La galère du masque

Même si le déconfinement a eu lieu, j’évite encore de sortir dans la foule. Avec un masque, cela me stresse encore trop.
Le masque occulte une grande partie du visage et coupe donc une grande partie des informations pour échanger. L’expression du visage se voit très peu et pour lire sur les lèvres , c’est mission impossible !
Si vous savez lire à travers le tissu, merci de me contacter !

Hier, j’ai dû aller à la poste et un chargé de clientèle a du m’accueillir dehors. Je n’ai rien compris à ce qu’il m’avait dit. J’ai tenté de deviner et lui ait juste fait part de ma demande. Cela s’est relativement bien passé. Ok, je ne lui ait pas dit que j’étais sourd ! Grave erreur !
Ensuite, comment voir les expressions du visage ? On voyant juste les yeux et les sourcils ? Je devrais demander aux experts de Lie to me pour m’apprendre à décrypter les moindres détails !
Les gens ont tendance à parler plus doucement , à marmonner encore plus car nous ne sommes pas habitués à parler avec un truc direct sur le visage !

Heureusement, le Bucodes a mis à disposition des badges à imprimer !


Ensuite, pour ma part, j’ai des masques classiques avec des élastiques qui se mettent derrière les oreilles. Avec un appareil auditif, c’est galère. Il y a deux jours, en voulant enlever l’élastique, j’ai mon contour d’oreille qui s’est fait la malle ! J’essaierai de me procurer des élastiques qui font le tour de la tête! Cela sera mieux.

J’ai déjà bien sûr évoqué les masques transparents qui commence à être de plus en plus conçus. Voyez mon article : Démasqué ou signé ?

Non, le mien n’est pas réglementaire !

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Pleins de courage à chacun  et chacune d’entre vous !
Distanciation physique, oui ! Mais pas distanciation sociale 😉

Ecouter – Extrait du livre « Sourd et certain »

Une petite vidéo où je vous lis un extrait de mon livre « Sourd et certain » !
Bonne écoute à vous !

Demasqué ou signé ?

Ces temps-ci, du fait de ma surdité et que j’oralise, j’appréhende les masques. J’ai besoin de voir le visage en entier pour comprendre la personne. Surtout les lèvres pour que je puisses en partie faire de la lecture labiale.
(Ce qui au passage, ne suffit pas, puisque on comprend 30% du message).

J’ai besoin aussi d’entendre, grâce à mon appareil auditif. Le souci avec le masque, c’est que les sons sont étouffés. Alors la communication va être encore plus mal-aisé. J’ai déjà vécu cette petite expérience dans mon journal d’un confiné n°5.
(Oh l’autre, qui fait sa pub)

Au niveau du vécu, c’est surtout Sophie de Vis ma vie de sourde qui a testé sans le vouloir pour nous une expérience à l’hôpital à l’heure du Covid ! Je vous la démasque donc pour que vous puissiez découvrir son témoignage :
(ça y est, il est content de jouer avec les mots)
brasDansLePlatre
Pleins d’initiatives se font autour des masques transparents. Ceci est déjà une très bonne idée pour voir le sourire de la personne, ce qui peut être réconfortant. Les sons resteront toujours en sourdine. C’est comme si vous mettiez un tapis sur vos enceintes lors du discours de Macron…. euh Martin Luther king par exemple (C’est mieux !)
Voici ces différentes initiatives qui existent :
Une étudiante américaine du Eastern Kentucky University
Une étudiante toulousaine (C’est pas une source extraordinaire, on peut trouver mieux)
Une lyonnaise, créatrice sourde (Une vraie star, je vous le dis…  en toute objectivité hein ?  oui, c’est parce que je la connais aussi….  )
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(Mais qui a donc la maternité de cette excellente idée ? )
Personnellement, je m’en f….. le but, c’est de rendre service et que ces idées servent à tout le monde. Chaque type de masque est à l’image de la créatrice même si l’idée est la même!
(J’ai ouie dire que c’est une docteure américaine)

Est-ce qu’on peut utiliser les applications de retranscription écrite comme Ava ?
J’avoue que je n’ai pas tenté mais sachant que les sont seront étouffés par les masques, cela risquerait d’être compliqué.

(Mais Vivien, et la langue des signes ? )
C’est tout à fait complémentaire et il faudrait s’en servir quand c’est le mode de communication employé par certaines personnes sourdes.
Les masques transparents sont aussi pratiques dans l’utilisation de la langue des signes pour voir l’expression du visage.
Je vous offre quelques vidéos vous montrant quelques rudiments de la LSF :
Mon premier cours de LSF par Folimages
Basique de la LSF par Joel Chalude
Il y aurait aussi d’autres moyens de communication qui est d’utiliser le visuel comme des images simples pour expliquer le processus de soin avec un Ipad par exemple.

Pour conclure, c’est toujours de l’adaptation qu’il nous faut mettre en place, en fonction des situations, de la particularité de la personne et de son mode de la communication.
Sur ce, prenez bien soin de vous et restez à l’écoute des besoins de chaque personne.

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Un appareil auditif (attention, qui n’est pas porté par tous les sourds 😉 )

 

Le sous-titrage, accessoire ?

Bonjour à chacune et chacun,

J’aimerai faire un rappel :

– Le sous-titrage dans une vidéo n’est pas un accessoire. Ce n’est pas non plus un complément d’information. C’est une information nécessaire pour comprendre les paroles, les sons . Ce n’est pas une perte du temps, ça sera un gain de temps pour les personnes sourdes et malentendantes qui voudront suivre les vidéos.

Le sous-titrage sert même aux entendants s’ils veulent regarder la vidéo sans le son, pour ne pas déranger son entourage par exemple.

– Mais Vivien, c’est inesthétique, ça gâche l’image.
. Certes, construisons l’image pour laisser la place en dessous au sous-titrage. Le design ne doit pas desservir l’accessibilité et l’accès aux informations. Mais plutôt que le design prenne en compte ce paramètre.

L’accessibilité doit être automatique pour que les informations de tout genre, et pas seulement centré sur la surdité ou sur le handicap, puissent profiter à un maximum de personnes. De plus, il y a une charte et c’est obligatoire pour les grandes chaines de TV : https://www.csa.fr/Proteger/Garantie-des-droits-et-libertes/Les-droits-des-personnes-handicapees/Le-sous-titrage

Oui c’est du boulot mais nécessaire !

Au passage, l’inverse est vrai pour les vidéos en LSF ;-). L’accès aux informations doit être réciproque.

Merci à ceux qui pensent à sous-titrer leurs vidéos! 

Sourd, je suis candidat aux municipales

Pour ceux qui ne le savent pas, votre collègue bloggeur est candidat pour les municipales!

Voici donc mon témoignage en vidéo, sous-titré et interprété en LSF :

Petites perles lors d’une sensibilisation

Ce jeudi 13 février, j’ai vécu une très belle expérience de sensibilisation auprès des étudiants du CPE (Ecole Chimie Physique Electronique) de Lyon.
De chouettes moments d’échanges, des expériences étonnantes vécues, des malentendus amusantes :

Lors du tour de présentation, chaque étudiant donnait son nom, sa spécialité et son lieu de destination pour la césure (ou presque). Puis vient une étudiante :
Elle – Bonjour, …., et je pars en…..
Moi – Somalie ? Bon courage alors !
(Rires générales)
Moi : J’imagine bien que ce n’est pas Somalie mais c’est que j’ai cru comprendre en lisant sur tes livres et les sons entendus. C’était ?
Elle : Roumanie.
Moi : Effectivement, c’est un peu mieux comme coin.

Lors d’une exercice de lecture, l’un qui portait un casque auditif devait répéter ce que lui disait son binôme lecteur. Malgré la consigne de murmurer en lisant, Un des étudiants s’exclamait un peu fort. J’ai dû l’inviter à faire baisser la voix. Un comble pour un sourd que je suis de demander de baisser la voix!

A la fin de l’exercice, je leur ai demandé par quel moyen on pouvait essayer de comprendre la personne en face sans entendre ?
Un étudiant propose : La lecture bucale !
Il y a de l’idée en effet, on n’est pas loin.

Sur une table, nous avions mis quelques aides techniques, outils de la vie quotidienne de la vie d’un sourd. Ils ont essayé de deviner ce que c’était. J’avais demandé aux étudiants d’électroniques de ne rien démonter.
Nous avions deux réveils lumineux dont une avec flashs et l’autre avec une lumière progressive. Avant qu’ils sachent la réponse, je leur ai demandé quelle était leur différence ?
Une étudiante propose : Une différence intergénérationnelle ?

Dans le deuxième groupe, j’ai tenté un exercice, difficile pour moi. Nous avons demandé aux étudiants de choisir une phrase simple, puis de me le dire pour que je le répète. Evidemment, j’avais éteint mon appareil. Mais que ce fut galère, galère !
Pour certains, ce fut facile car certains étaient très expressifs puis d’autres utilisaient des signes, dont une qui connaissait quelques rudiments de la langue des signes.
Puis pour un groupe, leur accompagnatrice leur a suggéré une piste mais rien n’y fait. Presque aucun n’a pris la peine d’écrire. Après de longs minutes de propositions de mots, de décodage, j’avais enfin trouvé la phrase : »Son diagnostic est formel ». Pétard, elle ne pouvait pas faire plus simple, non ?
Puis pour le dernier petit groupe, j’ai répété du premier coup leur phrase. Normal, j’avais allumé discrétos mon appareil auditif. Rires dans la salle.
Est-ce que je referai cette exercice ? Sans doute, mais avec moins de propositions parce que c’est quand même assez fatiguant.

Ce mardi, je vais intervenir avec ma conférence-théâtralisée « Au secours, j’ai un collègue sourd » dans un collège auprès des 4èmes. Affaire à suivre, j’ai hâte !

 

 

 

Un appareil auditif en grève… ou presque

Bonjour à tous, voici une histoire qui m’est arrivée ce matin avec mon appareil auditif.

7h15. Je m’étais levé tranquille. Je pris mon appareil auditif, enfonçait mon empreinte dans l’oreille et allumait l’appareil. Normalement, je devais entendre une petite musique annonçant l’ouverture du bal sonore. Mais là, rien du tout. Le néant total. J’entendais juste des sons très étouffés, très graves, qui résonnaient très loin. Pas du tout normal quoi! Je respirais doucement. Je ne m’entendais pas. Ah, mais j’étais toujours vivant c’est sûr. J’eus des doutes. Est-ce mon oreille qui avait baissé fortement ou bien juste mon appareil auditif qui faisait la grève ?  Je tentais de faire du bruit pour essayer d’entendre au détriment de ceux qui dorment non loin de moi. Rien. Et les autres ne s’étaient pas réveillés.
J’enlevais la pile de mon appareil auditif. Je soufflais dedans. Je réenclenchais tout. Rien. J’entendais à peine. Tout était très lointain. J’envisageais ma journée complètement autrement. Dans le silence, sans tentative de sortie en société pour éviter les incompréhensions.

8h00. Au petit déjeuner, j’échangeais quelques mots avec ma femme, qui me fit des signes en retour. Bizarrement, trente minutes s’étaient écoulés et j’entendais un mot sur quatre. Mais je ne comprenais rien. Juste des barbarismes. Des mots étranges venus d’une galaxie lointaine.
J’entendais mieux les sons aiguës mais le reste, des clous ! J’en devenais presque marteau. Par précaution, je changeais de pile, on ne sait jamais … mais au final,  rien !
Les voix étaient toujours aussi étouffés. Comme si la brume venait embaumer les sons de sa robe dominicale.

9h30. Mon appareil auditif daignait me laisser quelques fréquences que je pouvais discerner. Mais rien qui pouvait m’aider à échanger, ou comprendre des consignes verbales. Les gestes, c’est bon, je comprenais, je n’étais pas aveugle. Juste sourd !

10h15. Ma petite famille était partie au marché. Je me posais tranquillement avec mon smartphone. Je percevais maintenant des petits sons que je n’entendais pas depuis tôt ce matin. Oh mais dis donc, la grève toucherait-elle à sa fin ?

10h37mn et 53 secondes. J’entendais comme d’habitude.Mon appareil auditif s’était réveillée complètement. Il avait estimé que la grève avait assez durée. Par contre, je n’avais pas compris ses revendications. Un vrai mystère technocratique… euh technologique.

Avez-vous une explication cartésienne ?

Bienvenue au Colloque « Ensemble pour mieux entendre »

Bonjour à tous,

Voici une vidéo vous présentant le Colloque « Ensemble pour mieux entendre » qui aura lieu à Paris!

Vente-dédicace « Sourd et certain » + article du Progrès

Bonjour à vous,

Voici un événement à ne pas rater si vous êtes dans le coin. (Oui, je sais, c’est demain soir, je vous l’annonce très tard pour les bloggeurs qui me suivent sur wordpress).

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Et un article du Progrès qui parle de mon livre et de mon parcours très brièvement :

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Vous croiserais-je donc ceux qui sont du coin ?

 

Etre un comédien sourd….

Comment je vis le théâtre en tant que sourd chez les entendants ?

Effectivement, j’ai toujours évolué lors des ateliers, des stages, des pièces de théâtre avec des entendants. Sauf une année, où nous étions deux personnes sourdes appareillées.

Cela m’a demandé un sacré travail d’écoute et d’humilité. La plupart du temps, mes collègues étaient très attentifs pour que je puisse comprendre lors du travail sur scène (impros, répétions de scènes). J’ai surtout aussi pu trouver des compagnies de théâtre très bienveillants et vigilants.

Lors des consignes, je me mettais souvent en face du prof ou pas loin. Euh, pas tout le temps car ils parlent souvent fort et distinctement. Un vrai plaisir et un vrai confort.

Dans la compagnie de théâtre dans lequel j’ai évolué un certain nombre d’année, plus précisément Le Voyageur Debout, les improvisations étaient vécus de manière très intérieurs, fortes et en prenant le temps d’être. Ce n’est pas comme les matchs d’improvisations. Cela je ne pourrai pas. J’avais tenté mais cela partait en ping-pong et c’était trop dans le challenge et la rapidité.

Puis les impros, cela se vivait aussi par le corps, les expressions du visage, les attitudes. Je pouvais avoir assez d’éléments pour ne pas tomber à côté de la plaque. Et si cela arrivait, cela n’était pas grave. Cela fait partie de la vie et on pouvait toujours rebondir.

Je vous partage une expérience très récente lors de mon dernier stage de théâtre. Nous avions fait du masque qui recouvrait la moitié du visage. Une vraie galère pour comprendre ma partenaire. J’ai dû m’appuyer sur ses intonations de voix, ses gestes et sur le scénario que nous avions construit ensemble.

Si le théâtre se vit à fond, c’est pour moi une vraie école de vie où l’on apprend à s’écouter, à être écouter, à s’exprimer et à pouvoir laisser l’autre s’exprimer.

Ce qui est pour moi essentiel quand je fais du théâtre, c’est d’avoir la possibilité de me relaxer, de lâcher-prise dans mon corps et mon esprit pour être le plus disponible à soi et aux autres. Faire du silence en soi et accueillir avec joie, avec un petit sourire intérieur ce qui advient.

Pour le comprendre vraiment, il faut le vivre et l’expérimenter sans cesse.

Le théâtre m’a permis d’aller au-delà de ma surdité, d’explorer toutes les facettes de notre humanité, car c’est un jeu et un plaisir de ressentir, goûter ce que nous ne pourrions pas faire dans la vraie vie.