Oser écrire

Osez écrire des mots qu’on ne sait pas dire
Ni l’exprimer à haute voix pour moins pâlir
De honte devant une assemblée incertaine.
Le stylo dessine le coeur de l’âme reine
Des pensées qui se profilent et disparaissent.
Ecrire, c’est ralentir le temps qui presse
Et de nos idées qui veulent se chevaucher.
Rien de pire que de se laisser faucher
Par ses ruminations et ses remords.

Ecrire, c’est savoir oser se poser
Et prendre soin de son corps.
Venez cueillir la fine rosée
De vos rêves et l’encrer
Dans vos projets.

Les échos de #NuitDebout: Rêve général !

Un mouvement est né ce 31 mars 2016 sur la place de la République à Paris.

Un mouvement qui prend de l’ampleur, donne à espérer avec des gens qui veulent rester debout et rêver à un monde meilleur.

Tout un collectif se crée avec des assemblées générales, des commissions bien spécifiques pour une meilleure organisation des idées et des actions à mener.

Une liberté de parole. Chacun se sent à sa place et cela fait un bien fou à en croire des témoignages.

Un mouvement qui veut changer la dynamique de notre société alourdie par le gouvernement régie par le pouvoir de l’argent.

Un mouvement qui veut remettre l’homme au centre des préoccupations, au centre des projets de société.

Voici quelques liens pour en savoir plus:

Si pour des raisons qui ne tient qu’à toi inconnu, tu ne peux pas venir sur les places. Tu peux au moins relayer l’info que ce mouvement existe, en parler autour de toi. Toi aussi, tu as une place dans ce mouvement, qui je le crois, prendra une place importance dans notre société.

Personnellement, cela fait un bien fou. En plus, sur un extrait-video, j’ai aperçu une traductrice en LSF. Y a grand souhait que ce mouvement soit accessible à tous.

Merci à tous ceux qui sont sur les places, sont les portes-paroles de ceux qui n’arrivent pas à exprimer leurs colères et leurs rêves.

Je suis derrière vous, avec vous, à vos côtés. Et sûrement, je viendrai sur place à Lyon prendre des photos et récolter des infos, des projets.

 

Vivien Laplane

Bref, j’ai écrit un projet

Il est temps que j’écrive le projet de Bryan.

Un PPA : Un Projet Personnalisé d’Accompagnement.

Un PPI : Projet Pluridisciplinaire Individuel.
Un PPE : Un Projet Personnalisé d’Emancipation

Un PPO : Un Projet Pluridisciplinaire d’Orientation

Un PPU : Un Projet Personnalisé Unitaire

UN PPY : Un Projet Pluridisciplinaire de Yoyo

Alors, son anamnèse. Son histoire plus exactement.

Qui sont ses parents ? Son parcours de vie ? Ses conditions de vie ?

Son parcours dans la famille. Un foutoir pas possible.

Maintenant, son parcours scolaire. Merde, où ai-je mis mes notes ?

Sacré phénomène que ce Bryan. Un artiste hors pair qui met du neuf dans toutes ses matières.

De la vraie matière grise. Un génie de la discipline artistique.

Bref, recentrons-nous. Avis de la psychologue.

Où est mon dictionnaire ?

C’est important que je retranscrive dans un langage clair et net, valorisant pour le jeune sans occulter la réalité, évidemment. Je me mets bien dans la tête que le jeune va lire ce projet ainsi que ces parents. C’est l’idéal bien sûr.

De la diplomatie. Du tact. Choix des mots très importants puis des phrases simples.

Parcours médical ?

C’est là que ça se corse. Mais au regard de ses performances scolaires malgré son handicap, c’est un véritable exploit. Bryan est vraiment étonnant avec son fauteuil roulant tout terrain.

Bilan de la psychomotricienne.

Un véritable feu d’artifice corporel.

Bilan de vie dans le groupe ?

Mince, il me manque le retour d’Emma.

Un véritable tourbillon de vie. Mais vite fatigué le soir ! Cela fait trois ans que je suis son référent. Il a superbement évolué dans son langage et la communication avec ses pairs. Un vrai bavard. Il adore utiliser la langue des signes quand il n’arrive pas à exprimer ses sentiments verbalement.

Quels sont les points positifs de ce qui a été mis en place pour lui ? Et les points négatifs ?

Il a un emploi du temps de ministre. Cela ne va pas du tout. C’est une aberration au vue de sa grande fatigabilité. Favoriser sa créativité. Essentiel pour son épanouissement.

Vie quotidienne ? Très volontaire mais bien maladroit. Mais en nette progression.

Il pourrait être un futur Pistorius avec le coté déjanté et parano en moins !

Maintenant, mes notes de l’entretien avec Bryan, puis de ses besoins.

Leurs demandes ? Pas trop excessives et très réaliste.  Cela fait du bien d’avoir des parents lucides, conscients de la vie de leur enfant.

……

Bon, ma pause syndicale est finie. Je repars rejoindre le groupe.

Bref, j’ai écrit le projet.

Interview d’un éducateur insolite

Bonjour Séraphin, vous êtes éducateur dans un foyer expérimental accueillant des jeunes fracassés par la vie mais aussi des jeunes qui veulent donner un sens à leur vie. Quelle est votre parcours ?

De combattant, je dirais. J’ai travaillé tout d’abord des années dans une Maison d’enfants à Caractère Social puis en CHRS. J’ai travaillé auprès de publics très divers et variés. De toute culture, de toute religion, de toute catégorie sociale car leur point commun était la vie qui ne leur a pas fait de cadeau. Surtout des parents dépassés par les évènements, maltraitants malgré eux parfois eux.

Y a-t-il des moments où vous ne pensez plus à votre métier que vous exercez depuis trente ans ?

Oui, quand je dors. Et encore !

Pourquoi ce métier ?

Je pourrai vous poser la même question. Pourquoi êtes-vous journaliste ?

C’est moi qui pose les questions, vous permettez ?

La remise en question est constructif vous savez. Ce n’est pas péjoratif. Prendre de la distance est nécessaire…. Pourquoi ce métier ? C’est ce métier qui m’a choisi et j’ai été porté par cette dynamique. Y –t-il des raisons valables ou non valables ? C’est comme si vous me demandez pourquoi j’aime ma femme ?

Je ne savais pas qu’un éducateur philosophait.

C’est très important pour s’entretenir. Nous ne pouvons pas être dans l’action. N’être que dans le faire, on s’épuise, cela devient une routine.

Vous ne vous êtes jamais emmerdé dans votre métier ?

Si, avec mes collègues. Avec les jeunes, c’est différent. C’est quand ça bouge que c’est intéressant. Quand ils sont calmes, il y a moins de matière à travailler. Quoique, cela dépend.

Revenons à notre sujet initial. Vous gérez un foyer expérimental où la direction est basée sur une coopération entre un éducateur et un gestionnaire. Que les règles sont posées avec les jeunes qui intègrent le foyer à chaque année. Et surtout qu’il y a une pièce interdite aux adultes sauf lors d’un gouter annuel, où la confiance est de mise. Chose étonnante, la pièce est la plus propre de la maison et magnifiquement décoré.

Oui, au début, c’était une pièce vide où les jeunes pouvaient taguer, aménager ce qu’ils voulaient. Au fur et à mesure, ils se sont rendus compte que le rangement, la beauté d’un lieu leur procurait un bien-être. Ils étaient heureux. Ils se sentaient chez eux. Comme dans leur chambre, on n’y pénètre pas. On fait le point avec le jeune dans une autre pièce. On fait très attention à ce que chaque jeune préserve son intimité et construit son identité propre.

Un concept revient souvent dans la philosophie de ce foyer : l’Amour. Cela ne fait pas bisounours ?

Cela le parait aux yeux d’une société qui recherche la performance, l’élitisme gommant les différences. Non, l’Amour doit être la base de notre société. L’Amour permet la confiance, le partage. Ne plus être gentils mais vrais comme chacun doit l’être au fond de lui-même et pas en fonction de ceux que disent les autres de manière négative. Nous essayons d’avoir un vocabulaire positif, valorisant même en posant un cadre, même si un jeune a fait une connerie. Nous n’évitons pas les conflits. On le provoque parfois si on sent qu’il y a un abcès qui s’infecte dans la relation, dans le mal-être. Tout doit être fait dans la bienveillance.

C’est difficile ce que vous demandez.

Bien sûr que c’est difficile. La vie est difficile et ce n’est pas une raison d’en rajouter plus pour se mépriser, s’ignorer, s’isoler et se noyer dans la rancœur.  Nous faisons en sorte que la différence soit une vraie richesse et qu’elle soit vécue. Pas des paroles en l’air. Nous le vivons au quotidien. Comment croyez-vous que j’ai réussi à tenir depuis trente ans ? Comment croyez-vous que des gens arrivent à garder le sourire malgré les galères, les souffrances renvoyés par ceux que nous accompagnons.

Revenons à nos moutons.

Oui, nous avons des moutons dans notre grand parc. C’est une chance que nous avons d’être à la périphérie de la ville au bord de la campagne.

Ce n’est pas ce que je voulais dire.

Mais nous y sommes. Notre foyer s’ouvre une fois par mois aux habitants du quartier en organisant une fête avec des jeux, un buffet organisé par les jeunes. C’est toujours un succès même si au début, bien sûr, les gens étaient réticents.

Pourtant, on vous entend peu parler. C’est une initiative porteuse d’espoir pour notre société.

Vous m’étonnez en vous entendant. La plupart des journalistes sont souvent à la recherche de scoops, de faits croustillants, morbides, peoples.

Vous généralisez !

Tout à fait, j’en suis conscient. Je sais très bien aussi qu’il y a des journalistes qui font du très bon boulot et je souhaite vraiment que nous les entendions plus et que le profit ne soit pas le moteur du métier mais l’homme dans son ensemble.

Une dernière question. Votre plus mauvais souvenir ?

Aucun. J’essaie de ne me souvenirs que de belles choses. Les mauvais. Je les mets dans une malle : « A ne pas ouvrir sauf si c’est pour se faire mal ».

Merci Séraphin d’avoir accepté cette interview pour le journal « Rêve au concret »

Merci à vous aussi.

 

PS: Tout est fictif mais les pensées réels!

Même sourd, j’ai pu le faire

Pas mal de personnes ont une vision triste sur la vie des sourds.

Et pourtant, j’en ai fait des choses dans ma vie que la surdité ne m’a pas empêché de faire ni même avec mon appareil auditif.(Pour rappel, une oreille foutue non appareillable et l’autre avec une perte de 80 db et très bien appareillée).

Je vais énumérer non pas pour me faire rouler la mécanique mais pour démontrer que tout est possible si on se donne les moyens.

– J’ai fait 8 ans de théâtre, sans LSF dont des pièces de théâtre que j’ai monté, deux seuls sur scène et une cette fois-ci en LSF il y a 12 ans. Et deux ans de clown de théâtre.

– Je suis parti un an au Sénégal. Malgré le climat tropical, mon appareil auditif n’est jamais tombé en panne. Je l’avais mis chaque soir dans une boite protectrice et asséchante. Valait mieux car j’étais à 500 km de la capitale. J’avais fait mon stock de piles. Je suis tombé en panne à mon retour en France à l’atterrissage. Fallait pas en perdre une!

– Des grandes ballades en vélo dont une à 104 km dans la journée. ne jamais oublier de mettre un bandeau pour protéger l’appareil de la transpiration.

– Être deux fois directeur de camp VTT avec des ados et une fois en camp en corse. Corsé quand même!

– Avoir écrit au moins 500 poèmes et textes depuis 15 ans, et publié deux recueils.

– Trois diplômes ( Licence de géographie, diplôme d’état d’éducateur spécialisé, diplôme de documentaliste). Pour les études, ce que j’aurai du quand même faire et ce qui aurait été beaucoup moins fatiguant, c’est d’avoir un micro-HF. (Il existe bien sur d’autres moyens tel que des interprètes LSF, des codeurs LPC, des preneurs de notes etc…)

Puis je connais pleins d’amis sourds qui sont chargé de communication, une qui travaille au CNRS, une qui est attaché parlementaire (j’espère ne pas me tromper) etc…

Alors, ne baissez pas les bras et faites vous entourer des personnes qui croient en vous.

Ne brisez pas les rêves de votre enfant, de votre ado. Y a toujours un moyen de se rapprocher au maximum du rêve!