Arsène ou une certaine philosophie

Juste là. En train d’observer ces gens qui marchent au gré de leurs humeurs, de leurs envies. Assis sur un banc dans un parc, il prend son temps pour regarder la diversité de la foule. Dans sa main, il tient son petit chiffon pour essuyer ses lunettes au cas où. Au cas où une brise déposerait une couche de poussière sur ses verres. On ne sait, jamais, hein ?

Il pense à sa femme, Maud, endormie sous les marguerites d’éternité. Elle vient parfois lui murmurer des mots doux dans ses songes. Il lui prend parfois de sourire à leurs amours passionnées, à leurs moments de tendresse. Non pas nostalgie mais pour tenir le fil de sa vie. Pour laisser éveiller ses sens, ses sensations. Il aime dire bonjour aux jolies filles et sentir leurs odeurs. On pourrait le traiter de pervers. Et pourtant, il n’a aucune envie d’aller plus loin. Il ne s’offusque plus pour cela. Cela ne sert à rien de rouspéter. On croira qu’il délire. Un début de démence sénile. Il sait bien qu’il a toute sa tête, bon sang de bonsoir. Pas sa faute parfois si des mots bizarres sortent de sa bouche sans autorisation.

Il aime bien rire. Tout seul même. Par hygiène mentale. Pour ne pas sombrer dans la dépression ou la folie. Alors une douce et saine folie où il pourra mourir heureux sans être gâteux ou légumineux. Il aime bien soigner sa barbe blanche frissonnante. Cela plait à ses petits enfants qui le voient deux fois par an. En été et à Noël. Le reste du temps, il s’occupe de son petit potager et d’aller visiter ses voisines aussi âgées que lui. Non, il ne va pas les draguer. Maud le comble toujours malgré son absence. Il va les voir pour maintenir le lien social. Il sait bien que la solitude tue et ne veut pas mourir seul. Son souhait, c’est de réussir sa mort. Être entouré !

Trop vieux pour ce poste?

54 ans. Je n’ai que 54 ans et pour eux, je suis trop vieux.

Trop vieux pour travailler sur ce poste. Je serai devenu incompétent.

Il préfère embaucher un jeune diplômé, frais et dynamique, dans la fleur de l’âge.

Je suis en même temps en colère et dépité. Je n’en peux plus.

Pour eux, je ne suis plus opérationnel, plus efficace. Trop ringard.

Pour qui se prennent-ils ces freluquets ? J’en ai bavé, j’ai trimé

Pour acquérir des expériences, pour atteindre des postes à hauts responsabilités.

Maintenant, il m’envoie à la casse. Mais je n’ai que 54 ans. Il me reste 10 ans à travailler.

J’ai perdu deux ans, à recevoir les allocations chômage. Je vais être bientôt à la rue.

Heureusement ma femme me soutient mais jusqu’où ? Hein, jusqu’où ?

Je m’en vais à mon dernier entretien de la journée. C’est quitte ou double.

J’entre dans le hall. On m’accueille gentiment. Le patron me reçoit.

L’entretien se passe comme d’habitude et là, je vois qu’il hésite.

Je ne sais pas ce qui me prend mais je lui dis : «  Je ne corresponds pas au profil  »

Il m’avoue que non. Des sanglots me traversent. Je suis secoué jusqu’aux tripes.

Je me retrouve sur le trottoir sans me souvenir comment je suis sorti de l’immeuble.

Dans ma main, des coordonnées d’un collègue du patron que je viens de voir.

Sans réfléchir, je lui téléphone.  Je lui explique la situation. C’est un consultant.

Nous prenons rendez-vous. Je raccroche. Cette perche m’empêche de sombrer.

 

Christophe s’en sort car on reconnait son expérience, son expertise du domaine.

On le conseille d’être consultant pour pouvoir être considéré comme un « sage ».

Voilà qui peut le faire reprendre confiance. Mais les autres « vieux ? »

Ce n’est pas parce que nous venons d’être diplômé que nous sommes des pros.

Nous sommes des professionnels débutants. Nous pouvons être complémentaires

Avec ceux qui ont plus de bouteilles que nous. On a tous à apprendre quelque chose de l’autre.

 

 

 

 

Sélim

Assis sur un banc, emmitouflé dans mon gros manteau en cuir usé, j’observe la foule. Mon voisin, aussi silencieux que moi, fume sa cigarette qu’il sirote depuis ce matin. Nos épaules se touchent pour se tenir chaud. Je sens mes yeux s’enfoncer dans les rides de mes joues. Mes petites lunettes rondes sont en équilibre sur mon nez arrondi, travaillé par le temps. Je serre ma canne entre mes jambes. J’entends les bruits des pas de la foule qui s’amplifient ou s’amenuisent selon les couleurs de la ville. Tous les gens qui passent. Ils me sont étrangers, venus d’un autre monde avec leurs beaux habits, leurs sacs brillants. Des djeuns slaloment dans leurs joggings de grande marque, en arborant leurs bijoux de haute technologie. À travers le béton des immeubles, il me semble apercevoir mon bled perdu perché sur une colline entourée d’oliviers. À travers les platanes, je crois voir les ifs qui me protégeaient du soleil.

Sélim, je m’appelle Sélim. Je suis trop vieux pour vous dire mon age. Je ne sais pas. Je ne sais plus. J’ai plusieurs dates de naissance à cause des soucis administratifs. C’est aussi souvent suite à des conseils d’amis d’amis pour avoir quelques droits. Maintenant, j’ai juste le droit de vivre et j’en suis fier. Fier de vivre encore avec mes compatriotes exilés depuis tant d’années.

J’habite chez mon grand fils, Hakim avec sa femme et ses enfants. J’avoue ne pas avoir la scoumoune. Hakim a un très bon boulot de commercial et sa femme, Khadidja, est enseignante d’histoire-géographie dans un petit collège en dehors de la ville. Ma belle-fille met une heure pour aller au boulot. Elle ne se plaint pas. C’est moi qui s’occupe d’emmener les enfants, Mustapha et Hassan à l’école, puis chez l’orthophoniste deux fois par semaine.

La journée, je passe le temps à discuter avec mes voisins du pays pour parler du bon temps, de commenter l’actualité, de faire des remarques sur les jeunes qui font n’importe quoi et qui donnent une mauvaise image sur notre communauté. Je suis trop vieux maintenant pour m’autoriser à mettre un cadre. Puis mon cadre est incompréhensible ici. Ils ne comprennent pas les gens et pourtant c’est si simple.

Ici, je n’ai rien à dire. On considère que j’ai vécu et que les temps ont changé. C’est les ON qui m’énerve. Faut pas faire ci. Faut pas faire ça. J’entends parfois qu’on m’engueule comme si j’étais un gamin. Surtout des fillettes à l’accueil d’une banque. Elle ne m’engueule pas mais me parle comme si j’étais un idiot. C’est humiliant. Mais ça, je n’arrive pas à le dire. Je n’ai pas les mots. Alors je m’écrase. Je suis vieux. Et en plus, un immigré. Un immigré depuis 20 ans.

Et pourtant, j’ai eu une belle période jusqu’au jour…

 

Où les policiers sont venus me chercher à l’école et m’embarquer menotté. Je ne comprenais pas. Je fus mis dans une cellule froide et humide. Les policiers me regardaient avec dégoût. Je leur disais que je ne comprenais pas. Ta gueule, me criaient-t-ils. J’étais instituteur jusqu’à ce jour. Le soir venu, dans l’obscurité, j’ai entendu le pourquoi j’étais là. On m’a traité de pédophile. De vicieux. Ahuri, hagard, sonné, j’essayais de me remémorer les scènes. Je ne voyais pas. Je prenais soin de mes élèves. Il y avait souvent une de mes jeunes qui me faisaient des cadeaux lors des grandes fêtes. Je voulais crier mon innocence mais plus j le disais, plus un flic venait me tabasser. Pour lui, je devrais avoir honte, m’écraser. Puis on m’a mis dans une autre cellule avec d’autres prisonniers. Je me souviens d’une odeur fétide, d’urine et de sueurs. Ils me regardaient avec rage. Je fus tabassé, mis à nu sans que personne intervienne. Au moindre mot que je prononçais, c’était pour eux une insulte alors ils m’ont cassé la mâchoire. J’étais resté prostré au fond de la cellule. Nu comme un ver. Noir comme un cafard.

Je pleure. Mon ami Khadim s’inquiète pour moi : ما فعلته لك؟ ». Rien Khadim. Des mauvais souvenirs. Je voudrais oublier. Mais Allah veut que les souvenirs, les cauchemars perdurent. Khadim ne me comprenait pas. Il ne connaît rien de mon histoire. Seul mes enfants le savent. Ma femme m’a quitté à cause de cette histoire et n’a jamais su la vérité. Paix à son âme. Elle est morte de honte et de chagrin à cause de moi.

Il est l’heure d’aller chercher les enfants. Je salue Khadim et m’en vais quelques rues plus loin. Je retrouve Mustapha, 8 ans et Hassan 6 ans. Ils sont restés bien sage dans la cour. Des vrais trésors dont les maîtres en sont fiers. Les autres parents me saluent au passage. L’instituteur de Mustapha est venu me parler. Je comprenais tout ce qu’il disait. Il me demandait si je pouvais témoigner dans leur classe ce que j’avais vécu en tant qu’élève en Algérie. Pour comparer, pour leur ouvrir l’esprit. J’ai dit oui. Même si une angoisse monte en moi à chaque fois que j’entre dans une école. Je reste souriant, attentionné. J’aime rendre service.

Puis j’emmène les enfants chez l’orthophoniste, Mme Logop. Il y avait une foule énorme dans la salle d’attente. Je reconnais certains qui ne font qu’accompagner ceux qui ont rendez-vous. On me laisse un siège. Merci. Puis les enfants jouent en attendant.

Je n’ai su qu’au procès, du pourquoi j’étais condamné à l’exil.

 

    Après d’interminables journées avec mes co-détenus, un gendarme est venu me chercher avec des vêtements à peu près correct. Personne n’était venu me rendre visite. Je m’étais habillé au vu de tous dans le couloir de la prison puis on m’a emmené dans une cour poussiéreuse. Un fourgon de police m’attendait. Le soleil m’aveuglait. J’étais épuisé. J’étais bien content de sortir de cet enfer malgré tout. Mais pour combien de temps, je ne le savais pas. Ils m’ont emmené dans un petit tribunal où il y avait énormément de monde. Cela criait et huait quand je suis sorti du camion à l’entrée d’un bâtiment assez baroque. Les policiers tentaient de me protéger de la foule qui voulait me lyncher. J’étais dans un état ahurissement. Je me souviens que la salle était comble. J’étais installé dans un box, sur le côté. J’essayais de regarder le public mais je sentais une haine énorme à mon égard. J’aperçus ma femme. Elle avait un regard de dégoût. J’ai cru qu’elle voulait me cracher à la figure. Mon fils Hakim n’était pas là. Je reconnus mes collègues de l’école. Je suis resté par la suite à ne regarder que mes mains sauf le juge quand il m’adressait la parole. J’appris que j’avais abusé mes élèves. J’appris que j’avais tenté des attouchements et que j’avais giflé. C’était celle qui m’offrait sans arrêt des cadeaux. Elle avait témoigné contre moi. Ses parents aussi. J’avais osé crié que c’était faux. Comment osez-vous remettre en cause la parole de l’enfant et de ses parents ? Vous êtes un monstre pervers que personne n’a vu. C’était l’avocat des parties civiles qui me lançait des qualités que je n’avais pas. Je m’étais résigné à me défendre. Pour eux, j’étais coupable.

La porte s’ouvre. Mme Logop appelle Mustapha. Je sais que c’est pour un problème de bégaiement. Puis Hassan, c’est un problème d’acquisition d’apprentissage. Quelque chose comme ça. Je ne sais pas trop ce que ça veut dire mais je lui fait confiance, à madame l’orthophoniste. J’aime bien attendre dans la salle d’attente. J’y passe une heure à discuter, à rêver, à voir mes petits jouer. Oui, une demi-heure de séance pour chacun. Donc ça fait bien une heure. Mais bon, une heure dans une vie, qu’est-ce que c’est ? J’ai tellement vécu dans l’ennui et la peur, plus rien ne me titille. Alors qu’Hassan joue aux montagnes russes en miniature, un petit jeune rentre en criant en s’agitant dans tous les sens, puis il se fixe devant ma canne en bois. Il tapote sa bouche avec sa main gauche, en faisant des ho, ho. Puis il pose sa tête sur mon genou. J’ai un sursaut de peur. Je me lève brutalement et le renvoie. Je me fais engueuler par sa mère qui était entré entre-temps. Je me suis surpris de cette réaction. Je suis tout confus. Je présente mes excuses et me rassoit. Le petit jeune revient vers moi. Il vient vers mon épaule et semble me caresser avec sa main droite. Il ne me regarde pas mais je comprends qu’il veut me consoler. Je’ ne sais pas pourquoi mais je pleure. Discrètement, mais je pleure. Hassan, me voyant, vient m’embrasser sur le côté. Ne pleure pas Jadi.

Le verdict tombe. Applaudissements. A mort ! A mort !

 

Ils m’ont tué. Ils ont tué mon innocence. Ma dignité a été éradiqué depuis le jour de mon inculpation. Cela été, dans ma tête, une bombe atomique. Même si je n’ai pas été condamné à mort à proprement parler, c’était quand même fait. 10 ans de prison au programme. Les seuls souvenirs que je pourrais verbaliser seraient le lieu où j’étais. Biskra. Un enfer au bord du désert.
J’ai soif. Respiration lente et difficile. Pourquoi me remémorer ces souvenirs ? Là, maintenant. Je ne veux pas me souvenir de mes années en prison. Six ans plus précisément. Six ans sans être seul. Six ans de vie avec 10 personnes dans une cellule. Six ans de folie.
Les séances d’orthophonie sont finies. Je ramène Hassan et Mustapha à la maison. Goûter très simple avec du pain et du chocolat. Devoirs un peu agités. Khadidja est revenu. Elle s’occupe de les doucher, les mettre en pijama. Moi, je reste à observer sur mon siège un peu bancal du hall. J’aime les entendre, les écouter, rire de leurs bêtises. Si ça se fâche, je n’interviens pas. Je fais comme si je n’existais pas. Et pourtant, j’ai réussi à vivre malgré tout. Je ne sais pas comment après ces tant d’années. C’est grâce à Allah. J’en suis certain. Il était juste discret quand j’étais en prison. Je m’endors malgré moi, la tête contre ma canne, sur mes mains jointes.
18 juillet 1981. Ce fut le déclencheur de ma liberté.
Je sens une présence. Un souffle. J’ouvre mon œil gauche et j’aperçois Hassan qui m’observe, recroquevillé. Pour savoir si je dormais. Je me relève pour essayer de l’attraper. Il s’en va dans un grand éclat de rire. Douleur au dos. Cela m’apprendra à faire le mahboul.
J’étais vraiment mahboul d’avoir réussi à survivre. Je ne regrette pas. Je suis heureux avec ma famille que j’ai retrouvée par hasard. Non, pas par hasard. C’est Allah qui l’a voulu. Allah est bon et miséricordieux. Allah m’a fait vivre l’enfer mais maintenant, le paradis. Juste récompense.
Des images, des sons me reviennent. Des mains et des matraques qui me poussent dans un camion. Poussières soulevées par le fourgon bâché. Sables et rocs à perte de vue. Route dans un canyon. Soleil souchant. Cris. Insultes. Freinage. Sensation de vertige. Choc. Explosion.
Jadi ! A table !

 

Le dîner est passé. Les enfants couchés ainsi que leur parents. Il est temps que je m’endorme mais j’ai toujours une angoisse de ne plus me réveiller. Et pourtant, je sais que c’est idiot. Pour me changer les idées, je lis ce que me rapporte Khadidja de la bibliothèque. Ce soir, c’est les désorientés d’Amin Maalouf. Je suis plongé dans l’histoire d’un homme qui essaie de réunir des amis d’enfance perdus de vue depuis 30 ans, après la guerre au Liban. Cela parle d’identité, de valeurs, de recherche de sens. Cela me touche. Mes yeux tombent sous le regard bienveillant de ma petite lumière de chevet.

Éjecté. Je regardais impuissant au fourgon en flammes qui devait me transférer dans une autre prison. Liberté inattendue. Bien que je fusses sonné, je pus m’enfuir au bord de la rivière toute timide. Je ne savais pas combien de temps j’avais marché. La nuit était tombée. Errance. Fuite éperdue vers un ailleurs dont je ne connaissais pas la destination. Fatigue. Épuisement. Je ne savais pas comment je pouvais survivre avec le peu de forces que j’avais. Je voyais au loin une lumière. Un feu. Je voulus crier pour appeler à l’aide. Mais plus de voix. Je tombais. Inconscient.

Je me réveille en sueurs. Toutes les nuits, je revis mon évasion. Pourquoi donc ? Je me suis enfuie car j »avais saisi une opportunité. Je ne suis pas un lâche. Je ne comprends pas. Je me souviens d’avoir été accueilli par un groupe de touristes qui faisait du trek. Ils dormaient à la belle étoile. Ils m’ont découvert en partant au matin. Par chance. Ou c’était le destin qui avait décidé qu’il fallait que je vive. C’est Allah dans toute sa miséricorde. Loué soit-il ! J’ai été choyé, soigné. Il y avait un médecin et un avocat parmi eux. Une chance phénoménale. Rocambolesque, n’est-il pas ? Je ris malgré moi. J’entends une voix. Hakim. Papa, tout va bien ? Oui tout va bien. Dors tranquille.

Ma vie était une folie encore une fois. Tout le monde me croyait mort, carbonisé. Je n’existais plus en Algérie. Ils m’ont emmené avec eux en France. J’ai du tout reconstruire. Une histoire. Mon identité. Personne ne connaissait mon passé, sauf les touristes. Et bien sur, Hakim. Lui seul. Pas sa femme, ni les enfants. Mais comment, me direz-vous, ais-je retrouvé Hakim ? Par pur hasard, tout simplement. Béni soit Allah. C’est Mr Masson, l’avocat et sa femme qui m’ont hébergé chez eux. J’étais leur homme à tout faire. Ils m’ont trouvé un boulot de vendeur, dont le patron était… Hakim. Étonnant, non ? Hakim avait bossé comme un fou pour ouvrir un magasin en France, pour vendre des produits d’Algérie.

Mes pensées se mélangent un peu. Des morceaux me manquent mais je suis fier d’être là. Je ne sais pas pourquoi mais ça me vient d’un coup. Je prends ma décision de raconter mon histoire à Kharidja et les enfants. Qu’il sache qui je suis vraiment ; Que j’étais un instituteur renommé, accusé injustement par une mère jalouse. Hakim me l’avait confirmé après avoir eux les aveux de la fille quelques années après.

Je voudrais apprendre à mes petits enfants que la rumeur peut tuer, peut détruire une vie. Il faut prendre de la distance face à des « on-dit que ». De ne pas agir sous le coup des émotions sous risque de faire des erreurs.

Je peux m’endormir paisiblement. Tout paisiblement. Que la vérité soit dite. Ma soi-disant lâcheté et honte, n’en était pas une. Je peux raconter ma vie en toute sérénité. Non, je ne suis pas rancunier, amer. C’est ainsi. C’est le passé et on ne peut pas revenir en arrière. Maintenant, je sais sur qui je peux compter.

 

FIN

 

Nos vieux

Nos vieux, si tout se passe bien, nous serons comme eux.
Nos vieux sont nos histoires singulières, particulières, uniques.
Nos vieux sont des jeunes qui ont eu des idéaux, des rêves, des passions.
Nos vieux sont nos mémoires, nos vies remplies de souffrance et de joie.
Dans un village de la brousse sénégalaise, un vieux couple enlèvent la coque des arachides pour nourrir leur entourage.
Dans nos contrées françaises, un vieux couple sont seuls dans une maison, regardant hagard un ciel pluvieux.
Au coin du feu, autour des jeunes et des adultes, une vieille dame leur raconte une histoire. Pas de murmures et de ricanements brisent l’aura de la conteuse.
Chez nous, la grand-mère est déjà dans sa chambre loin du brouhaha de sa famille, qui se chamaille, l’ont mit à l’écart parce qu’elle radote.
Au pied d’un immense manguier, sur une natte, sont assis des vieux en silence avec fierté. Des gens du village viennent les consulter pour des conseils de récolte, d’éducation de leurs enfants.
Dans les maisons de retraite, ils sont parqués dans un salon, figés comme des statues en attendant le repas.
Mes vieux, mes grands-parents, sont morts et j’aurai tant bien aimé parler avec eux, connaître encore plus leurs vies, qu’ils se réjouissent de ce que nous vivons, qu’ils nous accompagnent dans nos épreuves avec confiance et espérance.
Quel relation avons-nous avec nos vieux ? Quel lien, quel regard avons-nous envers eux ?
Mettons-nous à leur place.
Comment j’aurai aimé qu’on s’occupe de moi ? De quel manière pourrait me respecter dans ma dignité, ma liberté malgré mes dépendances ?
Comment j’aurai aimé qu’on me voit, qu’on me considère, qu’on me reconnaisse ?
Ils sont toujours des adultes, des individus qui méritent de la bienveillance, de la douceur, de la tendresse même s’ils nous renvoient des choses difficiles dus à leur age. Ne les enfermons pas dans leurs pathologies, dans leurs maladies etc…
Ils ont chacun leur place dans la société à leur manière.
Que je vous rassure, chez nous, je connais des maisons de retraite qui respecte chaque personne âgée, une volonté de l’intégrer et de lui laisser une place en toute liberté.
Donnons leur la possibilité de continuer à vivre dans une ambiance de joie, de sérénité, de créativité malgré les douleurs, les souffrances.
Nos vieux, que leurs fins de vies soient la meilleure possible.

Elle s’appelle…

Elle s’appelle Soreyna.
Petite adolescente manouche qui mendiait sur un parking d’un supermarché.
Elle a un visage balafré avec un sourire qui peut désarmer les coeurs endurcis.
Si on prend le temps, avec sa petite voix, elle peut vous confier sa petite vie de nomade.
Elle est dans la ville depuis un an et demi et vit avec sa famille dans un campement.
Si vous connaissez le lieu de son campement, elle sera ravie. Elle se sentira reconnue. 
Si un jour, vous la croisez, n’hésitez pas à lui laisser un sourire ou bien à lui adresser quelques mots. 

Elle s’appelle Feyza.
Jeune femme voilé aux yeux bleus qui prenait le bus tous les jours.
Elle ne se laisse pas faire par les machos qui font frotti-frotta. Ils en eu pour leurs comptes.
Elle ne rêve qu’une chose: Que les femmes soient considérés comme des sujets à part entières et non des objets. 
Les hommes! Si vous la croisez, méfiez-vous de vos instincts primaires. 
Elle vaut la peine d’être rencontré, respecté tout simplement. 
Elle a besoin comme pour toutes les femmes de se sentir en sécurité.

Prenons-soin d’elle.
Prenons soin de vous.
Prenons soin de nous. 

Texte écrit suite à une rencontre et au visionnage du film égyptien: Femmes du bus 678