Le cauchemar de l’éducateur

21h45. Arthus venait de faire le tour des chambres. Tout le monde semblait dormir. Un silence apaisant enveloppa le foyer. L’éducateur jetât un coup d’oeil sur la salle à manger. Tout fut rangé et nettoyé. Il se dirigea vers son bureau en laissant grande ouverte la porte, au cas où. Il s’affala enfin sur le fauteuil, avec sa tête toute embrumé de la journée. Un mini-relâchement. Il fallait qu’il tienne encore debout jusqu’à l’arrivée du veilleur de nuit. Ses yeux pouvaient tomber à tout moment comme une averse s’engouffrant dans la vallée. Un petit bruit aigue survint. Un acouphène. Cela lui arrivait de temps en temps. Cela pouvait durer quelques secondes. Le temps qu’il reprenne souffle et prenne une grande respiration.
Puis ce fut le silence complet.
Il sursauta en ouvrant ses yeux embrumés. Une lumière tamisait le couloir. Un fond sonore caressait les moindres recoins. La ventilation. Puis un tic-tac entêtant, discret dans la journée mais bruyant le soir quand aucun autre son venait perturber ces sinistres secondes s’écoulant vers l’éternité. Il n’était que 21h55.
Le veilleur allait tarder arriver. Martin était son nom. Il devrait arriver d’un instant à l’autre. Arthus crut que chaque seconde tambourinait sourdement comme si un funeste châtiment allait s’abattre.
Pour se changer les idées et ce qu’il aurait du faire, c’est noter ses observations dans le logiciel. Cela allait être rapide. Il ouvrit la fenêtre. Rien. Pas d’historique. Pas de traces sur ce qui s’était passé. Il fut saisi d’un horrible doute; Il regarde les autres fichiers. Tous vides. Même dans l’intranet, tout fut le néant. Aucun signe du passé. Où sont passés les projets écrits, les anamnèses, les circulaires, les factures, les photos du foyer ?
Arthus commença à paniquer légèrement. Très légèrement.
Il ouvrit la messagerie. Rien à part un message non lu. Cela venait de l’ARS. L’agence annonçait qu’il coupait tous les vivres du foyer, idem pour tous les établissements médico-sociaux car non rentables. Ils devaient se démerder comme les Amishs. Plus de sous. Plus de boulot.
Son coeur allait exploser… de colère, de fureur. Il devait sans doute rêver. Ce n’était pas possible autrement. Il se leva pour reprendre ses esprits. Il se retrouva dans le couloir. Un grand air glacial le fouetta. Toutes les portes des chambres étaient ouvertes, et des lumières bleues surgissaient de nulle part. Il se précipita vers la première chambre. Une chambre vide, sans plus aucun meuble. Personne. Ce fut la même chose pour les autres chambres. La sueur tombait à grosses gouttes de ses tempes. Il voulut crier mais rien ne sortit.
Soudain, un extincteur se mit à bouger et le frappa subitement sur ses épaules.
Arthus se réveilla brusquement. Martin, le veilleur l’avait secoué virilement. L’éducateur reprit ses esprits. Il s’était endormi devant l’ordinateur avec pleins de fenêtres remplis de dossiers, et la messagerie pleine. Tout était donc normal.
Arthus fit donc la relève, transmis quelques informations puis se prépara à rentrer chez lui.
Pour faire cette fois-ci des rêves.
Enfin, il espère!

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22h30. Roger arrive au parking du foyer de vie. Il franchit la porte et prend la relève de l’éducateur après un bref compte-rendu. La soirée a été un peu animée. Le plus jeune adulte, Philippe, s’est trompé de chambre et a surpris Odette toute nue. Depuis il est tout hébété et n’arrive pas à s’endormir. Roger doit vérifier s’il s’est bien couché et rejoint les bras de Morphée malgré tout.
Après avoir bu un café, Roger parcourt le couloir avec sa lampe de poche, pour éviter d’allumer la lumière du couloir. Préserver le sommeil des résidents, c’est primordial. Il arrive à la chambre de Philippe. La porte est grande ouverte. Philippe est assis, les yeux dans le vide. Ses yeux bridés clignotent à peine. Sa respiration très lente et rauque. Ses mains sont posées sur le lit, ses pieds plantés au sol. Roger essaie de lui parler. Aucune réaction. Il repart continuer son tour malgré tout.
23h37. Roger se redresse du canapé où il regardait un film sans son. En VO pour au moins comprendre l’intrigue. Il a entendu un gémissement. Cela vient de la chambre de Philippe. Il s’y dirige puis un clic-clic résonne dans le couloir. Froncements de sourcils. Rien ne bouge. Pas d’ombre qui se faufile, ni de bruits de pas. Puis arrivé au seuil de la chambre de Philippe, ce dernier est debout. Les yeux fermés. Tout habillé. Alors qu’il était bien en pyjama. Etrange ! Il dort. Cas de somnambulisme sans doute. Il l’accompagne tout en douceur, le déshabille avec délicatesse. Puis remet son pyjama. Philippe se laisse allonger. A peine la tête posée sur l’oreille, ses yeux s’ouvrent fixant le plafond et pousse une énorme expiration puis respire normalement. Roger sursaute. Non, le dormeur semble dormir malgré ces surprenantes réactions. Le veilleur de nuit repart à pas de loup et commence sa ronde.
00h52. Un chant. Une délicieuse voix féminine. Langoureuse et sensuelle. Une radio à cette heure-ci ? Cela vient de la chambre d’Odette. Il y va rapidement et en douceur, de peur de réveiller les autres. Non, c’est la voix d’Odette. Bigre. Il voit de la lumière. Il ouvre la porte de la chambre. Obscurité presque totale. Aucun son. Odette est allongée dans son lit. Elle dort profondément. Des hallucinations auditives ?
Mystère et boules de gommes. Il referme la porte. Silence totale, à peine un rugissement infime des spots de sortie de secours et le cliquetis de l’horloge dans la salle à manger.
03h25. Alors que Roger passait devant la chambre de Philippe, il aperçoit des crottes et une flaque. Du pipi. Philippe est tout nu, allongé sur le sol, la tête sur son pyjama en boule, dormant comme un loir. Nettoyage en vue. Douchage. Désinfectage. Rincage. Essuyage. Pyjamaje. Au litage.
4h42. Eclats de rire et bruits de bisous. Roger redresse sa tête et regarde le couloir. Aucune lumière. La télévision est pourtant sans son. Bizarre de bizarre.
5h03. Des grincements de porte. Des bruits de pas. Il regarde dans le couloir. Tout le monde est levé.
Ils sont tous debout face à lui. Immobile. Des regards dans le vide. Roger sent venir en lui une certaine panique. Et là, ils crient tous en même temps. Grosse panique tout de même. Philippe, tout nu, tel David défiant Goliath, emmène son monde avec lui pour se ruer sur Roger.
22h31 : Roger rouvre ses yeux, en sueurs. Il hésite à franchir le seuil du foyer. C’est sa première nuit. Une angoisse le prend à la gorge. Heureusement, Une personne vient à lui et lui fait visiter les lieux, lui fait un bref résumé puis le laisse seul à son travail. Juste une info à noter. David a été choqué dans la journée par une agression à main armée dans la rue. Mais tout va bien se passer. Bonne nuit et bon courage !