Penser autrement ?

Rien  que de lire l’actualité, les commentaires, m’informer sur ce que décide le gouvernement, j’ai l’impression que nous ne pouvons pas penser autrement, sous peine d’être taxés d’intégristes, de rétrogrades, d’être mis à la marge. N’y a-t-il pas une juste mesure à trouver pour que chacun puisse agir selon sa conscience, selon ses valeurs ?


      Je voudrais dénoncer le gouvernement de vouloir imposer sa doctrine qui est celle de mettre tout à égalité aux niveaux des droits, de niveler les différences. Est-ce un crime de prendre du recul sur une décision importante tel que l’avortement. Ce que je comprends, c’est que l’avortement est banalisé comme si c’était un acte médical tout simple pour enlever un parasite du corps de la femme. J’entends très bien les femmes le désir d’avoir un bébé quand elles veulent. Ne faudrait-il pas se responsabiliser en amont avec les histoires de contraception, de responsabiliser aussi l’homme ? C’est vrai que je suis mal placé pour en parler mais cela me met en colère que de savoir qu’il y a des femmes qui avortent facilement alors que d’autres femmes galèrent pour avoir un bébé. Où est-elle l’égalité ? Où est l’égalité avec l’homme en permettant un avortement banalisé ?

          Puis-je penser autrement ? Penser que nous pouvons agir d’une autre manière pour réduire les inégalités, surtout les inégalités entre les riches et les pauvres. Facile de s’occuper de minimiser les différences entre l’homme et la femme. Les effets sont plus visibles et rapides.

         En fait, je suis fier de penser autrement, de ne pas être dans la norme. C’est ce qui me distingue. Se détacher de la norme ne veut pas forcément dire refuser complètement le courant et défier la Loi. Il est facile d’être un mouton face à la surenchère de la consommation et aux violences verbales racistes et antisémites. Facile d’être dans la provocation. C’est fuir la réalité et de ne pas oser être vraiment soi, de ne pas oser canaliser ses pulsions sous peur d’être traité de marginale.  

Pourrais-je utiliser une métaphore par rapport à l’action du gouvernement ? Il essaie de panser des petites piqûres aux genoux de Marianne alors que des plaies béantes s’infectent au cœur et au cerveau.


En écrivant ce billet d’humeur, je repense à la chanson de Brassens : «  La mauvaise réputation ». Elle est toujours d’actualité.

Pourquoi pas être à l’écart ?

Mais pitié pas au placard.

Etre à l’écart ? Cela peut nous aider à prendre de la distance face aux discours, de pouvoir mettre du sens et se forger des idées qui nous semblent le juste possible.

Je souhaite à chacun d’être cohérent avec ses pensées, ses valeurs et ses actes. Puis un bon courage si certains d’entre-vous ont l’impression d’être dans les marges. En fait ? Dans les marges, nous pouvons avoir une meilleure vue sur le monde qu’en plein milieu de la foule qui s’agite.

Nous pouvons penser autrement et de ne pas mettre à l’index ceux qui pensent le contraire.

 

 

 

L’engagement dans le social?

A quoi tient l’engagement dans le social ?

En qui tient mon engagement dans le travail ou bien quand je suis bénévole ?

En quoi je m’engage et qui me fait tenir vers l’avant ?

Ce ne sont pas mes désirs qui m’entraînent hors de mes entraves pour une longue durée. Les désirs ont une courte espérance de vie. La motivation ? Elle oscille selon nos humeurs, selon les aléas de la vie quotidienne.

De nos jours, nous sommes dans l’immédiat des résultats, dans une volonté de maîtriser ce que nous allons semer et récolter. Et pourtant, dans le social, c’est semer en croyant à ce que l’on fait et les fruits porteront bien plus tard et ce qui génèrent beaucoup de frustrations, ce qui freinent l’enthousiasme des premiers pas dans le travail ou dans le bénévolat.

Avons-nous peur de nos valeurs et de se laisser déconcerter par ceux qui pensent autrement ?

Comment tenir l’engagement quand ceux qui débutent leur métier par des séries de remplacements, de petits CDD ? Comment peuvent-ils se sentir en sécurité et croire en ce qu’ils font ? Ils ne verront jamais les fruits de leurs labeurs. C’est un combat permanent pour se motiver, pour construire son identité professionnelle.

Au de la crise économique et des choix de la politique sociale, il y a de quoi être désœuvré.

Certains ne s’engagent pas car ils sont seuls, ont l’impression qu’ils ne peuvent rien faire.

A quoi tient l’engagement ? Je dirai le courage d’être, de faire route avec d’autres personnes avec qui on partage les mêmes valeurs, ou avec qui on peut confronter nos idées, construire.

C’est vrai qu’il est difficile de tenir le rythme dans notre engagement face aux aléas de l’emploi, des lois qui apparaissent.

Comment oser s’engager quand on voit le manque de motivation autour de soi ?

Il faut oser se parler, contacter d’autres personnes qu peuvent nous comprendre.

S’engager, c’est participer à une dynamique qui correspond à nos valeurs, qui se rapproche en partie de nos idéaux. C’est s’investir dans des actions concrètes qui permet à l’institution, à l’association, au groupe de fonctionner.

S’engager, c’est risquer de se conformer aux règles qui régissent nos actions dans une structure. Est-ce pour cela que certains ont peur de se lancer, de peur de perdre leur liberté, leur indépendance ?

S’engager ne peut que nous faire grandir en humanité, de s’ouvrir à l’adversité.

 

Je vous souhaite de vous engager, de ne pas avoir peur de se lancer en fonction de vos forces, de vos capacités.

Chacun est capable de s’engager dans la mesure de leurs vraies possibilités d’actions.

Bon courage dans tout ce que vous entreprenez, dans tout ce que vous estimez justes et légitimes.

 

 

 

Les petits bonheurs d’éduc spé ?

(D’après mes expériences)

 

–        Après des semaines de cris, de boucan, une matinée calme après avoir instauré un cadre sécurisant, apaisant auprès des jeunes.

–        Quand un de tes jeunes autistes arrive à s’exprimer par un geste ce qu’il ressent après plusieurs semaines de frustrations.

–        Quand un jeune ne part plus en colère quand on lui dit non.

–        Lors d’un atelier musique, un jeune arrive enfin à produire un rythme et qu’il est attentif au aux autres. Le must, c’est quand la psy vient et dit : « C’est énorme, il n’a jamais fait ça ! »

–        Qu’après plusieurs semaines de contact avec les jeunes tu arrives enfin à établir un lien de confiance avec leurs parents.

–        Quand un jeune te redemande de faire un jeu alors que t’avais galéré pour le préparer.

–        Quand ce matin-là, la jeune déficiente intellectuelle n’a pas mis ses crottes dans toute sa salle de bain.

–        Quand un jeune polyhandicapé arrive à se détendre après des jours de douleurs, et par la suite, il fait un petit sourire.

–        Quand un jeune rend un service et que c’est énorme pour lui de le faire.

–        Quand entre collègues, on se comprend et que nous posons des actions qui apportent ses fruits.

–        Quand on sent une vraie cohésion de groupe qui s’établit dans l’équipe.

–        Quand notre hiérarchie nous dit merci pour telle action.

–         

Y aurait encore pleins de choses à dire, tellement les petites victoires sont parfois insignifiants mais essentiels pour notre boulot.

Tout est dans l’endurance, la persévérance dans notre passion du métier.

J’invite vraiment chacun à relire régulièrement sa pratique, en le partageant avec ses collègues ou autres éducateurs qui peuvent comprendre et entendre.

Je souhaite à chacun d’oser être ce qu’il est, avec ses convictions pour faire émerger des petits victoires, et d’y toujours y croire.

Et vous, quelles sont vos petites victoires ?

Comment être éduc spé? ( humour)

Comment être un éducateur spécialisé ?

Tout d’abord, ne pas se former et ne se fier qu’à ses intuitions.

Ne jamais faire de lien entre la théorie et la pratique. Les livres, c’est pour les intellos.

Ne jamais se remettre en question et de ne pas tenir compte des critiques, peu importe s’il est positif ou négatif. Il n’y que toi qui te connais et tu ne te fies qu’à tes propres jugements de valeurs.

Tu imposes tes règles sans devoir te préoccuper du bien être et de la dignité de la personne que tu accompagnes.

La loi, c’est pour les coincés, les tordus. Tu sais ce qu’il faut faire.

Ne travaille pas en équipe. L’équipe ne peut que poser des problèmes.

Évite les conflits, cela ne sert à rien et tiens-toi sur ce que tu as décidé.

Ne tiens pas compte de ta fatigue, des sauts d’humeur, c’est du pipeau.

Quand tu dois être têtu et obstiné, c’est la seule façon de réussir et de faire carrière.

N’essaie jamais d’écrire et si tu écris, utilise ton propre langage de crainte qu’on te découvre.

Fais-toi de la pub pour dire que tes actions sont les meilleurs.

Fais à la place des autres qui ont besoin d’aide, tu iras plus vite.

Si un jeune t’énerve, tu lui fous une baffe et tu fais croire à tes collègues que c’est de la légitime défense.

 

En gros, si tu te retrouves dans un de ces items, tu te goures de métier.

Je souhaite à chaque étudiant et jeune professionnel un bon courage, de se faire confiance et de trouver des appuis extérieurs à qui vous pouvez faire confiance et qu’ils vous font confiance.

Ne vous mettez pas la barre trop haute au niveau du public auprès de qui vous souhaitez travailler.

Respectez-vous, avec vos limites et vos talents pour mieux respecter ceux que vous accompagnez et vos collègues.

Pleins de courage à vous tous.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Boite à outils du travailleur social

–        Téléphone portable, avec répertoire des contacts nécessaires dont le samu… on ne sait jamais

–        Pansements, cotons et alcools pour soigner petits et gros bobos.

–        Un micro HF pour moins tendre l’oreille et écouter de manière confortable

–        Un crayon et bloc notes… pas la peine de dire pourquoi, hein ?

–        Une canne à pêche pour attraper les gamins ou les adultes fugueurs… ah non, cela ne rentrera pas dans la boite à outils

–        Un couteau suisse évidement pour des réparations de dernière minute (Bricolage, voiture qui tombe en panne)

–        Une gourde d’eau ou un thermos de café pour se déshydrater et tenir jusqu’au bout de notre intervention.

–        Des baskets inusables pour pouvoir courir dans tous les sens

–        Un coussin transportable pour nos pauvres fessiers lors des réunions d’équipe, des réunions institutionnels, etc.

–        Un petit mémo des sigles au cas où on aurait un trou de mémoire.

–        Un télécommande pour faire baisser le volume des personnes qui hurlent à longueur de journée.

 

                                               Tout cela dans un sac à dos aux multi-poches, aux tissus indéchirables, imperméables.

Avec, en bonus : Un masque de cire reprenant exactement la forme de votre visage avec un grand sourire :

Souriez même si vous êtes déprimé.

 

La boite à outils vous est offerte*

 

sous conditions : paiement d’une somme de 1.152.145 euros soumis à la TVA.

 

 

 

 

 

 

 

 

Ambroise – Episode 8 ( FIN)

Même jour. Même heure. Je suis pétrifié. Je ne sais pas quoi faire. Yannick me vise, puis baisse son arme. Il me regarde d’un air satanique. Jamais je ne l’aurai imaginé dans cet état de folie maitrisé. « Alors, Ambroise, t’es revenu d’entre les morts. Je pensais que t’allais te faire écraser par une voiture tellement t’étais dans un black-out. Je vais devoir t’éliminer d’une autre façon. Tu m’emmerdes, tu sais. T’as toujours été en travers de ma route. Par l’héritage de nos grands-parents, tu vas avoir le château, puis tu as épousé la femme que j’aimais passionnément. Tu as été embauché à ma place. Je te hais Ambroise. » Je ne savais pas tout cela. Je n’avais rien vu. Je sentais juste qu’Yannick ne m’appréciait pas trop mais sans plus. Je reste silencieux. Je ne sais pas quoi dire. Mes jambes tremblent discrètement. Puis soudain, la lumière s’éteint. D’instinct, je plonge dans la cuisine et j’entends Yannick pester. Je me relève et me cogne violement contre la table. J’avais oublié celle-là. Abasourdi, Yannick me rattrape et me fout des coups de poing dans mon ventre. J’ai droit aussi à un méga-uppercut. J’ai l’impression que ma cervelle va partir sur le côté. Alors que je me sens perdu et tomber dans les pommes, j’entends un cri résonner dans la cuisine. Je perçois à peine l’ombre de Marc qui a frappé Yannick à l’aide d’une pelle de neige. La situation se passe pour le mieux. Je me redresse péniblement. Marc est parti réenclencher les fusibles.  Je monte à l’étage à la recherche de Barbara. Je l’appelle. Aucune réponse. Je panique un peu. «  Barbara ! ». Rien. Puis j’entends Marc m’appeler. Il est à la cave. Je dévale comme un fou les escaliers malgré mes vertiges. Barbara est attachée, inconsciente dans un lit, toute nue. Je vois des tas de bleus partout sur son corps et du liquide tout frais entre ses jambes. Une énorme colère monte en moi. Marc est allé chercher une couverture pour recouvrir Barbara puis la détache. J’appelle enfin les flics. Je prends Barbara entre mes bras. Sa tête toute brune et sale contre mon épaule. En larmes, j’arrive à lui dire que je suis là. Je lui demande de résister, de se réveiller et de survivre. Arrivée des flics et d’une ambulance. Je n’ai plus de mots.

Un jour. Une certaine heure. Quelque part sur un chemin de campagne. Barbara est à mes côtés, portant un enfant dans ses bras. Nous marchons silencieusement, heureux de notre nouvelle vie. Yannick a été condamné à 15 ans de prison. J’ai hérité du château et grâce au réseau de Marc, nous avons pu le réhabiliter. Nous y habitons pour notre plus grande joie. Surtout que nous accueillons régulièrement des familles en précarité sociale, des jeunes en galère. Nous organisons des formations, des stages d’art corporel et de musique. Notre maison est la maison de ceux qui passent pour s’y ressourcer. Nous abordons l’allée des platanes vers le château. A l’entrée, pleins de caravanes colorées et des enfants qui courent de partout. Notre enfant émerge. C’est Jacques notre fils. Pas le fils de Yannick. Nous avions du faire des analyses pour être sur. Jacques ? C’est en souvenir de Jacky décédée le jour où Barbara est sortie de l’hôpital.

Au loin, dans un champ, un épouvantail trône avec le bonnet vert, l’écharpe jaunâtre et la veste en cuir.

FIN

Ambroise – Episode 7

Dimanche 25 janvier. 00h50. Marc et moi sommes sur la route vers Millau.  La suite s’est passé très vite hier et j’ai très peu dormi tellement j’étais furieux et très inquiet à la fois. Une boule d’énergie mijote dans mon torse. Vaut mieux que Marc conduises. Je serai allé à 200 kilomètres à l’heure avec sa 4L bleu ciel. Donc hier, j’avais fouillé le château à la recherche d’indices. Tout a été vidé du fond en comble. De retour chez Jacky, j’ai dû téléphoner à ma mère à Lyon. Elle était en larmes au téléphone. J’avais attendu longtemps avant qu’elle puisse me raconter la suite de l’histoire, celle que je ne connais pas. Donc, lors de la fête, j’avais disparu ainsi que Barbara. Yannick avait alerté tout le monde, surtout qu’un incendie s’était déclaré. Le château a dû être évacué. Mon cousin était resté sur place pour organiser une battue pour essayer de nous retrouver, moi et Barbara. Je n’avais rien dit à ma mère au téléphone que Yannick m’avait fait boire une énorme dose de somnifère dans du champagne. Tout le monde était tellement désespéré que la famille voulait abandonner le château. La police était sur les dents. Aucun signe de vie de Barbara. A part moi où l’on m’a découvert hagard à Lyon sur la place Bellecour. Un inspecteur voulait m’interroger à mon retour à la réalité. Depuis ma disparition de l’hôpital, la PJ me cherche. J’ai dû donc rassurer ma mère que j’allais bien et que je ne savais pas du tout où était Barbara. Enfin, si, mais je ne lui ai pas dit. Je soupçonne Yannick. C’est évident pour moi. C’est pour ça que nous sommes en route pour Millau le retrouver. Marc lui avait téléphoné l’air de rien et était tombé sur une voix de femme. La voix lui criait à l’aide mais au dernier moment, ça a raccroché. Marc avait entendu au dernier moment : «  Salope ».

Le doute n’était plus permis. C’est ainsi que nous avions pris la voiture rapidement malgré la neige et la nuit.  

 

Même jour. A peine deux heures après. Nous nous garons au bout d’une rue, proche de la maison de Yannick. Des flocons tombent avec douceur sur mon visage endurci. Je longe un petit muret bordant la maison de mon cousin. Aucune lumière à l’intérieur. J’ouvre très doucement le petit portail en fer. Je me souviens qu’il grince. Il ne s’agit pas d’éveiller l’ennemi. Je contourne la demeure pour arriver à une porte discrète qui va donner dans la cuisine. C’est ouvert. Marc m’attend dehors. J’entre en tâtonnant dans l’obscurité. Je devine la table que j’évite de justesse. Enfin, j’arrive dans le hall. Soudain, une grande lumière s’allume. En haut, Yannick en robe de chambre m’attendait avec un révolver. «  Ta mère a eu la gentillesse de me téléphoner ! »

 

Ambroise – Episode 6

Samedi 23 janvier. 14h30. Le blizzard est tombé, vaincu par le soleil auvergnat. La vieille dame, Jacky, est en train de dormir dans son rocking-chair. Le grand gaillard, Marc déblaye le chemin vers le garage. Nous avons mangés une bonne poêlée et nous avions fait connaissance. Marc est le fils unique de Jacky. C’est un homme à tout faire du petit village d’à côté. Le mari de Jacky repose au cimetière depuis quelques années, après une fatale rigolade. Cela ne les a pas empêché de continuer à rire à table et de me chambrer sur mon état. Je leur ai raconté une partie de mon histoire. Ils étaient suspendus à mes lèvres. A la fin de mon récit, Marc était prêt à m’aider dès que les conditions météo seraient plus favorables. C’est pourquoi Marc prépare la vieille 4L en ce moment, que j’aperçois par la fenêtre.  Grand coup de Klaxon. Jacky se lève et me donne une grosse polaire et des gants. Puis me fourre des barres de céréales dans les poches de la polaire. Je sors de la maison à tâtons sur la petite route déneige vers la voiture. Je m’installe et démarrage en trombe. Glissage contrôlé puis nous sommes lancés sur une route forestière parée de mousseline blanche.

 

Même jour. 15h15. Après avoir contourné quelques volcans habillés de leur robe nuptiale, nous arrivons dans une grande allée d’arbres qui mènent vers un château semblant sortir du moyen-âge. Tout me revient. C’est la demeure de ma famille. Je me souviens de cette soirée où nous nous étions réunis. Tout me revient. Je me souviens de la tension qu’il y avait entre mon cousin Yannick et Barbara. Je me souviens d’avoir eu des douleurs au niveau de mes cervicales. J’avais dû prendre des anti-inflammatoires. Marc m’invite à sortir de la voiture et à ouvrir le portail. Il n’y avait personne. Tout est immaculée sauf le château aux murs noircis au côté nord. Que s’était-il donc passé ? Le silence m’oppresse. Marc m’accompagne durant la marche vers le parvis du château. Un escalier monumental nous accueille. Nous le gravissons avec peine à cause de la neige. La grande porte est fermée, bien sûr. Je la force avec Marc et  s’ébranle. Un grand bruit résonne dans le hall. Tout est vide. Je reconnais la grande salle à manger. Je me revois en train de boire, de discuter avec Barbara qui me fait part de ses inquiétudes avec Yannick. J’avais essayé de la rassurer. Je me vois l’accompagner vers la terrasse. J’emmène Marc vers ce dernier lieu. C’est ainsi que je découvre avec effroi le salon complètement noirci. Arrivé sur la terrasse, un flash me revient. Yannick nous attendait. Il m’avait offert un verre. Je ne m’étais pas méfié. Au bout de quelques minutes, un lourd sommeil m’emportait et j’entendais de moins en moins Barbara qui criait : «  Ambroise ! ». Quel idiot j’étais !

 

( A suivre…)

Ambroise – Episode 5

Vendredi 22 janvier. 18 h 45. J’émerge. Me voici dans un lit d’hôpital, sous perfusion. Encore une fois. On m’a encore déshabillé pour me mettre dans une espèce de robe blanchâtre. Je suis quand même bien au chaud. Je ressens encore la douleur au dos. Je regarde l’heure. Une infirmière rentre me voir et m’informe qu’elle est rassurée de me voir émerger. J’ai été dans un profond sommeil depuis deux jours et demi. Ils m’ont purgé complètement. Au fil des heures, ils m’ont enlevé les perfusions et je pus manger et boire normalement. Puis le sommeil m’a cueilli alors que je réfléchissais comment repartir d’ici.


 Samedi 23 janvier. 7 h35. Je viens de finir de prendre le petit déjeuner. J’ai quand même mangé le pain bien fade et une confiture de gélatine sucré. Il me faut des forces. Plus personne dans les environs. Hop, j’enfile mes affaires qui ont été lavés. C’est bien agréable.  Je   dans ma veste le surplus du plateau. Départ en catimini. En sortant de l’hôpital, j’arrive près de la gare. Il neige. Je me gèle au bout de quelques minutes. J’accélère le pas pour me réchauffer. Je traverse la ville saupoudrée en passant par la place de Jaude avec une immense grande roue et un gigantesque sapin. Direction les volcans. Rien ne m’effraie. Un vent glacial me frappe le visage. Après une bonne heure de marche et quelques pauses au chaud dans des bars, j’arrive sur une petite place d’un village, je passe devant une camionnette grise surnommée le Cockpit. Un des gars me voyant frigorifié me propose un café et un burger fait maison. Je lui remercie. Ce fut un vrai délice qui me donne du vrai courage pour la suite. Je monte à travers une forêt où la neige s’accumule fortement. Je suis gelé, glacé. Quelle folie quand même. C’est quand même idiot de devoir encore se retrouver à l’hôpital. J’aperçois enfin une maison dans une clairière. J’y cours me risquant de tomber, de glisser. Je cogne à la porte et une vieille dame m’ouvre. Elle réagit très rapidement en me faisant entrer et appelle quelqu’un. Un grand gaillard barbu bien ventru m’apporte une couverture et me met près d’une cheminée. Rien ne s’est dit entre-temps à part la vieille qui me gronde d’avoir été dehors par un temps pareil. Elle me prépare un grand bol de bouillon. Puis J’ai le vertige et je suis pris de grands frissons. Des larmes se libèrent. Je n’avais pas encore pris la mesure de mes actes, de mes choix. Silence respectueux. Tendresse et rudesse sont mêlées entre mes hôtes à mon égard. À travers la fenêtre, je vois que la neige se met à tomber en tempête. Barbara ! Je veux te retrouver. Où es-tu ? Que s’est-il passé au château ? Je sais que je ne suis pas loin.

 

(A suivre…)

Ambroise – Episode 4

Mercredi 20 janvier. 03h50. Tout semble calme. Les infirmières sont dans leur bureau. Je me lève du lit. Mes jambes tremblent. Je vais vers l’armoire pour prendre mes vêtements. Habillage. Cœur qui bat très vite. Je me faufile ensuite dans le couloir malgré ma faiblesse. Je vois la sortie au loin. Une porte de secours. J’y vais à tâtons. Je respire tout doucement malgré mes douleurs. Un crissement me semble tétaniser. C’est juste une des infirmières qui a fait rouler un chariot dans leur local. Stress. Gros stress. J’arrive enfin vers la sortie. Je pousse tout doucement l’enclenchement de la porte dans une semi-obscurité. J’atterris dans un grand jardin. Je marche dans l’ombre, à pas de loup. Cela me fatigue. Je me pose. Une lueur de lampe de poche caresse les arbres. C’est le veilleur. Je reste immobile derrière un platane. Il s’éloigne et je m’approche dans la clôture en fer forgé. C’est une danse de sculptures arrondis. Je pourrai gravir sans problèmes. Je la franchis avec difficulté tant mes jambes tremblent. Le froid me transperce la peau malgré ma veste. Enfin, arrivé sur le trottoir, j’accélère mes pas avec mes bras tétanisés par l’escalade. Mon cœur semble vouloir exploser à chaque seconde. Je longe une longue avenue bordé par une ligne de tram. Puis j’arrive dans une station-service où un gros camion prend de l’essence. Je m’adresse au camionneur. Plutôt une femme bien costaude au visage agréable. Je lui demande si elle me prendre, m’emmener en direction du puy de Dôme. Il me semble me souvenir que je suis de là-bas. Cela tombe bien. Elle doit aller à Clermont-Ferrand. Elle ne me demande rien. Je monte dans son cockpit très décoré. Après avoir fini de mettre de l’essence et de payer par carte bancaire, elle monte me rejoindre puis démarre. Je suis frigorifié. Je tremble. De peur, de froid ? Elle me propose de prendre le thermos de café à mes pieds. Je lui remercie. Je me sers et sirote avec bonheur. Puis je m’endors malgré moi.

 

Mercredi 20 janvier. 5h30. La conductrice me réveille. Nous sommes arrivés à destination, sur un énorme parking. Elle voudrait me déposer là avant d’aller déposer le chargement. Cela lui éviterait des soucis. Le camion s’ébranle. Les vibrations s’éloignent et un silence glacial m’envahit. Des lumières blanches du parking illuminent quelques rares voitures. Je suis seul. Juste au loin. Un bar. Un bar ouvert à ma grande surprise. Un petit groupe se chamaille. J’y vais avec appréhension. Cela pue l’alcool à plein nez. Le barman est en train de nettoyer son comptoir jonché de pintes de bière. Il me regarde avec méfiance. Il est vrai que j’ai une mauvaise allure. Je suis bien paumé. Et pourtant, il me laisse entrer. J’esquive un gars un peu bourré. Puis à peine franchi le seuil, une douleur me traverse le dos jusqu’à la nuque. Je tombe.

 

(A suivre…)