Et si je partais?

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Et si je partais découvrir d’autres horizons ?

Vers d’autres rivages?

Découvrir une autre culture, une façon de penser le monde.

Et si je me rendais disponible

fort de mes compétences professionnelles et expériences extra-professionnelles ?

Ma formation se termine, ou bien je suis bientôt à la retraite.

Oserais-je prendre une certaine direction professionnelle et humaine

à dimension internationale ?

Que perdrais-je dans la rencontre de l’autre

 Même si je ne connais pas sa langue, ni son mode de vie ?

Alors je m’informe en contactant des anciens volontaires, des organismes et plus précisément la DCC. (Délégation Catholique pour la Coopération : http://www.ladcc.org).

Grâce à cet organisme, je serai accompagné, formé pour accomplir au mieux une mission que l’on me proposera.

Mon projet de partir se peaufine. J’en parle à mon entourage.

Je soupèse mes motivations, mes capacités d’adaptation.

Si pleins de personnes sont partis vivre un an ou deux ans,

Pourquoi pas moi ?

Ce ne sera pas pour moi une parenthèse.

Mais bien un tremplin pour mieux s’ouvrir aux autres,

Etre sensibilisé à la solidarité internationale.

Surtout aussi se dépasser, mieux se connaitre

Et aller au-delà de ses craintes, de ses fragilités.

L’autre m’apportera sans doute des choses encore plus grandes.

Nous partagerons, nous vivrons dans un langage d’humanité.

Alors, pas tenté aussi de partir ?

De l’ivresse de Maurice

Dans un coin du bar, Maurice avise son verre de gin-coca.

Il le contemple puis le savoure, le déguste tendrement.

Son cerveau se dilate et l’emmène vers un ailleurs.

Maurice ferme ses yeux et croit voir sa maison natale.

Il reprend une gorgée. Les voix autour de lui résonnent.

De ses doigts, il ressent la fraicheur du verre comme le ruisseau

Qui coulait dans sa prairie d’enfance. Il se sent bien léger.

Un grand sourire traverse son visage ainsi que son thorax.

Il inspire profondément et un grand shoot l’emporte.

Il vide son verre cul-sec et hop son esprit part en voyage.

Son corps semble flotter alors qu’il semble tomber sur la table.

Il s’appuie sur ses coudes pour éviter de tomber et tient sa pinte.

Il appelle le Barman. Un autre Chef ! Cliquetis et pas en crescendo.

Bruit de liquide. Son récipient remplit, il reprend sa route d’ivresse.

Maurice s’affale un peu plus sur la table et apostrophe un client.

«  Dis-moi, jeune homme, n’aurais-tu pas perdu ton chat ? ».

Rigolades. Le jeune a bien un chat. Mais non, il est au chaud.

Maurice tente de se relever. Il se prend la table avec délicatesse.

Il vide son verre et il lui semble voir à travers la vitre sa voiture grise.

Sa bonne vieille 4L. Mais n’est-elle pas à la casse normalement ?

Il ne sait plus. Mais ce qu’il au sait. Enfin, ce qu’il essaie de se souvenir.

Il doit arriver chez lui avant l’arrivée de madame pansement.

Il doit juste traverser la rue. Il franchit en diagonale le seuil du bar.

Heureusement, Un habitué l’aide à traverser la rue. Enfin, une ruelle !

Une ruelle où il pourrait quand même tomber dans un gouffre : Le caniveau.

En franchissant « le gouffre », il a l’impression de voler au-dessus du monde.

Une voisine l’accompagne chez lui et le fais allonger sur son grand lit.

Couché, il ressent une profonde chute sans fin, lourde et légère à la fois.

Un parfum le cueille un instant et revoit le visage de sa douce femme.

Il la reverra. Très bientôt. Maurice a confiance. Il reverra sa dulcinée.

Voix au loin et qui se rapproche. C’est Madame Pansement.

Manipulation de sa jambe qui ne lui fait plus mal depuis son accident.

Quelques temps après, une autre voix féminine et chevrotante.

«  Toi, mon momo, t’es allé boire ! Ce n’est pas raisonnable à ton âge !

Maurice sait bien mais il voulait fêter la vie. Le fait est qu’ils aient survécu.

Survécu tous les deux à un accident de voiture. Alors il jubile en son intérieur.

Il voudrait encore rester ivre de vie, avec joie et confiance, avec son amour.

Andrei le jeune accordéoniste

Andreï monte dans le métro bondé avec son accordéon.

Son copain Nelu le suit avec un gobelet à la main.

A peine quelques regards se posent sur eux.

Andreï commence à jouer et Nelu entonne un chant.

Une belle musique tzigane embaume les voyageurs.

Certains en ont le frisson, d’autres sont excédés.

Andreï fait corps avec son instrument pour oublier sa faim.

Le chanteur parcourt à travers la rame en chantant.

Il montre son gobelet vide, bien usé, couleur marron.

Arrivé à une station, une certaine danse des voyageurs

Se met en mouvement. Des nouveaux visages pour un centime.

Les deux amis entonnent plus fort leur chant de tous les jours.

A deux stations plus loin, ils descendent sur le quai.

Ils ont eu une maigre récolte : 1 euro 25 centimes.

Ils se font rabrouer par un agent du métro.

Ils sortent à l’air libre en courant, en riant.

Puis partent vers leur campement en jubilant.

Ils retrouvent leur mère dans leur caravane bien rangée.

Un travailleur social passe dans les ruelles jonchées de lino.

Il aperçoit les jeunes et entame la discussion avec eux.

Certains veulent s’en sortir mais ne trouvent que méfiance.

D’autres savourent de braver les interdits, de défier la loi.

Andreï a rejoint sa grand-mère malade et lui joue un morceau

Dans la pénombre d’une cabane aux couleurs vives.

Peut-être qu’un jour Andrei deviendra célèbre et ira à l’Olympia.

 

 

 

 

 

 

 

Lucie, une disparition mystérieuse

A la sortie des cours, Lucie rentre chez elle par les petites ruelles.

Elle aime bien grimper, gambader au pied du château en ruine.

Pour aller chez elle, elle doit contourner la forteresse silencieuse.

Lucie ne craint pas de se retrouver seule en haut de son village.

Il ne se passe rien dans son bled et tout est tranquille.

C’est ainsi que cet après-midi-là, elle avait dit au revoir à ses copines

Sur la place principale du village. Elle s’était enfoncée dans le dédale.

Le soleil rase la colline de ses milles rayons dorés.

Lucie sent une présence étrange quand elle arrive près de la vieille poterne.

Elle inspire profondément en regardant le village qui s’étend en dessous d’elle.

Au loin, elle aperçoit son groupe de copines longer le champ de maïs.

Puis un courant d’air. Une ombre. Pas de cri. Puis plus rien.

Pierre ne voit pas sa fille rentrer. La nuit tombe. Il s’inquiète.

Il téléphone à sa femme qui est au boulot. Aucune nouvelle de Lucie.

Il contacte les amies de Lucie. Non, elle n’est pas avec elles.

Angoisse. Pierre prend sa voiture et s’en va parcourir le village.

Puis il monte autour de la forteresse. Rien. Personne.

Son cœur bat à cent à l’heure. Ses mains tremblent.

Il a un très mauvais pressentiment. Il essaie de le chasser.

Pierre va au bar du village et demande au barman, parrain de Lucie.

Non, personne ne l’a vue. Juste qu’elle a l’habitude de passer au pied des ruines.

Mais cela il le sait bien. Il fait part de ses inquiétudes.

Pas d’hésitations, certains clients se mettent à sa recherche.

On appelle les gendarmes. Le temps presse. Il fait froid et humide.

Si Lucie était tombé, blessé dans une oubliette ?

De multiples faisceaux de lampe balayent les ruines.

Pierre est rejoint par sa femme, Véronique,  près de la vieille poterne avec une lampe tempête.

Ils ont aperçu le sac de Lucie. Posé au pied du mur rongé par les siècles.

Ils appellent Lucie de toutes leurs forces.

Ils sont tellement angoissés qu’ils ne sentent pas la fatigue les cueillir.

Un gendarme les invite malgré tout d’aller se reposer.

Mais comment dormir sans savoir où se trouve leur fille ?

Voilà que des jours s’écoulent sans nouvelles de sa disparition.

Tout le village ne comprend pas, même les autorités locales.

Même des experts sont venus. Ils ne trouvent aucun indice.

Pierre voudrait crier de colère, de douleur mais contre qui ?

Qui est responsable de la disparition de sa fille Lucie ?

 

De nos jours, il y a encore des disparus dont on n’a aucune nouvelle.

Comment accompagner ces familles dans cette angoisse de ne pas savoir ?

Le fait de ne pas savoir amène à s’imaginer le pire ou bien à espérer à l’extrême.

Je ne souhaite à personne de vivre cette situation où l’inconnu est oppressant.

 

Une ballade en brousse

 

Kolda et Ballade 021

C’était le samedi 23 décembre2006. La température était fraîche et la lumière ocre du soleil était pâle. J’avais pris dans mon sac de quoi manger, de quoi boire, de quoi se soigner et mes papiers d’identité au cas ou l’on retrouverait mon cadavre. Quelques pépiements s’élevaient au-delà des cimes d’eucalyptus. A la sortie de la Ville, des tas d’ordures jonchaient sur le bord du chemin puis une centaine de mètre, plus rien. Après quelques dizaines de minutes de marche, j’arrivais dans un village nommé Djimini. Je saluais au passage un homme boiteux apportant de la marchandise pour la ville.

 

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          Les femmes nettoyaient le seuil de leur maison et quelques enfants surveillaient le repas au dessus d’un feu. A la sortie de ce village, quelques femmes me disaient bonjour. Une des leurs m’apostrophait en disant de prendre le chemin de gauche. J’ai en fait pris le chemin de droite car il allait vers le sud, une direction que je voulais prendre. Je remerciais tout de même la femme et continuait ma route en longeant un champ de coton.  

 

                   Au fur à mesure que j’avançais, le paysage commença à s’étoffer, à devenir plus dense et à changer de couleur. Puis j’arrivai enfin dans la forêt. Le chemin devint sinueux et englouti par les feuilles mortes. J’eus dù mal à repérer la route quand soudain, je me retrouvai nulle part, sans sentier. Alors je décidai de tracer dans la foret au suivant le soleil. Je pataugeai parmi les hautes herbes et les branches basses. Un acacia me tendit un piège ainsi qu’un tronc invisible où je faillis me ramasser par terre. Puis je franchissais des marigots asséchés, où la vase était dure formant des crevasses et des pics. Vive les chaussures de marche !


                     Enfin, je retrouvais un sentier et je le suivis crénom de crénom ! J’entendais quelqu’un abattre un arbre et rencontrait un charbonnier. Il surveillait la braise et entassa les bûches sur le coté. Je continuait ma route en perdant encore de vue le sentier qui semblait vouloir me fausser compagnie. Pendant une bonne heure, je surfais entre les branches, les troncs, les souches, les buissons épineux et les herbes hautes.

Et j’atterris sur un beau sentier qui m’emmènait dans une clairière. Cette clairière me révélait des surprises pas du tout plaisant. Des bouses de vaches abondaient partout et des mouches jouaient à cache à cache autour de mon visage. J’aperçus une cabane brûlée avec des restes de vêtements, des chaussures et des calebasses.

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          Bref, un temps plus tard, sur un sentier étroit, j’étais stoppé par un cours d’eau. Je ne savais pas comment passer et de l’autre coté, deux villageois me firent signe de monter en amont. Je respectais leurs consignes. J’aboutis en fait à la source de l’Anambe. Je contournais donc la source et les hommes m’accompagnaient jusqu’à leur village. Des cabanes en chaumes sont disposées à la confluence de l’Anambe et d’un canal. Je remarquais un puits creusé dans la terre recueillant l’eau de la rivière. Des carpes séchaient sur des tôles et des fours grillaient des tranches de carpes. Un vieil homme m’invita à s’asseoir sur un banc. Nous discutions et je fis une séance photo. Par la suite, l’un des gars, Souleymane, m’accompagnait pendant 2 kilomètres jusqu’à un carrefour. Le paysage devint plus aride et plus on avançait, le canal devint sec. Arrivé au carrefour, Souleymane me laissait et je continuait ma route. Je ne voyais pas d’ombres dignes de ce nom. Je longeais des rizières arides et croisais des rolliers d’Abyssinie et des tourterelles du cap. Enfin, un grand étang m’attirait et je fis quelques maigres photos d’oiseaux. Je croisais des enfants en vélo qui se sont arrêtés pour me saluer. Il était 12h00 déjà environ.

La végétation fut plus verdoyante mais parsemée. J’aperçus enfin un village.


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                           Un père de famille m’invitait à venir et me montra une peau de boa sèche. Il voulut que je l’achetasse puisque que j’étais un toubab. Je refusais gentiment puis après discussions amicales, je fis une séance photo. Je le remerciai et arrivai enfin au village nommé Koulinto. Je croyais
de ne pas y arriver. En fait, j’étais sur une vraie piste de latérite. 12h30. Je fus à 8 kilomètres de Kounkané, ma destination finale.

A la sortie de Koulinto, un agriculteur m’invita à venir le voir et me vendis des arachides tout récemment récoltées. Quelques centaines de mètres après, je pris mon pique-nique à l’ombre d’un arbre dans un champ, en compagnie d’un troupeau de vaches qui s’approchait au loin.

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         Après un repos de 20 minutes, je continuai sur la piste longue et droite. Deux jeunes sur un seul vélo me rejoignaient et voulaient m’accompagner. Je leur offrais des arachides que j’avais dans mon sac.

 

15h15, J’arrivai à Kounkané et je laissai les jeunes rentrer chez eux. Arrivé au bord de la grande route, je pris un litre de jus d’ananas et un demi-litre de coca. Pour le retour, sur Vélingara, je montai dans un car rapide et j’arrivais chez moi vers 17h15 !


Nos vieux

Nos vieux, si tout se passe bien, nous serons comme eux.

Nos vieux sont nos histoires singulières, particulières, uniques.

Nos vieux sont des jeunes qui ont eu des idéaux, des rêves, des passions.

Nos vieux sont nos mémoires, nos vies remplies de souffrance et de joie.

Dans un village de la brousse sénégalaise, un vieux couple enlèvent la coque des arachides pour nourrir leur entourage.

Dans nos contrées françaises, un vieux couple sont seuls dans une maison, regardant hagard un ciel pluvieux.

Au coin du feu, autour des jeunes et des adultes, une vieille dame leur raconte une histoire. Pas de murmures et de ricanements brisent l’aura de la conteuse.

Chez nous, la grand-mère est déjà dans sa chambre loin du brouhaha de sa famille, qui se chamaille, l’ont mis à l’écart parce qu’elle radote.

Au pied d’un immense manguier, sur une natte, sont assis des vieux en silence avec fierté. Des gens du village viennent les consulter pour des conseils de récolte, d’éducation de leurs enfants.

Dans les maisons de retraite, ils sont parqués dans un salon, figés comme des statues en attendant le repas.

Mes vieux, mes grands-parents,  sont morts et j’aurai tant bien aimé parler avec eux, connaître encore plus leurs vies, qu’ils se réjouissent de ce que nous vivons, qu’ils nous accompagnent dans nos épreuves avec confiance et espérance.

Quelle relation avons-nous avec nos vieux ? Quel lien, quel regard avons-nous envers eux ?

Mettons-nous à leur place.

Comment j’aurai aimé qu’on s’occupe de moi ? De quelle manière pourrait me respecter dans ma dignité, ma liberté malgré mes dépendances ?

Comment j’aurai aimé qu’on me voie, qu’on me considère, qu’on me reconnaisse ?

Ils sont toujours des adultes, des individus qui méritent de la bienveillance, de la douceur, de la tendresse même s’ils nous renvoient des choses difficiles dus à leur âge. Ne les enfermons pas dans leurs pathologies, dans leurs maladies etc…

Ils ont chacun leur place dans la société à leur manière.

Que je vous rassure, chez nous, je connais des maisons de retraite qui respecte chaque personne âgée, une volonté de l’intégrer et de lui laisser une place en toute liberté.

Donnons-leur la possibilité de continuer à vivre dans une ambiance de joie, de sérénité, de créativité malgré les douleurs, les souffrances.

Nos vieux, que leurs fins de vies soient la meilleure possible.

 

 

( Texte écrit en avril 2013. Copyright VL.)

La magie de la nuit

La nuit sera belle ce soir

Quand la lune dévoilera sa robe d’ivoire.

Mille feux caresseront nos regards.

Nos pensées s’en iront vers la gare

Des rêves et des songes d’éternité.

Une bise soufflera avec sérénité.

 

Le jour s’en ira dormir à l’horizon

Avec ses couleurs, ses frénésies.

Qu’il emporte nos soucis à foison

Et que ce soir restent nos poésies.

 

Que les astres aspirent nos angoisses

Et mettent en déroutent nos poisses.

Que le vide cosmique nous allège

Pour ne plus avoir peur des sortilèges.

 

Que la nuit chaude nous berce

De ses tendres silences sonores.

L’obscurité discrète, tel un ténor,

Fera pleuvoir le sommeil à verse.

 

 

Requiem pour un délinquant

Rien à faire ce soir

Où mes idées sont noires

De colère, de vengeance.

Crier contre l’engeance

Policière, je voudrais.

Je suis à peine saupoudré

Du regard des gens d’ailleurs.

Ils me regardent comme un violeur

De leur intimité, de leur puissance.

Pour eux, je suis un bon à rien.

Pour eux, ma vie n’a pas de sens.

Je ne suis qu’un voyou, un vaurien.

Alors je m’en vais jubiler dans la nuit

Défier les forces de l’ordre, les interdits.

Je guette pour les dealers hors des taudis.

Je mens à ma famille pour défier l’ennui

Et le gout de l’adrénaline monte en moi.

Faire tout pour se faire accepter et respecter

En volant, en prenant des risques sans émoi.

Quand revient la loi, tout me fait débecter.

Je fonce sans réfléchir pour ne pas mourir

De honte. Jamais je ne voudrais férir.

Pourquoi suis-je comme ça, en galère ?

On ne veut pas m’écouter, ni me comprendre.

Les gens croient que j’aime me faire prendre

Et de se faire remarquer, de faire le grand fier.

Je voudrais pourtant, au fond de moi

Qu’on me donne un coup de pied au cul

Et qu’on me réveille pour éviter d’être vaincu

Par la drogue, la violence et l’alcool

Alors quoi ? Pourquoi nous sacrifier ?

Nous les jeunes de lointains quartiers ?

Cantate d’un taulard

Répression

Condamnation

Détention.

Humiliation.

 

Déshumanisation.

 

Des années s’écoulent, je suis un taulard.

Mon cœur devient dur comme la prison,

Lieu de violences, d’injures et de molards.

Ma peau est imbibée des mortes saisons

Où la haine me fouette en plein visage

Au soleil des promenades de corruptions.

J’ai des frères de cellule en éruption

De colère envers la justice et leurs rouages.

 

Dans les couloirs, se complotent des délations

Ou bien des évasions, de mutineries sans sommation.

J’ai parcouru la France menotté,

De la Centrale à la Santé,

 

Ma liberté est toute dérisoire et précaire.

Quand je sortirai, quel homme je serais ?

 

Rage.

Engrenage

Lente Récidive.

Infraction maladive.

 

Alors qui acceptera d’aimer un homme blessé ?

Un homme au tempérament fougueux et cassé ?

Qui me regardera sans me juger et me jauger ?

Qui me tendra la main avec confiance sans danger ?

 

( Inspiré du livre:  » Prison, des rats et des hommes » de Maurice Marchal, et auteur rencontré hier sur une place de Lyon )

Qui suis-je? Jason ou Pierre-Henri?

Je m’appelle Jason.

Jason Richard, né en 1972.

Je suis avocat d’affaires à Bourgoin.

J’aime jouer du violon et des percussions.

 

Je m’appelle Kévin.

Kévin Bergein, né en 1945.

Je suis à la retraite.

J’ai été secrétaire médical à Vincennes.

 

Je m’appelle Pierre-Henri.

Pierre-Henri De La Galaire, né en 1987.

Je suis agent d’entretien à Clampin.

Je fais souvent du golf et de la couture.

 

Je m’appelle Liliane.

Liliane Ben Ducloux, né en 1975.

Ecrivain public à Berck.

Je suis conseillère municipale.

 

Je m’appelle Maguy.

Maguy Tendre, né en 1992.

Je me forme pour être prof de sport.

Je suis passionnée par le modélisme.

 

Je m’appelle Inès.

Lucile Bhruthaleux, né en 1969.

Je suis caissière à Versailles.

Je suis classée 2/5 au tennis

Et ait affronté deux fois Steffi Graff.

 

Je ne donne pas mon prénom ni mon nom.

Je suis né à une certaine année.

Je fais un certain métier qui m’épanouit.

Je suis engagé, passionné pour une certaine cause

Sur lequel je n’ai pas à me justifier.

Qui pensez-vous que je pourrais être ?

M’imaginez-vous noir, beur ou jaune ?

Qu’est-ce que ça change pour vous de savoir mon origine, mon passé ?

Qu’est-ce que cela veut dire ?

Mon prénom peut vous induire en erreur ainsi que mon nom de famille.

Vous-êtes sur ?

Très bien, je m’appelle Nassim De La Marinière.

Alors, quel effet cela vous fait ?