Lettre d’un enfant à ses parents

_DSC0090

Laissez-moi grandir.

Laissez-moi le temps de découvrir.

Laissez-moi le temps de comprendre.

Laissez-moi le temps d’apprendre.

 

Ne me laissez pas seul sans repères.

Ne me laissez pas seuls sans mes pairs.

 

Ne projetez pas vos désirs d’adulte sur moi.

Ne me faites pas mettre des vêtements de désirs.

Ne me faites pas de moi une star même si je le désire.

Osez me dire non et n’ayez pas peur que je sois en émoi.

 

Il me faut grandir dans la frustration.

Il me faut grandir dans l’insouciance.

 

J’ai besoin de la vie, cette science

De l’humanité pleine de distractions.

 

J’ai besoin de me sentir en sécurité

J’ai besoin d’amour et de vérité.

J’ai besoin de votre pardon

 

J’ai besoin que vous reconnaissiez vos erreurs.

Ne me laissez pas dans mes terreurs,

Mes angoisses même si je ne dis rien.

 

J’ai besoin de me tromper, d’expérimenter

Mais ne me laissez pas sombrer dans la colère

Ni même dans les frayeurs, les inquiétudes.

 

J’ai besoin de tendresse, de plénitude

Dans vos actes et vos mots chaque jour

Je vous aimerai sans cesse, toujours.

 

N’oubliez pas que je reste un enfant.

Je ne suis pas un adulte en miniature.

Ne me laissez pas en pâture

Devant la télévision sur le divan.

 

Je crois en vous. Vous êtes mes modèles.

Tout ce que vous ferez, je le ferai.

Tout ce que vous dirai, je le dirai.

Aidez-moi à voler de mes propres ailes.

Andrei le jeune accordéoniste

Andreï monte dans le métro bondé avec son accordéon.

Son copain Nelu le suit avec un gobelet à la main.

A peine quelques regards se posent sur eux.

Andreï commence à jouer et Nelu entonne un chant.

Une belle musique tzigane embaume les voyageurs.

Certains en ont le frisson, d’autres sont excédés.

Andreï fait corps avec son instrument pour oublier sa faim.

Le chanteur parcourt à travers la rame en chantant.

Il montre son gobelet vide, bien usé, couleur marron.

Arrivé à une station, une certaine danse des voyageurs

Se met en mouvement. Des nouveaux visages pour un centime.

Les deux amis entonnent plus fort leur chant de tous les jours.

A deux stations plus loin, ils descendent sur le quai.

Ils ont eu une maigre récolte : 1 euro 25 centimes.

Ils se font rabrouer par un agent du métro.

Ils sortent à l’air libre en courant, en riant.

Puis partent vers leur campement en jubilant.

Ils retrouvent leur mère dans leur caravane bien rangée.

Un travailleur social passe dans les ruelles jonchées de lino.

Il aperçoit les jeunes et entame la discussion avec eux.

Certains veulent s’en sortir mais ne trouvent que méfiance.

D’autres savourent de braver les interdits, de défier la loi.

Andreï a rejoint sa grand-mère malade et lui joue un morceau

Dans la pénombre d’une cabane aux couleurs vives.

Peut-être qu’un jour Andrei deviendra célèbre et ira à l’Olympia.

 

 

 

 

 

 

 

Bryan

La tête en étau.

La colère le ronge.

Qu’est-ce qui lui reste à faire ?

Personne ne l’écoute.

Il se sent inférieur aux autres

Car il se sent écrasé par le regard des autres.

Bryan serre ses poings dans ses poches.

Son visage est dur et ses yeux tournés vers le sol.

Au moindre mot qu’il prononce, c’est de manière agressif.

Il ne peut rien. Il traine une boule de nerfs.

Tout est pour lui injuste avec les colles,

Les devoirs en plus à la maison.

Quand il y a du bruit, c’est lui qu’on accuse.

Son prénom est pour lui un poids.

On le classe, on  l’étiquette «  Cas sociaux ».

Pour se faire entendre, il provoque.

Même ça, ça ne marche pas.

Il croule sous les insultes de ses pairs.

A la maison, ses parents sont débordés par le boulot.

Il doit se démerder pour manger.

Il ne sait pas à qui parler, il n’a confiance en personne.

Alors, un matin, il monte sur la terrasse de l’école.

Personne à l’horizon. Il enjambe la barrière en béton.

En dessous, la cour de béton. Il ne pense pas à mourir.

Juste arrêter ses souffrances.  Les autres l’oublieront.

Il ferme ses yeux. Une voix s’élève.

Il ne veut pas se retourner.

Il s’élance dans le vide.

A peine 30 centimètres plus bas, un sol de plexiglas l’arrête.

Bryan se dit vraiment que la vie est injuste.

Elle lui empêche d’en finir avec ses galères.

Sonné, il sent qu’on le soulève.

On l’emmène dans une petite salle.

Un silence respectueux.

Il est étonné de ne pas se faire engueuler.

Il est abasourdi. Un flot de larmes l’envahit.

Une main se pose sur son épaule.

Une émotion le surprend.

Il ne sait pas la définir.

Sanglots longs qui l’épuisent.

Il s’endort.

A quel moment doit-on être alerté par la détresse d’un jeune ou même d’un adulte ?