Chroniques d’un éducateur #7 La violence des mots et des gestes

Bonjour tout le monde, je voudrais évoquer avec vous la violence des mots que nous employons envers les personnes que nous accompagnons. Et de la violence en général dans nos institutions.
Comment doit-on parler d’eux ?
Est-ce que ce sont des patients ? Non, certes nous ne sommes pas des soignants.
Des usagers ? Cela fait comme des usagers de transports en commun. Des personnes qui utilisent un service de manière passager.
Des clients ? Bof, pas vraiment. Le service après-vente laisse à désirer parfois. Puis ils ne choisissent pas ce que nous leur proposons dans une très grande partie de la population concernée.
Des résidents ? Cela fonctionne bien pour ceux qui sont en foyer, c’est neutre, pas stigmatisant. Enfin, il me semble.
La manière comment nous nommons ceux qui nous sont confiés influence notre regard et notre vocabulaire.

Ensuite, cela peut paraitre évident, comment nous leur parlons ?
Pour certains, on pourrait croire qu’ils ne comprennent rien à ce qu’on leur dit et on pourrait se permettre des phrases dures comme pour évacuer une impuissance que nous avons face à la situation.
Dans le domaine de la déficience intellectuelle, on peut tomber dans des mots dures face à des situations de crise : « Arrête de faire l’imbécile ». « Tu fais chier ».

Comment doit-on se positionner face la violence ?

Il est clair qu’il est hors de questionner de l’utiliser à des fins éducatifs ou non. La violence n’est jamais justifiable. Même sous le coup de la colère, de la fatigue, de l’épuisement. Et si cela se produit, il ne faut pas avoir honte, en parler, comment prévenir ces gestes ? Se passer le relais, certes mains encore ?

Mais il ne faut pas oublier que nous sommes des êtres humains. L’éducateur spécialisé n’est pas superman. Je ne suis pas superman. Nous ne sommes pas rodés contre la violence.

C’est un travail de toute une vie d’éviter la violence, de passer par les mots, par des gestes pour contenir cette violence. Pour protéger le jeune, pour protéger l’entourage du jeune et pour se protéger.

La violence de toute forme doit être sanctionnée mais de manière proportionnée en fonction du contexte. Nous ne devons jamais être seuls face à la violence. L’équipe est là pour ça. Pour résoudre les conflits, dégonfler les abcès, mettre des mots sur des maux.

Pour ma part, j’en ai fait l’expérience et j’en ai fait les frais. Des circonstances atténuantes et une direction qui ne m’a pas du tout soutenue. Un licenciement pour faute grave à cause d’un parent bien placé dans les sphères du pouvoir. C’est ballot, c’est tombé sur son fils. Comme si je l’avais fait exprès. (Voir « Mon histoire de Burn-out, y a 10 ans pile-poil)

La responsabilité n’incombe pas qu’à une seule personne. L’équipe est responsable aussi de chacun des membres qui travaille du mieux qu’il peut, avec ses capacités, compétences, son histoire et son énergie qui peut avoir hélas des limites.

Y a plusieurs types de violences auquel nous sommes confrontés en fonction du public.

Des violences physiques volontaires par des jeunes ou adultes en colère, conscients de leurs actes ou bien en crise.

Des violences verbales et psychologiques.

Puis des violences physiques par des jeunes qui n’ont pas conscience du mal qu’ils font, comme certains enfants avec des troubles autistiques ou d’autres types de handicap. Là, c’est l’impuissance face à cette violence qui peut être déroutant, nous désarmer la plupart du temps.

Je sais bien qu’ils y a des structures qui dysfonctionnent avec des violences institutionnels qui engendrent souvent de la violence, une insécurité chez les jeunes et au sein de l’équipe.

Et heureusement, ils existent des structures qui fonctionnent très bien et en cela, il est important de croire que des solutions existent pour faire face la violence, pour l’endiguer, la canaliser en des énergies positives. La violence n’est jamais gratuite et elle ne vient jamais de nulle part.

Nous avons chacun notre part de responsabilité dans l’ambiance, l’énergie qui en découle entre les différents acteurs (jeunes, éducateurs, personnels, direction, partenaires et parents).

Pouvoir réguler cette violence entre certains de ces acteurs, c’est un véritable jonglage diplomatique et un équilibre sans cesse à retrouver entre nos choix professionnels, notre raison et nos convictions, notre cœur d’homme ou de femme.

La violence ne doit être jamais une réponse, ni un moyen éducatif. Elle est pourtant là et on doit la dompter, l’apprivoiser.

Bon courage à chacun et chacune.

2 réflexions sur “Chroniques d’un éducateur #7 La violence des mots et des gestes

  1. Rob 9 mars 2021 / 21 h 43 min

    Beau en théorique, en pratique c’est autre chose. Vous parlez de violence contre les bénéficiaires de ces services, très bien mais vous parlez que très peu de la violence parfois très grave que subissent les travailleurs au quotidien. Est-ce que je suis là pour reçevoir crachat, morsure, griffure, violence physique ou verbale au quotidien et ce sans broncher de peur d’aller heurter la sensibilité des bénéficiaires ? Non. Est-ce que je dois rester stoique face à ça, certainement pas.

    Est-ce que je suis assez payé pour subir ça? Non, clairement pas. Dans la vie de tous les jours, l’Homme a ses propres limites de ce qui lui est acceptable ou non. Or sous prétexte que nous sommes liés par un contrat de travail, on devrait mettre nos émotions, nos réactions propres à chacun au placard? Je ne pense pas et c’est là pour moi le point central du métier d’éducateur qui veut durer dans le temps: respecter ses propres limites et ne jamais les mettre de côté.

    Traiter les bénéficiaires comme son égal avec ou sans handicap, poser ses limites et les faire respecter et surtout avoir conscience que chaque personne a sa personnalité avec ses forces et ses faiblesses. J’ai l’impression que l’éducateur doit s’adapter à chaque bénéficiaire en fonction de son vécu mais qu’on voudrait que l’éducateur soit formaté en termes de réaction et de personnalités afin de respecter l’integrité du résident au détriment de sa propre intégrité.

    C’est toujours facile de réfléchir après que de prendre la bonne décision au bon moment et ce avec 2 ans, 5 ans, 10 ans d’expérience derrière soi . Alors je préfère lâcher un « tu me fais chier », clair, net et précis ou contenir physiquement un bénéficiaire agressif et qu on puisse travailler la relation éducative après quitte à ce que cela semble violent sur le moment même. Mais au moins le bénéficiaire sait ce que l’on pense et ce que l’on ressent sur le moment même. Il faut être transparent avec lui et avec soi-même. On voudrait supprimer la violence comme si elle ne faisait pas partie de la vie quotidienne de tout un chacun. La violence fait partie de la vie, il faut juste savoir ce qu’on veut en faire.

    Aimé par 1 personne

  2. soene 11 mars 2021 / 16 h 27 min

    Hello Vivien
    Je ne connais pas trop ce monde et ton métier.
    J’ai entendu à la télé que la « violence est une maladie contagieuse ». En ce moment, y’en a vraiment trop, partout.
    C’est vrai qu’il est facile de se laisser emporter, Mais je pense que pour certains métiers, il y a une formation adéquate pour se « maîtriser ».
    Souvent, on surprend plus à rester calme et à parler doucement que le contraire.
    Pour ma part, je n’ai pas trop de patience et je monte le ton très rapidement 😥
    Joli billet, bien réfléchi. En posant les mots, ça aide souvent 😉
    Bisous

    Aimé par 1 personne

Soyez pas timides, venez oser dire des mots!

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s