Un cri de vie

Il y a des choses qu’on n’ose pas dire
Mais il faut le dire car ça peut devenir mortifère.
C’est très difficile de garder pour soi l’innommable et de porter tout seul. Il ne faut jamais rester seul et parler, dire des mots, oser dire, verbaliser ce qui nous pèse.
Oui, j’ai un ami qui s’est suicidé. Cette personne s’est donné la mort. La sidération, la colère, l’incompréhension peut nous traverser. 
Le suicide est un acte qui va à l’encontre de ce qu’on essaye de vivre: Vivre. A devenir trop pudeur sur les mots et nos questionnements, on contamine notre entourage notre pesanteur si on ne dit rien.
Peu importe qui tu es, ami ou inconnu, si tu es dans la galère, tu ne peux pas te taire. La vie est faite de liens. La parole libère, l’autre est une bouée de sauvetage. Ne reste jamais seul. Personne ne peut s’en sortir seul quand cette personne est dans la souffrance, dans la désespérance. 
Cher ami ou inconnu, il y a toujours une solution quelque part sur terre qui peut te ramener à la vie. Les liens d’amitiés, de fraternités existent et il est important de s’appuyer dessus. Pour s’appuyer sur des valeurs communes, des convictions profondes pour avancer sur un chemin de vie certes chaotique par moments mais avec des moments de pure bonheur.
En étant chrétien croyant, je crois en cette force qu’est l’espérance en la vie éternelle et qu’elle commence sur terre. C’est à moi, avec mon entourage,ma femme, mes amis, les enfants pour ceux qui en ont, que je dois construire ma vie avec ce que je suis dans le Christ. C’est un énorme mystère il est vrai mais fou.

 


Malentendues

Au son d’un morceau de guitare, je vais vous relater quelques malentendus plus ou moins récent.
Le premier date de 1995, où je devais prendre le TGV ( Orange) d’Avignon pour Paris. J’étais sur le quai X de départ quand je perçus une voix grésillante par haut-parleur. Rien compris. L’heure du départ s’approchait et le TGV n’était pas au quai X. Et là, j’aperçus un TGV sur le quai Y. Je vis un gars prendre une cigarette devant un accès à une voiture. Je lui demandai au loin où allait ce train. Juste au moment où il disait « Paris » avec ses lèvres, sirènes de fermeture et le TGV partit. Grand moment de solitude. Et M… Un peu paniqué, j’avais 14 ans à l’époque. Je dus demander un portable pour téléphoner à ceux qui m’attendaient sur Paris que j’avais raté le train. J’ai du prendre le TGV suivant une heure après. Je suis monté dans une voiture puis j’attendis le contrôleur. Il voulut me verbaliser car mon billet n’était pas valable mais je répliquais: « Désolé monsieur, mais je suis sourd et je n’ai pas entendu l’annonce qui disait que le TGV d’avant avait changé de quai. Rien n’a été fait pour les personnes sourdes. » (J’ai su entre-temps évidement.). Le contrôleur m’avait bien entendu et s’est ravisé en s’excusant. 
Une autre, en 2005, j’étais en cours d’économie et en prenant mes notes, je notais:  » Prostitution ». Je me disais que là il y avait un souci et que mon oreille avait mal réceptionné les mots du prof. Je regardais sur le notes de mon voisin et c’était « Constitution ». Me voilà rassuré avec un petit sourire.
Oui, c’est assez fréquent d’entendre un autre mot tout simplement parce que je fais peu de différence au niveau auditif avec le son D et le B, Le P et le B etc…
Encore plus troublant, c’est de ne pas entendre dans une phrase les petits de mots de liaison qui peuvent tout changer.
Pour ceux qui me connaissent, si vous avez des souvenirs amusantes de quiproquos, je suis preneur car il faut en rire et je ne me souviens pas de tout.
Une phrase que j’aime dire, c’est:  » On a les avantages des inconvénients »:
Effectivement, la nuit, je n’entends pas les tapages nocturnes, ni les ronflements, ni les voitures et même les nourrissons quand nous sommes chez des amis ou en famille. Puis quand je suis dans un lieu bruyant ou quand dans le métro, j’ai mon voisin de voyage qui a une musique forte, j’éteins mon appareil. Mais ça, je ne fais pas souvent car je n’aime pas ne pas entendre dans un lieu public. C’est déconcertant. 
Et voilà, pour les petites histoires.

Le vécu de mon handicap

Dans la suite logique de mes réflexions, je vais aborder mon vécu du handicap.
Et bien, très bien quand les conditions sont optimales. Comme certains le savent, je suis en mode mono, c’est à dire que je n’entends que d’un seul oreille avec un appareil ultra perfectionné. Mon autre oreille est HS. Il m’arrive d’oublier que je suis sourd dans des lieux calmes, où les sons sont doux, agréables et que les voix des personnes se s’entrechoquent pas. 
Le son entre dans mon oreille gauche vide et il est bloqué de l’autre coté par mon oreille appareillé, c’est peut-être pour ça que je vous entends mieux, quand la salle ne résonne pas, quand il n’y pas de bruits parasites et surtout si la fréquence de votre voix est agréable.
Pour certains qui me connaissent, j’utilise souvent l’humour lié à ma surdité et je joue aussi sur les homophones, jeux de mots souvent utilisés chez les personnes sourdes. 
Il m’arrive de me trouver dans des situations où je prends de plein fouet mon handicap quand je suis interpellé dans la rue. Je mets du temps à saisir les premiers morts car mes neurones n’ont pas encore été connecté. Souvent, on me prends pour un demeuré et c’est très désagréable car je ne comprends pas du premier coup. Comment comprendre quand on entend une partie d’une phrase:  » Pardon…m… Où…. Part-Dieu ». Là, c’est facile parce que j’ai entendu les mots clés mais as t-il demandé comment aller avec un type de transport spécifique?
Bref, La question de mon vécu du handicap se pose aussi en groupe. Là, c’est une autre paire de manches quand il y a plusieurs conversations ensemble, et surtout quand des blagues fusent et que tout le monde rie sauf moi. Pour ne pas me différencier, je ris avec eux même si je n’ai rien compris. 
Le plus terrible, c’est quand j’essaye d’engager une conversation mais qu’entre-temps, je n’ai pas entendu une petite voix qui amorçait un autre sujet. Je tombe à coté de la plaque. Imaginez le malaise comme une crêpe qui reste collé au plafond et retombe mollement sur le carrelage. 
Depuis des années, j’ai du mené un combat entre le monde sourd et le monde des entendants. Car des sourds signants considéraient que j’étais pas sourd puisque je parlais et chez les entendants, j’étais considéré comme une personne un peu simplet car je ne saisissais pas tout de suite. 
Essayez de comprendre la radio FM quand la fréquence passe mal et grésille!
Je pourrai continuer à vous en parler pendant des heures car je considère que j’ai une chance inouie de m’être intégré même si c’est parfois douloureux.
Merci aux orthophonistes durant mon enfance. Merci à des adultes qui ont cru en moi. Puis j’avais en moi aussi une force de vie et je l’ai toujours une immense envie de rayonner et témoigner que vivre est possible malgré ma surdité. 
Ce que je déteste pardessus tout, c’est de cautionner mes erreurs, mes incompréhensions parce que je suis sourd:  » Le pauvre, ne lui disons rien, c’est déjà dur pour lui ». Bein non, c’est pas comme ça que ça marche. On ne me reconnait pas en tant que personne et toute personne handicapé ou pas doit être mis à sa juste place et ne pas être dans le panier de la pitié et de la compassion à outrance. 
Si je parle fort sans m’en rendre compte, merci de me dire de parler moins fort.
Si je m’emmêle dans les explications, n’hésitez pas à dire:  » Vivien, je n’ai pas compris ». Sinon, je sens tout de suite que vous me prenez pour un demeuré. 
Ouh là, j’ai pas mal écris!
Je continuerai demain pour vous laisser reposer les yeux ou les oreilles!

L’attente

Attente.
Soupir battante.
Attente.
Temps dilettante. 
Seconde 
suspendu
Sans le monde
Qui continue
A tournoyer.
Les idées sont noyées.
Les pensées 
Semblent figés.
Minute insoutenable.
Respiration interminable.
Comme le tonnerre,
Jaillit ce qu’on espère.
Enfin.
C’est la fin.
Inspiration.
Explosion
De rires.
Jubilation
qui fait saisir
Les sensations
De joie, de fierté.
L’esprit repart
Pour une éternité
Vers une autre gare
Pleines d’espérance.

La tête lourde

La tête lourde
Comme une enclume
lissant les écumes,
Il traine ses bourdes
comme un poids
De culpabilité.
Servilité
Des ses lois
Manichéennes.
Statufié jusqu’à l’aine
De ses remords,
Il ronge ses rêves.
Il les enfouie par peur
D’être humilié et qu’il crève
De honte pleins de torpeurs.
Un soir d’hiver sous la neige,
Un souffle le cueille, l’allège
Dans la blancheur de la nuit.
Son coeur est éconduit
Par une voix qui pénêtre l’âme:
 » Si ton coeur te condamne,
Dieu est plus grand ton coeur ».
Des larmes du ciel, en choeur,
Le réconforte dans le pardon.
L’homme s’apaise, confiant en ses dons
Retrouvés dans ses souvenirs.
Un personne l’accueille à bras ouverts
Sans chercher d’interêt, sans travers.

« Lève-toi. Aie confiance. Il t’appelle ».

La douceur de vivre

Savez-vous que la douceur de soi est un art de vivre?
Vivre apaisé est un travail quotidien pour mieux appréhender
L’avenir et ne pas être sans arrêt tendu.
Je vous souhaite de vivre des moments de délicatesse
Envers vous-même.
Savoir trouver un juste équilibre entre l’énergie à dépenser
Et le respect de votre corps et votre coeur.
Heureux celui qui sait rendre les choses simples bien que ça puisse paraitre compliqué. Il sera bien allégé des tracas.
Je vous souhaite de chercher en vous ce que vous cherchez à l’extérieur. Il y aura beaucoup moins de déceptions, de désillusions.
Heureux chacun d’entre vous qui sourit tout simplement. La paix de l’âme lui rendra visite.
Heureux celui qui ouvre son coeur tout en se respectant, il gagnera en endurance et en sagesse.
Heureux celui qui sait voir l’horizon malgré la brume, il pourra avancer sans crainte, avec confiance.

Merci tout simplement

Merci tout simplement.
Merci pour ce que vous êtes.
Merci pour le petit sourire de ce matin.
Merci pour le bonjour malgré mon silence.
Merci pour le bout de pain alors que je mendiais.
Merci pour ton oui quand je t’ai demandé un service.
Merci pour ton simple mot qui m’encourage.
Merci pour ta présence à coté de mon lit d’hôpital.
Merci de m’avoir prêter un livre pour me détendre.
Merci pour ton silence quand j’en avais besoin.
Merci de m’accueillir.
Merci pour ton retour sur ce que je fais.
Merci pour le petit plat que tu as cuisiné alors que j’étais crevé.
Merci d’avoir fait la vaisselle.
Merci d’être revenu.
Je n’aurai jamais fini de dire merci même si pour toi, c’est gratuit.
Merci même si c’est pour toi normal.
Merci d’accueillir mon merci.
Pour ceux qui croient, merci à Dieu pour ce qui je suis avec mon handicap, mes fragiltés et surtout avec mes forces.
Alors Merci tout simplement. 

Chercher l’essentiel

Où te caches-tu l’Essentiel?
Je te cherche dans le quotidien pour alléger mes soucis, mes pesanteurs.
Je te cherche parmi l’actualité du monde.
Je te cherche dans mes lectures, dans mes détentes à travers le jeu, la musique.
Je te cherche à travers les visages de touts ceux que je croise.
Je te cherche dans l’écriture, le dessin, le théâtre, l’informatique, le jardinage et bien d’autres passions faisant appel à mon plaisir de créer.
Je te cherche a travers mes sens.
Je prends le temps de t’écouter au moindre silence.
Je prends le temps de te goûter à la moindre saveur.
Je prends le temps de sentir ton parfum au moindre senteur.
Je prends le temps de te voir à la moindre beauté.
Je prends le temps de te toucher à la moindre délicatesse.
C’est en te regardant dans le miroir que je te trouve.
Tu t’épanouis au moindre de mes reflets et qui jaillit dans mon entourage.
L’essentiel pour chacun est très subjective en fonction de ce qu’il a vécu, de son environnement, de ses valeurs. 
Nous pouvons nous retrouver sur l’essentiel comme on ne peut pas s’entendre. 
L’importance, c’est d’accepter ce qui fait sens pour nous et que l’autre a son propre essence.

Je me souviens

Je me souviens de ces heures passées à lire des histoires africaines, des contes croustillants.
Je me souviens des chants métalliques des merles, qui se nichaient par dizaine à coté de la classe. Un vacarme!
Je me souviens des clameurs et des rires dans la classe d’à coté.
Je me souviens des rires des élèves qui se parlaient avec des voix haut perchés.
Je me souviens des chèvres se promenant dans la cour dont une qui est entrée une fois dans la bibliothèque.
Je me souviens de Mame, la cuisinière qui n’arrêtait pas de rire et s’exclamait:  » Waaaaw ».
Je me souviens des professeurs qui se réunissaient dans la salle pour boire du bon bissap.
Je me souviens des parties de scrabble endiablés avec des jeunes de 6èmes.
Je me souviens de la chaleur accablante où les feuilles me collaient au bras quand je corrigeais des copies.
Je me souviens d’un taxi brousse où il n’y avait que la carroserie, pas de ceinture . J’étais à l’avant et j’avais prié pendant une heure trente avant d’arriver à destination.
Je me souviens de mes balades seul dans la brousse, de mes traversées des villages, de mes rencontres des chefs de village, de mes voyages en charrette tiré par un cheval.
Je me souviens de la musique à fond lors des fêtes, les enfants jouaient à coté des bafles, et les femmes avaient mises leurs plus belles couleurs.
Je me souviens de ces repas autour d’un seul plat de riz et de poisson:  » Le thiéboudiène ».
Que c’est bon de revoir les photos et de renouer contacts sans tomber dans la nostalgie et dans la morosité.
Que c’est bon d’être là à se souvenir et d’avancer gaiement dans notre vie actuelle.

Face au Handicap

Parlons aujourd’hui du handicap.
Pitié, pas de:  » Nous avons tous un handicap! ». C’est une phrase à tout va et qui ne veut rien dire.
Le vécu du handicap est très subjective selon les histoires de chacun, de son environnement, de son éducation et bien sur de la société. 
Il y a des handicaps plus au moins visibles. Je sais, le mot « handicap » peut mettre mal à l’aise. Voulez-vous qu’on parle de déficience? 
Je voulais vous partager les forces que nous pouvons avoir malgré les déficiences. Ces forces surgissent bien sur selon les personnes et comment ces personnes les ont mis à contribution et comment ils ont été accompagnés. 
Ces forces, c’est la compensation du handicap.
Par exemple, pour un aveugle, il peut énormément développer le toucher, le ressenti de l’environnement plus que les voyants. Un sourd peut plus développer le sens de l’observation, le sens de l’esthétique. 
A quel moment je peux dire:  » Je suis une personne ayant un handicap ». Certains le sont mais ne se considèrent pas comme handicapés, déficients ». Et pourtant, dans la vie quotidienne, ils sont face à leur handicap dans des situations gênantes. 
En fait, ce n’est pas le handicap qui est gênant, c’est une certaine situation qui nous met en difficulté et le regard qui est porté sur nous. Bon, ok, je m’y mets un peu mais à un certain niveau.

Comment sommes-nous face au handicap?
Tout dépend de notre vécu, de nos expériences, de notre capacité à prendre de la distance face au malaise face à la différence.
Pour ma part, il ne faut pas différencier l’handicap avec le caractère de la personne car nous risquons de nier son handicap. C’est juste mettre la personne à sa juste place.
Il me semble important de voir que la personne est un tout comme une maison avec des fondements, des murs avec à l’intérieur, une ambiance subtile établie selon chacun. Nous pourrions dire que l’handicap, c’est qu’il manque un toit, ou bien il n’y pas de cuisine, il n’y pas d’eau courante ou pas de ligne téléphonique. Alors on trouve des solutions pour adapter selon les besoins de chaque maison. 
Je pourrai dire que ma maison est garni de portes vitrées, un grand salon pour accueillir pleins de monde, pleins de cartes et de photos qui ornent les murs mais la ligne téléphonique passe très mal et il y a une très mauvaise isolation sonore. Inutile de crier, les grésillements, les résonances se feront pire. Alors on se déplace pour être face à face. 
Donc pour ceux qui n’auront pas compris, quand un sourd/malentendant vous demande de répéter, pitié, ne parlez pas plus fort, c’est très désagréable. 
C’est comme si on augmentait la luminosité de la télévision auprès d’un aveugle! Très irritant, non?
Il est important de mettre des mots et de ne pas projeter sur ce que l’autre pourrait penser à travers ce que l’on fait, ce que l’ont dit. Soyons plus plus simples, plus vrais!
Je ne te demande pas d’être sourd avec moi mais simplement toi tel que tu es avec moi.