Requiem pour un délinquant

Rien à faire ce soir

Où mes idées sont noires

De colère, de vengeance.

Crier contre l’engeance

Policière, je voudrais.

Je suis à peine saupoudré

Du regard des gens d’ailleurs.

Ils me regardent comme un violeur

De leur intimité, de leur puissance.

Pour eux, je suis un bon à rien.

Pour eux, ma vie n’a pas de sens.

Je ne suis qu’un voyou, un vaurien.

Alors je m’en vais jubiler dans la nuit

Défier les forces de l’ordre, les interdits.

Je guette pour les dealers hors des taudis.

Je mens à ma famille pour défier l’ennui

Et le gout de l’adrénaline monte en moi.

Faire tout pour se faire accepter et respecter

En volant, en prenant des risques sans émoi.

Quand revient la loi, tout me fait débecter.

Je fonce sans réfléchir pour ne pas mourir

De honte. Jamais je ne voudrais férir.

Pourquoi suis-je comme ça, en galère ?

On ne veut pas m’écouter, ni me comprendre.

Les gens croient que j’aime me faire prendre

Et de se faire remarquer, de faire le grand fier.

Je voudrais pourtant, au fond de moi

Qu’on me donne un coup de pied au cul

Et qu’on me réveille pour éviter d’être vaincu

Par la drogue, la violence et l’alcool

Alors quoi ? Pourquoi nous sacrifier ?

Nous les jeunes de lointains quartiers ?

Cantate d’un taulard

Répression

Condamnation

Détention.

Humiliation.

 

Déshumanisation.

 

Des années s’écoulent, je suis un taulard.

Mon cœur devient dur comme la prison,

Lieu de violences, d’injures et de molards.

Ma peau est imbibée des mortes saisons

Où la haine me fouette en plein visage

Au soleil des promenades de corruptions.

J’ai des frères de cellule en éruption

De colère envers la justice et leurs rouages.

 

Dans les couloirs, se complotent des délations

Ou bien des évasions, de mutineries sans sommation.

J’ai parcouru la France menotté,

De la Centrale à la Santé,

 

Ma liberté est toute dérisoire et précaire.

Quand je sortirai, quel homme je serais ?

 

Rage.

Engrenage

Lente Récidive.

Infraction maladive.

 

Alors qui acceptera d’aimer un homme blessé ?

Un homme au tempérament fougueux et cassé ?

Qui me regardera sans me juger et me jauger ?

Qui me tendra la main avec confiance sans danger ?

 

( Inspiré du livre:  » Prison, des rats et des hommes » de Maurice Marchal, et auteur rencontré hier sur une place de Lyon )

Une rupture d’un amour d’adolescent

Au clair de lune, sur la plage

Auprès de l’océan qui rugit

Les écumes nous appellent ,sages .

La lune t’illumine, tu rougis.

 

Comme dans un rêve,

Où la brise douce se lève

Nous caressant nos visages

Et tes larmes qui sont de passage.

 

Il n’y aura rien entre nous.

Je sais ! Je ne fais pas la moue.

Je suis triste tout simplement.

J’ai envie de crier tout doucement.

 

Tu dis des mots qui réchauffent

Mon cœur qui s’est refroidit.

Baiser d’un rayon de lune sur les ondes.

Je me sens léger comme une bulle ronde.

 

Tu marches loin de moi.

Mais tu me souris quand même.

Gêné, je reste un peu blême.

Ton amour t’attend loin de toi.

 

Traînant dans le sable avec force,

J’essaie de pleurer, je m’efforce.

Mais loin, loin de toi

Pour ne pas avoir honte de moi.

 

Dans le silence léger de la nuit,

Avec les chants des vagues de l’océan,

Un mot sort de ta bouche, tout petit.

Un mot qui restera en moi tout le temps.

 

Un mot, plutôt des mots :

«  On reste amis, je t’embrasse »

Tu me laisses seul près de l’eau.

Les vagues m’enlèvent et me débarrassent.

 

 

Texte extrait d’une pièce écrite en 2004:  » Le bruit du silence », Copyright 2004. Vivien Laplane

 ( Déjà 10 ans)!

Un chemin?

Quêter

Enquêter

Examiner

 

Explorer

Quérir

 

Chiner

Essayer

Tâcher

Tenter

 

Rechercher

Farfouiller

Fouiller

Fouiner

Fureter

Scruter

 

Enquérir

Questionner

Supposer

Réfléchir

Calculer

Inventer

 

Trouver

 

Organiser

Anticiper

 

Equilibre et dynamique de vie

Persévérer et garder l’envie

De réussir

D’accomplir

D’atteindre un but.

 

 

Un sort bé!

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Sortir d’un enfer blanc

S’éloigner et contempler

Ou ne plus se retourner

Pour glisser vers un ailleurs

Et défier d’autres sorts.

Oser écrire

Osez écrire des mots qu’on ne sait pas dire
L’exprimer à haute voix pour moins pâlir
De honte devant une assemblée incertaine.
Le stylo dessine le coeur de l’âme reine
Des pensées qui se profilent et disparaissent. 
Ecrire, c’est ralentir le temps qui presse
Et de nos idées qui veulent se chevaucher.
Rien de pire que de se laisser faucher
Par ses ruminations et ses remords. 

Ecrire, c’est savoir oser se poser 
Et prendre soin de son corps.
Venez cueillir la fine rosée
De vos rêves et l’encrer
Dans vos projets.

 

 


 

Texte écrit en 2012.

Une humanité dilatée

Au moindre regard, le cœur gonfle d’émotions et illumine le corps.

De la surprise à la joie, le visage est façonné par son humanité

A travers ce qui advient dans l’instant. Là, un cadeau pour l’éternité.

Le temps semble suspendu au souffle, au frémissement du décor.

Le moindre contact  est un jeu sans fin, un pur joyau de la confiance.

Tel un élastique entre la vie et la mort, tout est défiance

Contre la barbarie, contre les bruits assourdissants du dehors.

C’est tout simplement ça, le rien et le tout, qui se dilate.

Symphonie entre la musique et le silence. Rien n’éclate

Même les ratés, les fausses notes peuvent devenir argile

Pour être façonnée en des actes de beauté intérieure. 

On n’en ressort jamais indemne du contact avec un nez rouge. 

 

 

Gagner ou perdre, là est la question !

 Chapitre 3 : Gagner ou perdre, là est la question !   


            Comment permettre au jeune de mieux accepter l’échec et de moins subir cette frustration ?

 

            A. Plaisir et valorisation

 

1. Plaisir à jouer

 

Il faut aussi que l’éducateur veille sur la liberté du jeune à jouer, à savoir jouer et prendre du plaisir. Je reprends cette base du plaisir de jouer car elle peut être fondamentale pour la suite du jeu et sa finalité en soi. Aider le jeune à prendre plaisir à jouer va le construire dans sa relativisation et de sa représentation du monde des jeux.

Pour que le jeune puisse perdre sans perdre la face, sans réagir violemment face à ses frustrations, il faut travailler en amont sur ses capacités et ses limites. L’éducateur doit permettre au jeune de repérer ses potentialités et instaurer une mise en confiance en lui. L’échec n’est pas forcément une tentative de destruction de la personnalité, de soi. En perdant, l’enfant est démuni face à ce qui le déstabilise, tel une fissure dans son amour-propre. Il n’a pas pris de distance sur ce qui lui arrive et prend donc peur. C’est par la peur d’être anéanti qu’il réagisse à l’extrême soit par l’inhibition ou par la violence verbale et/ou physique.

Pour l’enfant, perdre lui donne aussi un sentiment d’abandon, un sentiment de rejet qu’il peut percevoir à travers les regards des autres. Il a peur d’être rejeté. Il me semble important de le rassurer et d’avoir plus confiance en lui. Un travail peut se faire aussi autour de l’estime de soi.

 

2. L’estime de soi, un critère parmi d’autres pour mieux perdre ou gagner

 

L’estime de soi se construit dès l’enfance, par le regard des autres, de nos proches, de notre famille. Elle repose sur trois ingrédients : l’amour de soi, la vision et de soi et la confiance en soi selon André et Lelord[1] :

« L’amour de soi est l’élément le plus important. Il ne dépend pas de nos performances, mais en grande partie de l’amour que notre famille nous a prodigué durant notre enfance. Il est le socle de l’estime de soi. La vision de soi est l’évaluation que la personne fait de ses qualités et défauts. Cela dépend aussi de l’environnement familial et en particulier des projets que les parents ont fait pour nous.

La confiance en soi est souvent confondue avec l’estime de soi. Elle s’applique surtout à nos actes : c’est penser que l’on est capable d’agir de manière adéquate dans les situations importantes. Cela vient surtout du mode d’éducation qui nous a été prodigué en famille ou à l’école… »

L’estime de soi est alimentée par le sentiment d’être aimé, apprécié (sympathique, populaire…) et par le sentiment d’être compétent (doué, habile…). Harter[2] n’a pas hésité à affirmer que l’estime de soi est un sociomètre. C’est à dire que tout ce qui diminue l’acceptation sociale (la facilité d’intégration sociale) diminue l’estime de soi. De même que tout ce qui augmente l’acceptation sociale augmente l’estime de soi.

            ® « L’estime de soi est un trait de personnalité en rapport avec la valeur qu’un individu attribue à sa personne. Dans la ligne des théories de l’équilibre, l’estime de soi est définie comme une fonction du rapport entre les besoins satisfaits et l’ensemble des besoins ressentis. » [3] 

 

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sp;                      3. Et l’éducateur ?

 

L’éducateur doit par la suite élaborer des moyens que le jeune puisse acquérir une meilleure estime de soi en favorisant des situations valorisantes tel que la mise en place de jeux coopératifs que nous avons vu précédemment ainsi que des étapes vers une responsabilisation du jeune. L’éducateur peut engager une mise en confiance avec le jeune pour que ce dernier puisse effectuer des actions sans l’aide d’un tiers.

L’éducateur doit aussi accompagner l’enfant pour canaliser sa violence,  temporiser ses attentes qui sont souvent bousculées par des frustrations. Pour cela, des exercices de relaxation sont mis en place. Quand le jeune se trouve face à une situation de conflit intérieur quand il perd ou dans d’autres situations, l’éducateur lui propose de respirer et d’aller autre part pour se pose.

 

            B. Adapter pour mieux avancer

 

                        1. Temporisation du jeu

 

Pour que le jeune puisse mieux accepter ses défaites, je propose tout d’abord des activités où il prend vraiment du plaisir. Je prendrai l’exemple de Nicolas qui aime jouer aux dames. Quelque soit l’issue du jeu, il redemande à jouer.

Pour mieux appréhender le jeu de dames qui est souvent long pour le jeune, j’ai dû construire un petit plateau de jeu de dames.[4] En effet, j’ai fait en sorte que le jeu soit plus court. Le jeune peut vite assimiler les règles et prendre du plaisir car c’est plus rapide. Plusieurs jeunes du groupe se sont vite appropriés le petit plateau. Quelques temps après, ils se sont investis dans le jeu de dames réelles.  Par exemple, Nicolas est le jeune qui joue le plus aux dames. Quand il est seul, il joue avec le petit jeu et se met en situation. Il sait prendre du temps et accepte beaucoup plus facilement de perdre. Quand il gagne, il se valorise au regard des autres, se montre à voir et cela augmente son estime de soi.

           

                        2. Temporisation dans la vie quotidienne

 

                        Dès qu’un jeune me voit arriver dans le groupe, il me propose un jeu. Je lui demande d’attendre  pour que je pose mes affaires. A peine ais je rangé mon manteau, il me sollicite une deuxième fois. Je l’invite encore à patienter pour que je puisse m’informer de ce qui s’est passé auparavant dans le groupe auprès du cahier de Liaison et de mes collègues. Enfin, j’appelle le jeune qui me sollicitait pour lui dire que j’étais disponible. Ces actions montrent qu’il est important de savoir attendre et que nous ne répondons pas à la minute près à ses désirs, ses demandes.

            Pour permettre au jeune de prendre le temps et de se détendre, je propose régulièrement une marche dans le quartier. C’est eux qui choisissent le but final de la marche, une destination, cela fait naître en eux une motivation. C’est aussi un support de médiation qui permet l’échange, le partage. Il m’arrive souvent d’être avec deux ou trois jeunes

 

 

            C. Le projet : un outil nécessaire

 

                        Rouzel écrit que « le projet se révèle être le lieu où peut se mettre en scène et se travailler pour de vrai la confrontation entre l’imaginaire et le réel. »[5]. En effet, le projet est un moyen pour l’enfant de se montrer, d’exprimer ses désirs, ses difficultés. C’est l’occasion pour l’éducateur de confronter ce que désire l’enfant en tenant compte de ce qui est interne (capacités, limites, difficultés) et de ce qui est externe (contraintes, possibilités extérieures). C’est un outil nécessaire pour le jeune qui se sent écouté et à même de  progresser selon les moyens proposés par l’équipe éducative. Le projet est souvent modifié selon les imprévus tout au long de la vie du jeune, en fonction de ce qu’il désire ou de ses difficultés.

 

Je prendrai l’exemple de Lucas. Dans son projet, il y avait comme objectif d’aller rejoindre l’équipe des grands à l’atelier football. Cet objectif avait pour but qu’il se construise au niveau psychique. Il voulait se sentir valorisé, se sentir capable d’avoir les comportements d’un grand. Il voulait montrer aux adultes qu’il pouvait respecter les règles qui étaient données par les entraîneurs (eux-mêmes éducateurs). Un mercredi apr

L’éducateur, médiateur du défi

Chapitre 2. L’éducateur, médiateur du défi

           

            J’aborde tout ce qui tourne autour de l’apprentissage de la socialisation à travers les jeux.

 

A.   Qui gagneront aujourd’hui perdront peut-être demain.

 

1.  La compétition sociale

 

La société d’aujourd’hui nous incite à la compétition. Quel que soit le jeu, le sport, il y a un gagnant et un perdant. Cette rivalité entraîne souvent des violences verbales ou physiques entre les différents acteurs. Une individualisation se crée pour pouvoir réussir. Un adage apparaît souvent : « il faut se battre pour réussir dans la vie ».  Se battre mais comment ? Par quels moyens le jeune doit arriver à ses fins et à être dans la loi du plus fort ?  Pour gagner, le jeune peut employer des stratégies malsaines tel que la tricherie, contredire les règles officielles. Des situations de pouvoirs se mettent en place où la moindre erreur n’est pas permise si on veut acquérir une renommée et gagner sa vie. Gagner serait s’accomplir dans un jeu mais pour d’autres, cela serait gagner pour avoir de l’argent, des lots, des récompenses. D’un autre coté, le perdant n’a rien et subit les brimades des spectateurs qui supportent les gagnants.

Des impacts psychologiques peuvent donc se jouer chez les différents acteurs du jeu.

 

 

 

            2. L’éducateur, « gardien » des normes, des règles

 

Malgré cette idée de compétition, l’éducateur doit permettre au jeune de s’insérer dans un groupe et jouer avec d’autres personnes. Pour cela, il doit accepter les règles communes et entrer dans un moment de convivialité quand il ne s’agit pas de vraies compétitions, des tournois etc. C’est permettre à l’enfant de jouer pour jouer et d’entrer en relation avec l’autre.

L’éducateur doit pouvoir faire accepter au jeune les règles du jeu qui sont immuables. Si nous changeons les règles, ce n’est plus le même jeu, c’est une variante. L’éducateur doit être garant des règles du jeu comme il est garant de la Loi. Il est garant des normes qui régissent la société.

 

B.   Le jeu coopératif : Un outil éducatif de socialisation

 

1. Définitions 

 

 Le jeu coopératif a comme but la non-violence dans un groupe et permet de faire émerger un esprit d’entraide et d’équipe. Il y a un but de communication et de concertation.  Une solidarité doit se créer entre les différents joueurs en fonction des différents éléments de l’histoire du jeu. Il s’agit gagner la partie mais ce sont tous les joueurs qui relèvent le défi. Le jeu coopératif est aussi considéré comme un outil éducatif pour la paix, où règne la non-violence.

Il y a une volonté derrière ce concept qui est «  Coopérer, c’est construire ensemble ».

C’est aussi permettre aux jeunes de mieux se connaître et se connaître autrement que par le conflit.

 

                        2. Jeux de mise en relation

 

                        Avec les enfants qui ont des troubles de la personnalité et du comportement, j’ai dû procéder par étape vue leurs difficultés à entrer en relation avec l’autre.

 

 Jeu coopératif avec deux jeunes

 

J’ai tout d’abord mis en place un jeu de construction avec deux jeunes, Nicolas et Lucas. Ils se sont mis sur une petite table et je leur ai donn
é des blocs de bois. Je leur transmets la consigne de construire ensemble une tour la plus haute possible. Chacun prend les blocs et construit de son coté la tour. Je leur fais remarquer qu’ils doivent monter la même tour. Nicolas se précipite pour mettre un bloc. Je l’arrête doucement pour lui expliquer que ce n’est pas un concours. « Vous devez vous aidez et réussir à faire la tour sans la faire s’écrouler ». Dans le silence, ils mettent chacun leur bloc. Quelques instants après, la tour s’écroule. Lucas commence à s’énerver contre Nicolas. Je les rassure. Je leur signale que le plus important, c’est qu’ils réussissent tous les deux. Soudain, Nicolas construit sa tour de son coté. Lucas fait de même et sourit en me disant : «  Je vais faire la tour la plus haute ».

Je pense que ma consigne n’était pas claire dès le début et je n’ai pas été assez convaincant concernant le but du jeu. Je voulais qu’ils instaurent le dialogue en montant la tour mais j’ai surévalué les capacités des deux enfants. Ce que je peux relever de positif, c’est leur acceptation de construire ensemble même en un temps très limité. J’aurais dû leur laisser plus de temps pour s’approprier ce qu’ils devaient faire.

Il me semblait important de continuer vers l’objectif de coopération entre les jeunes. Je voulais qu’ils collaborent, échangent sur ce qu’ils devaient faire pour réussir le défi.

           

                                  Le mouton ( l’éducateur) et les loups ( les jeunes)

 

Un mercredi après-midi, j’ai proposé un jeu à tout le groupe (8 enfants) avec l’accord de l’équipe. Nous nous étions d’abord réunis dans le salon lors de la traditionnelle réunion de jeunes. Je les invite à m’écouter pour pouvoir comprendre ce que je leur demandai. J’ai du modifier la consigne pour qu’ils puissent mieux comprendre et aussi m’adapter en fonction de leurs possibilités.

J’ai nommé le jeu : «  Le mouton ». Cela consistait à empêcher le mouton de s’enfuir de la prairie et de pouvoir l’immobiliser sans le toucher. Je prenais le rôle du mouton et les enfants devaient donc m’empêcher de fuir.

Nous descendons donc dans la prairie et je leur rappelle encore une fois les règles ainsi que les limites de l’espace du jeu.

            Je leur demande de s’éloigner et lance le jeu. Chacun tente de m’attraper et de me toucher. Je répète : «  On ne me touche pas ». Je cours dans tous les sens et tous les jeunes se précipitent sur moi au moment où je tombe au sol. (L’herbe était humide et boueuse). Je me relève rapidement. Deux bonnes minutes passent, je fais passer un message à une de mes collègues pour qu’elle puisse apporter une solution au problème : «  Encerclez-le ». Et là, quelques uns commencent à m’encercler et je ne tente plus de fuir. Je ne peux plus partir, je les félicite. Je remarque que tous les jeunes n’étaient pas présents car l’un d’eux était parti jouer seul avec un bâton, Marc. Pourtant Marc m’avait prévenu qu’il voulait y participer.

            Mon rôle de mouton n’est pas si anodin car ça permettait aux jeunes de se détendre, et de se défouler par l’intermédiaire du jeu. Par ce jeu, j’ai inversé les règles car ils devaient en jouant interdire à l’adulte de fuir.

           

                                  L’iceberg

 

            L’objectif du jeu est de se tenir ensemble dans un espace qui se rétrécissait au fur et à mesure. (Une île)

J’ai mis en place ce jeu avant le repas et j’ai amené les enfants dans la salle de sport. J’ai préparé le matériel préalablement. Je leur explique le jeu tout en me déplaçant dans l’aire du jeu. Je leur répète une deuxième fois. Je me positionne et lance la musique. Ils courent autour des tapis. Je stoppe la musique et ils s’allongent tous sur « l’île ». Je recommence l’opération en enlevant au fur et à mesure un morceau de « l’île ». Une des jeunes, Kim, a beaucoup de mal à rentrer en contact réel avec les autres. Elle monte sur les tapis malgré tout. Enfin, il reste un seul tapis lorsque j’arrête la musique, tous les jeunes se précipitent sur le dernier tapis. Un jeune se met à quatre pattes prenant toute la place mais on l’invite à se lever. Ils sont tous debout et mettent les bras sur les épaules pour prendre le moins de place possible. Je les félicite en leur disant qu’ils ont réussi ensemble le jeu. Lucas vient me voir et dit : «  On peut le refaire avec des éliminations ? ». Je leur demande d’aller s’asseoir pour qu’ils reprennent leur souffle et pour se détendre.

 

C.   Ca marche ou ça casse !

 

1. Au regard de l’établissement, de la société, du monde entier

 

 

Tout au long du séjour, l

L’éducateur, passeur entre l’imaginaire et la réalité

Ayant analysé les différentes situations de jeunes à travers le jeu, je vais pouvoir développer quel est le rôle de l’éducateur au quotidien avec le jeune, et permettre une transition entre l’imaginaire de l’enfant et la réalité. Comment permettre au jeune de revenir aux règles extérieures et d’être confronté au quotidien tel que le repas, l’école, s’habiller, se laver etc.  Puis je vais étendre mon champ d’investigation autour de la socialisation du jeune. Comment aider l’enfant à accepter des règles, à pouvoir jouer avec les autres enfants ? Enfin, comment accompagner l’enfant à accepter l’échec, à canaliser sa violence du à une frustration extrême ?

 

 

Chapitre 1. L’éducateur, passeur entre l’imaginaire et la réalité

 

            Comment l’éducateur peut aider l’enfant à passer entre l’imaginaire et la réalité ?

 

            A. L’enfant, un monde à comprendre, à saisir

 

            L’éducateur a comme but de saisir l’enfant, de comprendre l’enfant dans ce qu’il est et ce qu’il fait dans son monde. Pour l’enfant, l’imaginaire est un cocon sécurisant où il peut investir ses propres règles. Il s’y sent bien et il est à l’aise. Il se rassure et se dépense en se créant un monde, en élaborant des situations que lui seul peut comprendre. C’est pour lui un moyen de fuir les contraintes, de ne voir que ce qu’il aimerait voir et vivre. Comment l’éducateur peut l’accompagner dans l’acceptation de ce qui n’est pas dans son monde ? Parfois, à cause du nombre d’enfants que nous sommes à gérer lors de la vie quotidienne et du manque de temps, nous devons obligés les enfants à être plus rapides.. Cela génère une rupture chez l’enfant qui se bloque, s’oppose ou peut entrer dans un « délire ». Dès que l’enfant est confronté à une réalité et qu’elle ne rejoint pas ses attentes, il peut réagir de manière agressive. C’est une manière de se défendre et de garder son soi intact.

Un travail peut se faire aussi sur le respect des désirs de l’enfant même si on ne peut pas tous les combler. Lacan disait : «  Le désir de l’enfant se prend à la lettre ». C’est une manière de dire qu’il ne faut pas contourner ce que veut l’enfant et être franc avec lui. C’est pouvoir lui dire non ou oui de manière direct, tout en respectant ses limites et ses capacités à pouvoir réagir.

 

            B. La métaphore du plongeur : Un outil éducatif

           

1.    Définition

 

 J’accompagne l’enfant à quitter son imaginaire sans créer de rupture, et en utilisant plusieurs phases d’approche

Je me permets d’utiliser la métaphore du plongeur sous-marin pour mieux éclaircir mon propos. En effet, le plongeur doit passer par plusieurs paliers de décompression. Si le plongeur brûle ses étapes, son cerveau peut subir un choc important dû à la différence de pression. C’est le cas pour l’enfant car il peut être confronté à ses angoisses et à ses peurs dès que la réalité surgit brusquement.

Tout d’abord, je montre un intérêt sur ce que fait l’enfant. Je tente d’entrer dans son imaginaire et je discute avec lui. Le dialogue permet d’établir une relation de confiance entre le jeune et l’adulte. Il permet de rassurer et de valoriser le jeune dans ses actes, dans ses dires. Ensuite, j’établis le lien entre ce qu’il fait et ce qu’il y a à faire. Je l’encourage en adoptant un langage qu’il puisse comprendre et en utilisant un vocabulaire qui lui est accessible. Je me mets au niveau du jeune sans pour autant oublier ma place d’adulte. A partir de là, il se sent important. Je reprendrai Rouzel : « La personne écoutée, regardée et reconnue comme sujet, peut modifier son rapport au monde, à soi et aux autres, reprendre confiance. ».[1] Cette relation de confiance étant mise en place, je peux l’inciter à venir et à effectuer ce qu’il devait faire. Une certaine appréhension revient chez le jeune mais je dois être présent avec lui afin de ne pas le laisser seul face à l’inconnu. Dès qu’il aura retrouvé ses repères dans son espace réel, je le laisse indépendant dans ses actes.

 

                        2. Exemple

 

Pour mieux illustrer mon propos, je montrerai une situation éducative. Je prendrai le cas de Marc :

            . Mardi à 19h35. 6 jeu
nes sont dans le groupe et sont tous en pyjama. Marc est dans sa chambre, habillé. Il joue avec son épée bleue en polystyrène. Je frappe à la porte et l’ouvre pour lui dire de se mettre en pyjama. Il n’écoute pas. Je vais vers lui et tente de retirer son épée. Il s’y accroche en hurlant : «  Non, laisse moi tranquille. Je ne veux pas. ». Je lui confisque son jouet et l’oblige à s’habiller. Il ne s’est habillé que vingt minutes plus tard.

Nous pouvons voir là que je n’ai pas du tout fait preuve de pédagogie et de patience. La pression était due à l’attente des autres jeunes qui voulaient dîner. Les contraintes nous forcent parfois à aller à l’encontre ce qu’on devrait faire.

Toutefois, j’aurai pu demander à mes collègues qui étaient présentes de commencer à manger. Cela m’aurait permis de prendre du temps et d’insister en douceur auprès de Marc.

           

            Après avoir abordé tout ce qui tourne autour de l’enfant, je vais aborder la socialisation du jeune


[1] ROUZEL. J, « Parole d’éduc, Educateur spécialisé au quotidien », éditions Erès, Raymonville Saint Agne 1999, p. 67

 

( A suivre…)