Un sourd silencieux – 6 – Harcèlement

Le voilà projeté dans ses souvenirs les plus désagréables qu’ils soient. Son rêve devenait du n’importe quoi qui allait fouiller dans sa mémoire, glanant au passage des incohérences, des absurdités. Mais là, il fut confronté à un cruel cauchemar. Il était là, assis sur un petit muret face à des élèves qui jouaient, l’ignoraient. Un profond sentiment de solitude l’envahissait. Il entendait juste du brouhaha. Des rires. Des cris. De l’autre côté de la cour caillouteuse, au pied d’un grand platane majestueux, errait un enfant étrange. Seul, lui aussi. Dans son monde. Il tournait autour de l’arbre en sursautant par moment et jouait avec ses mains.

Un sentiment de remords. Pourquoi ? Il s’en souvenait. Il l’avait rejeté lui aussi, s’isolant encore plus car il ne savait pas communiquer avec lui. Et pourtant, là, dans son rêve, il voulait faire autrement que ce qu’il avait vécu. Il se leva et fendit la meute de petits ados de 10 ans à 13 ans. Il entendit des sifflements. On s’amusait à lui siffler pour qu’il se retournât sans savoir d’où ça venait. Tristan ignora. Il alla à la rencontre de Corentin. L’enfant de la lune. Son cœur battait. Il appréhendait.

Essai d’échanges. Avec des gestes simples. Corentin souriait avec ses yeux. Tristan le comprit même si son visage restait neutre. Sonnerie de fin de récré. Tout le monde se mit en rang. Il ne voulait pas aller. Le rang était pour lui un calvaire. Des sifflements seraient de retour. On l’appellerait et se retournerait en voyant les autres regarder ailleurs ou rire.

Soudain, il se retrouva directement dans la classe devant le tableau noir, face aux élèves. Que devait-il se passer ? Le prof le regardait sévèrement. Qu’avait-il fait ? Il vit des jeunes filles pouffer. Des garçons le regarder de façon mesquin. Le prof lui reprochait de ne pas écouter et de rêver. Tristan respira un grand coup. Une réalité du passé dans un rêve. Et s’il disait ce qu’il aurait voulu tant dire ? Et s’il voulut s’expliquer tout simplement en expliquant ce qu’était la surdité ? En quoi ça impliquait ?

Et c’est ainsi que Tristan se lança dans une sensibilisation. Tous les visages changèrent. Personne ne rigolait. Le prof fut surpris.

La classe s’illuminait. Les murs disparurent. Les élèves disparaissaient au fur et à mesure dans des volées d’oiseaux multicolores. Les pupitres fondaient en sable fin. Le prof s’était statufié en marbre noir et blanc. Le tableau était devenu un écran de télévision où il voyait du sous-titrage, une personne signer.

Soudain, Tristan se retrouva sur son canapé jaune.

Fin du rêve ?

 

Notes de l’auteur :

. Texte en écoutant la bande-originale du film « Goodbye Lénine »

. Voir témoignage sur le harcèlement scolaire avec MélanieDeaf : Harcelée, parce que sourde! 

La vengeance de l’élève harcelé

Eliot est doux comme un agneau

Parfois il devient gigot.

Quand il est à l’école,

Il s’écrase et encaisse les railleries.

Il essaie d’ignorer les moqueries.

Ses bras lui font mal, brûlent.

Parfois il respire rapidement

Et sa poitrine est compressée comme un citron.

Il bouillonne au fond de lui mais veut tout garder.

Il bloque ses larmes pour ne pas faillir.

Sa tête lui fait un mal de crâne.

Son entourage ne le remarque même pas.

Il semble gentil, doux, tendre, discret.

Pas de quoi fouetter une mouche.

Mais un soir, ce fut le mot de trop.

Dans sa chambre, il ressasse la scène,

Les insultes des grands à la sortie de l’école

Puis une idée germe en lui. Diabolique.

Il fronce ses sourcils et un rictus lui vient.

Cela lui fait peur mais cela peut valoir le coup.

Il a hâte d’être demain. Il imagine un scénario.

Il se lève, prends son petit-déjeuner et part à l’école,

Sans dire au revoir à ses parents.

Sur la route, il prend un caillou, même deux.

Arrivé dans la cour, discrètement,

Il balance le caillou dans la tête du surveillant.

Il accuse ses harceleurs. Ils crient leur innocence. Pour une fois.

Ces derniers sont envoyés chez le directeur.

Eliot jubile à l’intérieur de lui-même.

Dans la queue pour aller en classe, il pique un stylo

Qui dépassait d’une poche d’une camarade.

Ni vu ni connu, il plante le stylo dans le dos d’une fille.

Cris de douleurs. Eliot se jette sur un autre de ses harceleurs,

Et l’accuse d’avoir blessé sa voisine.

Comme l’innocent est connu pour ses bêtises,

Il n’y eut aucun doute chez le professeur qui les emmenait en classe.

Renvoyé chez le directeur, le jeune injustement accusé.

On remercia Eliot d’avoir démasqué le coupable.

Au fil de la matinée, Il ne fait rien de spécial.

Il attend d’accomplir sa vengeance au self.

Il n’a jamais ressenti une telle puissance

A faire du mal autour de lui. C’est si facile.

Enfin l’heure du repas. Prise du plateau et des couverts.

Il se sert pour le dessert et l’entrée.

On lui donne une assiette d’omelette et d’épinards.

Puis comme d’habitude, il se met seul à une table.

Sans que personne ne le voie, il met son couteau dans sa poche

Puis se lève pour aller aux toilettes.

En fait, il fait semblant d’y aller car il se rue dans une pièce interdite.

Une vanne de gaz. Il l’ouvre. Un gros souffle part dans l’obscurité.

Il sort son couteau et tente de faire une étincelle.

Une torpeur lui vient et s’évanouit.

Une main le secoue.

Il se réveille. Sur son lit. Tout habillé.

Il s’était endormi.

Sa mère s’inquiète et lui pose des questions.

Eliot se confie. Non, il ne peut pas devenir un monstre.

Il y a toujours une autre solution pour éviter la violence.

Il décide de ne plus être gentil mais d’être vrai.

Mais il sait que cela prendra du temps.

Au fil de ses confidences, sa mère le rassure

Et lui apporte tout son soutien.

La parole libère. Les actes viendront après un discernement,

Après des discussions dans une ambiance plus apaisée.

Jamais décider sous le coup de la colère ou de la jubilation extrême.

Eliot repars à l’école plus confiant pour la suite.

Bryan

La tête en étau.

La colère le ronge.

Qu’est-ce qui lui reste à faire ?

Personne ne l’écoute.

Il se sent inférieur aux autres

Car il se sent écrasé par le regard des autres.

Bryan serre ses poings dans ses poches.

Son visage est dur et ses yeux tournés vers le sol.

Au moindre mot qu’il prononce, c’est de manière agressif.

Il ne peut rien. Il traine une boule de nerfs.

Tout est pour lui injuste avec les colles,

Les devoirs en plus à la maison.

Quand il y a du bruit, c’est lui qu’on accuse.

Son prénom est pour lui un poids.

On le classe, on  l’étiquette «  Cas sociaux ».

Pour se faire entendre, il provoque.

Même ça, ça ne marche pas.

Il croule sous les insultes de ses pairs.

A la maison, ses parents sont débordés par le boulot.

Il doit se démerder pour manger.

Il ne sait pas à qui parler, il n’a confiance en personne.

Alors, un matin, il monte sur la terrasse de l’école.

Personne à l’horizon. Il enjambe la barrière en béton.

En dessous, la cour de béton. Il ne pense pas à mourir.

Juste arrêter ses souffrances.  Les autres l’oublieront.

Il ferme ses yeux. Une voix s’élève.

Il ne veut pas se retourner.

Il s’élance dans le vide.

A peine 30 centimètres plus bas, un sol de plexiglas l’arrête.

Bryan se dit vraiment que la vie est injuste.

Elle lui empêche d’en finir avec ses galères.

Sonné, il sent qu’on le soulève.

On l’emmène dans une petite salle.

Un silence respectueux.

Il est étonné de ne pas se faire engueuler.

Il est abasourdi. Un flot de larmes l’envahit.

Une main se pose sur son épaule.

Une émotion le surprend.

Il ne sait pas la définir.

Sanglots longs qui l’épuisent.

Il s’endort.

A quel moment doit-on être alerté par la détresse d’un jeune ou même d’un adulte ?