Ambroise – Episode 7

Dimanche 25 janvier. 00h50. Marc et moi sommes sur la route vers Millau.  La suite s’est passé très vite hier et j’ai très peu dormi tellement j’étais furieux et très inquiet à la fois. Une boule d’énergie mijote dans mon torse. Vaut mieux que Marc conduises. Je serai allé à 200 kilomètres à l’heure avec sa 4L bleu ciel. Donc hier, j’avais fouillé le château à la recherche d’indices. Tout a été vidé du fond en comble. De retour chez Jacky, j’ai dû téléphoner à ma mère à Lyon. Elle était en larmes au téléphone. J’avais attendu longtemps avant qu’elle puisse me raconter la suite de l’histoire, celle que je ne connais pas. Donc, lors de la fête, j’avais disparu ainsi que Barbara. Yannick avait alerté tout le monde, surtout qu’un incendie s’était déclaré. Le château a dû être évacué. Mon cousin était resté sur place pour organiser une battue pour essayer de nous retrouver, moi et Barbara. Je n’avais rien dit à ma mère au téléphone que Yannick m’avait fait boire une énorme dose de somnifère dans du champagne. Tout le monde était tellement désespéré que la famille voulait abandonner le château. La police était sur les dents. Aucun signe de vie de Barbara. A part moi où l’on m’a découvert hagard à Lyon sur la place Bellecour. Un inspecteur voulait m’interroger à mon retour à la réalité. Depuis ma disparition de l’hôpital, la PJ me cherche. J’ai dû donc rassurer ma mère que j’allais bien et que je ne savais pas du tout où était Barbara. Enfin, si, mais je ne lui ai pas dit. Je soupçonne Yannick. C’est évident pour moi. C’est pour ça que nous sommes en route pour Millau le retrouver. Marc lui avait téléphoné l’air de rien et était tombé sur une voix de femme. La voix lui criait à l’aide mais au dernier moment, ça a raccroché. Marc avait entendu au dernier moment : «  Salope ».

Le doute n’était plus permis. C’est ainsi que nous avions pris la voiture rapidement malgré la neige et la nuit.  

 

Même jour. A peine deux heures après. Nous nous garons au bout d’une rue, proche de la maison de Yannick. Des flocons tombent avec douceur sur mon visage endurci. Je longe un petit muret bordant la maison de mon cousin. Aucune lumière à l’intérieur. J’ouvre très doucement le petit portail en fer. Je me souviens qu’il grince. Il ne s’agit pas d’éveiller l’ennemi. Je contourne la demeure pour arriver à une porte discrète qui va donner dans la cuisine. C’est ouvert. Marc m’attend dehors. J’entre en tâtonnant dans l’obscurité. Je devine la table que j’évite de justesse. Enfin, j’arrive dans le hall. Soudain, une grande lumière s’allume. En haut, Yannick en robe de chambre m’attendait avec un révolver. «  Ta mère a eu la gentillesse de me téléphoner ! »

 

Ambroise – Episode 6

Samedi 23 janvier. 14h30. Le blizzard est tombé, vaincu par le soleil auvergnat. La vieille dame, Jacky, est en train de dormir dans son rocking-chair. Le grand gaillard, Marc déblaye le chemin vers le garage. Nous avons mangés une bonne poêlée et nous avions fait connaissance. Marc est le fils unique de Jacky. C’est un homme à tout faire du petit village d’à côté. Le mari de Jacky repose au cimetière depuis quelques années, après une fatale rigolade. Cela ne les a pas empêché de continuer à rire à table et de me chambrer sur mon état. Je leur ai raconté une partie de mon histoire. Ils étaient suspendus à mes lèvres. A la fin de mon récit, Marc était prêt à m’aider dès que les conditions météo seraient plus favorables. C’est pourquoi Marc prépare la vieille 4L en ce moment, que j’aperçois par la fenêtre.  Grand coup de Klaxon. Jacky se lève et me donne une grosse polaire et des gants. Puis me fourre des barres de céréales dans les poches de la polaire. Je sors de la maison à tâtons sur la petite route déneige vers la voiture. Je m’installe et démarrage en trombe. Glissage contrôlé puis nous sommes lancés sur une route forestière parée de mousseline blanche.

 

Même jour. 15h15. Après avoir contourné quelques volcans habillés de leur robe nuptiale, nous arrivons dans une grande allée d’arbres qui mènent vers un château semblant sortir du moyen-âge. Tout me revient. C’est la demeure de ma famille. Je me souviens de cette soirée où nous nous étions réunis. Tout me revient. Je me souviens de la tension qu’il y avait entre mon cousin Yannick et Barbara. Je me souviens d’avoir eu des douleurs au niveau de mes cervicales. J’avais dû prendre des anti-inflammatoires. Marc m’invite à sortir de la voiture et à ouvrir le portail. Il n’y avait personne. Tout est immaculée sauf le château aux murs noircis au côté nord. Que s’était-il donc passé ? Le silence m’oppresse. Marc m’accompagne durant la marche vers le parvis du château. Un escalier monumental nous accueille. Nous le gravissons avec peine à cause de la neige. La grande porte est fermée, bien sûr. Je la force avec Marc et  s’ébranle. Un grand bruit résonne dans le hall. Tout est vide. Je reconnais la grande salle à manger. Je me revois en train de boire, de discuter avec Barbara qui me fait part de ses inquiétudes avec Yannick. J’avais essayé de la rassurer. Je me vois l’accompagner vers la terrasse. J’emmène Marc vers ce dernier lieu. C’est ainsi que je découvre avec effroi le salon complètement noirci. Arrivé sur la terrasse, un flash me revient. Yannick nous attendait. Il m’avait offert un verre. Je ne m’étais pas méfié. Au bout de quelques minutes, un lourd sommeil m’emportait et j’entendais de moins en moins Barbara qui criait : «  Ambroise ! ». Quel idiot j’étais !

 

( A suivre…)

Ambroise – Episode 5

Vendredi 22 janvier. 18 h 45. J’émerge. Me voici dans un lit d’hôpital, sous perfusion. Encore une fois. On m’a encore déshabillé pour me mettre dans une espèce de robe blanchâtre. Je suis quand même bien au chaud. Je ressens encore la douleur au dos. Je regarde l’heure. Une infirmière rentre me voir et m’informe qu’elle est rassurée de me voir émerger. J’ai été dans un profond sommeil depuis deux jours et demi. Ils m’ont purgé complètement. Au fil des heures, ils m’ont enlevé les perfusions et je pus manger et boire normalement. Puis le sommeil m’a cueilli alors que je réfléchissais comment repartir d’ici.


 Samedi 23 janvier. 7 h35. Je viens de finir de prendre le petit déjeuner. J’ai quand même mangé le pain bien fade et une confiture de gélatine sucré. Il me faut des forces. Plus personne dans les environs. Hop, j’enfile mes affaires qui ont été lavés. C’est bien agréable.  Je   dans ma veste le surplus du plateau. Départ en catimini. En sortant de l’hôpital, j’arrive près de la gare. Il neige. Je me gèle au bout de quelques minutes. J’accélère le pas pour me réchauffer. Je traverse la ville saupoudrée en passant par la place de Jaude avec une immense grande roue et un gigantesque sapin. Direction les volcans. Rien ne m’effraie. Un vent glacial me frappe le visage. Après une bonne heure de marche et quelques pauses au chaud dans des bars, j’arrive sur une petite place d’un village, je passe devant une camionnette grise surnommée le Cockpit. Un des gars me voyant frigorifié me propose un café et un burger fait maison. Je lui remercie. Ce fut un vrai délice qui me donne du vrai courage pour la suite. Je monte à travers une forêt où la neige s’accumule fortement. Je suis gelé, glacé. Quelle folie quand même. C’est quand même idiot de devoir encore se retrouver à l’hôpital. J’aperçois enfin une maison dans une clairière. J’y cours me risquant de tomber, de glisser. Je cogne à la porte et une vieille dame m’ouvre. Elle réagit très rapidement en me faisant entrer et appelle quelqu’un. Un grand gaillard barbu bien ventru m’apporte une couverture et me met près d’une cheminée. Rien ne s’est dit entre-temps à part la vieille qui me gronde d’avoir été dehors par un temps pareil. Elle me prépare un grand bol de bouillon. Puis J’ai le vertige et je suis pris de grands frissons. Des larmes se libèrent. Je n’avais pas encore pris la mesure de mes actes, de mes choix. Silence respectueux. Tendresse et rudesse sont mêlées entre mes hôtes à mon égard. À travers la fenêtre, je vois que la neige se met à tomber en tempête. Barbara ! Je veux te retrouver. Où es-tu ? Que s’est-il passé au château ? Je sais que je ne suis pas loin.

 

(A suivre…)

Ambroise – Episode 4

Mercredi 20 janvier. 03h50. Tout semble calme. Les infirmières sont dans leur bureau. Je me lève du lit. Mes jambes tremblent. Je vais vers l’armoire pour prendre mes vêtements. Habillage. Cœur qui bat très vite. Je me faufile ensuite dans le couloir malgré ma faiblesse. Je vois la sortie au loin. Une porte de secours. J’y vais à tâtons. Je respire tout doucement malgré mes douleurs. Un crissement me semble tétaniser. C’est juste une des infirmières qui a fait rouler un chariot dans leur local. Stress. Gros stress. J’arrive enfin vers la sortie. Je pousse tout doucement l’enclenchement de la porte dans une semi-obscurité. J’atterris dans un grand jardin. Je marche dans l’ombre, à pas de loup. Cela me fatigue. Je me pose. Une lueur de lampe de poche caresse les arbres. C’est le veilleur. Je reste immobile derrière un platane. Il s’éloigne et je m’approche dans la clôture en fer forgé. C’est une danse de sculptures arrondis. Je pourrai gravir sans problèmes. Je la franchis avec difficulté tant mes jambes tremblent. Le froid me transperce la peau malgré ma veste. Enfin, arrivé sur le trottoir, j’accélère mes pas avec mes bras tétanisés par l’escalade. Mon cœur semble vouloir exploser à chaque seconde. Je longe une longue avenue bordé par une ligne de tram. Puis j’arrive dans une station-service où un gros camion prend de l’essence. Je m’adresse au camionneur. Plutôt une femme bien costaude au visage agréable. Je lui demande si elle me prendre, m’emmener en direction du puy de Dôme. Il me semble me souvenir que je suis de là-bas. Cela tombe bien. Elle doit aller à Clermont-Ferrand. Elle ne me demande rien. Je monte dans son cockpit très décoré. Après avoir fini de mettre de l’essence et de payer par carte bancaire, elle monte me rejoindre puis démarre. Je suis frigorifié. Je tremble. De peur, de froid ? Elle me propose de prendre le thermos de café à mes pieds. Je lui remercie. Je me sers et sirote avec bonheur. Puis je m’endors malgré moi.

 

Mercredi 20 janvier. 5h30. La conductrice me réveille. Nous sommes arrivés à destination, sur un énorme parking. Elle voudrait me déposer là avant d’aller déposer le chargement. Cela lui éviterait des soucis. Le camion s’ébranle. Les vibrations s’éloignent et un silence glacial m’envahit. Des lumières blanches du parking illuminent quelques rares voitures. Je suis seul. Juste au loin. Un bar. Un bar ouvert à ma grande surprise. Un petit groupe se chamaille. J’y vais avec appréhension. Cela pue l’alcool à plein nez. Le barman est en train de nettoyer son comptoir jonché de pintes de bière. Il me regarde avec méfiance. Il est vrai que j’ai une mauvaise allure. Je suis bien paumé. Et pourtant, il me laisse entrer. J’esquive un gars un peu bourré. Puis à peine franchi le seuil, une douleur me traverse le dos jusqu’à la nuque. Je tombe.

 

(A suivre…)

Ambroise – Episode 3

Vendredi 15 janvier. 10h56. De faibles rayons de soleil peinent à entrer dans la chambre. Des ombres, des reflets sont projetés au plafond. Une perfusion a été posée sur le dos de ma main gauche. Je ressens le produit qui se faufile sous ma peau. A ma main droite, est posée la main d’une personne qui semble me connaitre. Mais qui ? Elle me parle mais je ne la comprends pas. Elle verse quelques larmes. Pitié, pas de larmes. Je ne veux pas être plaint. Cela rime à quoi ? Surtout si cela ne n’aide pas à m’en sortir. Des mots me reviennent. Barbara. La Jassautière. Le château de la Jassautière ? C’est possible. Ce château qui pénètre mes rêves chaque nuit et même lors de mes songes.

 

Mardi 19 janvier. 17h31. Je commence à entendre. Est-ce la perfusion qui me purgeait depuis ces quatre jours. Une grande joie m’envahit. J’arrive même à émettre des sons. Malgré la douleur de ma tête, j’ai envie de me lever. Et de partir d’ici pour comprendre. J’appelle. Une infirmière s’empresse. Puis suit mon médecin qui est ravi de mon état. Il me fait le point. Je suis Ambroise. Ambroise Mathaux. 37 ans, né à Fraçon sur Piou, au château de la Jassautière. Je suis satisfait. On m’a récupéré dans un état déplorable. J’avais disparu de la nature après une fête. Ah oui, une fête, c’est vrai. Tout me revient. C’était l’anniversaire de Barbara, ma femme. Barbara ? Je m’interroge. Qu’est-elle devenue ? La personne que j’ai vue tout à l’heure ? C’est ma mère. Je commence à poser pleins de questions. Mon médecin me calme. Je sens qu’il me cache des choses. Il ne veut pas tout me dire. Une énergie monte en moi. Je me redresse. Je veux aller au château de la Jassautière. Là, où s’est passé la fête ! L’infirmière et le médecin me contiennent. Mes jambes tremblent. Une colère sourde monte mais je contiens mon émotion. Cela ne sert à rien pour l’instant. Mais cette nuit, je partirai d’ici. Comment, dans quelle direction ? J’aviserai. Pourquoi ai-je disparu et pourquoi je ne m’en souviens pas ?

Ambroise – Episode 2

Jeudi 14 janvier. 09h27. Shooté. Je suis shooté. Même pas la force de bouger un de mes doigts. Mes paupières peinent à s’ouvrir. J’arrive toutefois à sortir des pensées, des images. Depuis cette nuit, je me souviens. Un médecin était venu me voir avant que je sois mis sous calmant. Il était bienveillant à mon égard, comme s’il me connaissait. Des bribes de souvenirs me reviennent. Un château. Un visage d’enfant. Un puits. Je sens monter une angoisse à chaque fois que je pense à ce puits. Un puits en pierre, très profond. Ma respiration est saccadée. Je sens qu’on me touche la main. Des caresses qui remontent jusqu’à mon visage. Qui est-ce ? Ma vue n’est pas terrible à cause des vapeurs du somnifère. Je distingue une belle silhouette. Elle m’est connue. Un visage se dessine. Elle me sourit avec sa frimousse toute brune et ses yeux noisette. Une voix vibre dans ma tête : « Ambroise ».  Des larmes coulent sur mes joues. Je veux crier. Barbara. Je serre mes poings quand une secousse violente vient du fond de mes entrailles. J’émerge. Plus personne dans la salle. Une douleur se diffuse au niveau de ma poitrine. Une infirmière arrive pour me soulager. Hop, une perfusion.

 

Même jour. 17h00. Une personne est assise à côté de mon lit. Il a l’air de me parler mais je comprends rien ce qu’il me dit. Elle me connait, il me semble. Moi, non ! Alors j’essaie de lui parler, de faire jaillir un mot de ma bouche mais rien. Ceux qui viennent me voir croient que je ne comprends rien. C’est complètement autre chose. Je n’entends rien. Mais comment leur dire puisque je n’arrive pas à parler ?

J’essaie de ne pas me rendormir malgré les médicaments que l’on me donne. Je ne veux pas faire ces cauchemars qui me hantent. Ne plus revoir ce puits sombre et obscur.J’ai l’impression d’y tomber infiniment. Pas un saut de l’ange mais un saut du diable ? Vers un enfer de solitude et de mort. Ne plus songer à tout cela pour vivre. Je veux vivre et qu’on n’arrête de me droguer. Comment leur dire au monde réel que je veux revenir à eux et les entendre vraiment ?

 

Vendredi 15 janvier. 00h02. J’aperçois toujours cette petite lumière rouge au-dessus de la porte. Elle veille. Elle me surveille. Elle se diffuse à travers l’obscurité jusqu’à m’aveugler. Et m’enveloppe pour me jeter dans ce foutu puits sans fonds. Vertige. Je me réveille en sueurs sous une lumière discrète du couloir d’hôpital. Comment m’en sortirai-je ?

Ambroise – Episode 1

Mardi 12 janvier. 15h05. J’erre sans savoir où je vais, dans les rues d’une ville qui m’est inconnue. J’ai juste une vieille veste en cuir, un jean tout usé, un bonnet vert et une écharpe jaunâtre. Je ne sais pas pourquoi je suis là. Là, à regarder autour de moi sur une place où trône une énorme statue. Des pigeons semblent le cajoler. Les gens m’ignorent complètement alors que je marche en boitant. Je n’ai pourtant pas mal. Une certaine odeur m’enveloppe mais quoi ? Je ne saurai dire. Dans mes poches, j’ai juste un papier griffonné que je n’ai pas réussi à déchiffrer. Une angoisse me prend aux tripes. Pourquoi ? Je ne sais fichtre rien. J’essaie de réfléchir et de comprendre. Rien ne vient. Cela viendra sans doute. Alors je marche. Il neige. Je vois les gens bien calfeutrés dans leurs anoraks, leurs doudounes. Il fait froid ? Je ne ressens rien. On me fait des gestes, avec des mimiques étranges. Qu’est-ce que cela signifie ? Je m’arrête au milieu d’une rue. Mes jambes se bloquent. Je reste hagard ignorant les voitures qui me contournent. Puis noir.

 

Mercredi 13 janvier. 22h53. J’émerge. Je suis dans un lit. J’ai de la peine à lever ma tête et je sens que je suis attaché de partout. Une silhouette s’approche de moi. Je sens un souffle. Je sens des vibrations. Je discerne un peu plus un visage. Ce visage se meut. La bouche fait des étirements, des ronds puis se ferme. Je laisse mon corps s’enfoncer dans le plumard. Je respire très doucement comme pour essayer chercher de l’air. Vite, une issue d’air pure. On me détache. On me contient. Doux toucher qui me rassure. Puis une force se focalise sur ma poitrine. Je ne comprends pas ce qui se passe. Il me semble sourire. Un son s’échappe du fond de mes entrailles. Un cri qui me fait émerger des images. Frissons qui me parcourent des pieds au crâne. Vertige. Une voix forte  jaillit du fond de ma mémoire : «  Ambroise ». Ambroise ? Est-ce mon nom ?

 

( A suivre  )

Handicap visible ou invisible?

Qu’est –ce qui serait plus aisé à vivre ?

Est-ce plus confortable d’être dans un fauteuil roulant et que les gens voient, constatent vraiment votre handicap ?

Ou bien d’avoir un handicap invisible qui vous gêne dans la vie de tous les jours, et que vous devez sans arrêt répéter aux « ignorants le pourquoi du comment ?

Je reconnais que c’est un peu schématique, c’est vite des raccourcis. Notre vécu du handicap est subjectif en fonction de notre histoire, de notre environnement social et familial. Puis tout est question du ressenti du regard de l’autre en fonction de nos fragilités extérieurs ou intérieurs.

Puis nos handicaps ne sont pas comparables.

Nos vécus ne sont pas mesurables.

L’acceptation de notre handicap est tout un chemin avec des joies et obstacles rencontrés.

Je voudrais témoigner mais ce n’est pas simple. Il me faut éviter de me faire griller sur la toile. Mais je tente le coup. Je ne voudrais pas tomber dans la victimisation, ou d’attirer la pitié. Que c’est insoutenable de sentir une pitié venir sur soi. Je voudrais juste être reconnu à ma juste place, à ma juste valeur. Ne pas excuser mes bourdes, mes erreurs parce que j’ai un handicap. Je suis un homme avant tout. Je ne me résume pas à l’handicap que j’ai mais il fait partie malgré tout de mon identité.

Allez, je me lance pour ceux qui ne me connaissent pas. Je suis sourd appareillé. Appareillé que d’une seule oreille. L’autre est foutu. Je suis en mode mono. Je suis appareillé depuis l’âge de deux ans. Grace à l’orthophonie, je peux parler et m’aider de la lecture labiale. Malgré mon audition très limité, je parle très bien. C’est une grande réussite. Mais c’est aussi un inconvénient car les gens qui ne savent pas que je suis sourd, peuvent croire que je suis idiot quand je ne comprends pas ce qu’ils disent. Handicapé de la communication. Merci de ne pas me sortir le refrain classique : «  Mais nous sommes tous des handicapés de la communication ». C’est trop facile et ça peut avoir le don d’agacer. Comme mon handicap se voit pas, les gens oublient de parler correctement, me parler d’une autre pièce ou de parler vite. C’est fatiguant parfois de faire rappeler son handicap. Je pourrais oser dire aussi que c’est humiliant.

 

Alors je souhaite un bon courage pour ceux qui vivent le handicap comme une lourdeur plus ou moins temporaire. Il est aisé de le vivre en fonction de l’environnement social, amical, familial et même professionnel.

 

 

De l’injustice!

L’injustice!
Un sentiment que nous avons sûrement tous vécu.
Ce sentiment peut nous prendre aux tripes et on ose rarement le verbaliser sauf en cas extrême.
C’est quoi exactement l’injustice? Puisque ce terme est assez subjectif selon nos histoires, nos échelles de valeur.
L’injustice, c’est quand nous sentons qu’il y a de l’abus, de l’iniquité. Le plus intenable, c’est quand nous en sommes l’objet de cette injustice. Alors vient la colère, la révolte.
Face à l’injustice, on peut devenir vite une boule de nerfs. Les phrases telle que:  » Ne vous fâchez pas, cela ne vaut pas la peine », « il n’y pas lieu de s’énerver » ne font que rajouter de l’huile sur le feu.
L’injustice est vécu à différents degrés selon notre sensibilité, notre vécu.
L’injustice, c’est aussi ne pas être reconnu à sa juste place, à sa juste valeur.
Où pourrait-on améliorer la justice?
Dans la justice sociale? La justice dans les échanges nationaux et inter-nationaux.? La justice entre les minorités ethniques et les multinationales? La justice entre l’Etat et la société? La justice fiscale?

On entend souvent les enfants dire:  » C’est injuste ».

Qu’est- ce qui est de l’ordre de l’acceptable et de devoir accepter cet état de fait? Par exemple, je suis sourd. Je peux me dire que c’est injuste. Mais c’est ainsi et on ne peut rien y changer. Rien ne m’empêche d’avoir des appareils auditifs et d’entendre une partie du monde qui m’entoure. C’est déjà ça! Pour pallier à cette injustice, nous pouvons trouver des compensations.

 

Alors je souhaite à tous un bon courage si vous vivez des injustices, si vous combattez contre des vraies injustices.

Vivre l’absence

Vivre l’absence.

C’est essayer de mettre du sens

Sur une présence

Invisible

Mais sensible.

Ses souvenirs nous rassurent.

Nous lâchons des murmures

Des notes de mots discrètes.

Il nous semble reconnaitre sa silhouette,

Sa voix qui chante vers l’au-delà.

Il continue à mettre le La

Sur notre chemin de mortel

Avec ses compagnons du ciel.

Il nous a appris à ne pas courber le dos

A persévérer, à toujours y croire malgré le fardeau.

Que du Sol, nous nous élevons vers une harmonie

Au-delà de la douleur, vers le divin Si.

Nous aurons quelques bémols.

Je ne voudrais pas être un fol

Mais continuons à battre la mesure

Et que nos absents nous assurent

Du rythme de nos vies, de nos rêves.

Alors merci cher ami, que sans trêve

Ta musique continue à nous enchanter

A jamais, pour l’éternité.