La route d’Eddy – 5 et fin

Dans sa doche rouge et noire qu’il a bichonnée, il roule depuis une heure sur les routes provençales. Enfin, il arrive au village où il retrouvera enfin sa fille. Il gare sa voiture non loin des remparts en pierres blanches et grises. Il arpente quelques rues pour enfin arriver devant une grande maison avec une vue sur la vallée parsemée de champs de lavande et d’oliviers.

L’assistante sociale l’attendait au portail. Il est à l’heure.

Le portail en bois bleu s’ouvre. Un couple avec deux filles les attend dans le jardin, au seuil de la maison, sous un pin parasol.

Eddy reconnaît tout de suite sa fille. Il se souvient des photos de sa femme jeune et lui ressemble en tout point. Son cœur bat à cent à l’heure et l’émotion lui prend à la gorge. Mais il arrive à se contenir.

L’assistante sociale fait les présentations. Echanges cordiales et chaleureuses. Célia regarde son père avec curiosité et appréhension.

Eddy s’agenouille pour être à la hauteur de Célia, grande fille de 10 ans aux courts cheveux châtains frisés et aux yeux verts. Elle a des taches de rousseur sur tout son visage. La copine de Célia, Agathe, qui doit avoir la même âge qu’elle, s’accroche à elle.

Echanges de mots simples.

La mère d’Agathe invite chacun à s’asseoir autour de la table remplie de petits gâteaux et de bouteilles de jus de fruits.

Revenu chez lui, Eddy déborde de joie tant qu’il n’avait pas encore saisi l’importance de la rencontre durant son retour. Il se met dans son jardin avec un verre de jus de figue. Ses pensées se posent au fur et à mesure que le jour s’estompe. Il regarde les premières étoiles.

Aline, notre fille habite dans un magnifique endroit et la famille d’accueil est adorable. Elle est bien entourée et semble heureuse. Je ne pourrai pas la soustraire d’un lieu où elle a grandi. Si elle vient chez nous, elle sera toute seule dans un endroit inconnu, sans ses copines.

Bien sûr, je suis son père mais pour elle, je suis un inconnu. Pour l’instant, je vais aller la voir comme il est convenu un week end par mois. Puis quand elle voudra, nous passerons des vacances ensemble. C’est elle qui décidera si elle souhaite vivre à la maison. Je ne souhaite que le bonheur de ma fille. Je serai à sa disposition au téléphone si besoin, puis je pourrai subvenir financièrement à ses besoins pour l’école ou pour ses vacances. Je souhaite vraiment être le plus juste possible. Je ne veux pas l’étouffer… excuse-moi Aline, le mot m’est sorti comme ça. Tu m’as comprise, je pense. Cela prendra le temps qu’il faudra pour qu’elle revienne dans notre maison.

Les mois se sont écoulés et Eddy ne regrette pas son choix. Célia est épanouie et semble plus heureuse au fil du temps quand son père est là le week end. Quand ils se voient, Célia lui posent pleins de questions sur le passé de son père. Eddy ne lui cache rien et c’est réciproque.

Eddy se dit qu’il a beaucoup de chance et que c’est une récompense après ses années de galère, de remords et de solitude.

C’est à l’âge de 15 ans que Célia décide d’habiter chez son père, soit 5 ans après leurs retrouvailles. Elle se rapproche ainsi du lycée où elle retrouvera aussi sa copine d’enfance Agathe.

Aline, Nous voici réunis. Le temps a été nécessaire et la patience a eu du bon.

 

FIN

Humide, je vous dis!

Humide, je vous dis ! Humide. Il pleut des trombes d’eaux. Il pleut des cordes même. It’s raining cats and dogs. J’aboie de rage dans mes pensées. Je regarde les gouttes s’agglomérer sur la vitre. Puis j’entends une voix sèche : « T’es touché, Papa ». « Pas encore coulé, fiston ». Et pourtant je sens que je suis mouillé, trempé jusqu’au cou dans cette affaire. Je n’aurai pas dû dire oui. D’un ton glacial, mon fils me lance : « Papa, on joue ! C’est à toi ». Je lance un G7. Plouf. Je prends ma décision de dire non. Je ne veux pas que ma famille soit noyée dans cette affaire. Elle compte trop pour moi. Ma femme me remerciera chaudement, je le sais. Elle sera fière de moi. Et voici que mon fils a coulé tous mes bateaux. J’ai perdu une bataille mais pas la guerre. Je téléphone à mon patron et je lui signale que je refuse d’entrer dans son projet d’offshore. Licencié. Mais je suis libre. Soulagé, je reviens vers mon gamin de 11 ans et je m’apprête à mouiller mon maillot pour jouer avec lui. J’aurai ma revanche. Il me fait un grand sourire car il a bien compris que j’étais plus disponible et tout à lui à cet instant.

Journal à mon père inconnu – 1

Dimanche 15 juin.

Enfin, je t’écris Papa. Je m’appelle Rami si tu te souviens. Mon nom de famille ? Je ne sais pas. Maman s’est mariée quatre fois. Tu as disparu de la nature avant que je naisse, il y a 14 ans. Je n’ai jamais entendu parler de toi. Si je pose la moindre question à ma mère, elle me fout une torgnole. Alors, je ne dis rien. Je suis content de prendre le temps de t’écrire sur un petit cahier que j’ai reçu d’un de mes profs. Il fait sombre dans le salon. Tout le monde dort sur les matelas en mousse. Je suis sur le rebord de la fenêtre et je suis éclairée grâce au projecteur qui éclaire toute la rue. Nous habitons dans un immense immeuble. J’ai une superbe vue sur des usines qui crachent du feu, jour et nuit. Aujourd’hui, je me suis allé balader avec mon petit frère Loufi dans un terrain vague. Nous avons joué avec des morceaux de ferrailles, des pneus où l’on s’amuse à sauter dessus. C’était géant. Loufi a cassé des vitres d’une maison abandonnée à l’aide de briques. On s’est fait engueulé et nous avons beaucoup ri.

Mais ce soir, je t’écris car j’ai mal au ventre et en haut de mes jambes. Cela dure depuis des jours mais je ne dis rien à ma mère. Elle te traite souvent d’hypocondriaque. Je ne sais pas vraiment ce que ça veut dire mais j’imagine. Pour elle, c’est de la comédie pour ne pas aller à l’école. De toute façon, l’école, je n’arrive pas à suivre. Je suis trop fatigué. Je suis souvent fatigué et mes nuits sont agités. C’est-à-dire que je fais régulièrement des cauchemars. Parfois, j’ai une boule qui me reste dans la gorge. Je parle très peu et pourtant, je ne me débrouille pas trop mal à l’écrit. La preuve, je prends du plaisir.

Papa, j’essaie de t’imaginer. Tu dois être noir. Puisque Maman est blanche et moi, je suis brun. Loufi est blond, son papa était suédois, le troisième de maman.

J’imagine que t’as dû être un héros. Comme Maman serait tellement jalouse de toi qu’elle voudrait complètement t’oublier. Enfin, je voudrais rêver que tu sois un homme énorme, puissant. T’imaginer me permet de rester debout. Ma mère ne s’occupe pas vraiment de moi. Je suis juste bon à l’accompagner au marché et porter les lourds sacs, à faire le ménage et à m’occuper de Loufi.

Je vais te laisser Papa. Je m’endors. Demain matin, Maman doit nous emmener chez le médecin pour mon petit frère. J’en aurai bien besoin aussi.

 

( A suivre…)