Bryan

La tête en étau.

La colère le ronge.

Qu’est-ce qui lui reste à faire ?

Personne ne l’écoute.

Il se sent inférieur aux autres

Car il se sent écrasé par le regard des autres.

Bryan serre ses poings dans ses poches.

Son visage est dur et ses yeux tournés vers le sol.

Au moindre mot qu’il prononce, c’est de manière agressif.

Il ne peut rien. Il traine une boule de nerfs.

Tout est pour lui injuste avec les colles,

Les devoirs en plus à la maison.

Quand il y a du bruit, c’est lui qu’on accuse.

Son prénom est pour lui un poids.

On le classe, on  l’étiquette «  Cas sociaux ».

Pour se faire entendre, il provoque.

Même ça, ça ne marche pas.

Il croule sous les insultes de ses pairs.

A la maison, ses parents sont débordés par le boulot.

Il doit se démerder pour manger.

Il ne sait pas à qui parler, il n’a confiance en personne.

Alors, un matin, il monte sur la terrasse de l’école.

Personne à l’horizon. Il enjambe la barrière en béton.

En dessous, la cour de béton. Il ne pense pas à mourir.

Juste arrêter ses souffrances.  Les autres l’oublieront.

Il ferme ses yeux. Une voix s’élève.

Il ne veut pas se retourner.

Il s’élance dans le vide.

A peine 30 centimètres plus bas, un sol de plexiglas l’arrête.

Bryan se dit vraiment que la vie est injuste.

Elle lui empêche d’en finir avec ses galères.

Sonné, il sent qu’on le soulève.

On l’emmène dans une petite salle.

Un silence respectueux.

Il est étonné de ne pas se faire engueuler.

Il est abasourdi. Un flot de larmes l’envahit.

Une main se pose sur son épaule.

Une émotion le surprend.

Il ne sait pas la définir.

Sanglots longs qui l’épuisent.

Il s’endort.

A quel moment doit-on être alerté par la détresse d’un jeune ou même d’un adulte ?

Une vie fracassée

Elle est assise dans le métro.

Recroquevillée vers ses jambes où elle tente de fermer une bouteille de gin.

Elle la met dans un sac en plastique vert pour ensuite la mettre dans son petit sac à dos noir.

Elle prend une bouteille d’eau de 50 cl. Elle murmure des mots à la bouteille. On l’entend à peine.  Ses bras semblent déstructurés. Elle porte un bonnet où des cheveux noirs sortent en bataille.

A un arrêt de métro, elle se lève, plié comme si une enclume était posée sur son dos.

Nous apercevons son visage. Elle est belle et jeune. Et pourtant elle semble plus vieille avec sa démarche.

Elle prend le temps de réfléchir pour savoir où aller. Elle pose son sac, la tête toujours rivé vers le sol.

Puis le métro redémarre.  Nous nous éloignons d’elle, perdue sur le quai complètement illuminé. Nous nous enfonçons dans le tunnel obscur. Nous apercevons encore sa silhouette au loin. Où va-t-elle aller ? Trouvera-t-elle donc des personnes pour l’accompagner, la soutenir ?

Je souhaite du bon courage aux travailleurs sociaux, aux bénévoles qui accompagnent ces vies fracassées.

Journée d’une orthophoniste

Chloé, orthophoniste depuis quelques années dans un quartier populaire, arrive tranquillement dans son cabinet. Elle prépare sa journée dont ses séances de rééducation vont durer de 30 minutes à 45 minutes, c’est selon les besoins de chacun.

8h59 et quelques secondes. Son premier patient arrive. Marco, un petit de 6 ans avec sa mère. Chloé échange quelques informations avec la mère qui va patienter dans la salle d’attente.

Début de séance. On se dit bonjour avec une voix délicate et douce pour ne pas brusquer Marco qui est de tendance très anxieux. Elle sort un petit jeu de manipulation. Des cubes qui s’emboitent et qui sont de différentes couleurs. Explication de consigne. Marco se jette sur les cubes. Chloé le reprend doucement pour qu’il prenne le temps de réfléchir.  La séance se passe sans trop de difficultés.

La matinée passe et c’est ainsi que vers 12h30, alors que Chloé était en pleine séance, une femme rentre brusquement : «  Bonjour Madame, je viens prendre un rendez-vous pour mon fils ». Chloé lui demande de sortir et lui informe qu’il faut téléphoner pour prendre rendez-vous. Elle respire en elle-même. Tous les deux-trois jours, y a toujours des personnes qui déboulent sans prévenir. C’est fatiguant à la longue ! Comme elle n’a pas de secrétaire, elle est obligée de gérer les imprévus, les coups de téléphone.  

14h15. Chloé prend enfin une pause pour manger. Elle a dû téléphoner à des écoles, à des CMP qui, pour elle, ne foutent rien. Elle est en colère à cause du manque de coordination de soin. Et surtout que chacun campe sur ses théories, ses positions, ses méthodes.

14h30. Reprise de séance avec un ado pour un problème de logico-math. Chloé s’appuie sur des outils spécifiques et des objets qu’elle a construite elle-même.

De son cabinet, elle entend facilement des mères de famille  converser fort et crier quand elles ne sont pas contentes.

17h45. Après 7 séances de passées, un militaire arrive. Il vient pour un problème de posture de langue. Chloé l’invite à s’allonger sur un tapis  comme pour les autres séances. Elle utilise la méthode Feldenkrais[i]. Cela consiste à en prendre conscience de son corps et à relâcher les tensions.

19h00. Elle entame sa dernière séance avec une ado complètement perdu dans ses mots. Chloé lui fait donc des exercices pour approprier son langage. L’ado est bloqué, presque en larmes. Chloé essaie de la rassurer, de lui apprendre à avoir confiance.  La séance passe sans succès. Elle part chercher la mère pour faire le point sur la suite. La mère ne comprend pas l’état de sa fille. Elle considère que sa fille est idiote, et espère que l’orthophonie arrangera cela. Chloé se redresse et reprend les choses calmement. La mère reste rigide, froide. Après 10 minutes, Chloé arrive à désamorcer la tension en invitant l’ado de réfléchir sur ce qu’elle souhaite pour les prochaines séances. Fin de l’entretien.

20h00. Elle jette un coup d’œil à la salle d’attente et voit que tout est en bazar. Les chaises ont été déplacées n’importe comment. Du papier traine et des cubes en mousse sont à moitié dévorés. Chloé se dit qu’elle a plus de chance car elle connait une de ses collègues où des gens ont balancé les chaises par la fenêtre pour les emmener chez eux.

Dans le quartier où elle est, elle fait souvent office d’assistante-sociale, de psychologue, d’infirmière malgré elle.  Il y a tellement de boulot, de misère sociale qu’elle a l’impression qu’elle ne s’en sortira jamais. Elle se sent impuissante face à la galère des familles.

Dire qu’en centre-ville, c’est un autre-monde où les orthophonistes ont affaire des gens plus aisés. Ce n’est pas mieux car elles peuvent se faire critiquer, surtout par des médecins assez imbus d’eux-mêmes. Ces derniers savent ce qu’il vaudrait mieux faire pour leurs enfants.

 

Bon courage aux orthophonistes, aux professions libérales, aux travailleurs sociaux qui font face à l’augmentation de la précarité.

 

PS : Inspirés de faits réels !

Ambroise – Episode 8 ( FIN)

Même jour. Même heure. Je suis pétrifié. Je ne sais pas quoi faire. Yannick me vise, puis baisse son arme. Il me regarde d’un air satanique. Jamais je ne l’aurai imaginé dans cet état de folie maitrisé. « Alors, Ambroise, t’es revenu d’entre les morts. Je pensais que t’allais te faire écraser par une voiture tellement t’étais dans un black-out. Je vais devoir t’éliminer d’une autre façon. Tu m’emmerdes, tu sais. T’as toujours été en travers de ma route. Par l’héritage de nos grands-parents, tu vas avoir le château, puis tu as épousé la femme que j’aimais passionnément. Tu as été embauché à ma place. Je te hais Ambroise. » Je ne savais pas tout cela. Je n’avais rien vu. Je sentais juste qu’Yannick ne m’appréciait pas trop mais sans plus. Je reste silencieux. Je ne sais pas quoi dire. Mes jambes tremblent discrètement. Puis soudain, la lumière s’éteint. D’instinct, je plonge dans la cuisine et j’entends Yannick pester. Je me relève et me cogne violement contre la table. J’avais oublié celle-là. Abasourdi, Yannick me rattrape et me fout des coups de poing dans mon ventre. J’ai droit aussi à un méga-uppercut. J’ai l’impression que ma cervelle va partir sur le côté. Alors que je me sens perdu et tomber dans les pommes, j’entends un cri résonner dans la cuisine. Je perçois à peine l’ombre de Marc qui a frappé Yannick à l’aide d’une pelle de neige. La situation se passe pour le mieux. Je me redresse péniblement. Marc est parti réenclencher les fusibles.  Je monte à l’étage à la recherche de Barbara. Je l’appelle. Aucune réponse. Je panique un peu. «  Barbara ! ». Rien. Puis j’entends Marc m’appeler. Il est à la cave. Je dévale comme un fou les escaliers malgré mes vertiges. Barbara est attachée, inconsciente dans un lit, toute nue. Je vois des tas de bleus partout sur son corps et du liquide tout frais entre ses jambes. Une énorme colère monte en moi. Marc est allé chercher une couverture pour recouvrir Barbara puis la détache. J’appelle enfin les flics. Je prends Barbara entre mes bras. Sa tête toute brune et sale contre mon épaule. En larmes, j’arrive à lui dire que je suis là. Je lui demande de résister, de se réveiller et de survivre. Arrivée des flics et d’une ambulance. Je n’ai plus de mots.

Un jour. Une certaine heure. Quelque part sur un chemin de campagne. Barbara est à mes côtés, portant un enfant dans ses bras. Nous marchons silencieusement, heureux de notre nouvelle vie. Yannick a été condamné à 15 ans de prison. J’ai hérité du château et grâce au réseau de Marc, nous avons pu le réhabiliter. Nous y habitons pour notre plus grande joie. Surtout que nous accueillons régulièrement des familles en précarité sociale, des jeunes en galère. Nous organisons des formations, des stages d’art corporel et de musique. Notre maison est la maison de ceux qui passent pour s’y ressourcer. Nous abordons l’allée des platanes vers le château. A l’entrée, pleins de caravanes colorées et des enfants qui courent de partout. Notre enfant émerge. C’est Jacques notre fils. Pas le fils de Yannick. Nous avions du faire des analyses pour être sur. Jacques ? C’est en souvenir de Jacky décédée le jour où Barbara est sortie de l’hôpital.

Au loin, dans un champ, un épouvantail trône avec le bonnet vert, l’écharpe jaunâtre et la veste en cuir.

FIN

Ambroise – Episode 7

Dimanche 25 janvier. 00h50. Marc et moi sommes sur la route vers Millau.  La suite s’est passé très vite hier et j’ai très peu dormi tellement j’étais furieux et très inquiet à la fois. Une boule d’énergie mijote dans mon torse. Vaut mieux que Marc conduises. Je serai allé à 200 kilomètres à l’heure avec sa 4L bleu ciel. Donc hier, j’avais fouillé le château à la recherche d’indices. Tout a été vidé du fond en comble. De retour chez Jacky, j’ai dû téléphoner à ma mère à Lyon. Elle était en larmes au téléphone. J’avais attendu longtemps avant qu’elle puisse me raconter la suite de l’histoire, celle que je ne connais pas. Donc, lors de la fête, j’avais disparu ainsi que Barbara. Yannick avait alerté tout le monde, surtout qu’un incendie s’était déclaré. Le château a dû être évacué. Mon cousin était resté sur place pour organiser une battue pour essayer de nous retrouver, moi et Barbara. Je n’avais rien dit à ma mère au téléphone que Yannick m’avait fait boire une énorme dose de somnifère dans du champagne. Tout le monde était tellement désespéré que la famille voulait abandonner le château. La police était sur les dents. Aucun signe de vie de Barbara. A part moi où l’on m’a découvert hagard à Lyon sur la place Bellecour. Un inspecteur voulait m’interroger à mon retour à la réalité. Depuis ma disparition de l’hôpital, la PJ me cherche. J’ai dû donc rassurer ma mère que j’allais bien et que je ne savais pas du tout où était Barbara. Enfin, si, mais je ne lui ai pas dit. Je soupçonne Yannick. C’est évident pour moi. C’est pour ça que nous sommes en route pour Millau le retrouver. Marc lui avait téléphoné l’air de rien et était tombé sur une voix de femme. La voix lui criait à l’aide mais au dernier moment, ça a raccroché. Marc avait entendu au dernier moment : «  Salope ».

Le doute n’était plus permis. C’est ainsi que nous avions pris la voiture rapidement malgré la neige et la nuit.  

 

Même jour. A peine deux heures après. Nous nous garons au bout d’une rue, proche de la maison de Yannick. Des flocons tombent avec douceur sur mon visage endurci. Je longe un petit muret bordant la maison de mon cousin. Aucune lumière à l’intérieur. J’ouvre très doucement le petit portail en fer. Je me souviens qu’il grince. Il ne s’agit pas d’éveiller l’ennemi. Je contourne la demeure pour arriver à une porte discrète qui va donner dans la cuisine. C’est ouvert. Marc m’attend dehors. J’entre en tâtonnant dans l’obscurité. Je devine la table que j’évite de justesse. Enfin, j’arrive dans le hall. Soudain, une grande lumière s’allume. En haut, Yannick en robe de chambre m’attendait avec un révolver. «  Ta mère a eu la gentillesse de me téléphoner ! »

 

Ambroise – Episode 6

Samedi 23 janvier. 14h30. Le blizzard est tombé, vaincu par le soleil auvergnat. La vieille dame, Jacky, est en train de dormir dans son rocking-chair. Le grand gaillard, Marc déblaye le chemin vers le garage. Nous avons mangés une bonne poêlée et nous avions fait connaissance. Marc est le fils unique de Jacky. C’est un homme à tout faire du petit village d’à côté. Le mari de Jacky repose au cimetière depuis quelques années, après une fatale rigolade. Cela ne les a pas empêché de continuer à rire à table et de me chambrer sur mon état. Je leur ai raconté une partie de mon histoire. Ils étaient suspendus à mes lèvres. A la fin de mon récit, Marc était prêt à m’aider dès que les conditions météo seraient plus favorables. C’est pourquoi Marc prépare la vieille 4L en ce moment, que j’aperçois par la fenêtre.  Grand coup de Klaxon. Jacky se lève et me donne une grosse polaire et des gants. Puis me fourre des barres de céréales dans les poches de la polaire. Je sors de la maison à tâtons sur la petite route déneige vers la voiture. Je m’installe et démarrage en trombe. Glissage contrôlé puis nous sommes lancés sur une route forestière parée de mousseline blanche.

 

Même jour. 15h15. Après avoir contourné quelques volcans habillés de leur robe nuptiale, nous arrivons dans une grande allée d’arbres qui mènent vers un château semblant sortir du moyen-âge. Tout me revient. C’est la demeure de ma famille. Je me souviens de cette soirée où nous nous étions réunis. Tout me revient. Je me souviens de la tension qu’il y avait entre mon cousin Yannick et Barbara. Je me souviens d’avoir eu des douleurs au niveau de mes cervicales. J’avais dû prendre des anti-inflammatoires. Marc m’invite à sortir de la voiture et à ouvrir le portail. Il n’y avait personne. Tout est immaculée sauf le château aux murs noircis au côté nord. Que s’était-il donc passé ? Le silence m’oppresse. Marc m’accompagne durant la marche vers le parvis du château. Un escalier monumental nous accueille. Nous le gravissons avec peine à cause de la neige. La grande porte est fermée, bien sûr. Je la force avec Marc et  s’ébranle. Un grand bruit résonne dans le hall. Tout est vide. Je reconnais la grande salle à manger. Je me revois en train de boire, de discuter avec Barbara qui me fait part de ses inquiétudes avec Yannick. J’avais essayé de la rassurer. Je me vois l’accompagner vers la terrasse. J’emmène Marc vers ce dernier lieu. C’est ainsi que je découvre avec effroi le salon complètement noirci. Arrivé sur la terrasse, un flash me revient. Yannick nous attendait. Il m’avait offert un verre. Je ne m’étais pas méfié. Au bout de quelques minutes, un lourd sommeil m’emportait et j’entendais de moins en moins Barbara qui criait : «  Ambroise ! ». Quel idiot j’étais !

 

( A suivre…)

Ambroise – Episode 5

Vendredi 22 janvier. 18 h 45. J’émerge. Me voici dans un lit d’hôpital, sous perfusion. Encore une fois. On m’a encore déshabillé pour me mettre dans une espèce de robe blanchâtre. Je suis quand même bien au chaud. Je ressens encore la douleur au dos. Je regarde l’heure. Une infirmière rentre me voir et m’informe qu’elle est rassurée de me voir émerger. J’ai été dans un profond sommeil depuis deux jours et demi. Ils m’ont purgé complètement. Au fil des heures, ils m’ont enlevé les perfusions et je pus manger et boire normalement. Puis le sommeil m’a cueilli alors que je réfléchissais comment repartir d’ici.


 Samedi 23 janvier. 7 h35. Je viens de finir de prendre le petit déjeuner. J’ai quand même mangé le pain bien fade et une confiture de gélatine sucré. Il me faut des forces. Plus personne dans les environs. Hop, j’enfile mes affaires qui ont été lavés. C’est bien agréable.  Je   dans ma veste le surplus du plateau. Départ en catimini. En sortant de l’hôpital, j’arrive près de la gare. Il neige. Je me gèle au bout de quelques minutes. J’accélère le pas pour me réchauffer. Je traverse la ville saupoudrée en passant par la place de Jaude avec une immense grande roue et un gigantesque sapin. Direction les volcans. Rien ne m’effraie. Un vent glacial me frappe le visage. Après une bonne heure de marche et quelques pauses au chaud dans des bars, j’arrive sur une petite place d’un village, je passe devant une camionnette grise surnommée le Cockpit. Un des gars me voyant frigorifié me propose un café et un burger fait maison. Je lui remercie. Ce fut un vrai délice qui me donne du vrai courage pour la suite. Je monte à travers une forêt où la neige s’accumule fortement. Je suis gelé, glacé. Quelle folie quand même. C’est quand même idiot de devoir encore se retrouver à l’hôpital. J’aperçois enfin une maison dans une clairière. J’y cours me risquant de tomber, de glisser. Je cogne à la porte et une vieille dame m’ouvre. Elle réagit très rapidement en me faisant entrer et appelle quelqu’un. Un grand gaillard barbu bien ventru m’apporte une couverture et me met près d’une cheminée. Rien ne s’est dit entre-temps à part la vieille qui me gronde d’avoir été dehors par un temps pareil. Elle me prépare un grand bol de bouillon. Puis J’ai le vertige et je suis pris de grands frissons. Des larmes se libèrent. Je n’avais pas encore pris la mesure de mes actes, de mes choix. Silence respectueux. Tendresse et rudesse sont mêlées entre mes hôtes à mon égard. À travers la fenêtre, je vois que la neige se met à tomber en tempête. Barbara ! Je veux te retrouver. Où es-tu ? Que s’est-il passé au château ? Je sais que je ne suis pas loin.

 

(A suivre…)

Ambroise – Episode 4

Mercredi 20 janvier. 03h50. Tout semble calme. Les infirmières sont dans leur bureau. Je me lève du lit. Mes jambes tremblent. Je vais vers l’armoire pour prendre mes vêtements. Habillage. Cœur qui bat très vite. Je me faufile ensuite dans le couloir malgré ma faiblesse. Je vois la sortie au loin. Une porte de secours. J’y vais à tâtons. Je respire tout doucement malgré mes douleurs. Un crissement me semble tétaniser. C’est juste une des infirmières qui a fait rouler un chariot dans leur local. Stress. Gros stress. J’arrive enfin vers la sortie. Je pousse tout doucement l’enclenchement de la porte dans une semi-obscurité. J’atterris dans un grand jardin. Je marche dans l’ombre, à pas de loup. Cela me fatigue. Je me pose. Une lueur de lampe de poche caresse les arbres. C’est le veilleur. Je reste immobile derrière un platane. Il s’éloigne et je m’approche dans la clôture en fer forgé. C’est une danse de sculptures arrondis. Je pourrai gravir sans problèmes. Je la franchis avec difficulté tant mes jambes tremblent. Le froid me transperce la peau malgré ma veste. Enfin, arrivé sur le trottoir, j’accélère mes pas avec mes bras tétanisés par l’escalade. Mon cœur semble vouloir exploser à chaque seconde. Je longe une longue avenue bordé par une ligne de tram. Puis j’arrive dans une station-service où un gros camion prend de l’essence. Je m’adresse au camionneur. Plutôt une femme bien costaude au visage agréable. Je lui demande si elle me prendre, m’emmener en direction du puy de Dôme. Il me semble me souvenir que je suis de là-bas. Cela tombe bien. Elle doit aller à Clermont-Ferrand. Elle ne me demande rien. Je monte dans son cockpit très décoré. Après avoir fini de mettre de l’essence et de payer par carte bancaire, elle monte me rejoindre puis démarre. Je suis frigorifié. Je tremble. De peur, de froid ? Elle me propose de prendre le thermos de café à mes pieds. Je lui remercie. Je me sers et sirote avec bonheur. Puis je m’endors malgré moi.

 

Mercredi 20 janvier. 5h30. La conductrice me réveille. Nous sommes arrivés à destination, sur un énorme parking. Elle voudrait me déposer là avant d’aller déposer le chargement. Cela lui éviterait des soucis. Le camion s’ébranle. Les vibrations s’éloignent et un silence glacial m’envahit. Des lumières blanches du parking illuminent quelques rares voitures. Je suis seul. Juste au loin. Un bar. Un bar ouvert à ma grande surprise. Un petit groupe se chamaille. J’y vais avec appréhension. Cela pue l’alcool à plein nez. Le barman est en train de nettoyer son comptoir jonché de pintes de bière. Il me regarde avec méfiance. Il est vrai que j’ai une mauvaise allure. Je suis bien paumé. Et pourtant, il me laisse entrer. J’esquive un gars un peu bourré. Puis à peine franchi le seuil, une douleur me traverse le dos jusqu’à la nuque. Je tombe.

 

(A suivre…)

Ambroise – Episode 3

Vendredi 15 janvier. 10h56. De faibles rayons de soleil peinent à entrer dans la chambre. Des ombres, des reflets sont projetés au plafond. Une perfusion a été posée sur le dos de ma main gauche. Je ressens le produit qui se faufile sous ma peau. A ma main droite, est posée la main d’une personne qui semble me connaitre. Mais qui ? Elle me parle mais je ne la comprends pas. Elle verse quelques larmes. Pitié, pas de larmes. Je ne veux pas être plaint. Cela rime à quoi ? Surtout si cela ne n’aide pas à m’en sortir. Des mots me reviennent. Barbara. La Jassautière. Le château de la Jassautière ? C’est possible. Ce château qui pénètre mes rêves chaque nuit et même lors de mes songes.

 

Mardi 19 janvier. 17h31. Je commence à entendre. Est-ce la perfusion qui me purgeait depuis ces quatre jours. Une grande joie m’envahit. J’arrive même à émettre des sons. Malgré la douleur de ma tête, j’ai envie de me lever. Et de partir d’ici pour comprendre. J’appelle. Une infirmière s’empresse. Puis suit mon médecin qui est ravi de mon état. Il me fait le point. Je suis Ambroise. Ambroise Mathaux. 37 ans, né à Fraçon sur Piou, au château de la Jassautière. Je suis satisfait. On m’a récupéré dans un état déplorable. J’avais disparu de la nature après une fête. Ah oui, une fête, c’est vrai. Tout me revient. C’était l’anniversaire de Barbara, ma femme. Barbara ? Je m’interroge. Qu’est-elle devenue ? La personne que j’ai vue tout à l’heure ? C’est ma mère. Je commence à poser pleins de questions. Mon médecin me calme. Je sens qu’il me cache des choses. Il ne veut pas tout me dire. Une énergie monte en moi. Je me redresse. Je veux aller au château de la Jassautière. Là, où s’est passé la fête ! L’infirmière et le médecin me contiennent. Mes jambes tremblent. Une colère sourde monte mais je contiens mon émotion. Cela ne sert à rien pour l’instant. Mais cette nuit, je partirai d’ici. Comment, dans quelle direction ? J’aviserai. Pourquoi ai-je disparu et pourquoi je ne m’en souviens pas ?

Ambroise – Episode 2

Jeudi 14 janvier. 09h27. Shooté. Je suis shooté. Même pas la force de bouger un de mes doigts. Mes paupières peinent à s’ouvrir. J’arrive toutefois à sortir des pensées, des images. Depuis cette nuit, je me souviens. Un médecin était venu me voir avant que je sois mis sous calmant. Il était bienveillant à mon égard, comme s’il me connaissait. Des bribes de souvenirs me reviennent. Un château. Un visage d’enfant. Un puits. Je sens monter une angoisse à chaque fois que je pense à ce puits. Un puits en pierre, très profond. Ma respiration est saccadée. Je sens qu’on me touche la main. Des caresses qui remontent jusqu’à mon visage. Qui est-ce ? Ma vue n’est pas terrible à cause des vapeurs du somnifère. Je distingue une belle silhouette. Elle m’est connue. Un visage se dessine. Elle me sourit avec sa frimousse toute brune et ses yeux noisette. Une voix vibre dans ma tête : « Ambroise ».  Des larmes coulent sur mes joues. Je veux crier. Barbara. Je serre mes poings quand une secousse violente vient du fond de mes entrailles. J’émerge. Plus personne dans la salle. Une douleur se diffuse au niveau de ma poitrine. Une infirmière arrive pour me soulager. Hop, une perfusion.

 

Même jour. 17h00. Une personne est assise à côté de mon lit. Il a l’air de me parler mais je comprends rien ce qu’il me dit. Elle me connait, il me semble. Moi, non ! Alors j’essaie de lui parler, de faire jaillir un mot de ma bouche mais rien. Ceux qui viennent me voir croient que je ne comprends rien. C’est complètement autre chose. Je n’entends rien. Mais comment leur dire puisque je n’arrive pas à parler ?

J’essaie de ne pas me rendormir malgré les médicaments que l’on me donne. Je ne veux pas faire ces cauchemars qui me hantent. Ne plus revoir ce puits sombre et obscur.J’ai l’impression d’y tomber infiniment. Pas un saut de l’ange mais un saut du diable ? Vers un enfer de solitude et de mort. Ne plus songer à tout cela pour vivre. Je veux vivre et qu’on n’arrête de me droguer. Comment leur dire au monde réel que je veux revenir à eux et les entendre vraiment ?

 

Vendredi 15 janvier. 00h02. J’aperçois toujours cette petite lumière rouge au-dessus de la porte. Elle veille. Elle me surveille. Elle se diffuse à travers l’obscurité jusqu’à m’aveugler. Et m’enveloppe pour me jeter dans ce foutu puits sans fonds. Vertige. Je me réveille en sueurs sous une lumière discrète du couloir d’hôpital. Comment m’en sortirai-je ?