Sourd-oraliste muet

Je vous avais dit que j’étais sourd oraliste mais aussi muet.

C’est vrai que je parle beaucoup mais dans ma tête. Je parle dans tous les sens avec mes mains au fur et à mesure que mes idées défilent.

Une vraie cacophonie.

Ma bouche est souvent fermée. Seul mon nez respire.

Mes seuls sons sont inaudibles.

Alors je signe, j’imite, je singe et je fais comme si je façonnais l’air qui m’entoure. J’arrive même à faire des tourbillons, à créer des courants d’airs. De sacrés vents pour mes partenaires aveugles.

J’ai un ami aveugle qui voit très bien ce que je fais. Il sent la différence d’odeur sur chacune de mes expressions. Il a le sens du détail et je peux lui dire tout ce que je veux. Nous sommes les meilleurs amis au monde même si on  s’engueule parfois comme du poisson pourri.

Il me reproche souvent d’être muet comme une carpe du Groenland. Je ne l’entends pas souvent de cette oreille et ça m’énerve parfois. Nous nageons parfois en plein délire, dans des métaphores inimaginables.

Plus muet que moi, c’est pas possible. Je suis imbattable.

 

Pour continuer à rire :  » Je bouge les mains mais ça n’a aucun sens »

Je suis sourd, ou de la reconnaissance

Nous oublions parfois que la reconnaissance de l’autre peut apporter beaucoup.

Et réciproquement, aussi.

Nous avons tous besoin de reconnaissance dans nos choix.

Le besoin d’être reconnu dans ce qu’on est apporte énormément de la confiance, de se sentir exister pour soi et pour l’autre.

 

Dans le monde de la surdité, la reconnaissance est parfois difficile pour certains. Ne pas être reconnu comme sourd m’est difficile car cela fait partie de mon identité. Surtout ne pas être reconnu comme sourd par d’autres sourds, c’est blessant et révoltant. Cela peut être vécu, je pense, pour chacun d’entre nous qui est tiraillé entre le monde des sourds et le monde des entendant. Deux mondes ? C’est beaucoup plus compliqué que ça, bien sur.

 

Être reconnu dans son choix d’entendre ou bien de signer, ou de coder etc… , c’est la possibilité de pouvoir s’affirmer encore plus dans son identité.

En fait, depuis une semaine, à travers mon texte « Un sourd en colère », je suis toujours aussi énervé, exaspéré par des positions tranchées, fermées qui donne très peu de place au dialogue.

 

Est-ce que se sentir accepter tel qu’on est en vérité peut nous permettre d’accepter l’autre dans sa différence ? Il me semble que cela peut contribuer.

 

J’aimerai pouvoir dire, signer, coder à chacun d’essayer d’accepter l’autre dans sa différence, dans ce qu’il est. Et surtout, de pouvoir l’inviter à s’exprimer.

Dire un mot, un geste ou même un simple sourire pour l’autre, cela peut -être un grand pas vers la reconnaissance de l’autre, et de ne pas en avoir peur. La réciprocité, c’est tellement important qu’on oublie souvent de le faire régulièrement.

 

Cette recherche de reconnaissance fonctionne pour tout le monde, dans tous les handicaps, dans tous les catégories sociaux, chez tous les peuples du monde. Nous n’avons pas le droit de rabaisser l’autre même s’il est différent.

En rabaissant l’autre, on se rabaisse. En faisant grandir l’autre, on en ressort grandit avec humilité et modestie bien sur.

 

(P.S: Je ne parle pas des choix radicaux bien sûr qui vise à se détruire et à détruire l’autre etc…)

Être sourd, un handicap ?

Le mot handicap peut faire bondir beaucoup de gens comme si ce mot était signe de faiblesse, d’anormalité. A mon niveau, L’handicap auditif  révèle juste un manque et pas forcément une maladie. La surdité n’est pas une maladie. N’ayons pas peur des mots. L’handicap est présent en fonction du contexte, quand ce manque fait ressurgir un décalage. Un géant parmi les lutins est un « handicapé » car le lien sera complètement différent. Le géant devra s’adapter comme les lutins pour essayer au mieux de communiquer, vivre ensemble.  Alors qu’un lutin parmi d’autres lutins, rien n’est différent (enfin presque puisque chaque lutin est unique).

Il est vrai, que dans notre société, ce mot est péjoratif. Pour moi, c’est juste un fait. Si j’admets que ma surdité n’est pas un handicap donc je ne dois pas avoir tous les avantages qu’ont les personnes handicapées.  Un peu radical, non ?

Doit-on trancher ? Peut-on nuancer en fonction de l’environnement, du contexte comme je disais plus haut ? l’Handicap au niveau de la surdité fait partie de la différence et on ne peut pas le nier. Je considère que c’est comme ça mais que cela ne fait pas toute ma personne. A travers les témoignages, les rencontres, l’handicap peut souvent à nous faire faire des trucs que nous n’aurions imaginer.

Handicap ou pas, je ne m’enfermerai pas dans une définition. Juste dans un constat à l’instant T. Sourd ou pas, cela ne m’empêchera pas de rêver et d’accomplir des projets les plus fous.

 

 

Malentendus inattendues

Même sourd, je peux entendre des choses surprenantes. Enfin, ce que je crois entendre avec des sons qui se déforment, des sons mal comprises.

En voici quelques exemples :

 

  • Lors d’un cours d’économie :

On se réfère à la prostitution

 

Au lieu de constitution

 

  • Au jardin, ma femme venant me voir :

Viens, on va éteindre le singe

 

Au lieu d’étendre le ligne

 

  • En repas avec des amis

Nous avons pris un doudou ciblé

 

Au lieu… de je ne me souviens plus mais c’était le mot ciblé qui n’allait pas. J’avais répété le mot à mes amis. Ils ont bien rigolé.

 

Il vaut mieux plutôt en rire, et avec mes amis et famille, on en rit pas mal. J’ai cette chance et surtout aussi, avec mes collègues !

Je leur sort souvent mes expressions favorites :

  • Ça va, je ne suis pas sourd !
  • Je ne l’entend pas de cette oreille.
  • Ce n’est pas tombé dans l’oreille d’un sourd

 

Il vaut mieux les dire à des personnes qui sont à l’aise avec ce sujet ! Ou parfois, pour provoquer un peu. Tout dépend du contexte.

 

 

Et vous ?

Lettre d’un sourd aux parents d’enfants sourds

Chers parents d’enfants sourds,

Je souhaite vous rassurer que votre enfant restera un enfant qui s’émerveillera, qui grandira avec tout ce que pouvez lui transmettre de mieux. C’est tout à fait normal d’être inquiet. N’ayez pas peur de vos choix car le choix que vous allez faire sera le mieux pour votre enfant, pour vous au moment où vous le prendrez. Votre enfant sera façonné par vos gestes, vos voix, vos attitudes. Il sera aussi façonné par ses découvertes du monde à travers tous ses autres sens. N’arrêtez pas de lui parler pour qu’il sente vos vibrations vocales. Personne n’a le droit de vous imposer une direction si c’est contre vos principes ou contre vos valeurs. Personne n’a le droit de vous critiquer parce que vous avez pris votre décision. Il y a tellement de choix, c’est vrai. Je vous souhaite de choisir ce qui vous convient le mieux pour votre enfant. Je ne vous souhaite que du bonheur avec tout ce que vous allez construire, tout ce que vous allez innover, créer pour que votre enfant puisses communiquer avec vous, comprendre le monde qui l’entoure.

 

Voici les différents chemins qui peuvent s’ouvrir pour votre enfant avec un lien vers une association qui pourrait vous éclairer, témoigner

Tout d’abord, vous pouvez joindre l’ ANPEDA – Association Nationale des Parents d’Enfants Déficients Auditifs

Site : http://www.anpeda.fr/

Ils ont des antennes dans la plupart des régions appelées les URAPEDA.

Ou bien l’ANPES – Association Nationale des Parents d’Enfants Sourds.

Site : http://www.anpes.org/

  • La langue des signes : FNSF – Fédération Nationale des Sourds de France

Site : http://www.fnsf.org

  • L’oralisme

Site : http://www.afideo.org/

  • Le bilinguisme : 2LPE – Deux Langues pour l’Education – Politique Bilingue

Site : http://2lpe.poli.bilingue.free.fr/

  • La langue parlée complétée – LPC : ALPC – Association nationale pour la promotion et le développement de la Langue française Parlée Complétée

Site  : http://www.alpc.asso.fr/

  • L’implant Cochléaire : Génération Cochlée

Site : http://www.generation-cochlee.fr/

Centre d’information sur la surdité et l’Implant Cochléaire

Site : http://www.cisic.fr/

 

Et si vous avez d’autres questions sur les démarches à effectuer pour votre enfant, il existe depuis un an, le Centre d’Information National sur la Surdité. C’est une équipe de documentalistes qui pourront vous répondre de manière fiable et précis soit par téléphone, mail, tchat, sms et visiophonie.

Site : http://www.surdi.info/

 

Chaque choix posée est légitime et doit être respecté dans son histoire.

Mes parents ont choisi pour moi une scolarité ordinaire avec une tentative de classe intégrée qui a échoué. Ils ont tout misé sur l’oralisme, l’intégration complète. Bien sur que j’en ai bavé. Mais qui n’en bave pas dans sa propre vie. Personne ne peut échapper aux crevasses, aux tempêtes mais on peut en ressortir encore plus grandi en fonction de son caractère, de sa personnalité. Je ne reproche rien à mes parents. Je suis fier d’eux et c’est réciproque.

L’importance, chers parents, j’y crois vraiment, c’est l’amour dans chacun de vos choix et de vos gestes et surtout d’être bien entouré. Ne restez pas seuls. J’ai pu grandir aussi grâce à des professeurs, des orthophonistes, des amis et bien sur la famille.

J’ai eu un chouette parcours riche avec un bac littéraire en poche (13 en français à l’oral, la classe pour un sourd), une licence de géographie, un BAFA (Brevet d’animateur), un diplôme d’éducateur spécialisé et un diplôme de documentaliste. Il y aura toujours de l’espoir pour chaque enfant si chaque jour, on croit en lui et qu’il se sente aimé et compris. C’est le même refrain pour tout le monde.

 

Pour résumer, soyez entouré, soutenu et confortez-vous à travers les témoignages.

 

Des remarques ? Des phrases qui vous choquent ? Des questions en suspens ? Une frustration ? Vous pouvez laisser un mot et je vous répondrai du mieux que je pourrai.

Un sourd à l’écoute

Sans entendre, je peux écouter.

Enfin, écouter à travers les gestes, des signes, des mouvements d’humeurs.

Écouter à travers l’observation des détails et en comprendre le sens.

Entendre, c’est juste percevoir des sons comme voir des formes , des silhouettes sans en saisir le contenu.

Entendre, cela serait comme apercevoir une maison et savoir qu’elle est là mais sans s’approcher.

Alors qu’écouter, c’est s’approcher de cette maison, mieux saisir comment cette maison est construite et puis surtout savoir qui l’habite.

Écouter, c’est d’aller dans son jardin et être inviter à prendre le thé, de cœur à cœur avec confiance.

Avec ma surdité profonde et ma version monophone (Un seul appareil) , j’arrive à écouter. Enfin, j’y arrive dans de bonnes conditions.

Je peux écouter si je suis dans une ambiance calme.

Je peux écouter si la personne parle en face de moi.

Je peux écouter si la personne parle de façon intelligible.

Je peux écouter si je me sens en sécurité avec la personne, c’est-à-dire que je n’ai pas la crainte d’être attaqué à cause de mes idées ou de ce que je suis.

C’est comme pour le dialogue en langue des signes ou en Langue parlée complétée. On ne peut comprendre que si les signes sont bien faits, bien positionnées avec toute l’expression du visage et du corps.

En parlant au monde des sourds : Écouter, c’est saisir que chacun d’entre-nous est différent avec un point fort qui nous rassemble : La surdité.

Je vous souhaite d’écouter, d’observer et d’accepter même si nous ne sommes pas d’accord.

Je souhaite à chacun de faire son choix en libre conscience, avec sa toute liberté sans être jugé.

Sourd ? Malentendant ? Au choix….

Vous pouvez choisir au choix les phrases qui vous convient le mieux, et qui vous ressemblerait le mieux, sans tabou, sans préjugé…

Je_suis_sourd,_malentendant....

Bien sûr, la liste n’est pas complète avec en tête mon précédent texte: Un sourd en colère

Très bientôt, je voudrais aborder le thème d’entendre et écouter, tout aussi valable pour les entendants que chez les sourds! (Et quand je dis les sourds, vous me connaissez un peu mieux, c’est très large!)

Les avantages d’être sourd

Après la colère, vient l’humour:

  • Avoir une dimension international. En effet, on nous prend souvent pour un belge, un allemand, un italien et même américain à cause de notre accent.  Je viens d’Avignon, on me répond: »Ah, mais t’as pas du tout l’accent. Sans commentaires.
  • Savourer le silence quand les entendants en bavent pendant les travaux, les tapages nocturnes, la circulation incessante etc…
  • Baisser ou couper son aide auditive (implant ou appareil) quand un mec parle fort dans le métro ou le train. Mais jamais je ne coupe mon appareil quand une personne me parle même si elle m’exaspère.
  • Avoir des réductions grâce à notre carte d’invalidité ou l’AAH pour les musées, les transports en commun, la SNCF et même les impôts.
  • Pouvoir signer ou coder dans la foule sans que les autres comprennent. S’il y a des entendants qui ont appris la LSF, c’est raté pour la confidentialité!
  • Ne pas entendre les ronflements de son conjoint! Yes!
  • Faire passer son implant ou son appareil auditif pour de la radio nouvelle technologie auprès des enfants.
  • Pouvoir communiquer à travers la vitre d’un train ou d’un bus.
  • Prendre la file des « handicapés » sous le regard jaloux des entendants dans des parcs d’attractions ou autres.
  • … (A compléter selon vos commentaires. A vous la parole!).