Ras le passé.

Je n’ai pas dit d’oublier le passé. C’est impossible sauf en cas de déni ou d’amnésie. Se souvenir peut être sain mais arrêter de rabâcher les mêmes rengaines que nous n’avons pas vécu nous les jeunes.

Ok ça s’est passé et ça été effroyable. Ok plus jamais. Mais là, il faut arrêter de regarder en arrière sans cesse et regarder là où l’on met les pieds. Là, maintenant. Bien sûr qu’il y a une histoire mais c’est maintenant que l’avenir se construit. Nous n’avons pas à nous culpabiliser éternellement sur les erreurs de nos pères y a des siècles et même des dizaines d’années.

 

Politiques et médias, gens de toutes catégories, arrêtons de faire peser le poids du passé sur les générations à venir. Cela n’a aucun sens.  Apportons les moyens concrètes pour relever ceux qui peinent et ceux qui souffrent. Arrêtons de se voiler la face, de tout diaboliser. Appelons un chat un chat et arrêtons de tourner autour du pot.

Ras le passé qui fait monter en nous une honte inutile. Ce n’est constructif pour personne.

Tiens donc, pourquoi je m’emporte ? C’est à travers l’actualité où certains acceptent les crimes d’Israël parce que leurs aïeux ont vécu l’holocauste. Mais jusqu’à quand doit on se sentir coupable parce la communauté juive ont été exterminé en partie. Arrêtons la victimisation à outrance et la justification à cause du passé.

 

Cela s’est passé ainsi et on ne peut pas revenir en arrière. Regardons en face le présent et construisons avec ce qu’on a et avec un certain héritage, pour un avenir CONSTRUCTIF !

Comment s’épanouir, grandir si l’on rumine, si on a des remords, des regrets ? Pour ma part, ce n’est pas possible.

 

Alors, je souhaite à chacun, ce qui n’est pas facile et aisé, je sais très bien, mais à accepter le passé comme un fait Puis ayons un regard à égale sur toutes les communautés religieuses et surtout de ne pas stigmatiser, faire des amalgames à cause des électrons libres fanatiques.

Je vous souhaite un grand courage face aux actualités qui peuvent énerver certains.

Heureux!

Heureux !

 

Heureux ! Je suis heureux !

 

Cela me fait penser au sketch de Fernand Reynaud. (Mais dans son sketch, il raconte qu’il est heureux malgré les emmerdes qu’il a. Un peu naïf. )

 

Heureux, puis-je l’être, alors que d’autres ne sont pas heureux ? Bien sûr, ce n’est pas égoïste. Tout dépend ce qu’on en fait de cet état de béatitude. (Pas illuminé, ni planant). Juste un sentiment de bien-être profond. Dans un instant T, dans un temps surement limité, j’ai cette sensation. Vous l’avez surement tous eu.

 

Un sentiment bien étrange qui vous traverse et vous emmène vers l’avant. Cet état me donne l’envie de vous écrire puis d’aller travailler avec motivation. De se faire du bien pour que d’autres puissent en profiter. Ce n’est pas parce que je suis heureux, même pour un court instant, que cela me fera oublier les misères du monde, les souffrances dans mon entourage. C’est une chance à saisir pour soutenir ceux qui sont dans la peine. Mais à soutenir dans le respect de l’autre car cela peut paraitre insolent, insoutenable pour celui qui galère.

 

Alors Heureux ? Même si je ne sais pas combien de temps ça va durer, j’en profite à fond, en toute conscience et modération. Pour savourer, fructifier.

Heureux qui comme… chacun de nous cueille chaque instant de sa vie comme un cadeau.

Heureux qui savent écouter leur cœur, ils éviteront bien des tracas.

 

« Heureux les pauvres,

Pas les fauchés

Mais ceux dont le cœur est libre.

Heureux ceux qui pleurent

Pas ceux qui pleurnichent

Mais ceux qui crient.

Heureux les doux

Pas les mous

Mais les patients et les tolérants.

Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice

Pas ceux qui braillent

Mais ceux qui luttent.

Heureux les miséricordieux

Pas ceux qui oublient

Mais ceux qui pardonnent. »

Heureux les cœurs purs

Pas ceux qui font les anges

Mais ceux dont la vie est transparente.

Heureux les pacifiques

Pas ceux qui éludent les conflits

Mais ceux qui les affrontent.

Heureux les persécutés pour la justice

Non parce qu’ils souffrent

Mais parce qu’ils aiment. »

                Pierre Jacob

 

« Heureux ceux qui savent rire d’eux-mêmes,
ils n’ont pas fini de s’amuser !

Heureux ceux qui savent distinguer une montagne d’une taupinière,
il leur sera épargné bien des tracas !

Heureux ceux qui regardent où ils mettent les pieds,
ils éviteront bien des peaux de bananes !

Bienheureux ceux qui sont capables de se reposer et de dormir sans chercher d’excuses,
ils deviendront sages.

Heureux ceux qui savent se taire et écouter,
ils en apprendront des choses nouvelles !

Heureux ceux qui sont assez intelligents pour ne pas se prendre au sérieux,
ils seront appréciés de leur entourage.

Bienheureux ceux qui sont attentifs à l’appel des autres sans toutefois se croire indispensables,
ils seront semeurs de joie.

Heureux êtres-vous si vous savez regarder sérieusement les petites choses
et paisiblement les choses sérieuses,
vous irez loin dans la vie.

Heureux êtes-vous si vous savez admirer un sourire et oublier une grimace,
votre route sera ensoleillée.

Heureux êtes-vous si vous êtes capables de toujours interpréter avec bienveillance les attitudes d’autrui
même si les apparences sont contraires,
vous passerez pour des naïfs, mais la charité est à ce prix.

Bienheureux ceux qui pensent avant d’agir
et qui prient avant de penser,
ils éviteront bien des bêtises.

Heureux êtes-vous si vous savez vous taire et sourire quand même lorsqu’on vous coupe la parole,
lorsqu’on vous contredit ou qu’on vous marche sur les pieds,
l’Evangile commence à pénétrer votre cœur. »

                                                                       Auteur inconnu

 

 

Alors si un jour vous êtes heureux, ne vous culpabilisez pas !

Je vous souhaite pleins de petits moments de bonheurs !

Un nouv’ élan

Pour cette nouvelle année, je voudrais éviter tous les voeux classiques tel que travail, santé, amour etc… Cela fait un peu pompeux et classique.

Que pourrais-je donc vous souhaiter?

Un nouvel élan meme si les jours se ressemblent entre 2013 et 2014.

 

– Un million de pincées d’espérance et de joie,

 – Trois grands zestes de courage et de persévérance  pour affronter les soucis.

 – Mille brassées de rires et de sourires

 – Moult litres de sérénité et de paix

 – Pleins d’énergie pour vivre vos rêves et vos projets.

 
Je vous  souhaite un chemin riche en expériences humaines, professionnelles et familiales.

 

Puis viennent les résolutions qu’on prend vite et qu’on oublie. Je vous souhaite de perseverer dans vos choix de tous les jours ou bien dans les grandes décisions à prendre.

Pour réaliser nos rèves, il suffit de passer à l’action , de planifier, de prendre nos agendas et en parler autour de nous.

 

Alors, je souhaite vraiment à chacun de s’accomplir, de se réaliser en découvrant la richesse humaine.

Une relecture?

En cette fin d’année, je pourrais essayer de relire sur ce que j’ai vécu durant 2013.

Relire les événements de manière posée. Quand ce sont des échecs, je peux essayer d’en tirer une expérience, des points positifs. Puis je pourrais essayer de voir mes réussites. Qu’est-ce qui a fait mes joies ? Qui m’a accompagné durant ces moments ?

Relire, c’est observer le passé dans une période donnée et avec un regard critique, le plus juste possible. Je pourrai essayer d’accueillir et d’accepter mes ratés, mes bourdes, pour ne plus ruminer, regretter.

A travers la relecture, je peux essayer de voir mes progrès ou bien les points qu’il me faudrait améliorer.

Quelles ont été les événements qui m’ont marqué ? Qui m’ont fait grandir ?

Quelles sont les personnes qui m’ont interpellé, soit de manière positive ou négative?

Mes découvertes ? Mes bévues ? Mes joies ? Des projets que j’avais mis en route et qui n’ont pas vu le jour ? Pourrais-je concrétiser ces projets ?

Dans quel domaine dois-je progresser, tant au niveau de mon attitude, ma relation avec les autres ( famille, conjoint, amis, collègues de boulot) , ou bien dans le domaine de la santé, de l’engagement ?

 

Pour ma part, je peux vous partager les défis que j’ai eu le plaisir d’avoir accompli, tel qu’avoir fait du vélo pendant 3 jours ( 150 km), avoir réalisé un tour de vélo solidaire, concrétiser des projets au sein du couple ( discrétion assurée 😉 ), d’avoir réussi mon entrée en formation de documentaliste. Et pleins d’autres choses. Et des échecs ? Cela fait partie de mon intimité que je ne voudrais pas dévoiler au grand public. Il me semble important de faire attention sur ce qu’on dit, sur les mots employés qui peut choquer, interpeller sans le vouloir.

 

Et vous ? Et toi ?

La vraie vie?

Est-ce qu’une seule personne peut dire : «  Voici la vraie vie . C’est ça la vie » ?

C’est quoi la vraie vie ?

Qu’est ce qu’une vie en vérité ? Quand nous sommes confrontés à la réalité ? La réalité financière ? La réalité affective ? La réalité financière ?

Qu’est ce qui est vrai ?

Chaque personne a sa propre vision de ce que peut être l’univers de nos jours.

Devons-nous être confronté à la douleur, à la mort, à la maladie pour connaître la vie ?

Quand nous sommes face à des paradoxes, à des dilemmes ?

Chacun a sa propre image de la vie, selon son éducation, selon sa culture.

Pleins de concepts peuvent entrer dans la réflexion sur ce qu’est la vie tel que la liberté, la mort, les émotions, la Loi. La loi et la liberté ne sont pas forcément opposables. C’est un autre sujet.

La vie ?

Quand ça pulse, ça bouge sur notre chemin. Où l’on va de découvertes en surprises. Quand le chemin devient large pour accueillir l’autre, ou bien que le chemin accepte d’arriver dans une gare pour faire des choix de destination. À quelle vitesse ? Gare ferroviaire ? Gare routière ? Gare de vélo ? Gare pédestre ?

La vie avec son rythme, ses couleurs, ses odeurs, sa formes liée aux épreuves traversées.

Dans la vie, qu’est ce qui est de l’ordre de l’acceptable, du supportable ? On ne pourra jamais généraliser mais des personnes peuvent se retrouver, se comprendre en fonction des affinités.

On ne pourra jamais comparer nos vies.

En quoi ma vie serait plus vraie que l’autre ?

Tout est subjectif.

J’ai juste à espérer que chacun puisse s’épanouir et mettre du sens dans sa propre vie, et vivre selon ses aspirations. Mais je sais que ce n’est pas une mince affaire à cause des influences extérieurs, dont on peut ne pas être conscient.

 

Je vous souhaite à tous un bon courage dans chacun de vos vies, qu’elle soit vrai en fonction de vous-même. ( On peut s’inspirer des autres mais surtout pas se calquer, copier, cela serait se renier).

 

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Impressions après Noèl

Soleil couchant rasant les toits du village et des collines alentours.

Silence suspendu au rythme des tracteurs et des promeneurs du jour.

Sonné par le brouhaha de la fête, on s’exile pour un instant d’éternité.

Chaque pas nous emmène sur des ondes de songes vers la liberté.

Retrouvailles. Puis solitude éphémère pour un juste équilibre,

Pour se préserver, souffler et revenir dans une foule qui vibre,

Et nous emporte malgré tout dans une certaine frénésie superficielle.

J’aime prendre le temps de respirer loin du brouhaha, sous un ciel

Qui se pare de mémoires lumineuses de nos ancêtres. Se souvenir.

Temps de pause pour remettre du sens dans ce que l’on vit. Sourire.

J’entends des éclats de rire. Ils m’appellent. Inspiration profonde.

Je repars disponible, serein, prêt à accueillir ce qui advient.

J’aime prendre le temps d’observer, agir sur tout ce qui vient

Pour rendre service, et être vrai au maximum. Rien ne se fonde

Dans l’hypocrisie, l’orgueil, le mensonge, l’absence d’écoute.

Rien n’est jamais facile mais je désire persévérer, partager

Ce qui me tient à cœur, sans renier mes valeurs, malgré des déroutes.

Je reconnais que c’est parfois fatiguant, usant de vouloir garder ses marques.

Mais le jeu en vaut la chandelle de rester soi en étant tourné vers les autres.

Ivresse de Noel

Ivresse.

Trinquer sans cesse.

Rire et se chambrer.

Taquineries.

Chatouilles intellectuelles.

De belles surprises en ouvrant les cadeaux.

Des objets surprenants, des livres inattendues, des vêtements d’une certaine classe.

Des yeux qui pétillent avec un grand sourire.

Des merci pleuvent. Des larmes de joies peuvent tomber.

Parfois, des gênes s’installent. On ne dit rien pour ne pas froisser l’autre qui croyait bien faire.

Ou bien on se rend compte qu’en offrant tel cadeau, on a fait une bourde. Alors, on essaie de se rattraper.

Le temps semble suspendu quand on découvre les cadeaux et qu’on veut en profiter. Après le temps est trop vite passé. Pourquoi n’ai-je pas pris le temps d’ouvrir, de savourer encore plus ? Tant pis, le plaisir est là. Je vis dans l’instant avec ceux qui m’entourent.

Laissez-vous encore bercer par la magie de Noël, par la rencontre de chacun, de profiter.

Jubilation.

Excitation.

Allez, on essaie ?

On joue ?

On lit ? Je te passerai le livre après.

 

Pleins de courage à chacun surtout pour ceux qui vivent un noël difficile pour des raisons familiales, financières etc.. 

 

 

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Noel

Noël

 

Temps de retrouvailles.

Temps de fête.

Mais cela peut être aussi source de tensions, de stress. Peur d’être déçus, d’être confronté à la solitude. Crainte et espoir.

Y en a qui se réunissent en famille, avec des amis. Puis d’autres qui vont fêter Noël auprès des plus démunis. Souci de donner du sens autre que commercial et paillettes.

Quel sens cela a pour vous de vivre Noël ?

Pour moi, c’est au niveau de ma foi chrétienne. Je ne crains pas de vous l’annoncer, de le partager. C’est fêter la naissance du Jésus, fils de Dieu. C’est croire que Dieu s’est incarné et qu’il s’est fait tout petit, pour être égal à l’homme. Je sais, c’est mystérieux, dingue, complètement fou. Mais c’est la foi qui parle. Une expérience humaine.

Alors, pour vous, peut être que c’est juste les retrouvailles en famille. Comme je disais, Noël est vécu selon chacun de nos histoires très singulières.

Je vous souhaite de vivre ce temps de fête dans la simplicité et d’accueillir chaque geste de fraternité, d’amour comme un immense cadeau. Pour ma part, j’essaie de moins attendre d’avoir des supers cadeaux. Ce qui compte pour moi, c’est l’intention qui est donné et sentir que l’autre a essayé de rejoindre ce qui fait ma personne. Avec tendresse, avec humour. Pas besoin de mettre des euros et des euros. Mais bon, c’est un langage qui me convient. Et vous, quel langage de partage avez-vous ? Qu’est ce qui compte pour vous ?

Ce soir, je souhaiterai chanter, rire, comprendre, écouter, partager…. accueillir comme je peux la simplicité et la franchise.

 

Je vous souhaite à tous un joyeux noël et que vous puissiez le vivre le plus sereinement possible malgré les circonstances quel qu’elles soient.

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Sélim

Assis sur un banc, emmitouflé dans mon gros manteau en cuir usé, j’observe la foule. Mon voisin, aussi silencieux que moi, fume sa cigarette qu’il sirote depuis ce matin. Nos épaules se touchent pour se tenir chaud. Je sens mes yeux s’enfoncer dans les rides de mes joues. Mes petites lunettes rondes sont en équilibre sur mon nez arrondi, travaillé par le temps. Je serre ma canne entre mes jambes. J’entends les bruits des pas de la foule qui s’amplifient ou s’amenuisent selon les couleurs de la ville. Tous les gens qui passent. Ils me sont étrangers, venus d’un autre monde avec leurs beaux habits, leurs sacs brillants. Des djeuns slaloment dans leurs joggings de grande marque, en arborant leurs bijoux de haute technologie. À travers le béton des immeubles, il me semble apercevoir mon bled perdu perché sur une colline entourée d’oliviers. À travers les platanes, je crois voir les ifs qui me protégeaient du soleil.

Sélim, je m’appelle Sélim. Je suis trop vieux pour vous dire mon age. Je ne sais pas. Je ne sais plus. J’ai plusieurs dates de naissance à cause des soucis administratifs. C’est aussi souvent suite à des conseils d’amis d’amis pour avoir quelques droits. Maintenant, j’ai juste le droit de vivre et j’en suis fier. Fier de vivre encore avec mes compatriotes exilés depuis tant d’années.

J’habite chez mon grand fils, Hakim avec sa femme et ses enfants. J’avoue ne pas avoir la scoumoune. Hakim a un très bon boulot de commercial et sa femme, Khadidja, est enseignante d’histoire-géographie dans un petit collège en dehors de la ville. Ma belle-fille met une heure pour aller au boulot. Elle ne se plaint pas. C’est moi qui s’occupe d’emmener les enfants, Mustapha et Hassan à l’école, puis chez l’orthophoniste deux fois par semaine.

La journée, je passe le temps à discuter avec mes voisins du pays pour parler du bon temps, de commenter l’actualité, de faire des remarques sur les jeunes qui font n’importe quoi et qui donnent une mauvaise image sur notre communauté. Je suis trop vieux maintenant pour m’autoriser à mettre un cadre. Puis mon cadre est incompréhensible ici. Ils ne comprennent pas les gens et pourtant c’est si simple.

Ici, je n’ai rien à dire. On considère que j’ai vécu et que les temps ont changé. C’est les ON qui m’énerve. Faut pas faire ci. Faut pas faire ça. J’entends parfois qu’on m’engueule comme si j’étais un gamin. Surtout des fillettes à l’accueil d’une banque. Elle ne m’engueule pas mais me parle comme si j’étais un idiot. C’est humiliant. Mais ça, je n’arrive pas à le dire. Je n’ai pas les mots. Alors je m’écrase. Je suis vieux. Et en plus, un immigré. Un immigré depuis 20 ans.

Et pourtant, j’ai eu une belle période jusqu’au jour…

 

Où les policiers sont venus me chercher à l’école et m’embarquer menotté. Je ne comprenais pas. Je fus mis dans une cellule froide et humide. Les policiers me regardaient avec dégoût. Je leur disais que je ne comprenais pas. Ta gueule, me criaient-t-ils. J’étais instituteur jusqu’à ce jour. Le soir venu, dans l’obscurité, j’ai entendu le pourquoi j’étais là. On m’a traité de pédophile. De vicieux. Ahuri, hagard, sonné, j’essayais de me remémorer les scènes. Je ne voyais pas. Je prenais soin de mes élèves. Il y avait souvent une de mes jeunes qui me faisaient des cadeaux lors des grandes fêtes. Je voulais crier mon innocence mais plus j le disais, plus un flic venait me tabasser. Pour lui, je devrais avoir honte, m’écraser. Puis on m’a mis dans une autre cellule avec d’autres prisonniers. Je me souviens d’une odeur fétide, d’urine et de sueurs. Ils me regardaient avec rage. Je fus tabassé, mis à nu sans que personne intervienne. Au moindre mot que je prononçais, c’était pour eux une insulte alors ils m’ont cassé la mâchoire. J’étais resté prostré au fond de la cellule. Nu comme un ver. Noir comme un cafard.

Je pleure. Mon ami Khadim s’inquiète pour moi : ما فعلته لك؟ ». Rien Khadim. Des mauvais souvenirs. Je voudrais oublier. Mais Allah veut que les souvenirs, les cauchemars perdurent. Khadim ne me comprenait pas. Il ne connaît rien de mon histoire. Seul mes enfants le savent. Ma femme m’a quitté à cause de cette histoire et n’a jamais su la vérité. Paix à son âme. Elle est morte de honte et de chagrin à cause de moi.

Il est l’heure d’aller chercher les enfants. Je salue Khadim et m’en vais quelques rues plus loin. Je retrouve Mustapha, 8 ans et Hassan 6 ans. Ils sont restés bien sage dans la cour. Des vrais trésors dont les maîtres en sont fiers. Les autres parents me saluent au passage. L’instituteur de Mustapha est venu me parler. Je comprenais tout ce qu’il disait. Il me demandait si je pouvais témoigner dans leur classe ce que j’avais vécu en tant qu’élève en Algérie. Pour comparer, pour leur ouvrir l’esprit. J’ai dit oui. Même si une angoisse monte en moi à chaque fois que j’entre dans une école. Je reste souriant, attentionné. J’aime rendre service.

Puis j’emmène les enfants chez l’orthophoniste, Mme Logop. Il y avait une foule énorme dans la salle d’attente. Je reconnais certains qui ne font qu’accompagner ceux qui ont rendez-vous. On me laisse un siège. Merci. Puis les enfants jouent en attendant.

Je n’ai su qu’au procès, du pourquoi j’étais condamné à l’exil.

 

    Après d’interminables journées avec mes co-détenus, un gendarme est venu me chercher avec des vêtements à peu près correct. Personne n’était venu me rendre visite. Je m’étais habillé au vu de tous dans le couloir de la prison puis on m’a emmené dans une cour poussiéreuse. Un fourgon de police m’attendait. Le soleil m’aveuglait. J’étais épuisé. J’étais bien content de sortir de cet enfer malgré tout. Mais pour combien de temps, je ne le savais pas. Ils m’ont emmené dans un petit tribunal où il y avait énormément de monde. Cela criait et huait quand je suis sorti du camion à l’entrée d’un bâtiment assez baroque. Les policiers tentaient de me protéger de la foule qui voulait me lyncher. J’étais dans un état ahurissement. Je me souviens que la salle était comble. J’étais installé dans un box, sur le côté. J’essayais de regarder le public mais je sentais une haine énorme à mon égard. J’aperçus ma femme. Elle avait un regard de dégoût. J’ai cru qu’elle voulait me cracher à la figure. Mon fils Hakim n’était pas là. Je reconnus mes collègues de l’école. Je suis resté par la suite à ne regarder que mes mains sauf le juge quand il m’adressait la parole. J’appris que j’avais abusé mes élèves. J’appris que j’avais tenté des attouchements et que j’avais giflé. C’était celle qui m’offrait sans arrêt des cadeaux. Elle avait témoigné contre moi. Ses parents aussi. J’avais osé crié que c’était faux. Comment osez-vous remettre en cause la parole de l’enfant et de ses parents ? Vous êtes un monstre pervers que personne n’a vu. C’était l’avocat des parties civiles qui me lançait des qualités que je n’avais pas. Je m’étais résigné à me défendre. Pour eux, j’étais coupable.

La porte s’ouvre. Mme Logop appelle Mustapha. Je sais que c’est pour un problème de bégaiement. Puis Hassan, c’est un problème d’acquisition d’apprentissage. Quelque chose comme ça. Je ne sais pas trop ce que ça veut dire mais je lui fait confiance, à madame l’orthophoniste. J’aime bien attendre dans la salle d’attente. J’y passe une heure à discuter, à rêver, à voir mes petits jouer. Oui, une demi-heure de séance pour chacun. Donc ça fait bien une heure. Mais bon, une heure dans une vie, qu’est-ce que c’est ? J’ai tellement vécu dans l’ennui et la peur, plus rien ne me titille. Alors qu’Hassan joue aux montagnes russes en miniature, un petit jeune rentre en criant en s’agitant dans tous les sens, puis il se fixe devant ma canne en bois. Il tapote sa bouche avec sa main gauche, en faisant des ho, ho. Puis il pose sa tête sur mon genou. J’ai un sursaut de peur. Je me lève brutalement et le renvoie. Je me fais engueuler par sa mère qui était entré entre-temps. Je me suis surpris de cette réaction. Je suis tout confus. Je présente mes excuses et me rassoit. Le petit jeune revient vers moi. Il vient vers mon épaule et semble me caresser avec sa main droite. Il ne me regarde pas mais je comprends qu’il veut me consoler. Je’ ne sais pas pourquoi mais je pleure. Discrètement, mais je pleure. Hassan, me voyant, vient m’embrasser sur le côté. Ne pleure pas Jadi.

Le verdict tombe. Applaudissements. A mort ! A mort !

 

Ils m’ont tué. Ils ont tué mon innocence. Ma dignité a été éradiqué depuis le jour de mon inculpation. Cela été, dans ma tête, une bombe atomique. Même si je n’ai pas été condamné à mort à proprement parler, c’était quand même fait. 10 ans de prison au programme. Les seuls souvenirs que je pourrais verbaliser seraient le lieu où j’étais. Biskra. Un enfer au bord du désert.
J’ai soif. Respiration lente et difficile. Pourquoi me remémorer ces souvenirs ? Là, maintenant. Je ne veux pas me souvenir de mes années en prison. Six ans plus précisément. Six ans sans être seul. Six ans de vie avec 10 personnes dans une cellule. Six ans de folie.
Les séances d’orthophonie sont finies. Je ramène Hassan et Mustapha à la maison. Goûter très simple avec du pain et du chocolat. Devoirs un peu agités. Khadidja est revenu. Elle s’occupe de les doucher, les mettre en pijama. Moi, je reste à observer sur mon siège un peu bancal du hall. J’aime les entendre, les écouter, rire de leurs bêtises. Si ça se fâche, je n’interviens pas. Je fais comme si je n’existais pas. Et pourtant, j’ai réussi à vivre malgré tout. Je ne sais pas comment après ces tant d’années. C’est grâce à Allah. J’en suis certain. Il était juste discret quand j’étais en prison. Je m’endors malgré moi, la tête contre ma canne, sur mes mains jointes.
18 juillet 1981. Ce fut le déclencheur de ma liberté.
Je sens une présence. Un souffle. J’ouvre mon œil gauche et j’aperçois Hassan qui m’observe, recroquevillé. Pour savoir si je dormais. Je me relève pour essayer de l’attraper. Il s’en va dans un grand éclat de rire. Douleur au dos. Cela m’apprendra à faire le mahboul.
J’étais vraiment mahboul d’avoir réussi à survivre. Je ne regrette pas. Je suis heureux avec ma famille que j’ai retrouvée par hasard. Non, pas par hasard. C’est Allah qui l’a voulu. Allah est bon et miséricordieux. Allah m’a fait vivre l’enfer mais maintenant, le paradis. Juste récompense.
Des images, des sons me reviennent. Des mains et des matraques qui me poussent dans un camion. Poussières soulevées par le fourgon bâché. Sables et rocs à perte de vue. Route dans un canyon. Soleil souchant. Cris. Insultes. Freinage. Sensation de vertige. Choc. Explosion.
Jadi ! A table !

 

Le dîner est passé. Les enfants couchés ainsi que leur parents. Il est temps que je m’endorme mais j’ai toujours une angoisse de ne plus me réveiller. Et pourtant, je sais que c’est idiot. Pour me changer les idées, je lis ce que me rapporte Khadidja de la bibliothèque. Ce soir, c’est les désorientés d’Amin Maalouf. Je suis plongé dans l’histoire d’un homme qui essaie de réunir des amis d’enfance perdus de vue depuis 30 ans, après la guerre au Liban. Cela parle d’identité, de valeurs, de recherche de sens. Cela me touche. Mes yeux tombent sous le regard bienveillant de ma petite lumière de chevet.

Éjecté. Je regardais impuissant au fourgon en flammes qui devait me transférer dans une autre prison. Liberté inattendue. Bien que je fusses sonné, je pus m’enfuir au bord de la rivière toute timide. Je ne savais pas combien de temps j’avais marché. La nuit était tombée. Errance. Fuite éperdue vers un ailleurs dont je ne connaissais pas la destination. Fatigue. Épuisement. Je ne savais pas comment je pouvais survivre avec le peu de forces que j’avais. Je voyais au loin une lumière. Un feu. Je voulus crier pour appeler à l’aide. Mais plus de voix. Je tombais. Inconscient.

Je me réveille en sueurs. Toutes les nuits, je revis mon évasion. Pourquoi donc ? Je me suis enfuie car j »avais saisi une opportunité. Je ne suis pas un lâche. Je ne comprends pas. Je me souviens d’avoir été accueilli par un groupe de touristes qui faisait du trek. Ils dormaient à la belle étoile. Ils m’ont découvert en partant au matin. Par chance. Ou c’était le destin qui avait décidé qu’il fallait que je vive. C’est Allah dans toute sa miséricorde. Loué soit-il ! J’ai été choyé, soigné. Il y avait un médecin et un avocat parmi eux. Une chance phénoménale. Rocambolesque, n’est-il pas ? Je ris malgré moi. J’entends une voix. Hakim. Papa, tout va bien ? Oui tout va bien. Dors tranquille.

Ma vie était une folie encore une fois. Tout le monde me croyait mort, carbonisé. Je n’existais plus en Algérie. Ils m’ont emmené avec eux en France. J’ai du tout reconstruire. Une histoire. Mon identité. Personne ne connaissait mon passé, sauf les touristes. Et bien sur, Hakim. Lui seul. Pas sa femme, ni les enfants. Mais comment, me direz-vous, ais-je retrouvé Hakim ? Par pur hasard, tout simplement. Béni soit Allah. C’est Mr Masson, l’avocat et sa femme qui m’ont hébergé chez eux. J’étais leur homme à tout faire. Ils m’ont trouvé un boulot de vendeur, dont le patron était… Hakim. Étonnant, non ? Hakim avait bossé comme un fou pour ouvrir un magasin en France, pour vendre des produits d’Algérie.

Mes pensées se mélangent un peu. Des morceaux me manquent mais je suis fier d’être là. Je ne sais pas pourquoi mais ça me vient d’un coup. Je prends ma décision de raconter mon histoire à Kharidja et les enfants. Qu’il sache qui je suis vraiment ; Que j’étais un instituteur renommé, accusé injustement par une mère jalouse. Hakim me l’avait confirmé après avoir eux les aveux de la fille quelques années après.

Je voudrais apprendre à mes petits enfants que la rumeur peut tuer, peut détruire une vie. Il faut prendre de la distance face à des « on-dit que ». De ne pas agir sous le coup des émotions sous risque de faire des erreurs.

Je peux m’endormir paisiblement. Tout paisiblement. Que la vérité soit dite. Ma soi-disant lâcheté et honte, n’en était pas une. Je peux raconter ma vie en toute sérénité. Non, je ne suis pas rancunier, amer. C’est ainsi. C’est le passé et on ne peut pas revenir en arrière. Maintenant, je sais sur qui je peux compter.

 

FIN

 

Je ne t’oublie pas

Je ne t’oublie pas.

Je ne t’oublie pas cher ami.

Même si mon silence perdure, que tu as l’impression que je suis indifférent à ce que tu vis, tu peux te tromper.

Je ne t’oublie pas malgré mes rythmes de vie effrénée entre la vie de famille, la vie professionnelle et la vie de famille.

Je peux donner l’impression de t’oublier mais ce ne sont que des impressions. Quand je te téléphonerai, ça sera une bonne surprise si tu gardes confiance en moi.

Je ne t’oublierai pas car tu comptes pour moi. Retiens que je pense à toi dans ces circonstances de vie qui nous sont communes.

Les mois peuvent passer mais je te téléphonerai sans aucun souci. Ne m’attends pas avec impatience. Tu risques d’être déçu. Vis ta vie et quand le moment viendra, tu sauras accueillir avec joie mes nouvelles. C’est réciproque.

Je ne t’oublie pas. Fais-moi confiance comme je te fais confiance.

 

Centrafrique, je ne t’oublie pas malgré mon impuissance. La RDC, je ne t’oublie pas non plus. Je reste informé sur ce qui se passe, sur les évolutions de paix qui se profilent.

Toi, mon ami marocain, je ne t’oublie pas comme toi, mon frère bolivien. Pour que tu puisses garder confiance, il faut que je tienne mes promesses et donne un signe de vie avec des petits messages. Juste un petit message pour patienter jusqu’aux grandes conversations le temps venu.

Ne nous oublions pas.

Confiance et amitié.

 

Je vous souhaite à chacun de semer des graines d’amitiés et de les entretenir.

 

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