L’artiste

L’artiste est sur sa toile. 
Elle trace des lignes courbes ou des estompages sinueuses.
Elle étale de la gouache ou de la peinture à l’huile.
Avec son pinceau, elle exprime ses émotions à travers les couleurs, les reliefs.
L’artiste est sur sa toile.
Elle use de la pastel, de l’aquarelle, de l’acrylique pour faire jaillir sa vie, ce qu’elle est.
Son imagination transparaît dans les formes les plus réalistes ou abstraites.
Elle étale sa quiétude en utilisant de la matière comme du papier maché, de l’aluminium, du papier crépon, ou des feuilles d’érables. 
L’artiste est sur sa toile.
Ses mains dansent au rythme de son inspiration, selon ses désirs, ses envies.
Ses bras ondulent pour décontracter son corps selon son humeur du jour.
L’artiste est sur sa toile.
Son visage s’assouplit selon les écumes de ses couleurs. 
Son regard caresse le marron au jaune, ou bien de l’orange au magenta, l’indigo au bleu cyan. 
L’artiste est sur son étoile.
Une étoile particulière, unique qui apporte tout un sens à sa vie parsemées d’oeuvres et d’essais créatrices. 

Début de sénilité

Elle perd la tête.
D’un seul regard, elle cherche son sac alors accroché à son bras.
Elle rumine ses pensées songeant à un homme lui ayant surement volé son collier. 
Elle écrit moult courriers au voisin du palier pour réclamer son vase alors que ce dernier s’était cassé il y a un mois.
Elle perd la tête.
Dans ses moments de lucidité, elle raconte ses souvenirs de battante ouvrière à son pharmacien ou à son boucher.
Elle parcourt ses vieilles photos en noirs et blancs. Elle se voit jeune, fine et éclatante de beauté.
Elle perd la tête.
Elle mélange ses rêves et la réalité.
Elle parle toujours à son mari alors décédé depuis huit ans. Son mari cheminot en train de patienter à ses cotés en attendant qu’elle le rejoigne au ciel.
Elle tricote son monde, son univers avec ses machinations, complots et supercheries. 
Sa force paisible qui faisait sa renommée ne peut plus faire face à ses colères, ses peurs, ses joies. 
Elle ne contient plus rien. Tout se dilate.
Elle perd la tete.
Qui l’accompagnera jusqu’au bout?
Et quand je deviendrai une vieille pimbêche qui radote, qui m’accompagnera jusqu’au bout?

Moment de détente

Un petit moment de détente pour vous murmurer des calembours ou vous déclamer des blagues à deux balles ou à deux cents balles. Frapper sur des mots dénués de sens hors de son contexte ou les amortir pour les peser, soupeser.
Des pléonasmes, des oxymores, des palindromes, des litotes pour alléger l’atmosphère, assouplir les muscles zygomatiques. 
Je pourrai vous chambrer, vous taquiner, vous titiller pour rire, s’esclaffer en bon joueur.
Croisons nos regards et faire des petits sourires et nous nous comprenons au moindre souffle, au moindre allusion. L’hilarité vient et on s’emballe en gesticulant, en prenant de la voix en trouvant une voie d’un bonheur à partager.
Quelle volupté de pouvoir se comprendre.
Quel régal de pouvoir rire de nos étourderies, de nos erreurs de langages, de nos bourdes quotidiennes. 
Rien nous empêche de jongler entre les moments d’excitation et les moments où l’on se partage de plus essentiel, de ce que nous vivons avec nos joies et nos peines. 
Et nous faisons du coq à l’âne et même jusqu’à la mère vache sans dénigrer nos échanges profondes. 
Quand la tourmente des jours vous prend, n’hésitez surtout pas à vous entourer d’amis pour vous changer d’idées, aérer votre tête.

Petite réflexion sur la douleur

Hier, en pleine ballade dans la neige en forêt, j’ai glissé et mon genou droit a plié. Cris. Sur le coup, c’était une douleur intolérable ensuite j’ai bougé ma jambe délicatement puis je m’étais relevé prudemment. La douleur était vive et sourde. Je boitais avec des respirations profondes. J’ai du rebrousser chemin pour éviter un sentier glissant et pentu. La marche fut rapide pour chauffer le genou car je savais que si je m’arrêtais, j’aurais encore plus mal. La nuit tombait. Appréhension dans la foret mais je n’étais pas loin de la civilisation, heureusement. 
Tout s’est bien terminé malgré mon genou qui me fait encore mal. Si j’avais paniqué, la douleur aurait pu s’intensifier.
Quand la douleur se diffuse dans le corps, les pensées sont figées par cette douleur. C’est souvent lors d’un terrible effort que l’on peut s’avancer, se lever, agir pour oublier cette douleur.
La douleur est très subjective selon les personnes car elle est vécu selon leurs histoires, leur façon de gérer leurs douleurs. Face à cela, il est primordiale d’être en lien avec des amis, de pouvoir en parler, de respirer et de pleurer parfois pour lâcher les crispations, les colères. 
Ne nous crispons pas sur nos douleurs, prenons les moyens pour les apaiser.
Je pense très fort à ces personnes qui vivent quotidiennement dans la douleur et suis unis avec eux par la pensée. N’ayez pas peur de pleurer, de vous lâcher et de vous laisser entourer par des personnes de confiance. Ce n’est qu’un passage même si cela peut paraitre très long.

A la recherche de la simplicité

Si je cherche la perfection, l’absolu dans mes relations, dans tout ce que j’entreprends, je cours à ma perte.
C’est comme pour mon audition, jamais je n’entendrai complètement alors je me contente de ce que je peux entendre en compensant sur la vue, le toucher et le ressenti émotionnel.
Comme dirait Alexandre JOLLIEN:  » Ce n’est pas quand j’aurai réglé tous les comptes avec la vie que je serai heureux. C’est ici et maintenant avec mes 1000 blessures, que je suis déjà dans la joie » ( Petit traité de l’abandon, pensées pour accueillir la vie telle qu’elle se propose).
Cette parole me parle énormément. C’est ainsi que je peux faire face à mon impuissance, en l’acceptant et l’accueillir pour me réjouir pour les petites victoires. Et quand une grande victoire arrive comme une obtention d’un diplôme, d’un boulot décroché ou le progrès d’un enfant, la joie sera plus grande et diffuse.  
La vie n’est pas simple mais rien n’est compliqué. C’est en croyant que ça va être dur, que ce n’est pas possible que nous nous compliquons notre chemin. 
Je vous souhaite pleins de légéretés malgré vos fardeaux. 
Je vous souhaite pleins de simplicités malgré vos exigences. 
La réalité est déjà assez dure comme ça que ce n’est pas la peine d’être dure envers nous-même et d’aller à la course de la perfection.
Douceur d’allégresse.
Délicatesse.
Spontanéité.
Volupté.

Cher(e) ami(e)

Mon ami(e),
Venons échanger nos rires et nos peines.
Soutenons-nous dans tout ce que nous traversons, dans tout ce que nous entreprenons.
N’ayons pas peur de se dire au risque de froisser l’autre et que l’on sait se pardonner car on se reconnait entièrement. Nous sommes des hommes, des femmes façonnés avec des failles, des écorchures mais aussi des lumières. Nous serons jamais parfaits et je voudrais tant de jamais me projeter sur toi sur ce que tu penserais de moi. Nous éviterons bien des malentendus, des incompréhensions. 
Nous osons nous chambrer, nous secouer avec gentillesse en vérité pour que chacun puisse avancer, s’épanouir.
Mon ami(e), choisissons toujours la vie même si elle nous donne des coups de massue certains jours plus ou moins longs. 
Tu sais que ma porte sera toujours grande ouverte même si je suis fatigué, et réciproquement.
Si parfois, mon silence dure, c’est que je suis emporté par le quotidien mais je ne t’oublie pas. N’hésite pas à me laisser un petit message même court et je ferai de même. 
Il y a toujours un ami sur qui nous pouvons nous appuyer pour peu qu’on ait pris soin d’entretenir les liens, prendre soin des personnes qui nous entourent. Comme en prenant des temps de détente, de rire ou des temps de partage de questionnement, de partages de rires ou de pleurs lors d’un coup de téléphone.
Un ami, c’est toujours précieux et il faut en prendre soin.

L’humour du sourd

L’humour du sourd, faut l’appréhender, c’est assez spécial quand on ne les fréquente pas assez souvent. Cela peut déranger, être déconcertant ou même très facile et la personne sourde peut être vu comme un simplet. Nous utilisons souvent des jeux de mots tel que des homophones:
Vos et veau, Ver et vert, Bât et bas etc…
Vous m’avez très bien entendu. Hein? 
Plusieurs expressions ressortent souvent:
 » ça va, je ne suis pas sourd »
 » Ce n’est pas tombé dans l’oreille d’un sourd »
Y en a d’autres car hors contexte et hors situation, je ne trouve pas. C’est souvent spontané avec un sens de la dérision. Mais pas trop quand même car sinon, c’est dévalorisant et c’est couillon. 
L’humour est pour moi salvatrice. C’est pour moi un moyen de décoincer l’ambiance, de mettre à l’aise, de mettre en confiance. C’est toujours pour un bien sinon cela devient de la moquerie ou de l’ironie.
Il est vrai, il y a tout types de humour qui ne sont pas apprécié par tout le monde. 
On peut apprécier un certain humour quand nous même nous sommes à l’aise sur un sujet abordé avec le rire, le sourire. 
Je vous souhaite à tous d’avoir de l’humour qui ouvre encore plus à l’amour.

Un cri de vie

Il y a des choses qu’on n’ose pas dire
Mais il faut le dire car ça peut devenir mortifère.
C’est très difficile de garder pour soi l’innommable et de porter tout seul. Il ne faut jamais rester seul et parler, dire des mots, oser dire, verbaliser ce qui nous pèse.
Oui, j’ai un ami qui s’est suicidé. Cette personne s’est donné la mort. La sidération, la colère, l’incompréhension peut nous traverser. 
Le suicide est un acte qui va à l’encontre de ce qu’on essaye de vivre: Vivre. A devenir trop pudeur sur les mots et nos questionnements, on contamine notre entourage notre pesanteur si on ne dit rien.
Peu importe qui tu es, ami ou inconnu, si tu es dans la galère, tu ne peux pas te taire. La vie est faite de liens. La parole libère, l’autre est une bouée de sauvetage. Ne reste jamais seul. Personne ne peut s’en sortir seul quand cette personne est dans la souffrance, dans la désespérance. 
Cher ami ou inconnu, il y a toujours une solution quelque part sur terre qui peut te ramener à la vie. Les liens d’amitiés, de fraternités existent et il est important de s’appuyer dessus. Pour s’appuyer sur des valeurs communes, des convictions profondes pour avancer sur un chemin de vie certes chaotique par moments mais avec des moments de pure bonheur.
En étant chrétien croyant, je crois en cette force qu’est l’espérance en la vie éternelle et qu’elle commence sur terre. C’est à moi, avec mon entourage,ma femme, mes amis, les enfants pour ceux qui en ont, que je dois construire ma vie avec ce que je suis dans le Christ. C’est un énorme mystère il est vrai mais fou.

 


Malentendues

Au son d’un morceau de guitare, je vais vous relater quelques malentendus plus ou moins récent.
Le premier date de 1995, où je devais prendre le TGV ( Orange) d’Avignon pour Paris. J’étais sur le quai X de départ quand je perçus une voix grésillante par haut-parleur. Rien compris. L’heure du départ s’approchait et le TGV n’était pas au quai X. Et là, j’aperçus un TGV sur le quai Y. Je vis un gars prendre une cigarette devant un accès à une voiture. Je lui demandai au loin où allait ce train. Juste au moment où il disait « Paris » avec ses lèvres, sirènes de fermeture et le TGV partit. Grand moment de solitude. Et M… Un peu paniqué, j’avais 14 ans à l’époque. Je dus demander un portable pour téléphoner à ceux qui m’attendaient sur Paris que j’avais raté le train. J’ai du prendre le TGV suivant une heure après. Je suis monté dans une voiture puis j’attendis le contrôleur. Il voulut me verbaliser car mon billet n’était pas valable mais je répliquais: « Désolé monsieur, mais je suis sourd et je n’ai pas entendu l’annonce qui disait que le TGV d’avant avait changé de quai. Rien n’a été fait pour les personnes sourdes. » (J’ai su entre-temps évidement.). Le contrôleur m’avait bien entendu et s’est ravisé en s’excusant. 
Une autre, en 2005, j’étais en cours d’économie et en prenant mes notes, je notais:  » Prostitution ». Je me disais que là il y avait un souci et que mon oreille avait mal réceptionné les mots du prof. Je regardais sur le notes de mon voisin et c’était « Constitution ». Me voilà rassuré avec un petit sourire.
Oui, c’est assez fréquent d’entendre un autre mot tout simplement parce que je fais peu de différence au niveau auditif avec le son D et le B, Le P et le B etc…
Encore plus troublant, c’est de ne pas entendre dans une phrase les petits de mots de liaison qui peuvent tout changer.
Pour ceux qui me connaissent, si vous avez des souvenirs amusantes de quiproquos, je suis preneur car il faut en rire et je ne me souviens pas de tout.
Une phrase que j’aime dire, c’est:  » On a les avantages des inconvénients »:
Effectivement, la nuit, je n’entends pas les tapages nocturnes, ni les ronflements, ni les voitures et même les nourrissons quand nous sommes chez des amis ou en famille. Puis quand je suis dans un lieu bruyant ou quand dans le métro, j’ai mon voisin de voyage qui a une musique forte, j’éteins mon appareil. Mais ça, je ne fais pas souvent car je n’aime pas ne pas entendre dans un lieu public. C’est déconcertant. 
Et voilà, pour les petites histoires.

Le vécu de mon handicap

Dans la suite logique de mes réflexions, je vais aborder mon vécu du handicap.
Et bien, très bien quand les conditions sont optimales. Comme certains le savent, je suis en mode mono, c’est à dire que je n’entends que d’un seul oreille avec un appareil ultra perfectionné. Mon autre oreille est HS. Il m’arrive d’oublier que je suis sourd dans des lieux calmes, où les sons sont doux, agréables et que les voix des personnes se s’entrechoquent pas. 
Le son entre dans mon oreille gauche vide et il est bloqué de l’autre coté par mon oreille appareillé, c’est peut-être pour ça que je vous entends mieux, quand la salle ne résonne pas, quand il n’y pas de bruits parasites et surtout si la fréquence de votre voix est agréable.
Pour certains qui me connaissent, j’utilise souvent l’humour lié à ma surdité et je joue aussi sur les homophones, jeux de mots souvent utilisés chez les personnes sourdes. 
Il m’arrive de me trouver dans des situations où je prends de plein fouet mon handicap quand je suis interpellé dans la rue. Je mets du temps à saisir les premiers morts car mes neurones n’ont pas encore été connecté. Souvent, on me prends pour un demeuré et c’est très désagréable car je ne comprends pas du premier coup. Comment comprendre quand on entend une partie d’une phrase:  » Pardon…m… Où…. Part-Dieu ». Là, c’est facile parce que j’ai entendu les mots clés mais as t-il demandé comment aller avec un type de transport spécifique?
Bref, La question de mon vécu du handicap se pose aussi en groupe. Là, c’est une autre paire de manches quand il y a plusieurs conversations ensemble, et surtout quand des blagues fusent et que tout le monde rie sauf moi. Pour ne pas me différencier, je ris avec eux même si je n’ai rien compris. 
Le plus terrible, c’est quand j’essaye d’engager une conversation mais qu’entre-temps, je n’ai pas entendu une petite voix qui amorçait un autre sujet. Je tombe à coté de la plaque. Imaginez le malaise comme une crêpe qui reste collé au plafond et retombe mollement sur le carrelage. 
Depuis des années, j’ai du mené un combat entre le monde sourd et le monde des entendants. Car des sourds signants considéraient que j’étais pas sourd puisque je parlais et chez les entendants, j’étais considéré comme une personne un peu simplet car je ne saisissais pas tout de suite. 
Essayez de comprendre la radio FM quand la fréquence passe mal et grésille!
Je pourrai continuer à vous en parler pendant des heures car je considère que j’ai une chance inouie de m’être intégré même si c’est parfois douloureux.
Merci aux orthophonistes durant mon enfance. Merci à des adultes qui ont cru en moi. Puis j’avais en moi aussi une force de vie et je l’ai toujours une immense envie de rayonner et témoigner que vivre est possible malgré ma surdité. 
Ce que je déteste pardessus tout, c’est de cautionner mes erreurs, mes incompréhensions parce que je suis sourd:  » Le pauvre, ne lui disons rien, c’est déjà dur pour lui ». Bein non, c’est pas comme ça que ça marche. On ne me reconnait pas en tant que personne et toute personne handicapé ou pas doit être mis à sa juste place et ne pas être dans le panier de la pitié et de la compassion à outrance. 
Si je parle fort sans m’en rendre compte, merci de me dire de parler moins fort.
Si je m’emmêle dans les explications, n’hésitez pas à dire:  » Vivien, je n’ai pas compris ». Sinon, je sens tout de suite que vous me prenez pour un demeuré. 
Ouh là, j’ai pas mal écris!
Je continuerai demain pour vous laisser reposer les yeux ou les oreilles!