A Acceo, une rencontre avec des youtubers sourds

Bonjour à tous,

Hier, j’ai assisté à une très riche rencontre avec des youtubers, blogeuses, bédéistes sourds dans les locaux d’Acceo/Tadéo.

Tous les moyens ont été mis pour que nous puissions comprendre avec une interprète en langue des signes et une retranscription écrite.

J’ai été épaté et très intéressé par toute l’énergie déployée pour favoriser l’accès au téléphone pour joindre des entreprises, des banques, des collectivités etc…

Acceo a mis en place une application pour permettre aux personnes sourdes et malentendantes de trouver et contacter gratuitement, par téléphone, les établissement accessibles. Pour l’instant, il y a 22 000 structures accessibles à travers la France.

(Cliquez sur l’image pour accéder à l’application 😉 )

Je leur souhaite beaucoup de réussite dans leur entreprise pour permettre une accessibilité aux plus grands nombre dans un maximum de services.

Voici la liste des youtubers, blogueuses, bédéistes qui étaient présents :

  • Titi – Titi et Lulu – Des soeurs youtubeuses complètement déjantés et instructives sur le monde des sourds.

  • Lucas Wild – un futur star de la mode évoque la surdité avec humour, avec spontanéité et sans tabou!

 

 

Fatigué de mal-entendre

Depuis trois semaines, j’entends mal.

Euh, Vivien, t’es sourd de naissance. T’entends mal depuis heu… bien longtemps !

Bien sûr, mais là, ce n’est pas la même chose, mon appareil auditif est défaillant parce que cela fait 6 ans que je la porte. Elle s’use. Normal, je la porte 7 jours sur 7 et 16 heure sur 24 environ.

Je comprends moins bien les conversations.

Cela me demande beaucoup plus de concentration pour essayer d’entendre et d’écouter ce que disent les autres même dans un environnement calme. Cela me demande d’énergie et c’est pour ça que j’ai tendance à vouloir m’isoler et à être au calme. Ou bien, je suis partant pour jouer, faire des choses sans nécessairement devoir entendre, écouter, comprendre.

Oui, mal-entendre, c’est fatiguant.

N’est-ce pas épuisant de ne pas comprendre un enfant qui commence à parler et qu’on essaye de décrypter à longueur de journée ? C’est le même principe, à peu près !

Et quand la fatigue est présente, j’ai du mal à être disponible, plus efficace. Je pense que ça doit être la même chose pour tout le monde, non ?

C’est pour ça que j’aime bien aller dans la nature, dans le silence, m’imprégner des couleurs, observer les oiseaux et effectivement prendre des photos.

 

Je voudrais choisir de bien entendre pour mieux comprendre.

Choisir pour être plus présent, disponible.

Choisir de respirer, de se reposer et de trouver des solutions à court terme pour avoir une vie sociale un peu plus confortable.

Parce que s’isoler, à force, c’est mauvais pour l’humeur, pour le moral.

J’ai besoin aussi de rencontrer des personnes vivifiantes, d’échanger et de déconner parfois. Cela fait aussi du bien de se défouler. Plus jouissif quand c’est avec des personnes avec qui on est sur la même longueur d’onde. N’est-ce pas ?

 

Bien sûr, mal-entendre à un impact sur le moral mais cela ne m’empêchera pas de continuer de vivre et de choisir d’avancer dans mes projets, d’agir et d’être au quotidien présent avec mon entourage.

 

Si vous entendez mal, ne craignez pas d’en parler à votre entourage, d’en parler, de dire des mots sur vos maux.

Ne nous enfermons pas dans notre mal-être. Déjà choisir de s’ouvrir, c’est faire le premier vers l’épanouissement malgré tout.

Je ne suis pas sourdperman

Je ne suis pas sourdperman.

Je suis simplement un homme avec des talents et des faiblesses.

Je ne suis pas que sourd, j’ai aussi d’autres facettes qui font partie de ma personnalité.

Bien sûr, ma surdité a façonné ma personnalité mais aussi les rencontres, les rencontres, mes expériences à travers le volontariat, le bénévolat, le théâtre.

Je ne suis pas superman, comme pour chacun d’entre-nous. Nous ne pouvons pas être partout à la fois. Il me faut faire de mon mieux, avec mes capacités, mes connaissances, mes talents.

Nous sommes tous impuissants face à des évènements qui nous dépassent, dans nos jobs au quotidien. Je commence à comprendre qu’à partir du moment où l’on accepte d’être impuissant, nous pouvons nous déployer avec nos talents, nos propres ressources.

Ce n’est jamais facile bien sûr.

Je reconnais que ma surdité a façonné un de mes talents. Cela m’a aiguisé la vue, le sens des détails. J’ai compensé sur un autre sens comme les aveugles compensent énormément sur l’ouïe, sur le toucher. Un talent est un don qui est en nous depuis l’enfance. Il est primordial que ce talent ou ces talents puissent être fructifiés, s’épanouir, être partagés. Sinon, à quoi ça sert les talents si on ne s’en sert pas ?

J’en profite pour vous partager un de mes rêves que je concrétise :

« Monter une expo-photo »

Voici donc le flyer.

Flyer Expo photo_01

 

Je vous souhaite de trouver vos talents, de les prendre soin et de les faire grandir.

 

Oh un sourd! Préjugés, quand tu nous tiens!

Oh j’ai rencontré un sourd.

Oui mais plus exactement. C’est bien vague un sourd. C’est comme si tu disais un français ou même pire un africain. Y a tellement de diversités.

C’est une personne sourde. Parce que c’est d’abord une personne. On ne résume pas son identité à sa surdité. Enfin, cela dépend pour certains. Ceux qui signent se disent partie d’une communauté sourde. J’avoue que cela m’hérisse le poil. C’est plutôt la communauté des sourds signants. Et encore, sans doute, chez les sourds signants, ceux qui utilisent, je précise la langue des signes, ne se reconnaissent pas dans cette communauté.

Hé non, tous les sourds ne signent pas. J’ai beaucoup de respect pour Emmanuel Laborie mais à travers la médiatisation de ses prises de position sur la LSF, j’ai l’impression que l’image des sourds se réduit à la LSF dans la société. Je sens que ça peut saigner sur ce que je vais dire mais les sourds, en grande partie, n’utilisent pas la LSF. Les sourds signants ne sont qu’une petite minorité. Et elle est à reconnaître bien sûr mais pas à prendre toute la place.

Je suis sourd oralisant. Ce n’est pas parque que je suis sourd que je dois signer. J’ai fait le choix (même si c’était le choix de mes parents au départ) de continuer à parler et à entendre grâce à mon appareil. J’ai malheureusement croisé des personnes, entendantes, qui étaient contre l’oralisme. Merci madame, j’oralise et je m’en sors très bien. En disant qu’elle était contre l’oralisme, ce n’est pas me reconnaître, ne pas reconnaitre ceux qui oralisent.

J’ai une chance énorme, je le sais, de pouvoir bien parler, d’avoir fait des études supérieurs. J’en connais même qui sont au ingénieur au CNRS, à l’Insee alors qu’ils sont plus sourds que moi.

Il existe plusieurs façons de comprendre les autres comme la lecture labiale.

Quand des personnes adultes deviennent sourdes, ils s’imaginent qu’ils devront apprendre la langue des signes. Cela ne sert à rien si dans leur entourage, personne ne la pratique. Elle peut passer par la lecture labiale sans que cela oblige l’autre personne à utiliser la LSF ou la LPC. ET oui, la Langue parlé Complété (LPC), voici un autre type de codes utilisé chez certains sourds.

Autre chose, un sourd n’est pas idiot. On imagine qu’un sourd est limité intellectuellement alors que c’est faux.. Imaginons que vous avez des notions d’anglais. Vous allez en Angleterre. Vous vous exprimez mal bien sur car vous ne connaissez pas bien la grammaire, les tournures de phrases un peu complexes. Ils ne vont pas vous prendre pour un idiot. Non, vous êtes un étranger.

Pour les sourds, c’est la même chose. C’est un étranger dans la langue de son propre pays, un comble ! Nous devons faire un apprentissage plus poussé de la langue pour saisir les nuances, pour faire des liens. Pour pouvoir communiquer de la meilleure des façons et se comprendre.

Donnons vraiment tous les moyens possibles pour que chaque personne sourde ait accès à la lecture, à l’écriture, et vous verrez que cette personne pourra exploiter une grande partie de ses potentialités. C’est la lecture et l’écriture qui m’a beaucoup aidé pendant mon enfance.

J’oubliais. Tu découvres que je suis sourd. Nous ne sommes pas obligés d’aborder la surdité, n’est-ce pas ? J’ai des passions, des envies, des rêves. Si tu veux bien, on peut en parler un peu plus tard! 😉

C’est comme rencontrer une personne avec un autre type de handicap. Il n’est pas son handicap!

Alors, tu as rencontré un sourd ? J’ai pas bien entendu!

 

Vivre avec le silence

Un silence apaisant pour me reposer.

Une musique sans son pour faire danser au repos mes neurones.

Un vrai silence où je peux entendre à peine un bruit avec mon appareil.

Un silence où les couleurs du monde prennent forme.

Un silence où les silhouettes se détachent de mon horizon.

Une harmonie du vide sonore pour mieux percevoir d’autres sens.

Pour mieux sentir les odeurs des fleurs ou le parfum d’une femme.

Pour mieux sentir une peau douce, un bois travaillé, une peluche d’un enfant.

Pour mieux saisir les saveurs subtiles d’un curry d’agneau, d’un dessert au chocolat.

Pour mieux voir les détails d’un tableau ou les insectes dans l’herbe.

 

C’est vrai que l’on peut avoir peur du silence, pour ne pas se retrouver.

Peur de se laisser déborder par des émotions ou des idées noires.

Crainte de s’ouvrir à l’inconnu et de se laisser surprendre par des bruits inattendus.

Crainte de perdre des informations et de se sentir en décalage.

 

Y a-t-il des vrais silences ?

Dans le désert ? Dans la campagne profonde sans âme qui vive ?

Puis y a du bruit dans la tête avec toutes nos idées qui se bousculent, nos mots qui s’entrechoquent.

 

Dans le silence extérieur, on peut entendre notre corps.

Comme le corps qui bat rapidement pensant que l’on marche dans le grenier.

Comme le ventre qui gargouille croyant que c’est le parquet qui grince.

Pour ma part, je peux l’entendre avec mon appareil auditif. Sans ce dernier, rien du tout.

 

Le silence s’apprivoise.

C’est notre état intérieur qui fait que le silence est pesant ou pas.

Le silence a son propre langage.

Il est parfois plus important que la parole comme utiliser le regard, les gestes, la posture.

 

Je préfère des sons harmonieux, distincts, sans grésillements, sans accrocs.

Le bruit m’est insupportable avec mon appareil auditif.

J’apprécie le silence quand c’est moi qui le choisis, qui le décide comme quand j’éteins mon appareil dans un métro où des gens parlent fort, ou bien en sortant d’une salle où il a une fête bruyante.

 

Et vous ? Quelle est votre rapport avec le silence ? Avec le bruit ?