Ivresse de Noel

Ivresse.

Trinquer sans cesse.

Rire et se chambrer.

Taquineries.

Chatouilles intellectuelles.

De belles surprises en ouvrant les cadeaux.

Des objets surprenants, des livres inattendues, des vêtements d’une certaine classe.

Des yeux qui pétillent avec un grand sourire.

Des merci pleuvent. Des larmes de joies peuvent tomber.

Parfois, des gênes s’installent. On ne dit rien pour ne pas froisser l’autre qui croyait bien faire.

Ou bien on se rend compte qu’en offrant tel cadeau, on a fait une bourde. Alors, on essaie de se rattraper.

Le temps semble suspendu quand on découvre les cadeaux et qu’on veut en profiter. Après le temps est trop vite passé. Pourquoi n’ai-je pas pris le temps d’ouvrir, de savourer encore plus ? Tant pis, le plaisir est là. Je vis dans l’instant avec ceux qui m’entourent.

Laissez-vous encore bercer par la magie de Noël, par la rencontre de chacun, de profiter.

Jubilation.

Excitation.

Allez, on essaie ?

On joue ?

On lit ? Je te passerai le livre après.

 

Pleins de courage à chacun surtout pour ceux qui vivent un noël difficile pour des raisons familiales, financières etc.. 

 

 

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Noel

Noël

 

Temps de retrouvailles.

Temps de fête.

Mais cela peut être aussi source de tensions, de stress. Peur d’être déçus, d’être confronté à la solitude. Crainte et espoir.

Y en a qui se réunissent en famille, avec des amis. Puis d’autres qui vont fêter Noël auprès des plus démunis. Souci de donner du sens autre que commercial et paillettes.

Quel sens cela a pour vous de vivre Noël ?

Pour moi, c’est au niveau de ma foi chrétienne. Je ne crains pas de vous l’annoncer, de le partager. C’est fêter la naissance du Jésus, fils de Dieu. C’est croire que Dieu s’est incarné et qu’il s’est fait tout petit, pour être égal à l’homme. Je sais, c’est mystérieux, dingue, complètement fou. Mais c’est la foi qui parle. Une expérience humaine.

Alors, pour vous, peut être que c’est juste les retrouvailles en famille. Comme je disais, Noël est vécu selon chacun de nos histoires très singulières.

Je vous souhaite de vivre ce temps de fête dans la simplicité et d’accueillir chaque geste de fraternité, d’amour comme un immense cadeau. Pour ma part, j’essaie de moins attendre d’avoir des supers cadeaux. Ce qui compte pour moi, c’est l’intention qui est donné et sentir que l’autre a essayé de rejoindre ce qui fait ma personne. Avec tendresse, avec humour. Pas besoin de mettre des euros et des euros. Mais bon, c’est un langage qui me convient. Et vous, quel langage de partage avez-vous ? Qu’est ce qui compte pour vous ?

Ce soir, je souhaiterai chanter, rire, comprendre, écouter, partager…. accueillir comme je peux la simplicité et la franchise.

 

Je vous souhaite à tous un joyeux noël et que vous puissiez le vivre le plus sereinement possible malgré les circonstances quel qu’elles soient.

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Sélim

Assis sur un banc, emmitouflé dans mon gros manteau en cuir usé, j’observe la foule. Mon voisin, aussi silencieux que moi, fume sa cigarette qu’il sirote depuis ce matin. Nos épaules se touchent pour se tenir chaud. Je sens mes yeux s’enfoncer dans les rides de mes joues. Mes petites lunettes rondes sont en équilibre sur mon nez arrondi, travaillé par le temps. Je serre ma canne entre mes jambes. J’entends les bruits des pas de la foule qui s’amplifient ou s’amenuisent selon les couleurs de la ville. Tous les gens qui passent. Ils me sont étrangers, venus d’un autre monde avec leurs beaux habits, leurs sacs brillants. Des djeuns slaloment dans leurs joggings de grande marque, en arborant leurs bijoux de haute technologie. À travers le béton des immeubles, il me semble apercevoir mon bled perdu perché sur une colline entourée d’oliviers. À travers les platanes, je crois voir les ifs qui me protégeaient du soleil.

Sélim, je m’appelle Sélim. Je suis trop vieux pour vous dire mon age. Je ne sais pas. Je ne sais plus. J’ai plusieurs dates de naissance à cause des soucis administratifs. C’est aussi souvent suite à des conseils d’amis d’amis pour avoir quelques droits. Maintenant, j’ai juste le droit de vivre et j’en suis fier. Fier de vivre encore avec mes compatriotes exilés depuis tant d’années.

J’habite chez mon grand fils, Hakim avec sa femme et ses enfants. J’avoue ne pas avoir la scoumoune. Hakim a un très bon boulot de commercial et sa femme, Khadidja, est enseignante d’histoire-géographie dans un petit collège en dehors de la ville. Ma belle-fille met une heure pour aller au boulot. Elle ne se plaint pas. C’est moi qui s’occupe d’emmener les enfants, Mustapha et Hassan à l’école, puis chez l’orthophoniste deux fois par semaine.

La journée, je passe le temps à discuter avec mes voisins du pays pour parler du bon temps, de commenter l’actualité, de faire des remarques sur les jeunes qui font n’importe quoi et qui donnent une mauvaise image sur notre communauté. Je suis trop vieux maintenant pour m’autoriser à mettre un cadre. Puis mon cadre est incompréhensible ici. Ils ne comprennent pas les gens et pourtant c’est si simple.

Ici, je n’ai rien à dire. On considère que j’ai vécu et que les temps ont changé. C’est les ON qui m’énerve. Faut pas faire ci. Faut pas faire ça. J’entends parfois qu’on m’engueule comme si j’étais un gamin. Surtout des fillettes à l’accueil d’une banque. Elle ne m’engueule pas mais me parle comme si j’étais un idiot. C’est humiliant. Mais ça, je n’arrive pas à le dire. Je n’ai pas les mots. Alors je m’écrase. Je suis vieux. Et en plus, un immigré. Un immigré depuis 20 ans.

Et pourtant, j’ai eu une belle période jusqu’au jour…

 

Où les policiers sont venus me chercher à l’école et m’embarquer menotté. Je ne comprenais pas. Je fus mis dans une cellule froide et humide. Les policiers me regardaient avec dégoût. Je leur disais que je ne comprenais pas. Ta gueule, me criaient-t-ils. J’étais instituteur jusqu’à ce jour. Le soir venu, dans l’obscurité, j’ai entendu le pourquoi j’étais là. On m’a traité de pédophile. De vicieux. Ahuri, hagard, sonné, j’essayais de me remémorer les scènes. Je ne voyais pas. Je prenais soin de mes élèves. Il y avait souvent une de mes jeunes qui me faisaient des cadeaux lors des grandes fêtes. Je voulais crier mon innocence mais plus j le disais, plus un flic venait me tabasser. Pour lui, je devrais avoir honte, m’écraser. Puis on m’a mis dans une autre cellule avec d’autres prisonniers. Je me souviens d’une odeur fétide, d’urine et de sueurs. Ils me regardaient avec rage. Je fus tabassé, mis à nu sans que personne intervienne. Au moindre mot que je prononçais, c’était pour eux une insulte alors ils m’ont cassé la mâchoire. J’étais resté prostré au fond de la cellule. Nu comme un ver. Noir comme un cafard.

Je pleure. Mon ami Khadim s’inquiète pour moi : ما فعلته لك؟ ». Rien Khadim. Des mauvais souvenirs. Je voudrais oublier. Mais Allah veut que les souvenirs, les cauchemars perdurent. Khadim ne me comprenait pas. Il ne connaît rien de mon histoire. Seul mes enfants le savent. Ma femme m’a quitté à cause de cette histoire et n’a jamais su la vérité. Paix à son âme. Elle est morte de honte et de chagrin à cause de moi.

Il est l’heure d’aller chercher les enfants. Je salue Khadim et m’en vais quelques rues plus loin. Je retrouve Mustapha, 8 ans et Hassan 6 ans. Ils sont restés bien sage dans la cour. Des vrais trésors dont les maîtres en sont fiers. Les autres parents me saluent au passage. L’instituteur de Mustapha est venu me parler. Je comprenais tout ce qu’il disait. Il me demandait si je pouvais témoigner dans leur classe ce que j’avais vécu en tant qu’élève en Algérie. Pour comparer, pour leur ouvrir l’esprit. J’ai dit oui. Même si une angoisse monte en moi à chaque fois que j’entre dans une école. Je reste souriant, attentionné. J’aime rendre service.

Puis j’emmène les enfants chez l’orthophoniste, Mme Logop. Il y avait une foule énorme dans la salle d’attente. Je reconnais certains qui ne font qu’accompagner ceux qui ont rendez-vous. On me laisse un siège. Merci. Puis les enfants jouent en attendant.

Je n’ai su qu’au procès, du pourquoi j’étais condamné à l’exil.

 

    Après d’interminables journées avec mes co-détenus, un gendarme est venu me chercher avec des vêtements à peu près correct. Personne n’était venu me rendre visite. Je m’étais habillé au vu de tous dans le couloir de la prison puis on m’a emmené dans une cour poussiéreuse. Un fourgon de police m’attendait. Le soleil m’aveuglait. J’étais épuisé. J’étais bien content de sortir de cet enfer malgré tout. Mais pour combien de temps, je ne le savais pas. Ils m’ont emmené dans un petit tribunal où il y avait énormément de monde. Cela criait et huait quand je suis sorti du camion à l’entrée d’un bâtiment assez baroque. Les policiers tentaient de me protéger de la foule qui voulait me lyncher. J’étais dans un état ahurissement. Je me souviens que la salle était comble. J’étais installé dans un box, sur le côté. J’essayais de regarder le public mais je sentais une haine énorme à mon égard. J’aperçus ma femme. Elle avait un regard de dégoût. J’ai cru qu’elle voulait me cracher à la figure. Mon fils Hakim n’était pas là. Je reconnus mes collègues de l’école. Je suis resté par la suite à ne regarder que mes mains sauf le juge quand il m’adressait la parole. J’appris que j’avais abusé mes élèves. J’appris que j’avais tenté des attouchements et que j’avais giflé. C’était celle qui m’offrait sans arrêt des cadeaux. Elle avait témoigné contre moi. Ses parents aussi. J’avais osé crié que c’était faux. Comment osez-vous remettre en cause la parole de l’enfant et de ses parents ? Vous êtes un monstre pervers que personne n’a vu. C’était l’avocat des parties civiles qui me lançait des qualités que je n’avais pas. Je m’étais résigné à me défendre. Pour eux, j’étais coupable.

La porte s’ouvre. Mme Logop appelle Mustapha. Je sais que c’est pour un problème de bégaiement. Puis Hassan, c’est un problème d’acquisition d’apprentissage. Quelque chose comme ça. Je ne sais pas trop ce que ça veut dire mais je lui fait confiance, à madame l’orthophoniste. J’aime bien attendre dans la salle d’attente. J’y passe une heure à discuter, à rêver, à voir mes petits jouer. Oui, une demi-heure de séance pour chacun. Donc ça fait bien une heure. Mais bon, une heure dans une vie, qu’est-ce que c’est ? J’ai tellement vécu dans l’ennui et la peur, plus rien ne me titille. Alors qu’Hassan joue aux montagnes russes en miniature, un petit jeune rentre en criant en s’agitant dans tous les sens, puis il se fixe devant ma canne en bois. Il tapote sa bouche avec sa main gauche, en faisant des ho, ho. Puis il pose sa tête sur mon genou. J’ai un sursaut de peur. Je me lève brutalement et le renvoie. Je me fais engueuler par sa mère qui était entré entre-temps. Je me suis surpris de cette réaction. Je suis tout confus. Je présente mes excuses et me rassoit. Le petit jeune revient vers moi. Il vient vers mon épaule et semble me caresser avec sa main droite. Il ne me regarde pas mais je comprends qu’il veut me consoler. Je’ ne sais pas pourquoi mais je pleure. Discrètement, mais je pleure. Hassan, me voyant, vient m’embrasser sur le côté. Ne pleure pas Jadi.

Le verdict tombe. Applaudissements. A mort ! A mort !

 

Ils m’ont tué. Ils ont tué mon innocence. Ma dignité a été éradiqué depuis le jour de mon inculpation. Cela été, dans ma tête, une bombe atomique. Même si je n’ai pas été condamné à mort à proprement parler, c’était quand même fait. 10 ans de prison au programme. Les seuls souvenirs que je pourrais verbaliser seraient le lieu où j’étais. Biskra. Un enfer au bord du désert.
J’ai soif. Respiration lente et difficile. Pourquoi me remémorer ces souvenirs ? Là, maintenant. Je ne veux pas me souvenir de mes années en prison. Six ans plus précisément. Six ans sans être seul. Six ans de vie avec 10 personnes dans une cellule. Six ans de folie.
Les séances d’orthophonie sont finies. Je ramène Hassan et Mustapha à la maison. Goûter très simple avec du pain et du chocolat. Devoirs un peu agités. Khadidja est revenu. Elle s’occupe de les doucher, les mettre en pijama. Moi, je reste à observer sur mon siège un peu bancal du hall. J’aime les entendre, les écouter, rire de leurs bêtises. Si ça se fâche, je n’interviens pas. Je fais comme si je n’existais pas. Et pourtant, j’ai réussi à vivre malgré tout. Je ne sais pas comment après ces tant d’années. C’est grâce à Allah. J’en suis certain. Il était juste discret quand j’étais en prison. Je m’endors malgré moi, la tête contre ma canne, sur mes mains jointes.
18 juillet 1981. Ce fut le déclencheur de ma liberté.
Je sens une présence. Un souffle. J’ouvre mon œil gauche et j’aperçois Hassan qui m’observe, recroquevillé. Pour savoir si je dormais. Je me relève pour essayer de l’attraper. Il s’en va dans un grand éclat de rire. Douleur au dos. Cela m’apprendra à faire le mahboul.
J’étais vraiment mahboul d’avoir réussi à survivre. Je ne regrette pas. Je suis heureux avec ma famille que j’ai retrouvée par hasard. Non, pas par hasard. C’est Allah qui l’a voulu. Allah est bon et miséricordieux. Allah m’a fait vivre l’enfer mais maintenant, le paradis. Juste récompense.
Des images, des sons me reviennent. Des mains et des matraques qui me poussent dans un camion. Poussières soulevées par le fourgon bâché. Sables et rocs à perte de vue. Route dans un canyon. Soleil souchant. Cris. Insultes. Freinage. Sensation de vertige. Choc. Explosion.
Jadi ! A table !

 

Le dîner est passé. Les enfants couchés ainsi que leur parents. Il est temps que je m’endorme mais j’ai toujours une angoisse de ne plus me réveiller. Et pourtant, je sais que c’est idiot. Pour me changer les idées, je lis ce que me rapporte Khadidja de la bibliothèque. Ce soir, c’est les désorientés d’Amin Maalouf. Je suis plongé dans l’histoire d’un homme qui essaie de réunir des amis d’enfance perdus de vue depuis 30 ans, après la guerre au Liban. Cela parle d’identité, de valeurs, de recherche de sens. Cela me touche. Mes yeux tombent sous le regard bienveillant de ma petite lumière de chevet.

Éjecté. Je regardais impuissant au fourgon en flammes qui devait me transférer dans une autre prison. Liberté inattendue. Bien que je fusses sonné, je pus m’enfuir au bord de la rivière toute timide. Je ne savais pas combien de temps j’avais marché. La nuit était tombée. Errance. Fuite éperdue vers un ailleurs dont je ne connaissais pas la destination. Fatigue. Épuisement. Je ne savais pas comment je pouvais survivre avec le peu de forces que j’avais. Je voyais au loin une lumière. Un feu. Je voulus crier pour appeler à l’aide. Mais plus de voix. Je tombais. Inconscient.

Je me réveille en sueurs. Toutes les nuits, je revis mon évasion. Pourquoi donc ? Je me suis enfuie car j »avais saisi une opportunité. Je ne suis pas un lâche. Je ne comprends pas. Je me souviens d’avoir été accueilli par un groupe de touristes qui faisait du trek. Ils dormaient à la belle étoile. Ils m’ont découvert en partant au matin. Par chance. Ou c’était le destin qui avait décidé qu’il fallait que je vive. C’est Allah dans toute sa miséricorde. Loué soit-il ! J’ai été choyé, soigné. Il y avait un médecin et un avocat parmi eux. Une chance phénoménale. Rocambolesque, n’est-il pas ? Je ris malgré moi. J’entends une voix. Hakim. Papa, tout va bien ? Oui tout va bien. Dors tranquille.

Ma vie était une folie encore une fois. Tout le monde me croyait mort, carbonisé. Je n’existais plus en Algérie. Ils m’ont emmené avec eux en France. J’ai du tout reconstruire. Une histoire. Mon identité. Personne ne connaissait mon passé, sauf les touristes. Et bien sur, Hakim. Lui seul. Pas sa femme, ni les enfants. Mais comment, me direz-vous, ais-je retrouvé Hakim ? Par pur hasard, tout simplement. Béni soit Allah. C’est Mr Masson, l’avocat et sa femme qui m’ont hébergé chez eux. J’étais leur homme à tout faire. Ils m’ont trouvé un boulot de vendeur, dont le patron était… Hakim. Étonnant, non ? Hakim avait bossé comme un fou pour ouvrir un magasin en France, pour vendre des produits d’Algérie.

Mes pensées se mélangent un peu. Des morceaux me manquent mais je suis fier d’être là. Je ne sais pas pourquoi mais ça me vient d’un coup. Je prends ma décision de raconter mon histoire à Kharidja et les enfants. Qu’il sache qui je suis vraiment ; Que j’étais un instituteur renommé, accusé injustement par une mère jalouse. Hakim me l’avait confirmé après avoir eux les aveux de la fille quelques années après.

Je voudrais apprendre à mes petits enfants que la rumeur peut tuer, peut détruire une vie. Il faut prendre de la distance face à des « on-dit que ». De ne pas agir sous le coup des émotions sous risque de faire des erreurs.

Je peux m’endormir paisiblement. Tout paisiblement. Que la vérité soit dite. Ma soi-disant lâcheté et honte, n’en était pas une. Je peux raconter ma vie en toute sérénité. Non, je ne suis pas rancunier, amer. C’est ainsi. C’est le passé et on ne peut pas revenir en arrière. Maintenant, je sais sur qui je peux compter.

 

FIN

 

Je ne t’oublie pas

Je ne t’oublie pas.

Je ne t’oublie pas cher ami.

Même si mon silence perdure, que tu as l’impression que je suis indifférent à ce que tu vis, tu peux te tromper.

Je ne t’oublie pas malgré mes rythmes de vie effrénée entre la vie de famille, la vie professionnelle et la vie de famille.

Je peux donner l’impression de t’oublier mais ce ne sont que des impressions. Quand je te téléphonerai, ça sera une bonne surprise si tu gardes confiance en moi.

Je ne t’oublierai pas car tu comptes pour moi. Retiens que je pense à toi dans ces circonstances de vie qui nous sont communes.

Les mois peuvent passer mais je te téléphonerai sans aucun souci. Ne m’attends pas avec impatience. Tu risques d’être déçu. Vis ta vie et quand le moment viendra, tu sauras accueillir avec joie mes nouvelles. C’est réciproque.

Je ne t’oublie pas. Fais-moi confiance comme je te fais confiance.

 

Centrafrique, je ne t’oublie pas malgré mon impuissance. La RDC, je ne t’oublie pas non plus. Je reste informé sur ce qui se passe, sur les évolutions de paix qui se profilent.

Toi, mon ami marocain, je ne t’oublie pas comme toi, mon frère bolivien. Pour que tu puisses garder confiance, il faut que je tienne mes promesses et donne un signe de vie avec des petits messages. Juste un petit message pour patienter jusqu’aux grandes conversations le temps venu.

Ne nous oublions pas.

Confiance et amitié.

 

Je vous souhaite à chacun de semer des graines d’amitiés et de les entretenir.

 

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Hadja

Recroquevillée contre le sol, elle tend son gobelet loin devant elle.

Sa tête est emmitouflée par son hidjab bleu, recouvrant tout son corps.

Les yeux fermés avec ses oreilles aux aguets.

Elle s’appelle Hadja.

Elle entend moult pas qui s’entrechoquent. Des chaussures à talons qui claquent, des mocassins qui frottent. Des voix fortes résonnent en elle puis s’éloignent. Le monde lui semble lointain, étranger.

La honte la submerge. Tellement honte qu’elle en oublie ce qu’est la fierté, la dignité.

Sa faim la torture. Comme son visage est caché, elle peut pleurer, mordre ses lèvres pour retenir sa rage.

Hadja est livrée à elle-même. Son mari la bat du soir au matin et l’oblige à mendier. Lui-même n’a pas de boulot. Il s’enfonce alors dans l’alcool dans un bar du coin. Il l’a à l’œil. Il surveille les sorties de métro. Ses enfants ? Ils ont tous été placés. Rien. Plus rien ne retient Hadja. Rien que de la peur.

Tellement honte qu’elle ne peut pas appeler à l’aide. Elle n’a confiance en personne. Elle comprend très peu le français. Comment peut-elle s’exprimer si personne ne la comprend ?

Elle a caché son visage pour ne pas qu’on la reconnaisse. Humiliée, bafouée.

Qui donc peut-l’aider ? Le mari risquerait de la battre encore plus.

Spirale infernale de la violence et de la misère.

Spirale infernale de l’alcool et de la honte.

Elle existe cette femme, à l’entrée d’une bouche de métro. Sans fin !

Oser, encore oser?

Oser, encore oser !

Je sais qu’il n’est jamais facile d’oser.

Oser parler devant l’autre avec franchise et clarté, c’est se découvrir, se rendre vulnérable.

Oser vers l’autre, faire le premier pas, c’est se laisser à l’imprévu de la rencontre.

Je suis conscient qu’il n’est jamais facile d’oser ce que l’on a jamais fait.

Savoir oser, c’est prendre le risque de se blesser. Mais les blessures se cicatrisent. On peut se relever des chutes, des échecs. Nous pouvons être fiers d’avoir osé.

Je peux être fier d’oser s’opposer devant un prof qui ne me respecte pas, en toute justesse.

Je peux être fier d’oser se joindre à un groupe et de prendre part à la vie sociale.

Oser, c’est vaincre ses peurs. Cela pourrait être aussi vaincre nos préjugés, nos idées reçus.

Oser dire oui, oser dire non quand il faut, au moment opportun.

Oser vivre avec le passé que l’on a. Je nous invite à voir le passé non comme un boulet mais comme une suite d’expériences très divers et variés. Je sais que ce n’est pas donné à tout le monde. Il y a des blessures qui ont du mal à se refermer tel que des deuils, des trahisons, des mauvaises expériences professionnelles ou amoureuses. Mais le passé ne doit pas nous empêcher d’oser regarder sur ce que l’on vit sur l’instant présent. Puis d’oser regarder le lendemain avec tendresse, en toute confiance malgré les soucis quotidiens.

Je sais bien que parfois, je suis idéaliste. J’ose rêver, et alors ?

J’ose écrire des choses qui peuvent paraître niais ou bien irréaliste. Et alors ?

Cela ne m’empêche pas d’être lucide sur ce qui se vit autour de nous.

Comme chacun de vous, je ne peux pas être partout. Je ne peux pas faire des milliards de choses à la fois. Je suis humain, comme vous. Il me semble important de ne pas l’oublier.

L’homme, la femme ont leurs limites, leurs fragilités mais ils ont aussi leurs forces. N’oublions jamais les deux versants de chaque personne.

Osons se remettre en question quand on commence à juger la personne.

Allez ! Venez ! Osons vivre de peur de mourir dans nos ignorances, dans nos peurs.

 

 

Je vous souhaite à chacun d’oser, de pouvoir en parler à vos amis proches pour vous faire aider.

Pleins de joies et de courage dans vos engagements et vos décisions prises.

 

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Se former?

Se former ?

Apprendre, réapprendre ce que l’on croyait savoir et qu’on a oublié.

Se remettre à jour pour prendre de la distance et interroger notre pratique dans la vie quotidienne.

Se former, c’est une hygiène de vie tant au niveau professionnel que personnel.

Apprendre de nouvelles choses, c’est jubilatoire, surtout si le formateur est passionné et pédagogue.

Se former, c’est oser se laisser déplacer dans nos certitudes. Le savoir est un atout non négligeable dans le lien social. Dire que l’on sait certaines choses apportent une meilleure image de soi. Je rectifie : Il ne suffit pas de tout savoir pour maîtriser les événements et les personnes. Il faudrait essayer d’être et non dans le paraître.

L’apport de connaissances peut nous faire grandir, nous épanouir et mieux comprendre certaines choses de la vie, sur ce qui nous entoure.

Se former, c’est vouloir dépasser nos préjugés, nos idées préconçues et de mettre des mots sur ce qu’on aimerait comprendre.

Je reprends les études après 7 ans d’activité professionnel. Je vous assure que c’est une vraie aventure dans les méandres de l’apprentissage d’un domaine qui m’est complètement inconnue.

Ce matin, j’ai savouré un cours, d’une part, c’était intéressant et d’autre part, la prof était clair, net, précis. Un pur régal.

 

Je comprends mieux l’angoisse des élèves face à l’inconnu, aux savoirs qu’ils doivent emmagasiner, comprendre, décortiquer. Peur de rien comprendre. C’est l’adulte, entre autre, qui doit mettre en confiance l’élève, chaque élève. Chacun à ses propres capacités d’apprentissages, de mémorisation soit de manière visuelle ou auditif , ou bien de manière…. euh… communicatif ou comportemental. (Il me semble qu’il y a un mot plus pointu que ça!)

Apprendre à travailler?

Je travaille.

Je potasse.

Je cogite.

Je bloque.

Je fronce les sourcils.

Ma tête se pose sur mes poings.

Je respire profondément.

Je relis tout doucement.

Mes yeux se ferment.

Mon esprit se met à voguer.

Et puis un déclic.

Je pousse un râle de joie.

Je continue à gratter,

Fais des schémas,

Je surligne, tire des traits.

Je tourne la page.

Je soupire en profondeur.

Encore 256 questions à traiter.

À en désespérer.

Allez, je fais un par un.

Sans regarder le reste pour ne pas déprimer.

Je me réjouis sur une question résolue.

Allez, un pas de fait en avant.

Le temps passe et j’y suis encore

Figé sur mon devoir.

Devoir d’apprendre.

Devoir de compréhension.

Devoir de transmission par la suite.

Pour ensuite mettre en pratique

mes acquis.

Un instant, je m’affale

pour mieux me relever.

Je prends un rythme,

Un certain rythme

qui ne me convient qu’à moi.

Les autres ont leur propre mécanisme d’apprentissage.

Chacun à son chronomètre,

Plus ou moins rapide,

Selon ses domaines de prédilection

ou dans des domaines de galère.

Allez, je continue à persévérer,

À croire que cela m’apporter des acquis

Que d’autres n’auront pas,

À part mes collègues de formation

Ou du métier.

Une certaine fierté.

Plaisir de bosser

Même si c’est fastidieux,

Que cela demande des efforts,

De courage, de la ténacité,

De la rigueur dans la simplicité.

 

Bon courage à chacun dans leurs études, dans leurs formations.

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Evasion

Juste un regard.

Juste un souvenir.

Juste pour s’émerveiller.

Rêvasser.

Prendre du souffle.

Respirer.

Sourire.

Songer aux projets les plus fous.

Puis se relever confiant,

Accueillir ce qui advient

En prenant de la distance

Malgré les lourdeurs,

Malgré la fatigue.

 

De la révolte?

Cri

Colère.

Révolte.

Recherche d’identité.

Recherche de reconnaissance

Un combat sans cesse renouvelé

Avec de l’unité de nos pairs, de ceux qui se reconnaissent

Dans l’indignation qui surgit de nos entrailles.

Qui nous suivra ?

Ceux qui n’ont rien à perdre ?

Ceux qui ont le temps avec eux ?

Ceux qui ont les moyens de faire la grève ?

Ceux qui sont libres de tout hiérarchie ?

Parait qu’il y aura une explosion sociale.

C’est ce que j’ai lu dans le monde, selon un sondage. *

Qu’est-ce qui va faire descendre dans la rue ?

Qu’est-ce qui va pousser toutes catégories sociales à se révolter contre l’injustice sociale ?

Pleins de facteurs pourraient empêcher d’agir à cause de notre boulot, de notre avenir professionnel à travers la formation, les responsabilités en famille, les problèmes de santé. Y aura hélas toujours une excuse. Des bonnes et des mauvaises.

Oui, râlons mais sachons proposer, élaborer de meilleurs pratiques, une autre façon d’agir.

Chacun doit être reconnu dans son sentiment d’injustice et être entendu.

 

Je souhaite un bon courage aux travailleurs sociaux pour leurs revendications, aux personnes qui se battent pour leurs droits, pour leurs métiers.

 

*« http://www.lemonde.fr/societe/article/2013/11/30/les-francais-envisagent-une-explosion-sociale_3523199_3224.html »

 

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