Le veilleur de nuit

Il est 23h00 au foyer d’adultes ayant des déficiences lourdes. Régis, le veilleur, échange avec l’éducateur pour faire le point sur la soirée. Parait que c’était tranquille à part José qui était tendue.

La porte claque. Voici Régis seul dans le hall. Ses oreilles sont aux aguets. Il fait le tour. Juste José qui est assis sur son lit et qui se balance. Il murmure dans le vide. Tout va bien pour l’instant.

Déambulant dans le couloir, il sent le silence se mouvoir au gré de ses pas feutrés. Un moindre bruit est décuplé tel que le tic-tac de l’horloge au loin, ou bien juste une personne qui change de position dans son lit grinçant.

Il s’est donné une exigence : faire la ronde tous les demi-heures. Pendant ce temps, il regarde la télé dans le séjour. Il met à peine le son.

Les heures passent sans problème particulier.

Soudain, un cri aigue. Il se lève brusquement et se retourne. Rien. Il part vers la chambre où a eu lieu le cri. Rien à signaler. La jeune Lucie dort paisiblement. Puis un autre cri. Il bondit vers la chambre d’à côté. Rien. Il entend un petit rire. Son cœur bat à cent à l’heure. Il essaie de garder son calme. M’enfin, dix ans de métier. Rien ne lui fait peur. Il est habitué à l’obscurité et au silence. Mais là, il se passe quelque chose de particulier. D’étrange. Il voit une silhouette dans le séjour. Il y court en douceur. Personne.

«Bon, on arrête de jouer là ! Je t’ai vu ».

Il sent un souffle derrière lui.

Il fait volte-face et se retrouve face à une ombre blanche avec des yeux rouges. Une main noire s’empare de la tête de Régis pour le tourner.

Régis se réveille subitement. La jeune Lucie est face à lui, en train de pousser des petits cris. Cela signifie que Lucie a fait un cauchemar et voudrait être rassurée. Régis aussi aimerait bien être rassuré.

Ne faudrait pas qu’on sache que Régis s’est endormi. Surtout qu’il a eu la frousse de sa vie.

Il emmène Lucie dans sa chambre et c’est là que José surgit pour l’attraper dans ses bras.

Régis est sur le point de craquer.

Rêve-t-il encore ?

Même pas. Il se remet de ses émotions et tout revient dans l’ordre avec fermeté et délicatesse.

7h00. Fin de nuit. L’éducatrice qui est de service prend le relais.

Régis affirme avoir passé une très bonne nuit et que le foyer était très calme.

Journal à mon père inconnu- 7

Samedi 4 septembre

Enfin, je peux marcher tout seul Papa. Je vais être hébergé dans un foyer le temps qu’on me trouve une famille d’accueil. Ma mère est enfin en prison et mon petit frère Loufi est chez ma grand-mère. Je viens de sortir de l’hôpital. Un éducateur est venu me voir pour préparer mon séjour au foyer.  Je ne suis pas inquiet. Je lui ai juste parler de toi et il m’avait promis qu’on préparerait mon voyage. Peut-être pour les vacances de Toussaint ?

 

Lundi 27 septembre

Je prends le temps de t’écrire Papa. Ma vie au foyer se passe à peu près bien même si mes voisins de chambre m’emmerdent parfois. Ils font les durs et me provoquent à la bagarre. Le souci est que je n’ai pas de forces. Pas pour l’instant. Cela viendra. Je continue d’aller à au collège où je galère un peu. J’ai du mal à me concentrer. Heureusement, mon prof principale est au courant de mon histoire et m’encourage.

 

Jeudi 30 septembre

Il me faut une autorisation de sortie par mes parents pour sortir du territoire. . Ma mère, déchu de l’autorité parentale et toi, inexistant pour l’administration, je suis mal barré. Mais heureusement, j’aurai un tuteur. Je le verrai demain avec le juge.

 

Vendredi 1er octobre

Trop bien. Le tuteur est partant pour mon projet d’essayer de te retrouver. Je suis fou de joie. J’ai du mal à tenir en place. Je te laisse. Je vais fêter ça avec le foyer. Les éducs m’ont prévu une soirée sur le Sénégal, un repas typique et de la bonne musique. Tous mes potes du collège se sont réunis pour récolter des fonds pour payer mon voyage. A très bientôt papa.

 

Vendredi 15 octobre

J’irai te rejoindre à Noel. Il n’y avait plus de places pendant les vacances de Toussaint pour Dakar. Pour que je mérite vraiment mon voyage, je te promets de bosser à fond. Pour que tu sois fier de moi. Les vaccins ont été fait. Je suis prêt….

 

( A suivre)