Le grand départ de Papy

Depuis quelques jours, tu étais allongé tout cassé.

Les douleurs t’engourdissaient, te rendaient confus.

Malgré ton semi-inconscience, tu sentais une présence.

Tu ressentais l’amour de tes proches murmurer à ton âme.

Il fallait bien un jour passer vers l’au-delà, auprès de Lui.

Tu le savais au plus profond de toi. Tu te préparais.

La seule chose qui comptait pour toi, c’est sentir ta famille

Se réunir autour de toi pour te parler, pour te rassurer.

Chacun est venu prendre de tes nouvelles, t’embrasser

Soit directement ou bien par téléphone. Nous allons bien.

Grand-mère n’est pas seule. Elle est entourée, en sécurité.

Alors, ce matin, tu es endormi avec une profonde paix.

Nous nous étions préparés à ton départ bien que ça été trop vite.

Merci pour tout ce que tu nous as donné, de nous avoir réuni.

Merci pour ta présence qui restera gravé dans notre mémoire

Comme tes paroles nous guidant vers un monde plus juste

Vers une conscience aiguisée de la vie et la sérénité de l’avenir.

Nous continuerons à transmettre ce que tu as semé et fait fleurir.

Ton combat sur terre ne sera pas vain et sera une victoire pour l’éternité.

Je souhaite à chacun de vivre un deuil apaisé, quand le départ d’un proche survient.

Que la mort ne soit pas un tabou mais source de vie, de dialogue, de retrouvailles, de réconciliation. Je souhaite à chacun de ne pas trop être envahis de remords, de regrets et de pouvoir mettre des mots sur ses blocages, sur son mal-être.

Que le deuil soit un autre départ, une vie renouvelé dans le quotidien malgré l’absence de l’autre.

Le langage de Sophie

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Dans l’accompagnement des jeunes, elle s’évertue à employer un certain langage. Un langage qui lui a beaucoup demandé d’effort sur elle-même. C’est surtout pour mieux appréhender le monde avec un autre regard, un regard plus juste et plus près de la vérité.

La négation a disparu des pensées de Sophie. Les limites, pour elle, sont des cadres et ce qui est interdit sont juste des balises qui demandent de l’attention, de la réflexion.

Ensuite, elle essaie de tout positiver. Les échecs sont des tremplins.

Les non deviennent des stop. Elle essaie d’établir des relations positives avec chaque personne et de proposer un cadre qui peut amener un comportement positif. Surtout elle s’emploie à relever 4 fois plus de qualités si elle a dû nommer un élément négatif. Elle valorise toujours le jeune devant ses pairs et ses collègues. C’est une manière de construire un projet qui ait du sens et porteur d’espoir, d’avenir.

Elle fait le maximum pour être objectif et de ne pas porter de jugements. C’est un vrai challenge qu’elle prend. Elle tente aussi de prendre soin d’elle-même pour être plus disponible aux autres, pour minimiser les luttes de pouvoirs et d’établir des liens positifs envers ses jeunes et ses collègues.

Évidemment Sophie ne vit pas dans un monde parfait et elle est souvent en confrontation avec des collègues impulsifs, qui se moquent d’elle, qui ont une toute autre vision de l’éducation.

 

Et vous ? Qu’en pensez ? Avez-vous essayez d’avoir une attitude bienveillante, sans hypocrisie bien sur. Ce n’est pas de la bienveillance de guimauve. L’attitude peut être aussi ferme pour un cadre qui a été dépassé. Vous avez des expériences à nous partager ?

De la téléréalité à la réalité

20h50. Cédric a fini de ranger la salle à manger avec Franck, l’éduc et un autre jeune. Tout est propre et tout s’est bien passé. Cédric veut regarder «  Les anges de la réalité ». Juste pour rire et savoir la suite. Est-ce que Iolan va rester avec Maria ?

Cédric s’installe tranquillement sur le canapé, en veillant à ne pas trop s’avachir et ne pas trop emmerder les autres. La condition pour regarder son émission préférée, c’est être correct avec tout le monde. Il aime surtout quand Franck regarde une partie avec lui et son groupe.

Rigolades à la suite des révélations d’une candidate, et surtout d’une situation un peu absurde dans laquelle se trouvent les candidats. Ils vont devoir dormir dans la jungle, juste sur un lit pliable.

A la fin de l’émission, Cédric prend le temps d’en discuter avec ses potes. Est-ce qu’ici il pourrait faire la même chose ? Chuis pas fou ! Rétorque Cédric. Ce dernier aime bien prendre des risques mais il y a quand même des limites. Il en a déjà fait les frais avec une cascade de skateboard par-dessus une rampe d’escalier. Trois semaines d’hôpital. Il se dit qu’il a de la chance avec Franck, car on peut discuter, échanger, et puis on fait bien la part des choses entre ce qui se passe à la télé et la réalité.

Tout est biaisé chez les anges de la réalité. Tout est mis en scène et exagéré. A côté de ces débilités, il tente bien que mal à réussir son insertion scolaire. Comme il sent reconnu en vérité et valorisé dans ses capacités d’agir et de réfléchir, il ne songe même pas devenir une célébrité à la télé. A quoi cela sert d’être célèbre juste un temps donné, très court et après, vite oublié, comme un bon à rien ?

Cédric regarde cette émission pour analyser sur ce qu’il ne faut pas essayer de faire dans la vraie vie. Surtout aussi, pour se dire qu’il est vraiment plus intelligent que ces gens-là. Pas envie qu’on me juge, pense-t-il !

Il est l’heure d’aller au lit. Franck laisse les jeunes ranger la télévision. Avec Dylan, Cédric écrivent des idées, des questions sur un cahier d’expression. Un peu de chamailleries à l’étage mais rien de méchant. Arrivée du veilleur. Passage de témoin. Un petit compte-rendu de la soirée.

Au lit, Cédric pense au lendemain. Une très bonne journée à venir car avec son groupe et deux éducateurs, ils vont partir faire une course d’orientation dans la forêt avec des jeunes du lycée voisin. Un projet qu’ils ont préparé depuis des mois. C’est la vraie vie. Rien à voir avec la télé-réalité.

 

 

 

Une réunion mouvementée

Il est 9h00. L’équipe de 3 éducateurs, de 2 AMP et une psychologue sont réunis dans la salle de réunion. Il ne manque que le chef de service, Danielle.

Danielle arrive en trombe, déposant avec énergie des dossiers sur la table. On a du pain sur la planche, s’exclame-t-elle ! Les autres en bouffent sans arrêt des remontrances de Danielle. Elle reprend chaque point et voudrait avoir quelques explications.  Lisa, une des éducatrices, soupire. Elle est arrivée depuis 5 mois et n’arrive pas à prendre sa place. Ses deux collègues éducs, Eric et Martin imposent sans cesse leurs idées. Lisa encaisse et suit les directives. Enfin, elle essaye. Une colère monte en elle ainsi que des larmes. Refoulements. Retenue. Geneviève, la psy, voit bien les tensions mais l’équipe ne veut entendre que ses avis sur les enfants, et rien d’autre.  Une des AMP, Lydia essaye de mettre de la bonne ambiance, de mettre de l’humour mais Martin la remet à sa place. La deuxième AMP, Sarah, reste en retrait. Tout lui passe au-dessus. Elle s’en fout complètement. Ce qui lui importe, c’est d’être avec les jeunes, et de faire des activités toute seule avec eux. L’équipe, elle n’en a rien à foutre. Parfois, elle se réveille à la fin de la réunion et pose une question sur un sujet déjà abordée très amplement. Cela a le don d’agacer au plus profond le reste de l’équipe. Mais personne ne dit rien. On doit éviter les conflits.

Regards fuyants. Des paroles qui fusent ou un discours trop mielleux. Un petit sourire moqueur. Des réactions primaires pour un rien. Danielle demande à chacun de faire un effort et de s’écouter. Eric rétorque que ça doit être réciproque. Clara, dans ses pensées, rigole à propos du film d’hier. Eric agresse verbalement Clara : «  Tu me prends pour un con ? ». Geneviève se lève pour rétablir le calme. Mais Martin lui recommande de s’écraser et de laisser Clara s’expliquer. Clara s’explique mais son agresseur le traite de menteuse. Une baffe claque. Clara quitte la salle furibarde. Lydia est abasourdie : «  Vous êtes sérieux là ? C’est quoi ce délire ? On ne pourrait pas s’écouter, s’entendre autrement ? ».

Elle aperçoit le regard de Martin de manière étrange. Elle n’est pas à l’aise. Grand silence.  Lisa s’étouffe au fond d’elle-même. Elle veut exploser mais non, restons professionnelle. Sarah annonce qu’elle va rejoindre Clara.

Danielle croise le regard de Geneviève. Cette dernière se penche vers elle : «  Tu es dans la merde. Assume tes responsabilités. Nous ne pouvons pas continuer à travailler comme ça ».  Martin, l’ayant entendu, murmure : «  ça c’est sûr. Puis nos jeunes le sentent bien. Ils mettent la pagaille à chaque repas depuis quelques temps. C’est depuis que Lisa est là que c’est le bordel ». Alors là, Cette dernière réagit : «  Non, mais ça va pas. ». Elle se voyait lui foutre un coup de massue sur son crâne, depuis le temps qu’elle rêvait.

La réunion devient un pugilat sans nom. Personne ne s’écoute. Danielle demande à Geneviève et Lisa de sortir un instant. Quelques temps après, du couloir, c’est des engueulades qui fusent. Larmes de Lisa dans les bras de la psy. Tourbillon de colère et de tristesse.

Et pourquoi ça se terminerait bien ? J’imagine que Lisa démissionne pour ne plus vivre un enfer psychologique. Elle l’aurait décidé après avoir pris le temps de la réflexion, et après avoir trouvé un autre poste. Geneviève aurait aussi présenté sa démission voyant l’obstination des éducs. Clara ? Elle se réfugie dans ses activités poussant à bout Danielle, qui la vira pour insuffisance professionnelle. Et les autres ?  A vous d’imaginer.

 

 

Priorité à droite? A gauche?

Priorité à droite ? D’où vient cette règle ?

Priorité à gauche ? Serait-ce une infamie ?

Quelle priorité choisir loin de l’accalmie ?

Que de paroles en vain, fades comme le seigle.

Serions-nous bien ivre d’argent et de compétition ?

Sachons revenir à l’essentiel, à ce qui fait l’homme.

Sachons devenir plus sage léger en quantité d’ohm.

Prenons le temps de relire, le temps de la digestion.

Assez de discours pompeux comme la valse du Danube.

De l’action, pas de la réaction primaire qui nous entube

Et déplace les problèmes de fond, et aveugle les sourds.

 

Quelles priorités dont-on regarder entre l’urgence

Et ce que nous devons faire à moyen et long terme ?

Sachons nous préserver et accomplir nos projets de manière efficace et bien.

Maraude nocturne en banlieue

Il est 20h30. La nuit est tombée. Nous nous garons au milieu des tours, sur un petit parking.

Respiration profonde et regards échangés pour s’encourager. Nous maraudons en douceur.

Un groupe de jeunes s’approche de nous. J’en reconnais deux. Nous nous saluons en confiance.

En confiance malgré quelques réticences de quelques-uns. Serions-nous pas des taupes en devenir ?

Nous savons bien qu’ils trempent dans le trafic de drogues. Nous essayons de les aider à s’en sortir.

A trouver des activités plus épanouissantes et moins risqués au regard de la Loi.

Pour éviter la spirale de la violence. Des jeunes plus petits sont avec eux car les parents sont absents.

Puis y a Nassim. Nassim est un artiste. Il reste distant du groupe et il est respecté malgré tout.

Nassim aime taguer sur tous types de supports. Ses seules conneries ? Taguer les paniers à salades.

Juste pour étonner la bande. Il a quitté l’école à seize ans. Incapable de suivre le cursus général.

Comme pas mal d’entre eux. Ils ont pourtant pleins de capacités. L’un sait trafiquer les disjoncteurs.

Un autre qui sait réparer un moteur de scooter pour le débrider. Un autre sur l’aisance relationnelle.

Ce soir, Nassim vient nous voir, fou de joie. Il veut monter un projet de street art avec la bande.

Nous sommes en cercle dans un square rempli de cannettes de bière et de mégots usés.

Les paroles fusent comme la colère fond dans la joie de créer, d’inventer, d’innover.

Mon collègue sort un bloc-notes et propose une répartition des rôles. Qui veut faire quoi ?

Toi, Abed, qu’est-ce que tu aimerais-faire ? Et toi, Bryan, qu’en penses-tu ?

Nassim suggère à Paul de demander à son père de faire marcher son réseau d’imprimeurs.

Et nos mères ? Elles pourraient préparer le repas pour le quartier et accueillir ceux qui viennent.

Tout s’emballe. Tout s’enflamme dans le bon sens. Et puis une voiture de flic surgit de nulle part.

Sans rien comprendre. Un jeune prend un caillou et balance sur la voiture. Puis tout s’enchaine.

Nassim hurle : «  Mais arrêtez ». Ils partent aux quatre coins du quartier.

Seul reste Nassim et nous deux. Je n’ai rien compris à ce qui s’est passé. Les flics non plus.

Ils sont venus nous voir. Nous leur expliquons ce que nous faisions. Ils sont désolés.

L’un des flics me suggère de les prévenir quand nous intervenons sur place.

Pour éviter de court-cuiter notre démarche préventive.

Mon collège retient la proposition.

Nous repartons après avoir accompagné Nassim vers son immeuble.

Nous comptons sur lui pour relancer son projet, un élément fédérateur du quartier.

Etrange signalisation préoccupante

Le juge vient de l’appeler pour une enquête dans une famille.

Une maitresse a fait une signalisation préoccupante.

Karima prépare ses affaires et se projette déjà le type de situation.

Une famille avec trois enfants dont deux ont des comportements inquiétants.

Maigrichons et inactifs, très sages et bien fatigués, ils accusent un lourd retard scolaire.

L’éducatrice vient d’arriver devant un immeuble de trois étages. Elle sonne à l’interphone.

Elle a bien sur prévenu la mère de son arrivée. Pour ne pas trop brusquer.

En montant à l’étage, elle sent de bonnes odeurs. Rien à signaler.

Devant la porte, un  paillasson impeccable souhaite la bienvenue en couleurs.  

Elle sonne. Pas rapide. Une dame bien habillé lui ouvre, la fait entrer.

Une forte odeur de parfum le fouette. Tout est blanc. Très peu de décoration.

Karima lui fait part des préoccupations et voudrait s’entretenir avec elle.

Etrange pressentiment. Tout est propre et nickel. A part une tache rouge dans un coin.

Tout semble avoir été nettoyé à fond. Rien ne dépasse. Le salon ? Juste un canapé.

Pas de télévision, ni de jouets. Pas de livres ni de bibelots. Juste une photo de tortue.

Vraiment bizarre. La mère emmène Karima à la salle à manger. Pour prendre un verre.

Juste de l’eau, aimerait Karima. Mère droite, à l’aise malgré une parole sèche et rapide.

Elle appelle les enfants. Ils arrivent bien habillés, tout propres et souriants. Un peu exagéré.

Le regard de ces mômes l’interpelle. Elle ne dit rien. Elle apprend qu’ils ne vont qu’à l’aquarium.

Les parcs sont infestés de microbes ainsi que les centres de loisirs. L’école ? C’est un moindre mal.

Coup de téléphone. La mère part dans l’autre pièce. Puis une scène étrange. L’ainé fronce les sourcils. Tout en silence, il lève rapidement son tee-shirt. Des marques rouges. Des bleus.

Karima sent une colère monter en elle. Puis elle croit voir passer une souris verte.

Puis sur les murs, elle semble voir des cadres de photos mise à l’envers. Recouvert de tissus blancs.

La mère revient et s’excuse. Elle tape des mains et les enfants s’en vont en silence, droit.

Karima souhaite voir les chambres des enfants. La mère refuse. Karima la rassure, maladroitement.

Qu’une chambre pour les trois enfants. Juste trois matelats par terre et un meuble pour les vétements. Aucun jouet. Puis elle aperçoit, coincé vers un placard, un bout de ficelle en caoutchouc.

Karima retient son souffle. La mère réagit en la faisant sortir. Claquement de la porte.

L’éducatrice, bouleversé, téléphone au juge. Un placement des enfants est nécessaire

A la suite d’une enquête encore plus approfondit. Très fort soupçon de maltraitance.

Karima essaie de se calmer. Puis va à son instituion pour parler à une de ses collègues.

Vite, débriefer. Faire le point. Accepter son impuissance immédiate. La procédure est enclenchée.

Démission d’une mère?

Penchée à la fenêtre, elle voit ses fils errer dans la rue.

Derrière elle,  son dernier de 3 ans regarder la télévision, presque endormi.

Il est 21 heures. Son mari traine encore dans un bar du coin.

Mécaniquement, elle s’en va à la cuisine pour ranger, faire la vaisselle.

Elle n’oublie pas de mettre une assiette pleine pour son mari nocturne.

Surtout ne pas oublier. Elle respire pour oublier ses bleus au dos.

Dehors, on ne remarque rien sur ce qu’elle vit. Elle est voilée.

C’est sa protection envers sa vie intime.

Une barrière contre les regards insistants des barbus.

Elle aperçoit sur la table des liasses de factures impayées.

Son mari est au chômage. Les gens ne veulent pas d’un bronzé.

Puis il a un visage qui fait peur, avec une grande barbe.

Parfois elle emmène un de ses fils chez l’orthophoniste.

A quoi bon puisqu’il est en échec scolaire ? Un bon à rien.

Personne ne l’écoute. A part ses copines à propos du pays.

Elle ne sort pas souvent pour éviter les humiliations.

Honte de ne pas se faire comprendre. Honte de ne pas comprendre.

Des enfants ? Elle en a six dont les deux ainés tournent mal.

Elle essaie de les raisonner mais son mari les encourage

Pour se venger contre la société qui ne veut pas de lui.

Et si son mari la surprend en train de raisonner les enfants.

Elle reçoit des marrons, bien chauds et soyeux. Pas de traces.

Pas assez mal pour aller à l’hôpital. Elle voudrait bien

Mais sa religion l’interdit. Elle se sent prisonnière.

Comment être regardé autrement ? Comment s’exprimer

Sans se faire passer par une menteuse ? Elle doit mentir hélas

Pour ne pas se faire exclure de la famille et être à la rue.

Engrenage. Perdue. Elle entend qu’elle serait une mère qui démissionne.

Une démission forcée oui ! Quand l’entourage ne donne pas les outils appropriés,

Comment agir en toute conscience et liberté ? Un  va et vient de pensées «  interdites ».

 

Comment construire des ponts entre les différentes cultures, les différentes modes de vie ?

Comment donner la possibilité aux parents, aux mères, aux pères d’être reconnu par ce qu’ils sont.

Je souhaite un bon courage à tous les travailleurs sociaux qui accompagnent ces personnes-là se trouvant dans des situations très complexes. 

Je ne doute pas que mon histoire peut faire rebondir mais elle peut être hélas vraie. Je me suis inspiré d’un livre : «  J’ai enlevé le voile, au péril de ma vie », et à partir de témoignages d’orthophonistes qui travaillent auprès des personnes en précarité sociale.

 

 

 

De la folie

Sur sa chaise, il observe son pinceau qu’il tient à la main.

Il tente de dessiner mais rien ne vient à l’esprit.

Il sirote son joint et joue avec la fumée en soufflant.

Il lui semble apercevoir une licorne aux yeux de braise.

Il tend son bras pour esquisser quelques traits de cendre.

Un petit rire vibre en lui. Il jubile mais il est insatisfait.

Il regarde autour de lui. Il s’empare d’une bouteille et boit.

Une décharge le prend dans sa tête. Il crie, hurle de douleur.

Vertige et mille couleurs l’enveloppe. Il respire profondément.

Soudain, il entend : «  Stef, tout va bien ? ». On tente d’entrer.
Il avait fermé à clé pour ne pas être dérangé. Il ne répond pas.

Il rigole et se lance dans une logorrhée face à son dessin du soir.

Il pose son crayon. Il se lève et va dans le couloir de la maisonnée.

Il va voir son voisin de chambre. Il lui explique qu’il a baissé son traitement.

Juste pour avoir plus d’inspiration et qu’il n’a pas à s’inquiéter.

Stef ignore les inquiétudes de son collègue. Il s’en va s’enfermer dans sa chambre.

La nuit passe où il essaie de jongler avec ses hallucinations et ses maux de têtes.

Puis tôt le matin, alors que tout le monde dort, il a peur.

Il n’arrive pas à sortir de sa chambre puis saute par la fenêtre pour s’enfuir.

Il atterrit dans un buisson, puis se dirige vers une porte vitrée. Il le casse.

Son poignet pisse le sang en décorant le couloir de la maison.

Revenant dans sa chambre, il ne sait plus pourquoi il saigne.

Désinfection. Bandages. Un petit verre de bière et s’en va dessiner.

Sa folie l’inspire même si par moments, il aimerait rester lucide.

Il souhaiterait malgré tout exercer son art sans se mettre en danger.

Mais il n’arrive pas. Des pulsions l’entrainent hors de lui.

Alors, il appelle à l’aide. Vite, besoin de soutien. Il veut s’en sortir

Et vivre le plus sainement possible. « Qui voudra de moi ? »

 

 

 

Tiré d’une histoire vraie ( C’était un de mes voisins de chambre y a pas mal d’années)

Le marcheur auvergnat

Au gré du vent d’hiver, il parcourt les landes.

Il aime partir à tous azimuts aux calendes.

Munis d’une seule besace et chaussures,

Il prend son rythme sans moindre cassure.

 

Il parcourt les sentes désolées de l’Aubrac.

Il gravit les pentes des volcans auvergnats.

Pour les gens du coin, il est complètement braque

Et pourtant ils l’aiment bien ce mystérieux bougnat.

 

Marcher pour se recentrer, intérioriser.

Il dort chez l’habitant au hasard des rencontres.

Ses jambes ignorent la fatigue et la montre.

Ses soucis semblent se volatiliser.

 

Il marche pour revenir à l’essentiel.

Il veut aussi s’émerveiller, respirer

Vagabonder entre terre et ciel.

Prendre le temps de méditer, admirer.

 

Il marche pour décoincer ses verrous, ses blocages

Pour trouver une présence, le Tout-Autre.

Il s’éloigne de ses confortables cages,

S’allégeant de vêtements, de fautres.*

 

Oserons-nous marcher loin de nos habitudes

Pour retrouver un peu d’inconnu, de surprises.

Se laisser cueillir par l’inattendu sans méprise.

Oser être dans le présent, un peu d’hébétude.

 

 

 

* Se dit des pièces de grosse étoffe de laine, qui servent à éponger les feuilles.