Chroniques d’un éducateur #1

C’est avec grand plaisir que je commence mes chroniques d’éducateur, un métier que je reprends doucement après 9 ans de pause. J’ai déjà commencé des remplacements novembre et décembre, trois jours au total dans un IME avec des jeunes déficients intellectuels puis un foyer avec des adultes autistes.

Jeudi dernier, j’ai effectué un remplacement dans un foyer pour adultes autistes bien dépendants. De 14h à 22h, il me fallait les accompagner dans leur quotidien comme si c’était dans leur maison. Activités bien sûr mais limitées en raison du contexte sanitaire, mais aussi préparation du repas, linge, ménage avec certains qui étaient en capacité de balayer et mettre la table.
Comme j’atterissais auprès d’adultes que je ne connaissais pas, il me fallait improviser avec le soutien d’une de mes collègues. Cette dernière m’avait fait un panorama des comportements que chacun pouvait voir. Si cela pouvait m’éviter des réactions violentes et inattendues, c’était très bien. Et pourtant, je restais toujours vigilant et bienveillant quand l’un venait me parler sans cesse, ou bien l’une qui venait me toucher sans arrêt, l’une qui battait des mains et crier. Nous assurions une présence, et permettre à chacun de pouvoir calmer ses angoisses.
Je m’étais occupé aussi de mise en pyjama et changement de couche d’une résidente, puis rasage dans un autre résident. Dire qu’il y a quelques mois, je ne voulais pas m’occuper des toilettes car trop mal à l’aise face à la nudité. Etonnement, je fus serein et paisible dans ce que je devais faire.
Le seul truc notable qui aurait pu me chambouler, c’était à 20h30. J’étais seul avec les résidents depuis 20h. Certains étaient déjà couchés. J’étais en train de mettre en pyjama une résidente dans sa chambre, porte presque fermée. Quand soudain, un résident surgit et agrippa mon masque pour l’arracher, et me le donna. Et repartit aussi vite comme il était venu. Un « Ok, tout va bien » a résonné dans ma tête. Je finis ce que j’ai à faire puis allait voir le résident tranquillement. Il riait tout seul sur le canapé et quand il me vit, il murmurait : « Il faut pas mettre le masque ». Je le rassurais que c’était important pour les proteger du virus et que je pouvais comprendre que ce n’était pas facile de nous voir masqué (je ne l’ai pas dis mot pour mot comme ça mais l’intention y était). Le reste de la soirée s’est passé sans accrochages masqués.
Enfin, 22h, fin de la soirée et je rentrais chez moi qui était à 35 mn de voiture à travers la campagne. Une douce fatigue.

Dire que je ne me sentais plus capable de travailler avec un public ayant des troubles autistiques, suite à une très mauvaise expérience en 2011. On peut se surprendre et c’est tant mieux. Il faut se laisser le temps pour s’affirmer, avoir confiance et trouver une certaine paix dans son métier.

18 réflexions sur “Chroniques d’un éducateur #1

  1. marie 11 janvier 2021 / 14 h 38 min

    Bravo, c’est bien , tu t’accroches , tu as de l’aide, quel beau métier , pas facile certainement mais tellement gratifiant Bon après-midi Amitiés MTH

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  2. Je suis autiste et dépendante de mes parents pas d’un foyer certes et sans doute pas au point de ces personnes que vous décrivez mais néanmoins toute seule sans rien ni personne je ne serais pas sure de survivre et…comment dire on dirait que les autistes vous font peur. La plupart ne sont pas violents du tout vous savez ah moins d’être dans un foyer spécialisé pour autistes violents précisément votre réaction de peur automatique quand ils vous approchent même si j’ai compris qu’elle semble venir d’une ancienne expérience négative est dure à entendre, je n’aimerais pas que les gens entendent « elle est autiste » et reculent de ce seul fait en me voyant (ça arrive même si je vis en milieu normal et suis quasi indiscernable comme autiste de l’extérieur et sans déficience intellectuelle (je dis quasi car les gens ont aussi cette réaction de recul quand ils sentent de vagues traits autistiques même chez les autistes au « handicap invisible » (et ça n’empêche pas que balayer et mettre la table c’est faisable mais dur pour moi aussi car troubles des fonctions exécutives+stress induit par la difficulté de la tâche)…les préjugés et la peur sont bien instillés) . J’ai aussi peur qu’en vous voyant avoir peur d’eux ils se méfient de vous et qu’ainsi vous ne provoquiez cette réaction négative que vous craignez sans le vouloir car c’est probablement ce que je ressentirais à leur place, bien sur ma capacité de projection sur leur réaction est limitée car leur situation et la mienne ne sont pas comparable mais je suis à priori plus à même de ne pas me tromper dessus que quelqu’un qui n’est pas autiste. S’il vous plait ce ne sont pas des bêtes sauvages en cage au zoo ce sont des humains en foyer, traiter les comme tels et tout ira bien je pense, je sais ma formule est un peu forte mais j’ai tendance à être vivement sensible sur ce thème.
    « Tout était normal tant qu’il ne le faisait pas avec sa voisine de chambre, totalement dépendante. Ce qui pouvait arriver parfois. » C’est chaud quand même, si comme le laisse bien sur présupposer votre formule la voisine n’a aucune envie de voir ça y a vraiment aucun moyen de faire en sorte que cela puisse être évité je veux dire à sa place j’aurais de quoi angoisser énormément si je subissais ça au quotidien sans pouvoir rien y faire. Et pour le masque plein de valides ont beaucoup de mal à comprendre et accepter qu’il faut le mettre aussi suffit de voir les sites complotistes qui fleurissent pour s’en rendre compte :). Je vous souhaite de faire de votre mieux dans votre travail et promis juré on ne mange pas les gens.

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    • lesouffleurdemots 11 janvier 2021 / 18 h 05 min

      Bonjour, alors là, merci pour votre témoignage. C’est marrant que vous pensez que j’ai peur des autistes ? Y en a tellement que je connais, très différents, même des potes qui le sont. Je décris tout simplement la réalité de ce foyer mais pas les adultes autistes en général. Je n’ai pas peur d’eux. Bizarre que vous pensiez que je les traite comme des bêtes de zoos alors que c’est bien le contraire. Bref, c’est votre vision de mon témoignage qui se voulait juste descriptif et pas du tout jugeant mais bienveillant.
      Je ne vous mangerai pas non plus.

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      • Euh le côté vigilance constante post mauvaise expérience est ce qui m’a donné cette impression (ça et qu’étant très stressée et tendue ces derniers temps je prend facilement tout mal je vous le concède). Cela et le ton très descriptif « il a fait ci puis ça » qui sonnait un peu blasé et distant et du coup me donnait ce ressenti (plus les très nombreux mauvais souvenirs que je peux avoir dans le genre qui font que je monte vite en suspicion là dessus genre j’ai failli vous répondre un truc du genre « oui bien sur j’ai un ami noir donc… » puis je m’en suis retenue). Je ne doute pas à un seul instant de vos bonnes intentions mais vu la galère qu’on a même dans des réunions d’autistes formés à la neurodiversité et tout ça à ce que les gens soient pas validistes envers ceux d’entre nous qui sont dits « avec déficience intellectuelle » ou « à bas fonctionnement  » j’ai un peu tendance moi aussi là dessus à l’hypervigilance quand des non autistes en parlent car je pense qu’ils peuvent très vite avoir ce genre de comportements sans s’en rendre compte. Et qu’il y a de bonnes chances que dans un foyer comme celui là des plus traumatisés et hypervigilants à prendre la mouche facilement que moi il y en ait donc que ça aurait pu gêner aussi même si évidemment pas davantage que vous je ne suis dans leur tête c’est ce que je me dis en pensant aux autistes avec déficience intellectuelle que je connais du milieu militant et ce qu’ils m’en ont dit.
        Je me doute bien que vous ne me mangerez pas, vous ne me paraissez pas du tout une mauvaise personne désolée si c’est ce que vous avez cru de mon message et que ça vous a blessé. Je pointais juste au cas où parce que ce que je ressens éventuellement d’autres pourraient le ressentir.

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      • lesouffleurdemots 11 janvier 2021 / 19 h 41 min

        Le mot Vigilant signifiait pour moi être disponible et non sur le qui-vive! Je vais enlever la partie trop intimiste.
        Désolé que cela vous ai trop choqué.
        Pour info, je suis sourd et je forme aux handicaps invisibles. 😉

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      • Je vois ;). Euh je ne voulais pas vous censurer. Je m’excuse. Ce n’est pas vraiment du choc plus que j’explose vite pour rien c’est usant d’ailleurs ces derniers temps. J’essaye de parler avec d’autres gens et je finis par ne faire que me disputer j’essaye de retenir ça mais ce n’est pas simple quand je le fais ça donne des crises d’angoisses si physiques qu’elles ont fait peur à mon médecin qui s’est dit que si je trouve pas un moyen de les calmer ça va finir par me créer une pathologie physique de stress mais gueuler sur les autres pour des broutilles (une tendance que j’ai et que je reconnais le militantisme n’aide pas à amenuiser) est pas un moyen de résoudre le problème certes mais c’est ça ou je ne peux plus communiquer du tout en ce moment. Je pense que c’est surtout que la situation actuelle me ravive un vieux trauma qui rend les relations difficiles à gérer…surtout que ce trauma a été crée par des thérapeutes et donc se réactive à leur présence…ce qui rend pas évident de le soigner. Ah c’est intéressant bah je m’y connais surement pas assez sur la surdité vous pourriez m’apprendre bien des choses sans doutes ;).

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      • lesouffleurdemots 11 janvier 2021 / 20 h 02 min

        Avec plaisir ! Continuons à échanger, on arrivera bien à s’entendre ! Vous allez trouver des ressources, j’en suis certain. Pleins de courage à vous !

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      • Merci. Continuons à échanger volontiers mais peut être pas ce soir par contre je vais sans doute pas tarder à dormir (le sommeil fait partie des ressources qui m’aide quand j’arrive à le trouver). Oui je me doutes bien mais c’est long, lent et assez frustrant personne n’a envie d’être désagréable sans le vouloir. Merci à vous aussi!

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      • lesouffleurdemots 11 janvier 2021 / 21 h 03 min

        Prenez soin de vous. Reposez vous bien et bonne nuitée

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  3. vanadze17 12 janvier 2021 / 13 h 19 min

    Bravo Vivien pour avoir réussi cette nouvelle tentative après un premier échec. Les années passant, l’expérience nous donne plus de force. Je pense que ce n’est pas facile d’obtenir leur confiance, surtout avec un masque. Bon courage pour la suite. 🌞

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  4. Noémi 12 janvier 2021 / 20 h 48 min

    Très interessant billet Vivien, merci pour le partage !

    J’ai beaucoup apprécié l’échange avec Sylpheline, notamment sur l’aspect « peur de l’autre, de l’inconnu » suite à des projections (souvent erronées) ou des traumatismes.

    Sachez, Sylpheline, que les sourds sont aussi parfois victimes de ces réactions de rejet, pour un certain nombre de raisons, également basées sur des projections (un sourd n’entend pas, donc ne comprend pas. Et quelqu’un qui ne comprend pas ce que vous dites est forcément débile. Alors qu’un sourd peut tout à fait, sans entendre, savoir écouter 😉). Comme Vivien, par exemple.

    Ou alors il est forcément muet. Donc quand il se met à parler, les gens ne comprennent plus ce qu’il se passe : il rentre dans quelle case ? S’il parle, il n’est pas sourd. Point barre.

    Ou encore, comprendre un sourd, ou se faire comprendre d’un sourd, c’est la barbe, ça demande trop d’efforts, je préfère le planter là et me barrer. Et basta.
    (C’est pareil avec les non-francophones, pas parfaitement bilingues, ou les bègues, « on ne va pas s’embêter, bye »).

    Ne parlons pas des masques qui pimentent encore les choses et facilitent super bien la lecture labiale ! 😉

    Bonne continuation Vivien !

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  5. soene 13 janvier 2021 / 9 h 25 min

    Hello Vivien.
    En 10 ans, tu as « pris de la bouteille » comme on dit 😆
    L’expérience aide à s’améliorer. Les échecs, aussi.
    Un métier pas facile. Les réactions de ces personnes peuvent être tellement surprenantes et déstabilisantes. En toutes situations, l’important est de garder son calme, ce que je ne sais absolument pas faire 🙄
    Je ne peux que t’encourager dans ce nouveau chemin 😉
    Gros bisous

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