Démission d’une mère?

Penchée à la fenêtre, elle voit ses fils errer dans la rue.

Derrière elle,  son dernier de 3 ans regarder la télévision, presque endormi.

Il est 21 heures. Son mari traine encore dans un bar du coin.

Mécaniquement, elle s’en va à la cuisine pour ranger, faire la vaisselle.

Elle n’oublie pas de mettre une assiette pleine pour son mari nocturne.

Surtout ne pas oublier. Elle respire pour oublier ses bleus au dos.

Dehors, on ne remarque rien sur ce qu’elle vit. Elle est voilée.

C’est sa protection envers sa vie intime.

Une barrière contre les regards insistants des barbus.

Elle aperçoit sur la table des liasses de factures impayées.

Son mari est au chômage. Les gens ne veulent pas d’un bronzé.

Puis il a un visage qui fait peur, avec une grande barbe.

Parfois elle emmène un de ses fils chez l’orthophoniste.

A quoi bon puisqu’il est en échec scolaire ? Un bon à rien.

Personne ne l’écoute. A part ses copines à propos du pays.

Elle ne sort pas souvent pour éviter les humiliations.

Honte de ne pas se faire comprendre. Honte de ne pas comprendre.

Des enfants ? Elle en a six dont les deux ainés tournent mal.

Elle essaie de les raisonner mais son mari les encourage

Pour se venger contre la société qui ne veut pas de lui.

Et si son mari la surprend en train de raisonner les enfants.

Elle reçoit des marrons, bien chauds et soyeux. Pas de traces.

Pas assez mal pour aller à l’hôpital. Elle voudrait bien

Mais sa religion l’interdit. Elle se sent prisonnière.

Comment être regardé autrement ? Comment s’exprimer

Sans se faire passer par une menteuse ? Elle doit mentir hélas

Pour ne pas se faire exclure de la famille et être à la rue.

Engrenage. Perdue. Elle entend qu’elle serait une mère qui démissionne.

Une démission forcée oui ! Quand l’entourage ne donne pas les outils appropriés,

Comment agir en toute conscience et liberté ? Un  va et vient de pensées «  interdites ».

 

Comment construire des ponts entre les différentes cultures, les différentes modes de vie ?

Comment donner la possibilité aux parents, aux mères, aux pères d’être reconnu par ce qu’ils sont.

Je souhaite un bon courage à tous les travailleurs sociaux qui accompagnent ces personnes-là se trouvant dans des situations très complexes. 

Je ne doute pas que mon histoire peut faire rebondir mais elle peut être hélas vraie. Je me suis inspiré d’un livre : «  J’ai enlevé le voile, au péril de ma vie », et à partir de témoignages d’orthophonistes qui travaillent auprès des personnes en précarité sociale.

 

 

 

De la folie

Sur sa chaise, il observe son pinceau qu’il tient à la main.

Il tente de dessiner mais rien ne vient à l’esprit.

Il sirote son joint et joue avec la fumée en soufflant.

Il lui semble apercevoir une licorne aux yeux de braise.

Il tend son bras pour esquisser quelques traits de cendre.

Un petit rire vibre en lui. Il jubile mais il est insatisfait.

Il regarde autour de lui. Il s’empare d’une bouteille et boit.

Une décharge le prend dans sa tête. Il crie, hurle de douleur.

Vertige et mille couleurs l’enveloppe. Il respire profondément.

Soudain, il entend : «  Stef, tout va bien ? ». On tente d’entrer.
Il avait fermé à clé pour ne pas être dérangé. Il ne répond pas.

Il rigole et se lance dans une logorrhée face à son dessin du soir.

Il pose son crayon. Il se lève et va dans le couloir de la maisonnée.

Il va voir son voisin de chambre. Il lui explique qu’il a baissé son traitement.

Juste pour avoir plus d’inspiration et qu’il n’a pas à s’inquiéter.

Stef ignore les inquiétudes de son collègue. Il s’en va s’enfermer dans sa chambre.

La nuit passe où il essaie de jongler avec ses hallucinations et ses maux de têtes.

Puis tôt le matin, alors que tout le monde dort, il a peur.

Il n’arrive pas à sortir de sa chambre puis saute par la fenêtre pour s’enfuir.

Il atterrit dans un buisson, puis se dirige vers une porte vitrée. Il le casse.

Son poignet pisse le sang en décorant le couloir de la maison.

Revenant dans sa chambre, il ne sait plus pourquoi il saigne.

Désinfection. Bandages. Un petit verre de bière et s’en va dessiner.

Sa folie l’inspire même si par moments, il aimerait rester lucide.

Il souhaiterait malgré tout exercer son art sans se mettre en danger.

Mais il n’arrive pas. Des pulsions l’entrainent hors de lui.

Alors, il appelle à l’aide. Vite, besoin de soutien. Il veut s’en sortir

Et vivre le plus sainement possible. « Qui voudra de moi ? »

 

 

 

Tiré d’une histoire vraie ( C’était un de mes voisins de chambre y a pas mal d’années)

Le marcheur auvergnat

Au gré du vent d’hiver, il parcourt les landes.

Il aime partir à tous azimuts aux calendes.

Munis d’une seule besace et chaussures,

Il prend son rythme sans moindre cassure.

 

Il parcourt les sentes désolées de l’Aubrac.

Il gravit les pentes des volcans auvergnats.

Pour les gens du coin, il est complètement braque

Et pourtant ils l’aiment bien ce mystérieux bougnat.

 

Marcher pour se recentrer, intérioriser.

Il dort chez l’habitant au hasard des rencontres.

Ses jambes ignorent la fatigue et la montre.

Ses soucis semblent se volatiliser.

 

Il marche pour revenir à l’essentiel.

Il veut aussi s’émerveiller, respirer

Vagabonder entre terre et ciel.

Prendre le temps de méditer, admirer.

 

Il marche pour décoincer ses verrous, ses blocages

Pour trouver une présence, le Tout-Autre.

Il s’éloigne de ses confortables cages,

S’allégeant de vêtements, de fautres.*

 

Oserons-nous marcher loin de nos habitudes

Pour retrouver un peu d’inconnu, de surprises.

Se laisser cueillir par l’inattendu sans méprise.

Oser être dans le présent, un peu d’hébétude.

 

 

 

* Se dit des pièces de grosse étoffe de laine, qui servent à éponger les feuilles.

 

 

 

Dans la tête d’un recruteur

Ce matin, je reçois trois candidats pour le poste tant convoité.

J’ai bien préparé mes questions, les dossiers sont bien là.

J’espère que je trouverais la perle rare. Ah, voilà le premier annoncé.

Je m’en vais accueillir le candidat à l’accueil. Je le salue chaleureusement.

Juste pour mettre en confiance. Mais lui, reste bien stressé. Mauvais point.

Je l’invite à s’assoir. Il se met au bord de la chaise. En équilibre. Précaire.

Droit comme un i, il joint ses mains fermées sur la table. Méfiant ?

Je lui demande se présenter. Il m’étale son parcours. Je rebondis sur un point.

Pourquoi il y a un trou d’un an sur son CV ? Il bloque. Bon, Mauvais ça.

Il essaie de réfléchir par la fenêtre. Il veut s’enfuir ? Pourquoi continuer ?

Je tente une chance.

Je lui demande ce qu’il a comme engagement, comme passion.

Il répond du tac au tac. Je prends note puis il meuble le silence.

Je ne comprends rien.

Imperturbable, je lui demande ce qu’il peut apporter à la structure.

Pourquoi je le prendrais ?

Il s’embrouille. Il dit des choses assez banales.

Pas assez concret. Il n’est pas sûr de lui.

Je ne peux pas me permettre de l’embaucher.

Je clos l’entretien et le remercie.

Je le raccompagne. Il insiste pour que je le prenne.

J’informe que j’ai d’autres candidats.

Il m’a déjà épuisé.

Mais en recevant la deuxième personne 30 minutes après, je respire.

C’est une dame bien habillée. Je la reçois. Elle se met à l’aise, simple.

Elle attend mes questions.

Je lui explique l’intérêt du poste et l’environnement de l’entreprise.

Puis je l’invite à se présenter.

Elle parle de manière claire, précise, concrete.

Cela me rassure grandement.

Je ne fais pas paraitre mon contentement. Je reste impassible.

Je l’interroge sur ses compétences.

Elle m’en donne quelques-unes avec des exemples précises.

Je suis bien bluffé.

Après encore 10 minutes d’entretien, je la remercie.

Je donnerai ma réponse d’ici 5 jours.

Elle me serre la main de manière ferme et assurée à l’accueil.

Je suis plus serein. Elle ? A réfléchir.

Je range mes notes, relis le dernier dossier qui me semble très étoffé.

Mais reste à voir !

Dernier candidat. C’est un gars en costard et un sacré sacoche d’ordinateur.

Bien voyant.

Présentation du candidat avec un flot de parole

Et avec un air de suffisance qui m’insupporte.

Je le trouve bien trop à l’aise et trop sûr de lui.

Il me démontre qu’il est le meilleur à ce poste.

Je veux bien le croire. Je lui demande s’il a déjà travaillé en équipe.

Il me rétorque que oui.

Il me loue les bienfaits d’un travail en équipe, avec le goût du challenge.

 Il m’énerve de plus en plus.

Enfin, il me parle d’une entreprise d’une manière condescendante.

L’entreprise de mon beau-père.

Mais ça, il ne sait pas. De toute façon, on ne descend jamais ses derniers employeurs.

J’ai l’impression qu’il ne sait pas se remettre en cause.

Je ne veux pas de ça ici.

Bien j’arrête l’entretien. Je l’accompagne avec tact à la sortie.

Mon choix est vite fait.

Mais il me faut quand même laisser reposer tout ça.

Prendre le temps de mûrir mon choix.

 

Trop vieux pour ce poste?

54 ans. Je n’ai que 54 ans et pour eux, je suis trop vieux.

Trop vieux pour travailler sur ce poste. Je serai devenu incompétent.

Il préfère embaucher un jeune diplômé, frais et dynamique, dans la fleur de l’âge.

Je suis en même temps en colère et dépité. Je n’en peux plus.

Pour eux, je ne suis plus opérationnel, plus efficace. Trop ringard.

Pour qui se prennent-ils ces freluquets ? J’en ai bavé, j’ai trimé

Pour acquérir des expériences, pour atteindre des postes à hauts responsabilités.

Maintenant, il m’envoie à la casse. Mais je n’ai que 54 ans. Il me reste 10 ans à travailler.

J’ai perdu deux ans, à recevoir les allocations chômage. Je vais être bientôt à la rue.

Heureusement ma femme me soutient mais jusqu’où ? Hein, jusqu’où ?

Je m’en vais à mon dernier entretien de la journée. C’est quitte ou double.

J’entre dans le hall. On m’accueille gentiment. Le patron me reçoit.

L’entretien se passe comme d’habitude et là, je vois qu’il hésite.

Je ne sais pas ce qui me prend mais je lui dis : «  Je ne corresponds pas au profil  »

Il m’avoue que non. Des sanglots me traversent. Je suis secoué jusqu’aux tripes.

Je me retrouve sur le trottoir sans me souvenir comment je suis sorti de l’immeuble.

Dans ma main, des coordonnées d’un collègue du patron que je viens de voir.

Sans réfléchir, je lui téléphone.  Je lui explique la situation. C’est un consultant.

Nous prenons rendez-vous. Je raccroche. Cette perche m’empêche de sombrer.

 

Christophe s’en sort car on reconnait son expérience, son expertise du domaine.

On le conseille d’être consultant pour pouvoir être considéré comme un « sage ».

Voilà qui peut le faire reprendre confiance. Mais les autres « vieux ? »

Ce n’est pas parce que nous venons d’être diplômé que nous sommes des pros.

Nous sommes des professionnels débutants. Nous pouvons être complémentaires

Avec ceux qui ont plus de bouteilles que nous. On a tous à apprendre quelque chose de l’autre.

 

 

 

 

De l’ivresse de Maurice

Dans un coin du bar, Maurice avise son verre de gin-coca.

Il le contemple puis le savoure, le déguste tendrement.

Son cerveau se dilate et l’emmène vers un ailleurs.

Maurice ferme ses yeux et croit voir sa maison natale.

Il reprend une gorgée. Les voix autour de lui résonnent.

De ses doigts, il ressent la fraicheur du verre comme le ruisseau

Qui coulait dans sa prairie d’enfance. Il se sent bien léger.

Un grand sourire traverse son visage ainsi que son thorax.

Il inspire profondément et un grand shoot l’emporte.

Il vide son verre cul-sec et hop son esprit part en voyage.

Son corps semble flotter alors qu’il semble tomber sur la table.

Il s’appuie sur ses coudes pour éviter de tomber et tient sa pinte.

Il appelle le Barman. Un autre Chef ! Cliquetis et pas en crescendo.

Bruit de liquide. Son récipient remplit, il reprend sa route d’ivresse.

Maurice s’affale un peu plus sur la table et apostrophe un client.

«  Dis-moi, jeune homme, n’aurais-tu pas perdu ton chat ? ».

Rigolades. Le jeune a bien un chat. Mais non, il est au chaud.

Maurice tente de se relever. Il se prend la table avec délicatesse.

Il vide son verre et il lui semble voir à travers la vitre sa voiture grise.

Sa bonne vieille 4L. Mais n’est-elle pas à la casse normalement ?

Il ne sait plus. Mais ce qu’il au sait. Enfin, ce qu’il essaie de se souvenir.

Il doit arriver chez lui avant l’arrivée de madame pansement.

Il doit juste traverser la rue. Il franchit en diagonale le seuil du bar.

Heureusement, Un habitué l’aide à traverser la rue. Enfin, une ruelle !

Une ruelle où il pourrait quand même tomber dans un gouffre : Le caniveau.

En franchissant « le gouffre », il a l’impression de voler au-dessus du monde.

Une voisine l’accompagne chez lui et le fais allonger sur son grand lit.

Couché, il ressent une profonde chute sans fin, lourde et légère à la fois.

Un parfum le cueille un instant et revoit le visage de sa douce femme.

Il la reverra. Très bientôt. Maurice a confiance. Il reverra sa dulcinée.

Voix au loin et qui se rapproche. C’est Madame Pansement.

Manipulation de sa jambe qui ne lui fait plus mal depuis son accident.

Quelques temps après, une autre voix féminine et chevrotante.

«  Toi, mon momo, t’es allé boire ! Ce n’est pas raisonnable à ton âge !

Maurice sait bien mais il voulait fêter la vie. Le fait est qu’ils aient survécu.

Survécu tous les deux à un accident de voiture. Alors il jubile en son intérieur.

Il voudrait encore rester ivre de vie, avec joie et confiance, avec son amour.

Andrei le jeune accordéoniste

Andreï monte dans le métro bondé avec son accordéon.

Son copain Nelu le suit avec un gobelet à la main.

A peine quelques regards se posent sur eux.

Andreï commence à jouer et Nelu entonne un chant.

Une belle musique tzigane embaume les voyageurs.

Certains en ont le frisson, d’autres sont excédés.

Andreï fait corps avec son instrument pour oublier sa faim.

Le chanteur parcourt à travers la rame en chantant.

Il montre son gobelet vide, bien usé, couleur marron.

Arrivé à une station, une certaine danse des voyageurs

Se met en mouvement. Des nouveaux visages pour un centime.

Les deux amis entonnent plus fort leur chant de tous les jours.

A deux stations plus loin, ils descendent sur le quai.

Ils ont eu une maigre récolte : 1 euro 25 centimes.

Ils se font rabrouer par un agent du métro.

Ils sortent à l’air libre en courant, en riant.

Puis partent vers leur campement en jubilant.

Ils retrouvent leur mère dans leur caravane bien rangée.

Un travailleur social passe dans les ruelles jonchées de lino.

Il aperçoit les jeunes et entame la discussion avec eux.

Certains veulent s’en sortir mais ne trouvent que méfiance.

D’autres savourent de braver les interdits, de défier la loi.

Andreï a rejoint sa grand-mère malade et lui joue un morceau

Dans la pénombre d’une cabane aux couleurs vives.

Peut-être qu’un jour Andrei deviendra célèbre et ira à l’Olympia.

 

 

 

 

 

 

 

Lucie, une disparition mystérieuse

A la sortie des cours, Lucie rentre chez elle par les petites ruelles.

Elle aime bien grimper, gambader au pied du château en ruine.

Pour aller chez elle, elle doit contourner la forteresse silencieuse.

Lucie ne craint pas de se retrouver seule en haut de son village.

Il ne se passe rien dans son bled et tout est tranquille.

C’est ainsi que cet après-midi-là, elle avait dit au revoir à ses copines

Sur la place principale du village. Elle s’était enfoncée dans le dédale.

Le soleil rase la colline de ses milles rayons dorés.

Lucie sent une présence étrange quand elle arrive près de la vieille poterne.

Elle inspire profondément en regardant le village qui s’étend en dessous d’elle.

Au loin, elle aperçoit son groupe de copines longer le champ de maïs.

Puis un courant d’air. Une ombre. Pas de cri. Puis plus rien.

Pierre ne voit pas sa fille rentrer. La nuit tombe. Il s’inquiète.

Il téléphone à sa femme qui est au boulot. Aucune nouvelle de Lucie.

Il contacte les amies de Lucie. Non, elle n’est pas avec elles.

Angoisse. Pierre prend sa voiture et s’en va parcourir le village.

Puis il monte autour de la forteresse. Rien. Personne.

Son cœur bat à cent à l’heure. Ses mains tremblent.

Il a un très mauvais pressentiment. Il essaie de le chasser.

Pierre va au bar du village et demande au barman, parrain de Lucie.

Non, personne ne l’a vue. Juste qu’elle a l’habitude de passer au pied des ruines.

Mais cela il le sait bien. Il fait part de ses inquiétudes.

Pas d’hésitations, certains clients se mettent à sa recherche.

On appelle les gendarmes. Le temps presse. Il fait froid et humide.

Si Lucie était tombé, blessé dans une oubliette ?

De multiples faisceaux de lampe balayent les ruines.

Pierre est rejoint par sa femme, Véronique,  près de la vieille poterne avec une lampe tempête.

Ils ont aperçu le sac de Lucie. Posé au pied du mur rongé par les siècles.

Ils appellent Lucie de toutes leurs forces.

Ils sont tellement angoissés qu’ils ne sentent pas la fatigue les cueillir.

Un gendarme les invite malgré tout d’aller se reposer.

Mais comment dormir sans savoir où se trouve leur fille ?

Voilà que des jours s’écoulent sans nouvelles de sa disparition.

Tout le village ne comprend pas, même les autorités locales.

Même des experts sont venus. Ils ne trouvent aucun indice.

Pierre voudrait crier de colère, de douleur mais contre qui ?

Qui est responsable de la disparition de sa fille Lucie ?

 

De nos jours, il y a encore des disparus dont on n’a aucune nouvelle.

Comment accompagner ces familles dans cette angoisse de ne pas savoir ?

Le fait de ne pas savoir amène à s’imaginer le pire ou bien à espérer à l’extrême.

Je ne souhaite à personne de vivre cette situation où l’inconnu est oppressant.

 

C’est ainsi…

C’est ainsi qu’il voudrait jouer.

Jouer avec ses mains sans danger

Prendre des risques en rêvant

Et créer en grandissant, s’élevant

Pour atteindre une joie jubilatoire.

Je vis. Ce n’est pas rédhibitoire.

C’est ainsi qu’il voudrait courir.

Courir avec ses jambes tordues

Sans risquer de tomber et souffrir,

Sous des regards détendus.  

Dylan est son nom à vie

Déjà connoté loin des envies.

Il voudrait bien s’appeler autrement

Pour fuir des préjugés, des gens

Qui ne veulent pas accepter la différence.

C’est ainsi qu’il voudrait chanter.

Chanter avec ses logorrhées

Et ses bruits de bouche courbée.

C’est ainsi qu’on voudrait le regarder.

Le regarder à travers ses yeux.

Et son sourire malicieux

Je respire. C’est une nécessité.

C’est ainsi qu’il voudrait faire de la musique.

Composer dans sa tête et diriger

Si on lui donne des outils basiques

Pour ne plus être déranger.

Ne baissez pas les bras.

Continuez, persévérer.

Je vaux la peine d’être aimé.

Merci. Tout le temps je vous le dirai.

La révolution est en route

Peu importe

La révolution est en route.

Mais laquelle ?

Boris ne sait pas encore.

Mais il se tient prêt avec son drapeau,

Sur la place du village déserte.

Il arbore fièrement son écharpe jaune et bleu.

Les couleurs de son doux comté.

Il se met en garde à vous

Au milieu des feuilles mortes

Qui chatouillent ses godasses en cuir usé.

Son casque en métal chante au gré du vent.

Boris observe la rue vide, droit devant lui.

Au loin, il devine le château-d ‘eau grisâtre.

Il prend sa respiration pour répondre au moindre appel.

Il attend dans le silence à jamais endormi dans son contrée.

Puis d’un seul coup, c’est la charge.

De multitudes silhouettes s’élèvent des murs.

Un son de cor envahit la place de plein fouet.

Boris s’élance en s’époumonant, brandissant son drapeau.

C’est une vraie cohue qui s’installe dans le village à flanc de falaise.

Des blocs de rochers se brisent en milles plumes

Et inondent la place. Pure folie de la nature.

C’est la révolution des rêves et des illusions.

Boris se bat contre une ombre aux multiples visages.

Avec bravoure, il se dresse fièrement contre l’ennemi

Juché sur une plume d’acier et d’ébène.

Puis il attrape au vol un magnifique ballon de rugby d’or,

Et le transforme en un superbe essai d’argent.

C’est la lutte finale. Il crie victoire.

Un coq chante, rompant le bruit de la révolution.

Assommé par la fatigue, il s’allonge sur un banc

Avec un grand sourire aux lèvres fier d’avoir vaincu.

 

Boris dort paisiblement dans son lit.

Sa femme a observé ses mimiques.

Elle a beaucoup ri en voyant son mari rêver.

Elle en profite comme un cadeau.

En face du lit, une photo d’équipe de rugby

Sur un courrier de l’hôpital.