Arsène ou une certaine philosophie

Juste là. En train d’observer ces gens qui marchent au gré de leurs humeurs, de leurs envies. Assis sur un banc dans un parc, il prend son temps pour regarder la diversité de la foule. Dans sa main, il tient son petit chiffon pour essuyer ses lunettes au cas où. Au cas où une brise déposerait une couche de poussière sur ses verres. On ne sait, jamais, hein ?

Il pense à sa femme, Maud, endormie sous les marguerites d’éternité. Elle vient parfois lui murmurer des mots doux dans ses songes. Il lui prend parfois de sourire à leurs amours passionnées, à leurs moments de tendresse. Non pas nostalgie mais pour tenir le fil de sa vie. Pour laisser éveiller ses sens, ses sensations. Il aime dire bonjour aux jolies filles et sentir leurs odeurs. On pourrait le traiter de pervers. Et pourtant, il n’a aucune envie d’aller plus loin. Il ne s’offusque plus pour cela. Cela ne sert à rien de rouspéter. On croira qu’il délire. Un début de démence sénile. Il sait bien qu’il a toute sa tête, bon sang de bonsoir. Pas sa faute parfois si des mots bizarres sortent de sa bouche sans autorisation.

Il aime bien rire. Tout seul même. Par hygiène mentale. Pour ne pas sombrer dans la dépression ou la folie. Alors une douce et saine folie où il pourra mourir heureux sans être gâteux ou légumineux. Il aime bien soigner sa barbe blanche frissonnante. Cela plait à ses petits enfants qui le voient deux fois par an. En été et à Noël. Le reste du temps, il s’occupe de son petit potager et d’aller visiter ses voisines aussi âgées que lui. Non, il ne va pas les draguer. Maud le comble toujours malgré son absence. Il va les voir pour maintenir le lien social. Il sait bien que la solitude tue et ne veut pas mourir seul. Son souhait, c’est de réussir sa mort. Être entouré !

Je ne veux pas vieillir

Je ne veux pas vieillir.

Je ne veux pas avoir des rides

Ni même des cheveux blancs.

Je ne veux pas devenir sénile.

La vieillesse défigurera mon corps.

Le temps me rouillera jusqu’au cœur.

Aux yeux de tous, je deviendrai invisible

Car je ne servirai plus à rien. Inutilisable !

Je serai bon à mettre au placard.

Ma peau fripée fera fuir les regards.

Je ne veux pas être faible et gâteux

A la merci des requins et des escrocs.

Mai quoi, je deviendrai une charge

Et même pire, je serai une décharge.

 

Halte-là jeune effronté et plaintif !

Cela fait partie de la vie et ça s’entretient.

Je suis fier des cheveux gris signe que j’ai vécu

De belles expériences et traversés des obstacles.

Tout dépend du regard que tu portes sur tes jours,

Tout dépend du regard que tu portes sur chaque être.

Il ne tient qu’à toi de choisir de vivre au mieux

En explorant toutes tes richesses, en les partageant,

En les fructifiant. Râle mais après avance avec tes sources

Amicales, fraternelles ou familiales, et même des inconnus.

Non, vieillir, ce n’est pas la mort quand tu n’accumules pas

Que des regrets, des remords, des craintes, des peurs.

Mais jusqu’où vieillir ? Là, je ne peux pas te répondre.

Cela fait partie des mystères de la vie et cela met du piment

Dans tout ce que tu vas imaginer, créer, entreprendre.

Trop vieux pour ce poste?

54 ans. Je n’ai que 54 ans et pour eux, je suis trop vieux.

Trop vieux pour travailler sur ce poste. Je serai devenu incompétent.

Il préfère embaucher un jeune diplômé, frais et dynamique, dans la fleur de l’âge.

Je suis en même temps en colère et dépité. Je n’en peux plus.

Pour eux, je ne suis plus opérationnel, plus efficace. Trop ringard.

Pour qui se prennent-ils ces freluquets ? J’en ai bavé, j’ai trimé

Pour acquérir des expériences, pour atteindre des postes à hauts responsabilités.

Maintenant, il m’envoie à la casse. Mais je n’ai que 54 ans. Il me reste 10 ans à travailler.

J’ai perdu deux ans, à recevoir les allocations chômage. Je vais être bientôt à la rue.

Heureusement ma femme me soutient mais jusqu’où ? Hein, jusqu’où ?

Je m’en vais à mon dernier entretien de la journée. C’est quitte ou double.

J’entre dans le hall. On m’accueille gentiment. Le patron me reçoit.

L’entretien se passe comme d’habitude et là, je vois qu’il hésite.

Je ne sais pas ce qui me prend mais je lui dis : «  Je ne corresponds pas au profil  »

Il m’avoue que non. Des sanglots me traversent. Je suis secoué jusqu’aux tripes.

Je me retrouve sur le trottoir sans me souvenir comment je suis sorti de l’immeuble.

Dans ma main, des coordonnées d’un collègue du patron que je viens de voir.

Sans réfléchir, je lui téléphone.  Je lui explique la situation. C’est un consultant.

Nous prenons rendez-vous. Je raccroche. Cette perche m’empêche de sombrer.

 

Christophe s’en sort car on reconnait son expérience, son expertise du domaine.

On le conseille d’être consultant pour pouvoir être considéré comme un « sage ».

Voilà qui peut le faire reprendre confiance. Mais les autres « vieux ? »

Ce n’est pas parce que nous venons d’être diplômé que nous sommes des pros.

Nous sommes des professionnels débutants. Nous pouvons être complémentaires

Avec ceux qui ont plus de bouteilles que nous. On a tous à apprendre quelque chose de l’autre.

 

 

 

 

Nos vieux

Nos vieux, si tout se passe bien, nous serons comme eux.

Nos vieux sont nos histoires singulières, particulières, uniques.

Nos vieux sont des jeunes qui ont eu des idéaux, des rêves, des passions.

Nos vieux sont nos mémoires, nos vies remplies de souffrance et de joie.

Dans un village de la brousse sénégalaise, un vieux couple enlèvent la coque des arachides pour nourrir leur entourage.

Dans nos contrées françaises, un vieux couple sont seuls dans une maison, regardant hagard un ciel pluvieux.

Au coin du feu, autour des jeunes et des adultes, une vieille dame leur raconte une histoire. Pas de murmures et de ricanements brisent l’aura de la conteuse.

Chez nous, la grand-mère est déjà dans sa chambre loin du brouhaha de sa famille, qui se chamaille, l’ont mis à l’écart parce qu’elle radote.

Au pied d’un immense manguier, sur une natte, sont assis des vieux en silence avec fierté. Des gens du village viennent les consulter pour des conseils de récolte, d’éducation de leurs enfants.

Dans les maisons de retraite, ils sont parqués dans un salon, figés comme des statues en attendant le repas.

Mes vieux, mes grands-parents,  sont morts et j’aurai tant bien aimé parler avec eux, connaître encore plus leurs vies, qu’ils se réjouissent de ce que nous vivons, qu’ils nous accompagnent dans nos épreuves avec confiance et espérance.

Quelle relation avons-nous avec nos vieux ? Quel lien, quel regard avons-nous envers eux ?

Mettons-nous à leur place.

Comment j’aurai aimé qu’on s’occupe de moi ? De quelle manière pourrait me respecter dans ma dignité, ma liberté malgré mes dépendances ?

Comment j’aurai aimé qu’on me voie, qu’on me considère, qu’on me reconnaisse ?

Ils sont toujours des adultes, des individus qui méritent de la bienveillance, de la douceur, de la tendresse même s’ils nous renvoient des choses difficiles dus à leur âge. Ne les enfermons pas dans leurs pathologies, dans leurs maladies etc…

Ils ont chacun leur place dans la société à leur manière.

Que je vous rassure, chez nous, je connais des maisons de retraite qui respecte chaque personne âgée, une volonté de l’intégrer et de lui laisser une place en toute liberté.

Donnons-leur la possibilité de continuer à vivre dans une ambiance de joie, de sérénité, de créativité malgré les douleurs, les souffrances.

Nos vieux, que leurs fins de vies soient la meilleure possible.

 

 

( Texte écrit en avril 2013. Copyright VL.)

Nos vieux

Nos vieux, si tout se passe bien, nous serons comme eux.
Nos vieux sont nos histoires singulières, particulières, uniques.
Nos vieux sont des jeunes qui ont eu des idéaux, des rêves, des passions.
Nos vieux sont nos mémoires, nos vies remplies de souffrance et de joie.
Dans un village de la brousse sénégalaise, un vieux couple enlèvent la coque des arachides pour nourrir leur entourage.
Dans nos contrées françaises, un vieux couple sont seuls dans une maison, regardant hagard un ciel pluvieux.
Au coin du feu, autour des jeunes et des adultes, une vieille dame leur raconte une histoire. Pas de murmures et de ricanements brisent l’aura de la conteuse.
Chez nous, la grand-mère est déjà dans sa chambre loin du brouhaha de sa famille, qui se chamaille, l’ont mit à l’écart parce qu’elle radote.
Au pied d’un immense manguier, sur une natte, sont assis des vieux en silence avec fierté. Des gens du village viennent les consulter pour des conseils de récolte, d’éducation de leurs enfants.
Dans les maisons de retraite, ils sont parqués dans un salon, figés comme des statues en attendant le repas.
Mes vieux, mes grands-parents, sont morts et j’aurai tant bien aimé parler avec eux, connaître encore plus leurs vies, qu’ils se réjouissent de ce que nous vivons, qu’ils nous accompagnent dans nos épreuves avec confiance et espérance.
Quel relation avons-nous avec nos vieux ? Quel lien, quel regard avons-nous envers eux ?
Mettons-nous à leur place.
Comment j’aurai aimé qu’on s’occupe de moi ? De quel manière pourrait me respecter dans ma dignité, ma liberté malgré mes dépendances ?
Comment j’aurai aimé qu’on me voit, qu’on me considère, qu’on me reconnaisse ?
Ils sont toujours des adultes, des individus qui méritent de la bienveillance, de la douceur, de la tendresse même s’ils nous renvoient des choses difficiles dus à leur age. Ne les enfermons pas dans leurs pathologies, dans leurs maladies etc…
Ils ont chacun leur place dans la société à leur manière.
Que je vous rassure, chez nous, je connais des maisons de retraite qui respecte chaque personne âgée, une volonté de l’intégrer et de lui laisser une place en toute liberté.
Donnons leur la possibilité de continuer à vivre dans une ambiance de joie, de sérénité, de créativité malgré les douleurs, les souffrances.
Nos vieux, que leurs fins de vies soient la meilleure possible.

Elle s’appelle…

Elle s’appelle Soreyna.
Petite adolescente manouche qui mendiait sur un parking d’un supermarché.
Elle a un visage balafré avec un sourire qui peut désarmer les coeurs endurcis.
Si on prend le temps, avec sa petite voix, elle peut vous confier sa petite vie de nomade.
Elle est dans la ville depuis un an et demi et vit avec sa famille dans un campement.
Si vous connaissez le lieu de son campement, elle sera ravie. Elle se sentira reconnue. 
Si un jour, vous la croisez, n’hésitez pas à lui laisser un sourire ou bien à lui adresser quelques mots. 

Elle s’appelle Feyza.
Jeune femme voilé aux yeux bleus qui prenait le bus tous les jours.
Elle ne se laisse pas faire par les machos qui font frotti-frotta. Ils en eu pour leurs comptes.
Elle ne rêve qu’une chose: Que les femmes soient considérés comme des sujets à part entières et non des objets. 
Les hommes! Si vous la croisez, méfiez-vous de vos instincts primaires. 
Elle vaut la peine d’être rencontré, respecté tout simplement. 
Elle a besoin comme pour toutes les femmes de se sentir en sécurité.

Prenons-soin d’elle.
Prenons soin de vous.
Prenons soin de nous. 

Texte écrit suite à une rencontre et au visionnage du film égyptien: Femmes du bus 678