Voyage d’un jeune réfugié vers l’inconnu – 1

(Récit imaginé en m’inspirant des faits réels)

 

Je suis angoissé. Je respire tout doucement.

Je monte dans le bus vers une destination à peine choisie.

J’ai pris au pif. La Provence. Pourquoi cette région ?

Pour avoir plus chaud sans doute.

Je suis fatigué. Je tremble de froid. Ou de peur ?

Je ne comprends pas ce que me disent les français.

A peine quelques mots. Mais je peux sentir si c’est contre moi ou pas.

Par leur voix, leur mimique du visage. Surtout le regard.

Heureusement, j’ai un ami avec moi. Un ami de mon pays.

Comme la plupart de ceux qui ont vécu dans la jungle,

On a bravé le désert, les violences des passeurs, les tortures.

Puis l’infinie eau salée qui pouvait nous engloutir à tout jamais.

J’avais confiance malgré tout. Je n’avais plus rien à perdre.

J’avais tout à gagner en fuyant les bombes qui ont dévasté mon village.

Mes parents n’ont pas survécu. Mes trois frères sont partis vers l’Angleterre.

Je ne sais pas s’ils sont vraiment arrivés. Je n’ai plus réussi à les joindre.

Abdul, mon ami, n’a pas voulu me lâcher pour me lancer à la recherche de mes frères.

Et surtout pour trouver un lieu où nous pourrions vivre et non plus survivre.

Me voici donc dans le bus, assis sur du plastique qui protège les fauteuils.

Je ne me sens pas contagieux pourtant. J’ai pu prendre ma douche hier.

Froide certes,  mais une douche quand même.

Un blanc m’a offert un IPAD pour que mon voyage soit moins pénible.

Que puis-je craindre ? Que le bus chavire ou coule ?

Cela m’a l’air plutôt stable.  Mais est-ce que le chauffeur n’est pas un pourri

Qui pourrait nous abandonner en plein milieu du pays sans savoir où l’on pourrait aller ?

C’est idiot. On nous a promis qu’on serait en sécurité et qu’il y aurait des gendarmes pour veiller sur nous.

Faut leur faire confiance. Je n’ai pas le choix. Même si j’ai vécu une très mauvaise expérience en Hongrie. Je préfère ne pas en parler.

Si je devais me méfier de tout, je ne pourrai plus vivre. Je suis déjà angoissé à la base. Ce n’est pas la peine d’en rajouter une couche.

Le bus roule depuis un temps. Cela me semble une éternité ce voyage et pourtant, je suis de plus en plus apaisé.

Quand trouverai-je mes frères ? Sont-ils encore vivants ?

Dieu seul le sait.

(A suivre)

2 réflexions sur “Voyage d’un jeune réfugié vers l’inconnu – 1

  1. ideelle 31 octobre 2016 / 14 h 36 min

    Merci beaucoup pour ce texte magnifique que je reblogue … 90 « migrants » arrivent ce soir, dans mon petit village de provence … 90 réfugiés dont personnes ici ne veut … 😞 Un grand merci pour ces mots magnifiques ❤️

    Aimé par 1 personne

  2. ideelle 31 octobre 2016 / 14 h 36 min

    A reblogué ceci sur Le Boudoir d'Idéelleet a ajouté:
    Merci beaucoup pour ce texte magnifique que je reblogue … 90 « migrants » arrivent ce soir, dans mon petit village de provence … 90 réfugiés dont personnes ici ne veut … 😞 Un grand merci pour ces mots magnifiques ❤️

    Aimé par 1 personne

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