Immobilisé
J’ai été contenu pendant quatre heures le temps de vérifier si tout allait bien après une sortie de piste en luge sportive.
Le regard vers le ciel, je ne pouvais pas voir ce que faisaient les secouristes. cela était très frustrant.
Minerve et tapis flottant qui s’est durcit pour m’envelopper sans que je puisses bouger.
La tête vers le bas, on me descendait en luge pour qu’un ambulance puisse me récupérer. Expérience surprenant.
Immobilisé.
Je me rendais à quel point j’avais plus besoin de repères, d’informations comme pour ceux qui sont alités, assistés.
C’est un temps d’épreuve et d’acceptation de se laisser manipulé, de se laisser accompagné.
Immobilisé pour un petit temps.
J’ai pu mesurer l’importance de mieux prendre soin de ceux qui sont à longueurs de journée réduits dans leurs mouvements.
J’ai eu de grands pensées pour Alexandre et d’autres personnes accidentés ou touchés par la maladie.
Le temps ne m’a pas paru long car je me suis senti en sécurité par le personnel de soins, et ça c’est une chance que je souhaite pour tout le monde.
Maintenant, je peux bouger plus librement en savourant le plaisir de faire des gestes du quotidien, de pouvoir regarder autour de soi.
J’ai aussi retenu et qui était vraiment agréable, c’était ma liberté de penser, d’imaginer, de rationaliser sur ma situation sans pouvoir librement bouger.
Donnons à penser, à faire rêver aux personnes qui sont plus ou moins immobiles, quand leurs douleurs physiques ne les anesthésient pas trop.
Se donner?
Comment se donner si l’on s’épuise à donner sans rien recevoir en retour?
Comment se donner quand on a rien dans le coeur ni dans l’âme?
Comment se donner gratuitement sans rien attendre alors que dans tout don, il y a tout un système d’échange de n’importe quel nature?
Peut-on donner gratuitement?
Pour ma part, je dirai que le don est une question de relation et de sensibilisation face à une personne, à une situation.
Le don est une question de liberté extérieur et/ou intérieur.
Le don est un choix, une ligne de vie qui permet une harmonie dans ses valeurs.
Il y a tout un équilibre à trouver dans le don comme se donner soi-même.
Se donner soi-même mais pas en s’oubliant.
Il y a tout un système de vases communicants, des fenêtres ouvertes par endroits, des miroirs qui reflètent des lumières, des couleurs.
Pour reprendre l’idée notre être est une maison, se donner, c’est partir de chez soi en prenant le soin que sa maison est rangé, fermé au cas où il y aurait des tempêtes. C’est s’arranger de pouvoir revenir chez soi quand la mission est fini.
Dans tout don, il y a forcément une nécessité de de recentrer, de se préserver pour mieux se donner, pour mieux accueillir l’autre.
Il y aurait encore pleines de choses à dire sur le don.
Choisir
‘ai choisi de me lancer dans un projet.
J’ai choisi de risquer et de faire un saut dans l’inconnu pour faire des expériences enrichissantes, sportives et humaines.
J’ai choisi parce que d’autres l’ont fait avant moi et certains m’ont encouragé, inspiré, motivé.
J’ai choisi mais je n’étais pas seul face à une décision importante.
Le discernement d’un choix prend du temps, se mûrit.
Choisir, c’est poser un acte pour affirmer son identité et marquer ses repères.
J’ai choisi pour aller de l’avant, pour me battre pour des jours épanouissantes à vivre avec de l’entrainement, des débriefing, des échanges amicaux et fraternelles.
J’ai pris une décision pour marquer le pas, pour faire le premier pas qui en appelle pleins d’autres.
Mais face aux choix, il ne faut jamais rester seul. Il l’alimenter par la parole, par des actes.
Les plus petits choix sont tout aussi importants que les autres choix.
Maintenant, je m’y lance et rien ne m’arrêtera.
Tout dans le réalisme et la tempérance, la motivation et l’énergie.
Elle s’appelle…
Elle s’appelle Soreyna.
Petite adolescente manouche qui mendiait sur un parking d’un supermarché.
Elle a un visage balafré avec un sourire qui peut désarmer les coeurs endurcis.
Si on prend le temps, avec sa petite voix, elle peut vous confier sa petite vie de nomade.
Elle est dans la ville depuis un an et demi et vit avec sa famille dans un campement.
Si vous connaissez le lieu de son campement, elle sera ravie. Elle se sentira reconnue.
Si un jour, vous la croisez, n’hésitez pas à lui laisser un sourire ou bien à lui adresser quelques mots.
Elle s’appelle Feyza.
Jeune femme voilé aux yeux bleus qui prenait le bus tous les jours.
Elle ne se laisse pas faire par les machos qui font frotti-frotta. Ils en eu pour leurs comptes.
Elle ne rêve qu’une chose: Que les femmes soient considérés comme des sujets à part entières et non des objets.
Les hommes! Si vous la croisez, méfiez-vous de vos instincts primaires.
Elle vaut la peine d’être rencontré, respecté tout simplement.
Elle a besoin comme pour toutes les femmes de se sentir en sécurité.
Prenons-soin d’elle.
Prenons soin de vous.
Prenons soin de nous.
Texte écrit suite à une rencontre et au visionnage du film égyptien: Femmes du bus 678
Le temps du silence intérieur
Le blues du chomeur
Sans boulot, lors d’une journée grise quand il n’a pas de rendez-vous, la solitude le pèse comme les angoisses qui le paralysent.
C’est une journée sans où il tourne en rond. Il n’arrive à rien faire car aucune motivation.
Les émotions lui prennent trop de place et doit respirer fortement pour récupérer de l’air.
Est-ce les gens peuvent le comprendre, l’entendre s’ils n’ont jamais vécu cette situation?
Tous ses amis bossent sauf lui.
Il fait froid dehors et veut rester au chaud.
Mais la chaleur humaine lui manque mais à petites doses, car se retrouver dans une grande foule, il aurait une crise de panique.
Il a honte des ses larmes. Il a honte de ses troubles qui l’empêchent d’être bien.
Il voudrait bien téléphoner à quelqu’un mais qui?
Il voudrait bien lire mais quoi?
Il voudrait regarder un film mais lequel?
Il voudrait bien dormir mais comment?
Il voudrait bien manger mais pourquoi?
Sans boulot, lors d’une journée grise et froide, sans lumière dans l’appartement, il erre telle une mouche ayant perdu ses ailes.
C’est une journée sans.
Le lendemain est un jour et pourtant, il s’inquiète.
C’est ainsi qu’un jour, on lui téléphone.
Il commence à vivre.
Il a un nouveau travail. Temporaire certes mais un travail où il peut se sentir utile.
Le chanteur en choeur
Avec une respiration profonde et pieds calés au sol, il entonne un chant qui vibre dans ses fosses nasales.
Il forme un O avec sa bouche, le son sort pour embraser les oreilles qui l’écoute.
Son torse devient une caisse de résonance qui fait trésaillir le plancher.
Sa voix le fait frissonner de plaisir.
Le chant lui fait recentrer sur lui-même.
C’est pour lui une bouteille d’oxygène.
La mélodie jaillit de son sourire dans le ventre. Un rythme le berce comme il berce le public.
Un orchestre l’accompagne mais sa voix est un instrument unique, magique.
Concentré, il suit le tempo sans bémol.
Au moment opportun, il gonfle son ventre pour mettre sa voix haut perché, en prenant soin de sa gorge.
Silence.
Il éteint la radio et regarde les portraits de ses ancêtres.
On dirait qu’il sont ravis et veulent applaudir.
L’homme s’est apaisé grâce à son solo.
La chant l’a aidé à se poser, à prendre conscience de son corps.
Un vrai plaisir quand tout est dans la justesse.
Chanter peut aider à exprimer sur ce qu’on arriverait pas à dire.
Chanter, c’est se dépasser.
L’artiste
Début de sénilité
Elle perd la tête.
D’un seul regard, elle cherche son sac alors accroché à son bras.
Elle rumine ses pensées songeant à un homme lui ayant surement volé son collier.
Elle écrit moult courriers au voisin du palier pour réclamer son vase alors que ce dernier s’était cassé il y a un mois.
Elle perd la tête.
Dans ses moments de lucidité, elle raconte ses souvenirs de battante ouvrière à son pharmacien ou à son boucher.
Elle parcourt ses vieilles photos en noirs et blancs. Elle se voit jeune, fine et éclatante de beauté.
Elle perd la tête.
Elle mélange ses rêves et la réalité.
Elle parle toujours à son mari alors décédé depuis huit ans. Son mari cheminot en train de patienter à ses cotés en attendant qu’elle le rejoigne au ciel.
Elle tricote son monde, son univers avec ses machinations, complots et supercheries.
Sa force paisible qui faisait sa renommée ne peut plus faire face à ses colères, ses peurs, ses joies.
Elle ne contient plus rien. Tout se dilate.
Elle perd la tete.
Qui l’accompagnera jusqu’au bout?
Et quand je deviendrai une vieille pimbêche qui radote, qui m’accompagnera jusqu’au bout?
Moment de détente
Un petit moment de détente pour vous murmurer des calembours ou vous déclamer des blagues à deux balles ou à deux cents balles. Frapper sur des mots dénués de sens hors de son contexte ou les amortir pour les peser, soupeser.
Des pléonasmes, des oxymores, des palindromes, des litotes pour alléger l’atmosphère, assouplir les muscles zygomatiques.
Je pourrai vous chambrer, vous taquiner, vous titiller pour rire, s’esclaffer en bon joueur.
Croisons nos regards et faire des petits sourires et nous nous comprenons au moindre souffle, au moindre allusion. L’hilarité vient et on s’emballe en gesticulant, en prenant de la voix en trouvant une voie d’un bonheur à partager.
Quelle volupté de pouvoir se comprendre.
Quel régal de pouvoir rire de nos étourderies, de nos erreurs de langages, de nos bourdes quotidiennes.
Rien nous empêche de jongler entre les moments d’excitation et les moments où l’on se partage de plus essentiel, de ce que nous vivons avec nos joies et nos peines.
Et nous faisons du coq à l’âne et même jusqu’à la mère vache sans dénigrer nos échanges profondes.
Quand la tourmente des jours vous prend, n’hésitez surtout pas à vous entourer d’amis pour vous changer d’idées, aérer votre tête.