Opération un sourd en fauteuil

Ce jeudi 21 novembre, je devais ramener un fauteuil roulant sur Lyon pour une formation. Habitant Chaponost, j’ai saisi l’occasion d’expérimenter un trajet en fauteuil roulant. Un sacré défi.
Tout d’abord, j’ai dû anticiper sur les arrêts de bus accessibles. Le plus prêt était la Gare de Chaponost, dans la vallée. Il me fallait descendre donc. Légère appréhension. Puis je voulais prendre quelques affaires mais je ne voulais pas prendre mon sac à dos et l’accrocher derrière mon dos, de peur que je n’entende rien si on tente de me le piquer. Donc j’ai fait le choix de prendre une sacoche en bandoulière.
J’avoue que j’étais un peu stressé. Par chance, il faisait grand soleil.

Le début fut galère. Je roulais sur la route mais je partais sans cesse vers le trottoir à cause d’un devers. Je n’avais donc pas le choix, j’ai roulé sur le trottoir difficilement. Arrivé à un arrêt de but, un bus s’est arrêté pile poil pour me proposer de monter. Ce n’était pas le bon bus et n’allait pas dans la bonne direction, j’ai donc refusé. Dès que le bus était reparti, j’ai réalisé qu’il aurait pu me déposer à la gare qui était sur son passage. Grave erreur !
Et c’est ainsi que quelques mètres plus loin, j’amorçais la descente. Je freinais avec mes mains (j’avais des gants, of course). Par trois fois, j’ai failli bousculé en avant. Mes jambes m’ont effectivement aidé à éviter la chute finale. Je n’ose pas imaginer la suite  si je ne l’avais pas fait.

Et là, j’ai dû emprunter la piste cyclable en sens inverse pour descendre à la gare. J’ai dérapé plusieurs fois à cause de mes roues de devant. Le fauteuil, il me semble, n’était pas approprié pour des déplacements à long cours. Il servait juste pour de la sensibilisation.

Enfin, j’arrive à l’arrêt de bus. J’ai dû contourner un bosquet pour pouvoir l’atteindre. La chauffeuse de bus a pu sortir la rambarde mais a eu beaucoup de mal à le refermer. Si elle savait que j’étais un imposteur, elle n’aurait pas apprécié !
Une passagère m’avait aidé à monter. Et le composteur ne fonctionnait pas. J’avais demandé à un passager de valider ma carte à un autre composteur, Cela s’est passé sans souci. Voyage en bus tranquille.

Arrivée à la gare d’Oullins paisible. l’ascenseur fonctionnait très bien même s’il n’y avait pas de miroir qui te permet de reculer sans devoir regarder derrière. Même chose pour l’ascenseur qui va au quai. Dans le métro, je n’ai pas senti de regards curieux, gênés. Il y avait juste une mendiante qui est passé devant moi sans me demander des sous. Vous comprenez, je suis handicapé, je dois être pauvre!

En sortant du métro à Jean Macé, je voulais atteindre le tram. Et en tentant de passer un passage roulant, euh piéton, j’ai eu du mal à monter sur le trottoir. Une vieille dame a posé ses courses et a tenté de m’aider. Je l’ai remercié gentiment et j’ai pu monter un reculant avec mon fauteuil. Oui, ce n’était pas la première fois que j’en faisais, je précise.

Et c’est ainsi que j’ai pu finir mon parcours avec le tram jusqu’à Bachut où je n’ai rencontré aucune difficulté. Ah si, juste à la fin pour rejoindre l’ORT, j’ai du faire un détour à cause des travaux.

Pour conclure, j’ai apprécié cette expérience pour mieux comprendre comment cela pouvait être galère de se déplacer et que c’était un métier ! Donc une pensée pour ceux qui se déplacent quotidiennement sur des cheminements parfois laborieux. Mais aussi pour les personnes aveugles où les obstacles peuvent être dangereuses, surtout ceux qui sont en hauteur!

 

Un rêve sucré de Constant

Constant attend sagement sur son fauteuil roulant

Dans sa chambre aux couleurs pastel.

Avec sa main gauche, il pousse la manette difficilement.

Son fauteuil fait tomber une de ses chaises.

Cela le fait rire. Puis fermant ses yeux,

Il modèle un volant devant lui

Malgré ses bras ondulés.

Du vide, il ressent du dur.

Il se retrouve avec un vrai volant.

Constant respire profondément.

Une boite de vitesse apparait

Ainsi qu’un petit tableau de bord.

Il appuie sur un bouton vert. Il avance.

Le fauteuil semble éviter tout seul les obstacles.

Constant commence à paniquer.

Mais il trouve ça très amusant. Jouissif même.

La porte de la chambre s’ouvre par sa pensée

Pour la première fois, il se retrouve tout seul dans le couloir.

Le couloir semble infini des deux côtés.

Il s’engage et son fauteuil accélère de plus en plus.

Les murs disparaissent et laissent place

À des champs de smartes à perte de vue.

Le couloir est devenu un chemin de réglisse.

Au loin, un tremplin en langue de chat.

Oups de oups. Constant regarde son tableau de bord.

Il voit un bouton jaune « Envol ».

Il appuie et des ailes de barbe à papa sortent sous le fauteuil

Et deux ceintures l’entourent.

Une bulle de savon le protège.

Il jubile avec beaucoup d’appréhension tout de même.

Il survole des collines de fleurs orange et bleues.

Il aperçoit des maisons aux colonnes de pommes d’api.

Des rivières de jus d’ananas coulent à flots

Parcourant des prairies aux vaches de chocolats.

Les fameuses vaches violettes de Milka.

Son cœur se dilate de joie.

Un vent aux odeurs de caramel

Le pousse vers un océan d’or

Où des vagues de glace à la vanille

S’échouent sur des côtes de cigarettes russes.

Soudain, il entend :

« A taaaable ! »

Il s’éveille. Il est dans sa chambre, tout souriant.

Un AMP vient le chercher pour le repas.

Au menu, pizza à l’entrée, lasagnes au saumon et épinards puis glace à la vanille.

Presque un rêve prémonitoire, se dit Constant.

En y repensant, une odeur pestilentielle et sonore résonne dans la salle à manger.

Son voisin de table avait lâché les gaz.

Ce n’était pas un rêve de haut vol à durée illimité!