Réver

Je voudrais rêver.
Je marcherais vers un sommet.
Je gravirais un pic pour me hisser vers le ciel.
Mes bras deviendraient des ailes.
Je me lancerais dans le vide pour m’envoler.
Je survolerais les zones de conflits, de tensions
Pour semer des pains de dialogue, d’écoute.
J’illuminerais de mes yeux des cœurs aveuglés par la haine.
Je plongerais dans les océans d’amertume, de haine
Et faire fondre mes graines de reconnaissance et de compréhension.
J’aimerai rêver aux rapprochements des peuples, aux liens fraternels entre les différences.
Un peu de légèreté, de simplicité dans des climats de défiance, d’humiliation.
Je rêverai de faire refleurir des contrées saccagés par la guerre du pouvoir, de l’argent, et de faire germer la solidarité.
Laissez-moi rêver mais il me faut revenir dans la réalité.
A partir de mes désirs, de mes envies, qu’est ce que je peux faire à mon échelle pour plus d’humanité, que personne soit mise de coté ?
N’ayons pas peur de rêver pour continuer à espérer et avoir confiance.

La peur de l’autre

J’ai peur.
Peur de ces montées de violences, de colères, d’échanges de cris et d’insultes.
J’ai peur que les amalgames, les préjugés, les ignorances et surtout les raccourcis embrouillent les gens.
J’ai peur. J’ai la trouille.
Et pourtant, je ne veux pas me braquer sur ce ressenti. Alors, je m’informe. Je prends divers sources d’informations. J’essaie de mieux comprendre pourquoi il y a ce déchaînement d’agressivité, d’incitation à la vérité, à la révolte de tous bords.
Je commence à généraliser. Mauvais point.
Ras le bol des malentendus, des idées préconçues.
Où est donc la vérité ? Quels sont les vérités ?
Je ne veux pas que les gens se montent les uns contre les autres.
Je veux comprendre chacun qui se sent rejeté, pas entendu dans sa colère.
J’entends ceux qui se sentent humiliés dans leur propre identité.
J’entends ceux qui ne se sentent pas reconnus dans sa différence.
Quel homme ou femme politique se lèvera pour comprendre et écouter, écouter seulement sans juger les frustrations, les colères ?
Qui se mettra debout pour s’assurer que personne ne sera mis de coté.
Je connais des amis, des personnes de tous bords qui ont un regard juste sur la société. Je connais la misère, le rejet, la précarité de par mon métier et mon entourage. Je suis reconnu dans ce que je suis, dans ce que je vis, et grâce à cela une confiance s’installe. Mes peurs s’apaisent grâce aux liens qui se tissent, s’entretiennent car nous écoutons, nous nous comprenons dans un respect réciproque. Ma confiance grandit car je me sens reconnu, écouté, entendu et que je pose des actes, des paroles, qui confirment ce que je veux vivre.
De par cette expérience de fraternité, d’apaisement de mes peurs et colères, je ne peux que croire et espérer que l’ambiance de peur s’estompe un jour. Malgré certains médias et des groupuscules intégristes qui alimentent la violence psychologique, j’ai confiance sur une issue heureuse. Laquelle, je ne sais pas. Je garde espoir et je choisis l’espérance en chacun malgré ses zones d’ombre.
Je suis sûr que nous pouvons nous entendre sur certains points. Il faut nous retrouver tout d’abord dans le dialogue jusqu’au bout. Je crois en tout homme et je voudrais espérer que nous rabaissions plus l’autre à cause de ses différences. Nous avons tous des limites ; Sachons les reconnaître, les accepter pour voir en l’autre une force.
Laissez-moi ce rêve de voir un jour, des hommes politiques ou pas travailler pour l’humain sans être dans l’emprise de l’argent et du pouvoir.
Rêver de la paix, du dialogue n’est pas utopique car elle peut se réaliser. Les rêves sont appelés à devenir des réalités si nous y croyons et qui sert la liberté, la dignité, le respect de chaque être humain. Laissez moi rêver qu’un jour les différences de par la religion, le sexe, les origines, les handicaps puissent devenir une force d’unité et de vivre ensemble.
Osons partager nos appels à rêver d’une humanité grandissante au sein de notre pays, à revenir à l’essentiel de ce qui fait nos vies et de ce pourquoi on vit.
Reprenons confiance avec amour et raison, en toute conscience et soucieux du bien-être de l’autre.
Osons être simple et à l’écoute pour grandir avec nos fragilités et nos forces.
Osons rêver que nous acceptions l’autre sans entrer dans la dérision, dans la provocation. Choisissons de construire des ponts, des liens pour que nous arrivions enfin à nous comprendre.
Je voulais vous partager ma confiance en chacun de vous et je peux vous avouer que cela m’a pris du temps et que c’est bien normal avec mes peurs sur ce que je connaissais pas.
N’ayez pas peur. Prenez confiance. J’y ai goûté. C’est tellement bon. Venez, vivez et vous ne serez pas déçu.

De l’éducation

Je peux imaginer la détresse des parents
Par mes expériences d’éducateur, d’amis face aux enfants qui débordent du cadre, qui poussent les limites. 
L’enfant est notre miroir. Il reflète notre impuissance et on projette sur lui nos frustrations, nos vécus d’enfance à une certaine époque. 
…. J’en plus plus de mon gamin. Je ne sais plus quoi faire. Je suis fatigué. Je suis à bout. J’ai envie de le frapper. De le balancer par la fenêtre. Je me sens indigne d’être une mère. Je ne sais pas…. Je lui fais des choses que je ne voudrais pas… 
… Je ne comprends plus mon enfant. C’est un diable. Il fait des bêtises sans cesse. Et son père qui l’excite sans arrêt et qui l’engueule par la suite….
C’est dur, je sais, de tenir avec ses exigences qui nous semblent justes pour permettre à l’enfant de grandir avec des repères. De se mettre à son niveau et de ne pas le mettre à notre niveau de pensée d’adulte. 
L’éducation est de plus en plus dur face à une société qui explose les repères, qui les multiplie. Y a tellement de choix, tellement d’idéologies, tellement de technologie.
Comment tenir ses convictions face aux attaques incessantes des médias, des publicités, des regards de la société qui qui imposer une autre style de pensée.
Élever des enfants, c’est tout un art, un travail même qui peut procurer du plaisir et des galères au long cours.
Une vie qui en vaut la peine si les parents ne sont pas seuls, s’ils sont soutenus, écoutés dans leurs joies et leurs souffrances.
C’est humain de de ne pas être des parents parfaits. C’est humain de ne pas pouvoir être au taquet chaque jour. Le couple doit d’abord se solidifier, communiquer pour ensuite solidifier leur famille. 
Courage Parents démunis, mères débordées, vous n’êtes pas seuls.

Le plaisir au delà des douleurs

Souffler, prendre du plaisir malgré les douleurs.
Respirer, sourire malgré la souffrance.
Hier soir, j’ai eu une grande joie d’être allé à mon atelier théâtre. 
Avec l’humour de mes partenaires, je me suis détendu comme mes tensions musculaires se sont estompés.
Puis dans les improvisations, j’ai pu jouer, vivre l’instant en surpassant mon handicap. Un pur régal. 
Quand je me surprends à m’émerveiller du beau temps, de la douceur en lisant un bouquin au soleil, je savoure.
Quelle plénitude de se laisser cueillir par la joie d’aller au délà de son mal-être. 
Ma minerve est une armure et mes béquilles sont des armes contre les imbéciles qui tenteraient de piquer ma place dans le bus. Mon boitement est un déguisement pour courser plus rapidement les tortues qui s’échappent du zoo. Ouh là, je m’égare. 
Bref, s’adonner à une activité où l’on s’épanouit permet d’apaiser les douleurs, de les diminuer pendant un temps. Cela fait partie de prendre soin. 
Quand j’atteins ce bien-être, quel régal. Je peux être disponible attentif à l’autre. Rire, écouter, humouriser.
Venez, bande d’éclopés et échangeons nos passions, nos rêves, nous souhaits, nos envies.

De l’agressivité

Y a de l’agressivité dans l’air.
Au moindre contact, une dame d’origine africaine s’enflamme et traite de « Vieux Con » un maghrébin âgé.
Des regards s’évitent, des visages se crispent. 
Du stress se communique. Une tension est palpable chez les voyageurs.
Ambiance morose dans le tram comme dans le métro.
Malgré le beau temps, les visages sont tirés vers le bas.
Une certaine méfiance se diffuse.
Vite, une perfusion de sourire. Un peu de couleurs et de musique pour éviter l’explosion.
Vite, De l’oxygène aux odeurs agréables, de l’air pur car en ces jours, une chape de pollution envahit la ville.
Vite, respirons, gonflons nos poitrines malgré les douleurs, les tracas.
Vite, des mots agréables comme « merci », » bonne journée »!
Ne laissons pas trop les ombres envahir notre quotidien. 
Laissons-nous émerveiller un petit instant par le beau!
Mémé une seconde de plaisir peut nous faire avancer, nous encourager.

Le monde des odeurs

Le monde des odeurs m’est inconnu.
C’est un pan de l’environnement qui m’échappe. 
Comment savoir si ça brûle dans la cuisine? 
Comment savoir si les vêtements sentent mauvais?
Comment déceler la présence de gaz?
Je peux capter certaines informations par le visuel, par expérience. Dans mon enfance, j’ai réagi par mimétisme quand une personne se bouchait le nez quand on voyait une crotte de chien tout chaud. Ou bien quand ma mère me montrait une fleur, me disant avec un grand sourire: « Sens cette odeur agréable ». Je ne pouvais que faire exprès d’humer et dire « mmmmh ». 
 » Comme ça sent bon dans la cuisine! » Combien de fois ais-je dis cette phrase pour faire plaisir au cuisinier. Il y avait quand même une forte probabilité que ça sente bon. 
Je pouvais deviner les odeurs par les couleurs, par la présence de fumée, par la texture des objets. 
Je me souviens, en lycée, lors d’une étude, j’entendis un ploc et tous mes voisins faisaient  » baaaah ». J’aperçus près de mon sac une tache jaunâtre et compris que c’était une boule puante. Je pris un air de dégoût pour ne pas me faire passer pour un plouc. 
Il parait que le gout se joue avec 80% d’odorat. Je confirme car je ne peux pas savourer certains mets. Avec mes papilles, je ne peux que saisir la subtilité entre l’amer, l’acide, la salé et le sucré. C’est pour cela que l’esthétique d’un plat est très important pour moi. 
En fait, l’esthétique est pour moi très important, entre autres, car cela démontre que c’est propre, que ça sent bon etc…
Je n’ai jamais connu l’odorat et je n’ai compris que je n’en ai jamais eu à l’âge de 14 ans. Comme quoi, il n’est jamais trop tard pour apprendre une partie de soi.

Immobilisé

Immobilisé
J’ai été contenu pendant quatre heures le temps de vérifier si tout allait bien après une sortie de piste en luge sportive.
Le regard vers le ciel, je ne pouvais pas voir ce que faisaient les secouristes. cela était très frustrant.
Minerve et tapis flottant qui s’est durcit pour m’envelopper sans que je puisses bouger.
La tête vers le bas, on me descendait en luge pour qu’un ambulance puisse me récupérer. Expérience surprenant.
Immobilisé.
Je me rendais à quel point j’avais plus besoin de repères, d’informations comme pour ceux qui sont alités, assistés. 
C’est un temps d’épreuve et d’acceptation de se laisser manipulé, de se laisser accompagné. 
Immobilisé pour un petit temps.
J’ai pu mesurer l’importance de mieux prendre soin de ceux qui sont à longueurs de journée réduits dans leurs mouvements. 
J’ai eu de grands pensées pour Alexandre et d’autres personnes accidentés ou touchés par la maladie. 
Le temps ne m’a pas paru long car je me suis senti en sécurité par le personnel de soins, et ça c’est une chance que je souhaite pour tout le monde.
Maintenant, je peux bouger plus librement en savourant le plaisir de faire des gestes du quotidien, de pouvoir regarder autour de soi.
J’ai aussi retenu et qui était vraiment agréable, c’était ma liberté de penser, d’imaginer, de rationaliser sur ma situation sans pouvoir librement bouger.
Donnons à penser, à faire rêver aux personnes qui sont plus ou moins immobiles, quand leurs douleurs physiques ne les anesthésient pas trop.

Se donner?

Comment se donner si l’on s’épuise à donner sans rien recevoir en retour?
Comment se donner quand on a rien dans le coeur ni dans l’âme?
Comment se donner gratuitement sans rien attendre alors que dans tout don, il y a tout un système d’échange de n’importe quel nature?
Peut-on donner gratuitement?
Pour ma part, je dirai que le don est une question de relation et de sensibilisation face à une personne, à une situation.
Le don est une question de liberté extérieur et/ou intérieur. 
Le don est un choix, une ligne de vie qui permet une harmonie dans ses valeurs.
Il y a tout un équilibre à trouver dans le don comme se donner soi-même.
Se donner soi-même mais pas en s’oubliant. 
Il y a tout un système de vases communicants, des fenêtres ouvertes par endroits, des miroirs qui reflètent des lumières, des couleurs.
Pour reprendre l’idée notre être est une maison, se donner, c’est partir de chez soi en prenant le soin que sa maison est rangé, fermé au cas où il y aurait des tempêtes. C’est s’arranger de pouvoir revenir chez soi quand la mission est fini. 
Dans tout don, il y a forcément une nécessité de de recentrer, de se préserver pour mieux se donner, pour mieux accueillir l’autre. 
Il y aurait encore pleines de choses à dire sur le don.

Choisir

‘ai choisi de me lancer dans un projet.
J’ai choisi de risquer et de faire un saut dans l’inconnu pour faire des expériences enrichissantes, sportives et humaines.
J’ai choisi parce que d’autres l’ont fait avant moi et certains m’ont encouragé, inspiré, motivé.
J’ai choisi mais je n’étais pas seul face à une décision importante.
Le discernement d’un choix prend du temps, se mûrit. 
Choisir, c’est poser un acte pour affirmer son identité et marquer ses repères. 
J’ai choisi pour aller de l’avant, pour me battre pour des jours épanouissantes à vivre avec de l’entrainement, des débriefing, des échanges amicaux et fraternelles.
J’ai pris une décision pour marquer le pas, pour faire le premier pas qui en appelle pleins d’autres.
Mais face aux choix, il ne faut jamais rester seul. Il l’alimenter par la parole, par des actes. 
Les plus petits choix sont tout aussi importants que les autres choix. 
Maintenant, je m’y lance et rien ne m’arrêtera.
Tout dans le réalisme et la tempérance, la motivation et l’énergie.

Elle s’appelle…

Elle s’appelle Soreyna.
Petite adolescente manouche qui mendiait sur un parking d’un supermarché.
Elle a un visage balafré avec un sourire qui peut désarmer les coeurs endurcis.
Si on prend le temps, avec sa petite voix, elle peut vous confier sa petite vie de nomade.
Elle est dans la ville depuis un an et demi et vit avec sa famille dans un campement.
Si vous connaissez le lieu de son campement, elle sera ravie. Elle se sentira reconnue. 
Si un jour, vous la croisez, n’hésitez pas à lui laisser un sourire ou bien à lui adresser quelques mots. 

Elle s’appelle Feyza.
Jeune femme voilé aux yeux bleus qui prenait le bus tous les jours.
Elle ne se laisse pas faire par les machos qui font frotti-frotta. Ils en eu pour leurs comptes.
Elle ne rêve qu’une chose: Que les femmes soient considérés comme des sujets à part entières et non des objets. 
Les hommes! Si vous la croisez, méfiez-vous de vos instincts primaires. 
Elle vaut la peine d’être rencontré, respecté tout simplement. 
Elle a besoin comme pour toutes les femmes de se sentir en sécurité.

Prenons-soin d’elle.
Prenons soin de vous.
Prenons soin de nous. 

Texte écrit suite à une rencontre et au visionnage du film égyptien: Femmes du bus 678