Journée (fictive) d’un travailleur social

8 h 17 : J’arrive au centre avec plus de retard que prévu à cause d’un foutu tracteur. Il me reste 13 minutes pour préparer la salle d’accueil pour accueillir mes petits jeunes enfants autistes. J’arrive dans le couloir menant à la salle. Il vient d’être nettoyé par la femme de ménage. Heureusement elle a ouvert les fenêtres pour que ça sèche plus vite mais ça sera vite sali. Cela fait des semaines que je lui demande de laver le couloir et la salle de groupe en premier. Mais non, elle n’en fait qu’à sa tète. Elle me voit, me salue, me fait un grand sourire. Je fais de même et lui souhaite une bonne journée.

8 h 28 : À peine fini de fignoler que j’entends une voix qui m’est bien connu : Félix. Il rentre en trombe et commence déjà à tout mettre par terre. Je le reprends avec douceur et fermeté. Je l’accompagne à l’entrée pour qu’il pose ses affaires, prenne sa photo pour le mettre sur le panneau de présence. Nous communiquons avec son classeur de PECS. Il ne s’en sort pas trop mal. Puis Calvin arrive en pleurant et vient se blottir contre moi. Sa mère, l’accompagnant, m’explique qu’elle a du confisqué son jeu électronique.

8 h 41 : mon groupe de 5 jeunes est enfin au complet se posant du mieux que possible sur un objet qui les stimule. Ma collègue arrive avec trois autres jeunes dont l’un, Firmin, a tendance à mordre et à taper tout le monde. Nous l’esquivons comme nous pouvons et essayons de le mettre dans un lieu où il sera en sécurité, pour lui et surtout pour les autres.

8 h 55 : Nous regroupons nos jeunes autour de la table pour préparer la journée. Dialogue en s’appuyant sur des photos d’activités et de personnes qui s’occupent des activités.

9 h 10 : Ma collègue Irma et moi-même prenons nos jeunes pour une activité particulière. Pour ma part, c’est peinture.

9 h 20 : J’essaie de rattraper Félix qui s’est fait la malle dans le couloir alors que les autres sont déjà dans la salle artistique.

9 h 26 : J’ai Félix mais Greg est parti entre temps pour aller aux toilettes. C’est un scoop pour lui car nous devons souvent le solliciter. Mais par contre, il risque de jouer souvent avec l’eau des toilettes. Je mets vite mes autres jeunes avec un pinceau et une grande blouse, avec des flaques de peintures sur chacun de leur feuille.

9 h 45 : Je vais enfin aller chercher Greg qui n’est pas revenu. Je le retrouve en train de jouer avec l’eau où il a fait son caca. Il y en a de partout. Et m… Je reste calme. J’en connais qui va être content de nettoyer tout ça. C’est bibi. Avec Greg, je vais chercher le nécessaire et le change entre-temps. Je n’ose pas imaginer ce que font les autres en peinture.

10 h 11 : Enfin tout nettoyé, tout propre, nous allons rejoindre les autres. J’entends des hurlements. Je fonce. Catastrophe. Tout est propre. C’est juste la petite Huguette qui s’est mis de la peinture sur ses chaussures roses de Dora. Elle s’agite dans tous les sens. Je l’amène dans la salle de décompression où un de mes collègues, Yvette se trouve.

10h18 : Rangement de l’atelier peinture pour pouvoir aller souffler en récréation. J’aide Firmin à ranger et d’un seul coup, me mord le bras. Une envie subite me prend de lui gifler mais je me contiens et respire. Douleur au niveau de ma chair bien sensible près du poignet.

10h28 : Récréation. Tous les jeunes ont mis leurs affaires pour aller dehors. Je surveille les plus dangereux et en même temps les plus vulnérables face à ceux qui sont les plus dangereux. Il me semble que je m’embrouille déjà.

10 h 38 : Greg joue au ballon avec Irma, une des éducatrices. Puis j’entends : «  Arrête de faire à l’imbécile » à Calvin qui secoue sa tête dans tous les sens. C’est encore Irma qui emploie un langage très très déplacé, même aberrant. J’aimerai bien lui foutre des baffes mais non, entre collègues, il faut être calme, courtois, poli pour ne pas contaminer le groupe.

11 h 00 : Fin de la récréation. Nous faisons rentrer tous les jeunes. Une manque à l’appel. C’est Huguette qui contemple ses chaussures roses à l’ombre d’un mur décrépi.

Chacun prend ses jeunes selon ses activités. Pour ma part, c’est temps éducatif avec Firmin. C’est idiot comme terme puisque tout est éducatif dans les ateliers, les temps de repas, etc…. Firmin est un fan de puzzle. Il peut faire des puzzles de 1000 pièces. Mais là, j’essaie de l’initier à la photo et surtout pour qu’il voit son visage. Il prend énormément de plaisir.

12H00 : Après avoir rangé l’appareil photo et divers objets que Firmin a mis en vrac, nous rejoignons les autres au self pour le repas.

13h00 : Le repas s’est passé sans trop de problèmes, a part Gaby s’est a mis sa tête dans le plat de purée. Mais sinon tout va bien.

13 h 16 : Tout le groupe est réuni dans la salle de groupe. Ils sont calmes à leur manière. Pour moi, c’est calme. Je suis assez content de la matinée malgré tout.

13 h 26 : Une de mes collègues, Guinguette, arrive pour prendre le relais d’Irma. Soudain, Greg se fâche et pique une grosse colère. Je l’emmène avec moi dans la salle de décompression où il y a une grande piscine à boules qui peut le calmer. Et là, j’entends Mistinguette : « Et bein, on va passer une après-midi mouvementé. » Là, j’aurai envié d’un bazooka pour la disperser aux quatre coins de la terre. Mais non, cela se fait pas entre collègues. On reste courtois et poli pour ne pas….. bref.

13 h 37 : J’entends Guinguette engueuler un jeune. Je soupire discrètement. Greg, m’ayant vu, prend ma main droite et le pose sur sa joue gauche. Touchant mais je me reprends.

14 h 00 : Notre chef de service passe alors que j’étais en train de gronder avec tact Calvin qui se tapait. Et là, Le manitou reprend en tapant sur la main pour lui dire que ça ne se fait de se faire mal. Je respire très fort et ne dit rien. Mais je sens que ça bouillonne à l’intérieur de moi.

16 h 00 : J’ai passé un temps de musique agréable avec trois des jeunes. Ils se sont déchaînés sur les tambourins, les triangles et avec du rythme en plus. Ils ont énormément progressé. Nous allons goûter. J’étais passé voir Mistinguette à son atelier cuisine. Elle a tout fait à leur place et a empêché Huguette de lécher le chocolat qui restait dans la casserole.

16 h 35 : Les premiers parents arrivent pour aller chercher leurs mômes.

16 h 45 : Mistinguette est parti avec sa grosse camionnette pour ramener quelques jeunes chez eux.

17 h 00 : Il reste encore Félix qui s’agite, impatient. Je l’emmène dans la cour où il sautille autour du toboggan.

17h10 : Félix est parti avec son père sur une grosse side-car. Et moi, je vais enfin vers ma voiture, en sautillant.

 

Jalons pour une histoire du handicap. Nommer, classer pour inclure ?

Journée d’études du CNAHES le mercredi 21 mai 2014 à Lyon
Lieu : Société d’enseignement professionnel du Rhône (SEPR), 46 rue Professeur Rochaix – 69424 Lyon
Accès : à 3 minutes de Grange blanche, métro ligne D, tram T2, bus (plan d’accès).
De tout temps, ceux que l’on a appelé suivant les époques monstres, infirmes, tarés, déficients, débiles, puis inadaptés, handicapés et aujourd’hui personne en situation de handicap, ont suscité malaises, craintes, peurs diverses. Des « infirmes » aux porteurs de « handicap » en passant par les « inadaptés », comment, en catégorisant toux ceux qui ne pouvaient vivre indépendants pour des raisons physiques, mentales (et aussi sociales), a-t-on éloigné, puis, protégé, assisté, pris en charge, éduqué, accompagné, ces populations fragiles ? Pourquoi et comment les a-t-on nommés et catégorisés ?
Cette journée est organisée par le CNAHES Rhône-Alpes. Site Internet : http://cnahes.medicosocial-ra.fr/.
C’est un thème qui m’intéresse énormément et heureusement, je peux y aller avec le soutien de l’assoc’ où je suis en en stage!
S’il y a des intéressés, je prévoirai de toute façon de faire une synthèse de la journée!

La transmission dans le social?

Alors, que transmettons-nous dans le social ?

Dans l’accompagnement, nous transmettons quelque chose de nous-même dans notre façon d’agir et d’être avec la personne. Le fait d’être cohérent avec soi-même et avec ses collègues peut transmettre la confiance que nous pouvons établir dans les liens, ainsi que la sécurité de l’environnement où chacun évolue.

Il y a toujours une part de transmission de nos valeurs. Ce n’est pas jamais neutre dans les liens professionnels.

Il me semble que la transmission n’est jamais neutre ni objectif. Objectif, cela devrait l’être dans le cadre professionnel. Enfin, je crois bien.

Nous avons tous un désir de transmettre quelque chose, de donner des crayons de couleurs inconsciemment choisis pour que l’autre à son tour décide de choisir pour grandir, s’épanouir.

Je cherche une autre image en rapport avec une maison que se construit la personne. Les fondations, ce sont ses origines, son vécu, ses blessures du passé, ses exploits. Les murs, ce sont les moyens qu’ils se donnent pour ne pas s’écrouler, pour ne pas baisser le bras. Le toit, c’est le sens de la vie et la sécurité. Alors, nous là-dedans ? C’est lui transmettre des outils pour consolider sa demeure, aménager l’intérieur. C’est témoigner sur ce qui existe dans les environs, c’est l’informer sur quelques méthodes et qu’il peut choisir. Effectivement, tout est à adapter selon les personnes.

On transmet ce que nous avons appris lors de nos études, lors de nos vécus.

Alors, et vous, que transmettez-vous ?

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Pub d’un éduc libéral

Éducateur spécialisé depuis trente-cinq ans, j’ai pratiqué dans divers structures allant des CHRS, des foyers de vies, des CMP, des ITEP, des SESSAD, des CLIS, des SSFIS, des CMPP, des AEMO, des SIAO, des TRUCS.
Je loue mes services de consultant éducatif moyennant finance. Je prône la transparence, pas de secret professionnel pour être plus en vérité sur ce que je fais, sur les dossiers de suivis. Je revendique les jugements pour mieux vous faire grandir dans les relations que vous aurez mal bâties envers vos adolescents, vos enfants qui présentent des troubles psychotiques dans leurs comportements.
Je ne travaille pas en équipe pour mieux cerner les problèmes de manière individuel. Action, réaction, tel est ma devise pour bâtir un projet avec vous.
Mes références sont les émissions : «  C’est mon choix » paru sur France3, « Tellement Vrai » sur NRJ, et bien sur des interviews avec Michel Drucker dans « Vivement Dimanche ».
Je vous déconseille d’aller dans les Maisons des Adolescents qui proposent des prestations gratuites pour vous accompagner. Je suis la solution à vos problèmes.
Merci de me contacter au 00 00 00 00 00 entre 24h et minuit, ou bien entre 12h et midi.
Au plaisir regrettable de travailler avec vous,
André LEMEILLEUR
1968, Boulevard des conneries
00123 TARTEMPION SOUS LUMIÈRE

Les petits bonheurs d’éduc spé ?

Une petite dose de rappel! Quelles sont vos petits bonheurs?

Les risques du métier du travailleur social

Les risques du métier du travailleur social

–        Troubles de cécité, à force d’observer, de jongler entre la nuit et le jour.

–        Troubles de l’audition, à force d’entendre crier à longueurs de journées

–        Troubles du mimétisme, à force de voir tes jeunes ou ceux que tu accompagnes marchant de façon bizarre.

–        Troubles de langage, à force de répéter mille fois les mêmes choses, de modifier tes phrases pour mieux être compris.

–        Troubles schizophréniques si l’on n’est pas cohérent avec soi-même et les autres, et qu’on mène un double-jeu.

–        Troubles de tremblements, à force de boire du café ou de l’alcool pour tenir le coup

–        Hématomes, contusions à gogos pour les coups que tu te prends

–        Tatouages permanents avec les griffes et morsures de tes jeunes autistes ou déficients lourds.

–        Céphalées ou migraines permanentes à cause des réunions à gogo, des promesses non tenus, des paroles en l’air. (Pour les incultes, Céphalées sont des maux de tête).

–        Usure des pieds à force de courir dans tous les sens

–        Taux de cholestérol très élevé à cause du sucre que l’on prend à outrance pour le tenir le coup.

–        Cancer du poumon pour les paquets de cigarettes fumés par toi-même, ou par tes collègues ou dans ton travail.

–        Arthroses pour le nombre de dossiers, de projets que tu as rempli(e).

–        ….

 

Toujours aussi partant ?

(J’entends un grand oui en chœur)

 

( Texte écrit en 2013)

On gueule mais on dort!

On tape du poing sur la table.

On hurle aux loups, on grogne.

On dénonce la déclassification de nos métiers.

On crie à la hausse de la misère sociale.

La gouvernement annonce des immenses coupes budgétaires dans le social, au sein des des associations.

Mais quand on demande des volontaires pour agir, il n’y a plus personne.

D’où vous vient-il cette crainte de s’engager ? Peur de ne pas être reconnu personnellement dans votre engagement ? Peur de ne pas être suivi ?

Peur de se déplacer intérieurement et extérieurement.

Manque de confiance en soi et aux autres ?

Une autre hypothèse me vient. Nous n’osons pas quitter nos conforts de vie pour aller se battre pour ceux qui n’ont rien. Nous ne voulons pas perdre nos acquis sociaux, ni nos maigres privilèges.

S’il suffisait… ( Ah non, pas la rengaine de Céline Dion!)

C’est d’accord pour d’indigner mais il faut aller plus loin, persévérer, encourager ceux qui se démènent.

Même si dans ton coin, tu te sens impuissant, fais au moins un signe, même un timide geste en avant pour nous aider à aller de l’avant.

Même si t’as l’impression que t’en fais trop, ose émettre un son, un mot pour nous accompagner dans la lutte.

Même si les pouvoirs publics ignorent, en partie, nos combats, osons continuer. Il y a des petites victoires qui verront le jour.

Serrons-nous le coude.

Donne-nous une infime partie de ton énergie et cela sera déjà énorme.

Comment faire tourner notre moulin s’il y a peu de vent ou peu d’eau pour l’alimenter ?

Je n’exerce plus mon métier d’éducateur mais cela ne m’empêche pas de continuer à échanger, à provoquer des rencontres, à signer des pétitions, à vous faire réfléchir, à envoyer des lettres aux députés.

 

Je te souhaite d’avoir de l’audace, d’innover, de déployer tes talents que tu ne soupçonnerais pas.

Allez, sois sans crainte ! Je te souhaite d’espérer contre tout espérance, et de puiser des énergies positives auprès de ceux qui te comprendront et marcheront avec toi, et réciproquement.

Une réunion mouvementée

Il est 9h00. L’équipe de 3 éducateurs, de 2 AMP et une psychologue sont réunis dans la salle de réunion. Il ne manque que le chef de service, Danielle.

Danielle arrive en trombe, déposant avec énergie des dossiers sur la table. On a du pain sur la planche, s’exclame-t-elle ! Les autres en bouffent sans arrêt des remontrances de Danielle. Elle reprend chaque point et voudrait avoir quelques explications.  Lisa, une des éducatrices, soupire. Elle est arrivée depuis 5 mois et n’arrive pas à prendre sa place. Ses deux collègues éducs, Eric et Martin imposent sans cesse leurs idées. Lisa encaisse et suit les directives. Enfin, elle essaye. Une colère monte en elle ainsi que des larmes. Refoulements. Retenue. Geneviève, la psy, voit bien les tensions mais l’équipe ne veut entendre que ses avis sur les enfants, et rien d’autre.  Une des AMP, Lydia essaye de mettre de la bonne ambiance, de mettre de l’humour mais Martin la remet à sa place. La deuxième AMP, Sarah, reste en retrait. Tout lui passe au-dessus. Elle s’en fout complètement. Ce qui lui importe, c’est d’être avec les jeunes, et de faire des activités toute seule avec eux. L’équipe, elle n’en a rien à foutre. Parfois, elle se réveille à la fin de la réunion et pose une question sur un sujet déjà abordée très amplement. Cela a le don d’agacer au plus profond le reste de l’équipe. Mais personne ne dit rien. On doit éviter les conflits.

Regards fuyants. Des paroles qui fusent ou un discours trop mielleux. Un petit sourire moqueur. Des réactions primaires pour un rien. Danielle demande à chacun de faire un effort et de s’écouter. Eric rétorque que ça doit être réciproque. Clara, dans ses pensées, rigole à propos du film d’hier. Eric agresse verbalement Clara : «  Tu me prends pour un con ? ». Geneviève se lève pour rétablir le calme. Mais Martin lui recommande de s’écraser et de laisser Clara s’expliquer. Clara s’explique mais son agresseur le traite de menteuse. Une baffe claque. Clara quitte la salle furibarde. Lydia est abasourdie : «  Vous êtes sérieux là ? C’est quoi ce délire ? On ne pourrait pas s’écouter, s’entendre autrement ? ».

Elle aperçoit le regard de Martin de manière étrange. Elle n’est pas à l’aise. Grand silence.  Lisa s’étouffe au fond d’elle-même. Elle veut exploser mais non, restons professionnelle. Sarah annonce qu’elle va rejoindre Clara.

Danielle croise le regard de Geneviève. Cette dernière se penche vers elle : «  Tu es dans la merde. Assume tes responsabilités. Nous ne pouvons pas continuer à travailler comme ça ».  Martin, l’ayant entendu, murmure : «  ça c’est sûr. Puis nos jeunes le sentent bien. Ils mettent la pagaille à chaque repas depuis quelques temps. C’est depuis que Lisa est là que c’est le bordel ». Alors là, Cette dernière réagit : «  Non, mais ça va pas. ». Elle se voyait lui foutre un coup de massue sur son crâne, depuis le temps qu’elle rêvait.

La réunion devient un pugilat sans nom. Personne ne s’écoute. Danielle demande à Geneviève et Lisa de sortir un instant. Quelques temps après, du couloir, c’est des engueulades qui fusent. Larmes de Lisa dans les bras de la psy. Tourbillon de colère et de tristesse.

Et pourquoi ça se terminerait bien ? J’imagine que Lisa démissionne pour ne plus vivre un enfer psychologique. Elle l’aurait décidé après avoir pris le temps de la réflexion, et après avoir trouvé un autre poste. Geneviève aurait aussi présenté sa démission voyant l’obstination des éducs. Clara ? Elle se réfugie dans ses activités poussant à bout Danielle, qui la vira pour insuffisance professionnelle. Et les autres ?  A vous d’imaginer.

 

 

Démission d’une mère?

Penchée à la fenêtre, elle voit ses fils errer dans la rue.

Derrière elle,  son dernier de 3 ans regarder la télévision, presque endormi.

Il est 21 heures. Son mari traine encore dans un bar du coin.

Mécaniquement, elle s’en va à la cuisine pour ranger, faire la vaisselle.

Elle n’oublie pas de mettre une assiette pleine pour son mari nocturne.

Surtout ne pas oublier. Elle respire pour oublier ses bleus au dos.

Dehors, on ne remarque rien sur ce qu’elle vit. Elle est voilée.

C’est sa protection envers sa vie intime.

Une barrière contre les regards insistants des barbus.

Elle aperçoit sur la table des liasses de factures impayées.

Son mari est au chômage. Les gens ne veulent pas d’un bronzé.

Puis il a un visage qui fait peur, avec une grande barbe.

Parfois elle emmène un de ses fils chez l’orthophoniste.

A quoi bon puisqu’il est en échec scolaire ? Un bon à rien.

Personne ne l’écoute. A part ses copines à propos du pays.

Elle ne sort pas souvent pour éviter les humiliations.

Honte de ne pas se faire comprendre. Honte de ne pas comprendre.

Des enfants ? Elle en a six dont les deux ainés tournent mal.

Elle essaie de les raisonner mais son mari les encourage

Pour se venger contre la société qui ne veut pas de lui.

Et si son mari la surprend en train de raisonner les enfants.

Elle reçoit des marrons, bien chauds et soyeux. Pas de traces.

Pas assez mal pour aller à l’hôpital. Elle voudrait bien

Mais sa religion l’interdit. Elle se sent prisonnière.

Comment être regardé autrement ? Comment s’exprimer

Sans se faire passer par une menteuse ? Elle doit mentir hélas

Pour ne pas se faire exclure de la famille et être à la rue.

Engrenage. Perdue. Elle entend qu’elle serait une mère qui démissionne.

Une démission forcée oui ! Quand l’entourage ne donne pas les outils appropriés,

Comment agir en toute conscience et liberté ? Un  va et vient de pensées «  interdites ».

 

Comment construire des ponts entre les différentes cultures, les différentes modes de vie ?

Comment donner la possibilité aux parents, aux mères, aux pères d’être reconnu par ce qu’ils sont.

Je souhaite un bon courage à tous les travailleurs sociaux qui accompagnent ces personnes-là se trouvant dans des situations très complexes. 

Je ne doute pas que mon histoire peut faire rebondir mais elle peut être hélas vraie. Je me suis inspiré d’un livre : «  J’ai enlevé le voile, au péril de ma vie », et à partir de témoignages d’orthophonistes qui travaillent auprès des personnes en précarité sociale.

 

 

 

Andrei le jeune accordéoniste

Andreï monte dans le métro bondé avec son accordéon.

Son copain Nelu le suit avec un gobelet à la main.

A peine quelques regards se posent sur eux.

Andreï commence à jouer et Nelu entonne un chant.

Une belle musique tzigane embaume les voyageurs.

Certains en ont le frisson, d’autres sont excédés.

Andreï fait corps avec son instrument pour oublier sa faim.

Le chanteur parcourt à travers la rame en chantant.

Il montre son gobelet vide, bien usé, couleur marron.

Arrivé à une station, une certaine danse des voyageurs

Se met en mouvement. Des nouveaux visages pour un centime.

Les deux amis entonnent plus fort leur chant de tous les jours.

A deux stations plus loin, ils descendent sur le quai.

Ils ont eu une maigre récolte : 1 euro 25 centimes.

Ils se font rabrouer par un agent du métro.

Ils sortent à l’air libre en courant, en riant.

Puis partent vers leur campement en jubilant.

Ils retrouvent leur mère dans leur caravane bien rangée.

Un travailleur social passe dans les ruelles jonchées de lino.

Il aperçoit les jeunes et entame la discussion avec eux.

Certains veulent s’en sortir mais ne trouvent que méfiance.

D’autres savourent de braver les interdits, de défier la loi.

Andreï a rejoint sa grand-mère malade et lui joue un morceau

Dans la pénombre d’une cabane aux couleurs vives.

Peut-être qu’un jour Andrei deviendra célèbre et ira à l’Olympia.