L’éducateur, passeur entre l’imaginaire et la réalité

Ayant analysé les différentes situations de jeunes à travers le jeu, je vais pouvoir développer quel est le rôle de l’éducateur au quotidien avec le jeune, et permettre une transition entre l’imaginaire de l’enfant et la réalité. Comment permettre au jeune de revenir aux règles extérieures et d’être confronté au quotidien tel que le repas, l’école, s’habiller, se laver etc.  Puis je vais étendre mon champ d’investigation autour de la socialisation du jeune. Comment aider l’enfant à accepter des règles, à pouvoir jouer avec les autres enfants ? Enfin, comment accompagner l’enfant à accepter l’échec, à canaliser sa violence du à une frustration extrême ?

 

 

Chapitre 1. L’éducateur, passeur entre l’imaginaire et la réalité

 

            Comment l’éducateur peut aider l’enfant à passer entre l’imaginaire et la réalité ?

 

            A. L’enfant, un monde à comprendre, à saisir

 

            L’éducateur a comme but de saisir l’enfant, de comprendre l’enfant dans ce qu’il est et ce qu’il fait dans son monde. Pour l’enfant, l’imaginaire est un cocon sécurisant où il peut investir ses propres règles. Il s’y sent bien et il est à l’aise. Il se rassure et se dépense en se créant un monde, en élaborant des situations que lui seul peut comprendre. C’est pour lui un moyen de fuir les contraintes, de ne voir que ce qu’il aimerait voir et vivre. Comment l’éducateur peut l’accompagner dans l’acceptation de ce qui n’est pas dans son monde ? Parfois, à cause du nombre d’enfants que nous sommes à gérer lors de la vie quotidienne et du manque de temps, nous devons obligés les enfants à être plus rapides.. Cela génère une rupture chez l’enfant qui se bloque, s’oppose ou peut entrer dans un « délire ». Dès que l’enfant est confronté à une réalité et qu’elle ne rejoint pas ses attentes, il peut réagir de manière agressive. C’est une manière de se défendre et de garder son soi intact.

Un travail peut se faire aussi sur le respect des désirs de l’enfant même si on ne peut pas tous les combler. Lacan disait : «  Le désir de l’enfant se prend à la lettre ». C’est une manière de dire qu’il ne faut pas contourner ce que veut l’enfant et être franc avec lui. C’est pouvoir lui dire non ou oui de manière direct, tout en respectant ses limites et ses capacités à pouvoir réagir.

 

            B. La métaphore du plongeur : Un outil éducatif

           

1.    Définition

 

 J’accompagne l’enfant à quitter son imaginaire sans créer de rupture, et en utilisant plusieurs phases d’approche

Je me permets d’utiliser la métaphore du plongeur sous-marin pour mieux éclaircir mon propos. En effet, le plongeur doit passer par plusieurs paliers de décompression. Si le plongeur brûle ses étapes, son cerveau peut subir un choc important dû à la différence de pression. C’est le cas pour l’enfant car il peut être confronté à ses angoisses et à ses peurs dès que la réalité surgit brusquement.

Tout d’abord, je montre un intérêt sur ce que fait l’enfant. Je tente d’entrer dans son imaginaire et je discute avec lui. Le dialogue permet d’établir une relation de confiance entre le jeune et l’adulte. Il permet de rassurer et de valoriser le jeune dans ses actes, dans ses dires. Ensuite, j’établis le lien entre ce qu’il fait et ce qu’il y a à faire. Je l’encourage en adoptant un langage qu’il puisse comprendre et en utilisant un vocabulaire qui lui est accessible. Je me mets au niveau du jeune sans pour autant oublier ma place d’adulte. A partir de là, il se sent important. Je reprendrai Rouzel : « La personne écoutée, regardée et reconnue comme sujet, peut modifier son rapport au monde, à soi et aux autres, reprendre confiance. ».[1] Cette relation de confiance étant mise en place, je peux l’inciter à venir et à effectuer ce qu’il devait faire. Une certaine appréhension revient chez le jeune mais je dois être présent avec lui afin de ne pas le laisser seul face à l’inconnu. Dès qu’il aura retrouvé ses repères dans son espace réel, je le laisse indépendant dans ses actes.

 

                        2. Exemple

 

Pour mieux illustrer mon propos, je montrerai une situation éducative. Je prendrai le cas de Marc :

            . Mardi à 19h35. 6 jeu
nes sont dans le groupe et sont tous en pyjama. Marc est dans sa chambre, habillé. Il joue avec son épée bleue en polystyrène. Je frappe à la porte et l’ouvre pour lui dire de se mettre en pyjama. Il n’écoute pas. Je vais vers lui et tente de retirer son épée. Il s’y accroche en hurlant : «  Non, laisse moi tranquille. Je ne veux pas. ». Je lui confisque son jouet et l’oblige à s’habiller. Il ne s’est habillé que vingt minutes plus tard.

Nous pouvons voir là que je n’ai pas du tout fait preuve de pédagogie et de patience. La pression était due à l’attente des autres jeunes qui voulaient dîner. Les contraintes nous forcent parfois à aller à l’encontre ce qu’on devrait faire.

Toutefois, j’aurai pu demander à mes collègues qui étaient présentes de commencer à manger. Cela m’aurait permis de prendre du temps et d’insister en douceur auprès de Marc.

           

            Après avoir abordé tout ce qui tourne autour de l’enfant, je vais aborder la socialisation du jeune


[1] ROUZEL. J, « Parole d’éduc, Educateur spécialisé au quotidien », éditions Erès, Raymonville Saint Agne 1999, p. 67

 

( A suivre…)

Analyse des observations des jeunes à travers le jeu

Les chapitres qui vont suivre sont le résulat de l’analyse du fonctionnement de l’institution et de l’observation de 5 jeunes. J’ai préféré vous présenter mes analyses sans passer par les observations faites.

Je rappelle que ce sont des extraits de mémoire écrit en 2006 quand j’étais stagiaire dans un CMP, maintenant IRP. ( l’IRP prend en charge des enfants et adolescents dont les manifestations, les troubles rendent nécessaires, malgré les capacités intellectuelles normales ou approchant la normale, la mise en œuvre de moyens médico-pédagogiques pour le déroulement de leur scolarité)

           

  Chapitre 3. Analyse global et vérification de l’hypothèse

            Une ambivalence est présente chez eux dans le jeu. Ils ont à la fois besoin d’être seul et d’être avec les autres.

 

B.   Le jeu de l’enfant et les autres

 

Autour du jeu, se créent des situations plus au moins conflictuelles. Le jeune peut amener à provoquer, à chercher un conflit qui est parfois la base d’une relation. Une situation de sujet à objet se met en place car le jeune impose ses règles, son monde. L’objet doit rester normalement «  figé », accepter la soumission. Mais l’autre refuse, le sujet réagit et « l’anéantit ».Nous pouvons voir là une toute-puissance qui émerge chez le jeune quand il joue avec autrui. Un égocentrisme se crée en rapport à partir des actes valorisants en sa faveur. Il prend toute la place et envahit l’espace transitionnel des autres, et réagit quand il y a une intrusion dans son espace. Je reprends Winnicott expliquant que le jeu de l’enfant se construit dans une aire et plus précisément dans un « espace transitionnel ». L’enfant a du mal à quitter cette aire de jeu et n’accepte pas les intrusions. En fait, l’enfant se rassure dans son monde et ne veut pas voir la réalité, source d’angoisses et de frustrations.

La majorité des enfants impose leurs règles à leur bon vouloir, comportement pouvant révéler les caractéristiques de l’enfant-roi.

A travers le jeu, l’enfant peut se donner à voir pour se rassurer à travers le regard des autres. C’est aussi une manière de se valoriser et de se considérer comme le meilleur. Une compétition se crée, une rivalité entre les jeunes pour montrer leur invulnérabilité. Ils prennent en compte leurs jugements des autres, de manière impulsive quand c’est négatif. Leur violence à une critique serait un manque de confiance en soi et la difficulté à gérer leurs émotions qui peuvent être extrêmes.

La confrontation aux règles est source de conflits car l’enfant doit admettre ce qui est réel, ce qui ne lui appartient pas, ce qui lui est extérieur.

Quelques jeunes sont perméables à l’environnement. Ils sont facilement sollicités par des signes extérieurs, ce qui entraîne des difficultés de concentration, et des relations conflictuelles et éphémères.

 

C.   Le jeu, l’enfant face à l’échec et la réussite

 

La plupart des enfants ayant des troubles de la personnalité et du comportement se trouvent dans des sentiments d’abandon face à un échec. L’enfant peut se laisser tomber, pleurer ou taper quand il ne peut s’exprimer autrement. Il casse les jouets pour recréer une sorte de rupture symboliquement. L’enfant se croit mauvais, donc se dévalorise face aux autres, s’exprime de manière négative sur soi-même. Il est souvent par la suite dans une répétions, en reproduisant les mêmes erreurs. D’autres jeunes emploient des stratégies d’évitement, en mettant en cause l’autre ou le matériel.

L’enfant a des difficultés à prendre de la distance, ce qui entraîne des problèmes de gestion des angoisses. Il peut amener à s’exprimer de manière impulsive en donnant des coups et en lançant des insultes. Une violence est exacerbée car il manque de confiance en soi. Il a des difficultés à gérer ses émotions et à supporter la frustration.

Quand le jeune réussit, il éprouve une satisfaction et fait part de sa joie aux autres de manière verbale ou en les touchant.

            Je vais voir en quoi les activités ludiques pour des enfants ayant des troubles de la personnalité et du comportement l’aide à progresser dans sa socialisation, en rapport avec l’imaginaire.

 

D.   Le jeu favorisant la socialisation ?

 

Lorsque le jeune montre un intérêt pour le jeu et qui le rassure face aux autres, il est apte à accepter les règles du jeu qui le sécurise dans son milieu fantasmatique et affectif. Cet apprentissage des règles se fait à long terme car l’enfant fait un travail sur lui-même pour gérer ses émotions, canaliser sa frustration. Il s’approprie les règles comme étant les siennes, donc accepter qu’un élément extérieur vienne le construire. A partir de l’acceptation des règles, la relation aux autres est moins tendue car l’enfant peut les intégrer dans ses jeux, régie par des règles communes.  Si le jeune accepte les règles d’un jeu, il peut assimiler les règles en général qui cadrent son environnement. Le jeu permet donc la socialisation car elle permet au jeune de s’insérer dans un groupe.

            Toutefois, le jeu peut faire replier le jeune sur lui-même, dans on monde inaccessible aux autres. Pour certains, le jeu ne favorise pas la socialisation. Le jeune passe donc par d’autres moyens de socialisation tel que la communication à travers la vie au quotidien dans un groupe ou une classe, lors des repas ou bien des sorties vers l’extérieur.

 

         Dans cette deuxième partie, nous avons pris connaissance du projet de l’établissement et de son environnement où évoluent les jeunes. A travers les observations et les analyses, j’ai pu constater des traits communs dans leurs comportements face aux jeux tel que le sentiment d’abandon, la toute-puissance, l’intolérance à la frustration et des difficultés relationnels dues à leur impulsivité et leur instabilité.

J’ai pu démontrer qu’il est possible pour le jeune de s’insérer dans un groupe par l’intermédiaire du jeu. Toutefois, je relève qu’il y a d’autres outils de médiation permettant aux jeunes d’entrer en communication, en interaction.

 

(A suivre…)

Le jeu chez l’enfant ayant des troubles de la personnalité et du comportement

            Nous allons établir le lien entre le jouet et l’enfant à travers le jeu pour ensuite développer la notion de socialisation chez les enfants

 

       A. Le jeu et le psychisme de l’enfant

 

       Selon Marcelli[1], quelques études ont mis en lien le niveau intellectuel et la capacité du jeu. Elles ont démontré que les enfants doués jouent beaucoup à des jeux variés et sont inventifs. Néanmoins, les enfants «  retardés » jouent peu, passant d’assez longues périodes inactives. «  Ils préfèrent les jeux sans règles compliqués, auxquels jouent généralement des enfants plus jeunes. [ …] Dans l’utilisation du matériel ludique, par rapport aux enfants « normaux », les enfants « retardés semblent présenter moins de réactions anticipatrices, de formulations de règles, d’autocorrections et d’autocensure lorsqu’ils sont placés en situation d’apprentissage d’un jeu. »[2]

       Winnicott appuie son idée de la distinction entre le jeu et l’émergence pulsionnelle. En effet, « plus la vie fantasmatique de l’enfant est envahissante, plus la projection sur la réalité environnante est grande, plus le jeu est saturé des ces projections. Ceci s’observe particulièrement bien chez les enfants prépsychotiques où toute l’activité ludique est bientôt envahie de thèmes de dévoration agressive, de destruction, d’anéantissement, régression qui s’observe non seulement dans le contenu du jeu mais aussi dans son organisation formelle. En effet, des pulsions ou des fantasmes trop envahissants peuvent interrompre le jeu qui devient instable, changeant, chaotique. » [3]

Quand on demande à l’enfant de jouer calmement en toute tranquillité, il faut qu’il puisse contrôler ses pulsions. Il aura du mal à accepter aussi une règle du jeu car cela serait pour lui une confrontation dans une représentation  normative et symbolique.

Les auteurs sont d’accord pour dire que les différences de sexe sont visibles sur la façon de jouer. Les garçons sont plus agressifs et compétitifs en variant leurs jeux. Pour les filles, ce qui passe avant tout est le plaisir et une maîtrise du jeu, avant « l’expression pulsionnelle ».

Les jeux peuvent se créer aussi autour des fantasmes comme inventer des histoires familiales, en récréant sa généalogie. Des enfants imaginent aussi un compagnon qui n’existe pas et qui compense parfois une absence de frères et de sœurs ou s’ils sont dans une famille repliée sur elle-même.

            Néanmoins, les rapports entre le jeu et les jouets ne sont pas si simples. Winnicott[4] en formule une première idée : Le jouet « suffisamment bon » doit laisser l’enfant s’exprimer et être dans la créativité. . Il faut donc que le jouet soit simple, facile à utiliser et peu importe l’esthétisme de l’objet, pourvu que ce jouet permettre à l’enfant d’imaginer, de se créer un espace. Les jeux compliqués, très techniques ne pourront pas laisser place à cette liberté de création. «  L’excès de jouer peut également être néfaste : trop de jouets tuent le jeu ; trop de jouets isolent l’enfant du groupe des pairs. Le jouet fait alors écran entre l’enfant et le monde extérieur. » [5]

Le rapport que l’enfant a avec le jouet peut être intéressant. Quand l’enfant casse le jouet et que cela se fait de manière systématique, cela démontre qu’il a du mal à établir une aire transitionnelle, concept établi par Winnicott : «  cela traduit son incapacité à contenir l’excitation et l’envahissement par la pulsion agressive et destructrice ».[6]

            L’instabilité de l’enfant met en danger l’équilibre fragile entre le plaisir et le corps. Il s’épuise vite face à une activité s’il n’est plus stimulé et change de jeu.

«  Le jeu implique le corps et le plaisir du fonctionnement du moi éprouvé dans l’activité suppose que ni l’excitation ni l’angoisse ne soient excessives ; Le jeu de l’enfant est précaire dans cet espace entre le subjectif (proche de l’hallucinatoire) et l’objectivement ».[7]

 

            Le jeu a aussi une portée symbolique chez ces enfants car le jeu est moyen de communiquer leur mal-être, leur vécu, leurs émotions. A travers la psychothérapie élaborée par Anzieu, on peut voir dans la relation du jeune et le jeu un «  processus de symbolisation » [8][…]  « Le symbole n’existe qu’en l’absence de l’objet lui-même qui est représenté, privé de ses caractères propres ».[9]

      

            Après avoir vu le jeu comme un élément fédérateur du psychisme de l’enfant, le jeu passe aussi par le rapport avec l’autre, et qui apporte donc obligatoirement une socialisation.

 

       B. La socialisation chez l’enfant ayant des troubles de la personnalité et du comportement

 

            Chez ces enfants, la socialisation n’est pas facilement intégrée car se joue des pathologies pouvant empêcher l’enfant d’entrer en contact avec l’autre. Je pourrai nommer par exemple l’impulsivité et la tendance à la frustration,  à la moindre contrariété. Cela peut entraîner donc une coupure de relation avec l’autre. L’enfant s’inhibe ou s’isole dans un coin comme c’est le cas pour les enfants avec des troubles autistiques et psychotiques. Cela est valable même pour les enfants qui n’ont pas ces pathologies mais qui ont des gestes répétitives, obsessionnels. La socialisation chez ces enfants passe aussi par la relation à long terme.

Les enfants qui ont des troubles du comportement ont du mal à intégrer les règles dans sa totalité. Car ils doivent gérer leurs pulsions tel que le vol, le mensonge ou bien l’agressivité.

A travers leurs actes, ils déforment la réalité et se mettent en marge du groupe.

Selon Marcelli[10], L’intolérance à la frustration qu’on retrouve chez ces enfants est parfois due à des relations artificielles entre les parents, puis à une désacralisation de l’autorité paternelle, et où les modes d’interactions familiales se sont organisés sur le chantage.

       « Pour se défendre contre l’agressivité primaire ressentie comme dangereuse et mortifère, le sujet psychotique morcelle, clive, et projette ses affects environnants : aussi par clivage et identification projective, les objets environnants perdent leurs caractéristiques propres, deviennent persécuteurs et dangereux. » [11] A travers ces propos de Klein, l’enfant psychotique agirait envers les adultes comme des objets mauvais ou bon. Il agit de manière extrême sans prendre de distance avec ses affects.

Chez l’enfant, la relation avec l’autre peut être une source d’angoisse face à l’inconnu, à l’imprévisible. L’enfant, s’il ne gère pas son angoisse, est submergé par ses représentations morbides. Sa crise d’angoisse se manifeste parfois par des passages à l’acte.

« On doit prendre en considération l’importance des schèmes d’interaction souvent déviante, précocement intériorisés : carence affective ou éducative, grave déficience socio-économique », profonde instabilité familiale, se retrouvent constamment. En effet, l’externalisation des conflits, mode réactionnel privilégié du sujet dit «  caractériel » n’est souvent que la reprise par ce sujet d’interaction habituelle de son entourage. » [12]

En clair, l’enfant imite la réaction de ses proches face aux évènements.

Pour que l’enfant puisse respecter les règles en générale, il faut qu’il puisse avant tout se connaître et respecter ses propres valeurs.

 

( Chapitre suivant:  » Au chevet de l’enfant »)


[1]  MARCELLI.D, op.cit, p.207 -208

[2]  MARCELLI.D, ibid, p.208

[3]  MARCELLI.D, ibid, p.208

[4]  Winnicott in MARCELLI.D, ibid, p.211

[5]  Winnicott in MARCELLI.D, ibid, p.211

[6]  MARCELLI.D, ibid, p.211

[7]  Kurts.N in HOUZEL.D (sous la direction), « Dictionnaire de psychopathologie de l’enfant et de l’adolescent », PUF, Paris, 2000, p. 380

[8] ANZIEU.A, « Le jeu en psychothérapie de l’enfant », éditions Dunod, Paris, 2000, 157

[9] ANZIEU.A, ibid, p.170

[10]  MARCELLI.D, op.cit, p.222

[11]  Klein in MARCELLI.D ibid, p. 317

[12]  MARCELLI.D, ibid, p.413

 

 

Extrait de mon mémoire:  » Viens… Laisse moi jouer »

La socialisation chez l’enfant

L’enfant, dès son plus jeune âge, assimile les normes, les valeurs au sein de la famille, l’école et la société. C’est par les expériences et les contacts extérieurs qu’il établit sa propre identité, en se forgeant une personnalité à partir de l’intériorisation des valeurs et des normes. Tout au long de son enfance, le sujet se construit tout en ayant un regard critique sur son environnement. L’environnement familial, scolaire et social le modèle en tant que personne singulière. Chaque enfant évolue en fonction de ce qu’il a vécu, assimilé, appris, réfléchi par rapport à soi-même et au monde extérieur.

«  Piaget considère que l’enfant n’accède à des comportement sociaux que s’il est capable de se décentrer, de se séparer d’autrui et d’établir des relations de réciprocité. »[1]

«  La socialisation est le plus souvent définie, à la suite de Durkheim,[…] comme le processus par lequel la société impose à l’enfant ses règles et ses normes. A partir d’un apprentissage, implicite ou explicite, il doit intérioriser les manières de faire et de penser, les idéaux et les pratiques, les croyances et les rituels conformes à ses milieux de vie et à ses groupes d’appartenance. Il doit intégrer ces données sociales et culturelles à la structure de la personnalité, à l’occasion d’expériences éducatives et grâce à la médiation des agents sociaux significatifs, les parents et surtout les maîtres. »[2]   

La socialisation se fait à long terme puisqu’il y a un processus d’apprentissage des normes, des valeurs par l’enfant. L’enfant est, par nature, influencé par son environnement. Cette assimilation des règles, des normes est assez complexe car elle peut être totalement différente selon les cultures. L’enfant peut être induit par des normes de l’école alors que les valeurs de la famille ne sont pas les mêmes.

 

« Les lieux de première socialisation, à savoir la famille, la crèche, l’école maternelle, peuvent être envisagés comme milieu, ensembles plus ou moins durables des circonstances ou se poursuivent des existences individuelles (Wallon, 1954)».[3]

La première socialisation de l’enfant est le contact avec sa mère. Bowlby (1957, 1958) explique le lien entre le nouveau-né et sa mère avec le concept de l’attachement. « L’attachement se fait à partir d’un certain nombre de réponse instinctuelle relativement indépendantes les unes les autres (sucer, tendre les bras, suivre, crier, sourire) mais qui deviennent normalement intégrées et focalisées sur une figure singulière, la figure maternelle ; il se présente comme une réaction homéostatique contrôlée par des facteurs d’activation (fatigue, douleur, anxiété chez le bébé) et des facteurs d’arrêt (présence visuelle ou auditive). »[4]

       Se jouent ensuite des interactions entre le nouveau-né et le père. Le père a sa place car il devient une tierce personne dans la relation mère-enfant.

       La première année à la crèche est une découverte de la relation aux autres qui ont le même âge. Cela permet au jeune enfant d’expérimenter des contacts au même niveau, à égalité.

«  La première année est occupée à la construction progressive des éléments constitutifs des interactions sociales : l’édification d’un répertoire de conduites sociales, la prise de conscience, la prise de conscience du pair comme émetteur et destinataire potentiel de conduites sociales et la découverte de la dépendance mutuelle entre les actions des partenaires. ».[5]

       Bolliet et Schmitt reprennent la définition de Mead concernant la socialisation : « La socialisation implique la compréhension d’autrui qui met en jeu la faculté de communication et la faculté symbolique des hommes, notamment à travers le langage. Elle implique la faculté- non spontané- de donner une place à autrui dons son univers mental. La socialisation va donc passer par trois moments forts qui mettent en relief l’importance de la socialisation dans l’enfance :

  . »Dans la prime enfance » : Mead explique que la socialisation se situe dans les apprentissages et l’imitation des autres.

. « Dans l’enfance », l’importance du jeu avec ses règles permet à l’enfant de progresser vers l’abstraction.

. «  La dernière étape : l’individu est formaté comme être social. Le processus de socialisation s’achève par l’appropriation subjective de l’esprit. »[6]

 

Suite à ces généralisations sur le jeu et la socialisation, j’étudierai plus précisément ces domaines chez l’enfant ayant des troubles de la personnalité et du comportement.


[1]  MALEWSKA-PEYRE.H, TAP.P,  (sous la direction), « La socialisation de l’enfance à l’adolescence », PUF, Paris, 1991, p.12

[2]  MALEWSKA-PEYRE.H, TAP.P, (sous la direction), ibid, p.50

[3]  Wallon in MALEWSKA-PEYRE.H, TAP.P,  (sous la direction), ibid. p.75

[4]  BOLWBY in MALEWSKA-PEYRE.H, TAP.P, (sous la direction), ibid p.76

[5]  MALEWSKA-PEYRE.H, TAP.P, (sous la direction), ibid. p.85

[6]  Mead in BOLLIET.P, SCHMITT, op.cit, p.28

 

 

Extrait de mon mémoire:  » Viens… Laisse moi jouer! »

Les trésors de nos vie?

Qu’est ce qui le plus important à vos yeux ?

Qu’est-ce qui compte dans nos vies ?

Que souhaites-tu vivre au plus profond de ton cœur ?

Que faire de ma vie pour que je ne sois pas envahi par des remords, ni des regrets ?

Pour chacun de nous, quel geste ? Quelle parole ? Quelle présence  a du sens ?

Quels sont nos trésors que nous aimerions déployer pour notre plus grand plaisir ?

Quelles sont nos  lumières que nous n’osons pas le faire jaillir de peur d’être moqué, d’être incompris ?

Quelles sont vos petits moments de bonheur qui peuvent rayonner votre journée ?

Chacun a ses secrets pour vivre et déployer son souffle, en fonction de l’entourage qui l’aiderait à s’épanouir.

Devrions-nous avoir honte de confier que nous aimons faire du bien autour de nous ? Est-ce le monde des bisounours que de vouloir aimer chacun comme il est et de vouloir vivre en toute simplicité ?

Je voudrais vous partager la joie que j’ai à faire plaisir à l’autre, tout gratuitement. Et la peine que cela me fait quand je prends conscience d’avoir été odieux, d’avoir été désagréable. Je ne pense pas être le seul à vivre cela.

Quel bonheur, n’est-ce pas, de vivre ses talents et de les partager, non ?

On ne peut pas tout se donner au risque de se bruler, de se griller.

Prendre conscience ce qui fait notre force, notre être, on peut être mieux à supporter nos tempêtes, intérieurs ou extérieurs.

Je nous souhaite de nous faire du bien, d’être doux avec nous-même, pour qu’ensuite nous puissions vivre avec les autres le plus simplement possible.

Il y a un livre qui m’a beaucoup inspiré et que j’ai beaucoup apprécié. C’est «  Carrément Cramé » de Gilles Legardinier. La lecture en vaut vraiment le coup.  

Accusés, levez-vous!

Silence dans la salle.

Accusés, levez-vous.

Le jury vient de rendre son verdict.

Vous êtes coupable d’atteinte à la sureté de la nation

En proclamant vos petits bonheurs dans les métros.

Vous êtes coupable de détournements de fonds publics

En récoltant des dons pour vos associations caritatives.

Vous êtes coupables d’avoir rompu les secrets défenses

A propos de la maltraitance, l’abus des biens sociaux par les puissants,

Le harcèlement financier des banques envers les élus.

Vous êtes coupable de délit de parole et de solidarité.

Vous êtes coupable délit d’initiés du rire et de la joie.

Ici on se meurt, on coule dans la crise et on se tait.

Vous êtes coupable de délit d’éducation et d’attention.

Vous êtes sous le joug de la loi protégeant les multinationales,

Vous êtes coupables de tentative de déstabilisation d’entreprises

Œuvrant pour l’industrie et le commerce international à outrance.

Toutes les charges ont été retenues contre vous.

Vous êtes condamnés à perpétuité à vivre, à vous battre ensemble

Pour le pire et le meilleur.

Je vous invite à continuer à lutter pour le meilleur de l’humain.

La loi est faite pour servir l’homme

Et non pas l’homme qui doit se servir de la loi pour son propre intérêt.  

Une certaine confidence

Aujourd’hui, j’ai fumé une clope.

    Pourtant, je ne suis pas fumeur.

       Un principe que j’avais se meurt.

           J’ai savouré comme un cyclope.

            Une étrange sensation m’avait pris

             Alors que ça devait me brûler.

               Je me sentais plus apaisé, surpris.

                  Une brume se formait puis s’en allait.

                      Aujourd’hui, j’ai bu de la bière

               Alors que je n’aime pas ce qui est amère.

           Mes interdits ont volé en mille étoiles.

          Une magique liberté se dévoile

             Dans mes pensées profondes

                Toutes légères, bien fumeuses.

                    Ma conscience devient une rameuse

                           Car elle ne me comprend plus du tout.


                               Alors j’ai enchainé comme un chaud matou.

                                               Aujourd’hui, je me suis drogué.

                                                               Vertigineuse folir

                                          Jusqu’à la lie.


                                                      Je suis parti voguer


                                                   Faire un étrange voyage

                                               Loin de toute rage.        


                                                               Ma vie est une héroïne


                                               Avec ma coque vidée de neurones.


                                                               Je deviens un drone.


                                               Je chante comme une égoïne.


                                 Complètement shooté.

 


 

Je retire mes doigts du clavier.

Je relis ce que j’ai écrit.                               

Je souris car tout est évidemment faux.

C’était juste pour le plaisir d’écrire.                      

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nbsp;                                                                                  

 

Journée d’une orthophoniste

Chloé, orthophoniste depuis quelques années dans un quartier populaire, arrive tranquillement dans son cabinet. Elle prépare sa journée dont ses séances de rééducation vont durer de 30 minutes à 45 minutes, c’est selon les besoins de chacun.

8h59 et quelques secondes. Son premier patient arrive. Marco, un petit de 6 ans avec sa mère. Chloé échange quelques informations avec la mère qui va patienter dans la salle d’attente.

Début de séance. On se dit bonjour avec une voix délicate et douce pour ne pas brusquer Marco qui est de tendance très anxieux. Elle sort un petit jeu de manipulation. Des cubes qui s’emboitent et qui sont de différentes couleurs. Explication de consigne. Marco se jette sur les cubes. Chloé le reprend doucement pour qu’il prenne le temps de réfléchir.  La séance se passe sans trop de difficultés.

La matinée passe et c’est ainsi que vers 12h30, alors que Chloé était en pleine séance, une femme rentre brusquement : «  Bonjour Madame, je viens prendre un rendez-vous pour mon fils ». Chloé lui demande de sortir et lui informe qu’il faut téléphoner pour prendre rendez-vous. Elle respire en elle-même. Tous les deux-trois jours, y a toujours des personnes qui déboulent sans prévenir. C’est fatiguant à la longue ! Comme elle n’a pas de secrétaire, elle est obligée de gérer les imprévus, les coups de téléphone.  

14h15. Chloé prend enfin une pause pour manger. Elle a dû téléphoner à des écoles, à des CMP qui, pour elle, ne foutent rien. Elle est en colère à cause du manque de coordination de soin. Et surtout que chacun campe sur ses théories, ses positions, ses méthodes.

14h30. Reprise de séance avec un ado pour un problème de logico-math. Chloé s’appuie sur des outils spécifiques et des objets qu’elle a construite elle-même.

De son cabinet, elle entend facilement des mères de famille  converser fort et crier quand elles ne sont pas contentes.

17h45. Après 7 séances de passées, un militaire arrive. Il vient pour un problème de posture de langue. Chloé l’invite à s’allonger sur un tapis  comme pour les autres séances. Elle utilise la méthode Feldenkrais[i]. Cela consiste à en prendre conscience de son corps et à relâcher les tensions.

19h00. Elle entame sa dernière séance avec une ado complètement perdu dans ses mots. Chloé lui fait donc des exercices pour approprier son langage. L’ado est bloqué, presque en larmes. Chloé essaie de la rassurer, de lui apprendre à avoir confiance.  La séance passe sans succès. Elle part chercher la mère pour faire le point sur la suite. La mère ne comprend pas l’état de sa fille. Elle considère que sa fille est idiote, et espère que l’orthophonie arrangera cela. Chloé se redresse et reprend les choses calmement. La mère reste rigide, froide. Après 10 minutes, Chloé arrive à désamorcer la tension en invitant l’ado de réfléchir sur ce qu’elle souhaite pour les prochaines séances. Fin de l’entretien.

20h00. Elle jette un coup d’œil à la salle d’attente et voit que tout est en bazar. Les chaises ont été déplacées n’importe comment. Du papier traine et des cubes en mousse sont à moitié dévorés. Chloé se dit qu’elle a plus de chance car elle connait une de ses collègues où des gens ont balancé les chaises par la fenêtre pour les emmener chez eux.

Dans le quartier où elle est, elle fait souvent office d’assistante-sociale, de psychologue, d’infirmière malgré elle.  Il y a tellement de boulot, de misère sociale qu’elle a l’impression qu’elle ne s’en sortira jamais. Elle se sent impuissante face à la galère des familles.

Dire qu’en centre-ville, c’est un autre-monde où les orthophonistes ont affaire des gens plus aisés. Ce n’est pas mieux car elles peuvent se faire critiquer, surtout par des médecins assez imbus d’eux-mêmes. Ces derniers savent ce qu’il vaudrait mieux faire pour leurs enfants.

 

Bon courage aux orthophonistes, aux professions libérales, aux travailleurs sociaux qui font face à l’augmentation de la précarité.

 

PS : Inspirés de faits réels !

Il parait que…

Marcel s’agite et panique un peu.

Il a lu qu’on allait supprimer les congés payés.

Marcel réagit à chaud sur un forum.

Il lit aussi que le gouvernement va augmenter les impôts de feu.  

Il se met en colère et peste devant l’écran de son ordi.

Il reçoit un coup de téléphone d’un ami.

Nouvelles. Son ami lui annonce que le cannabis sera légalisé.

Marcel s’emporte. Mais où va le monde ?

Il parait que les boucheries seront tous hallal.

Il parait que la mutuelle va être supprimée pour combler le trou de la sécu.

Il parait que ce sont des anciens militaires qui vont faire les cours de sports.

Marcel est très scandalisé. Mais vraiment outré.

Il raccroche et va voir les infos.

Images de violence dans une manifestation.

Marcel est ahuri de voir des policiers charger sur  les gens.

Ah si on ne peut plus faire confiance à la police !

Puis il entend une explosion dans la rue.

Une voix surgit : «  Ce sont encore les djeuns ».

Marcel se redresse, furieux, puis se dirige vers la rue

Pour en découdre avec la racaille qui ne font qu’emmerder le monde.

En descendant les escaliers,

Il prend le temps quand même de discuter avec une vieille voisine :

« Il parait que nous allons être euthanasiés à 80 ans pour faire des économies.

Il parait qu’on va obliger les gens à choisir leur sexe.

Il parait que des moutons vont nous envahir et que des escargots vont nous gouverner. »

Des cris dehors.

Marcel est poussé à bout, prend un balai

Et sort sur le trottoir pour vociférer.

Mais à peine sorti,

Il voit deux jeunes basanées aider un vieux à sortir d’une cabane en flamme,

Alors qu’un groupe fait la chaine pour éteindre l’incendie.

Enfin, les pompiers arrivent.

Là, Marcel se sent vraiment con.

Tétanisé, il prend conscience de son raisonnement,

De ses raccourcis. Il lâche le balai.

Un jeune s’approche de lui pour s’assurer qu’il va bien.

Un cataclysme s’est produit dans sa tête.

Marcel sait plus où il en est.