La fécondité de Katia

Le matin, Katia sème des graines du passé.

Le midi, elle observe les germes d’un instant.

Le soir, elle récolte les fruits de ses réalisations.

Au gré des rencontres, elle cueille des sourires

Et fait des peurs de la confiture personnalisée.

Katia enfante à sa manière les enfants du monde

Sans porter en elle un seul embryon parasite

Qui le bloquerait dans sa liberté toute entière.

Peut-être, un jour, mais elle conçoit la fécondité

Tout autrement, par des gestes simples de fraternité.

Le jour embaume ses rêves aux mille silences

Pour une nuit de musique imprégnée de zénitude.

Le matin, Katia inspire les brumes de ses songes

Pour les exposer ensuite aux lueurs astrales,

Les transformant en énergie d’humanité.

Le soir, elle s’endort à l’odyssée de ses projets.

Elle transmet ses valeurs, ce qu’elle croit constructive.

Elle partage ses idées pour créer, innover une autre manière de vivre

Dans un monde plus responsable, plus centré sur l’essentiel

Avec des gens de tous bords, même complètement timbrés.

On ne sait jamais sur quoi vont aboutir nos semences.

L’autre sera toujours un mystère et c’est tant mieux.

Cela met du piment dans les liens à tisser.

 

 

Je vous souhaite d’être fécond, homme ou femme, dans votre manière d’être et d’agir auprès de votre entourage, de vos enfants ou des enfants que vous accompagnez.

Le coude de Virginie

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Il n’est que 15h45. Elle est déjà aux fourneaux pour préparer la cuisine. Elle s’empare de son fouet et d’un immense saladier en inox. Elle manipule avec précaution les œufs pour enfin les battre dans la farine de froment. Elle sauce son plat à tarte d’huile de sarrasin pour ensuite le remplir de sa pâte pâtissière. Avec ses poignées d’amour énorme, elle semble flotter dans un nuage de sucre et de leveur chimique. Elle lèche la casserole où elle vient de faire fondre du chocolat. Tout chauffe dans la cuisine. Un brookie cuit en même temps qu’une bonne choucroute qu’elle a bien imbibée de vin blanc d’alsace. Sur le deuxième feu, une garbure mijote. La garbure est une bonne soupe aux choux avec morceaux de légumes. Elle est souvent accompagnée de charcuteries du pays béarnais. Virginie a tout prévu. Des cuisses de confit de canard, des saucisses de Toulouse, du jambon de Bayonne sont au frais. Une friteuse est en route avec de la bonne graisse de canard. Ses hommes auront faim ce soir. Ils seront revenus de la chasse.

 

Elle sent sa poitrine la peser. Sa tête tourne. Elle pose sa main toute poisseuse et garnie sur le plan de travail. Elle glisse sur son coude. Son coude la bloque un instant. Elle ressent un énorme poids. Puis un étrange sentiment de dégout. Elle pose son deuxième coude et tient sa tête des deux mains. En s’essuyant le visage, elle sent la rondeur extrême de ses joues. Elle voit un reflet dans la vitre malgré la buée. On aurait dit une montgolfière. Sentiment de honte. Tout est soudain en elle avec les larmes qui font leur apparition. L’odeur du gras qui le réjouissait l’embaume d’une façon insoutenable. Elle prend un balai et balance tout par terre. La cuisine devient une pataugeoire assez particulière. A cause de la graisse, le four prend feu. Virginie veut essayer de sortir de la cuisine mais elle est devenue trop grosse. Elle est cuite.

Un régime implacable pour que la graisse brule, fonde en peu de temps.

Virginie se réveille avec son coude coincé dans son canapé. Elle a trop mangé de cookies en regardant « les anges de la téléréalité ». Elle tâte son ventre. Juste trois petites collines. C’est même trop. Elle téléphone à une de ses copines. Papotes et décision prise. Elles s’entraideront à manger plus équilibrer et sainement, et à marcher régulièrement.

 

Et vous, est-ce que cela vous est-il arrivé de changer d’habitudes alimentaires à la suite d’un évènement, d’une rencontre, d’une mauvaise expérience ?

Le don selon Camélia

Assise sur le banc, à l’ombre d’un chêne, Camélia aperçoit un vieil homme. Ce vieil homme peine à avancer à cause de son cabas encombré de courses. Camélia aimerait bien l’aider mais n’ose pas. Elle voudrait bien prendre son temps Pour l’accompagner, l’alléger de sa charge. Mais donner, n’est-ce pas prendre le risque de la relation ? [1]Mais aller donner sa force, n’est-ce pas aussi rabaisser l’autre dans sa faiblesse ?

Avec des questions comme ça, on ne s’en sort plus. Elle se lève malgré tout pour lui poser la question. Pour lui proposer, on ne sait jamais. Camélia traverse l’allée ombragée et salue le vieil homme. Salutations simples. Grand sourire de l’homme. Il la remercie et préfère continuer pour avoir un semblant de faire quelque chose encore de sa vie. Camélia le laisse partir. Elle n’est pas déçue. Elle a reçu une leçon de vie. Toute simple pour elle, une petite jeune dans la fleur de l’âge. Elle se souvient qu’elle doit aller déposer un courrier à la banque.

Tout en longeant le parc ornés de glycines et de marronniers épanouis, elle réfléchit sur la question du don. Tout don n’est pas forcément sain surtout s’il est intéressé. Surtout s’il met l’autre dans une situation de dette. La gratuité du don ? C’est rien attendre de l’autre, ne pas forcer l’autre à répondre. Il y a une question de liberté dans l’échange du don, dans la circulation du don. Le circuit du don n’est pas forcément un cercle fermé mais plutôt un chemin plus ouvert avec l’importance de la transmission.

Camélia repense au lien qu’elle a avec ses deux filles, âgées de 3 ans et 5 ans. Elle leur a donné la vie. Elle ne désire pas que ses filles lui fassent un retour. La dette serait trop énorme. Elle ne pourrait pas se permettre de leurdire : «  Avec tout ce que j’ai fait pour toi ! ». Cela serait un coté pervers du don qui emprisonnerait l’autre. Mais ? Le don ne pourrait-il pas créer de la jalousie, de l’envie dans une relation ? Inconsciemment, elle peut donner plus à sa fille cadette qu’à son ainée. Et pourtant, elle les aime chacun pour ce qu’elles sont. Les dons peut être à la fois bienfaisance mais à la fois des cadeaux empoisonnées. Tout dépend de l’intention qui est portée derrière.

Camélia a largement dépassé la banque sent se rendre compte, tellement ses pensées la faisaient trottiner En ayant pris conscience, elle revient sur ses pas. Après avoir accompli sa mission, elle se dirige vers l’école. Retrouvailles avec ses filles qui se sont jetés sur elles. Elle est toute surprise et reçoit un cadeau de son ainée. Comme ça, gratuitement.

 

 

 

 

Voici quelques sources sur lesquelles vous pouvez approfondir sur le don :

Comeau, Geneviève. Peut-on donner sans condition ? justice et amour. Christus. Montrouge: Bayard, 2010.

« Fleurdorge8.qxd – ART-3_fleurdorge8.pdf ». Consulté le 7 avril 2014. http://www.irts-lr.fr/img/ART-3_fleurdorge8.pdf.

Godbout, Jacques. L’esprit du don. Édité par Alain Caillé. Nouv. éd. La Découverte-poche 86. Paris: la Découverte, 2000.

Godelier, Maurice. L’Enigme du don. Champs 527. Paris: Flammarion, 2002.

« La relation d’aide et la question du don – Cairn.info ». http://www.cairn.info/revue-nouvelle-revue-de-psychosociologie-2008-2-page-27.htm.

« La société vue du don – CHAN.pdf ».

http://www.revuedumauss.com.fr/media/CHAN.pdf.

 

 

[1] Godbout, Jacques. L’esprit du don. Édité par Alain Caillé. Nouv. éd. La Découverte-poche 86. Paris: la Découverte, 2000.

Les exploits de Gaël

Il est 14h30. Gaël traine ses jambes contre le sol rugueux de la cour. Il vient de tomber de son fauteuil et y a personne à l’horizon. Il voudrait bien crier mais sa voix est toute fluette et ridicule. Heureusement qu’il fait doux. Il sent le gravier transpercer ses paumes. Il rampe vers le gazon fraichement tondu. Arrivé, il s’allonge malgré ses jambes tordues. Il écarte ses bras comme pour essayer de s’envoler vers le ciel magnifiquement bleu. Bien qu’il se sente seul à l’instant même, il savoure le silence avec les chants de quelques oiseaux. Ses douleurs aux jambes et aux mains s’effacent petit à petit. Penchant sa tête aux cheveux longs frisés sur le côté, il aperçoit son fauteuil renversé. Comme un couillon, il n’avait pas vu la pierre. Il est allé trop vite, comme Fangio. Alors il a basculé lourdement. Il a un petit rire. Il se revoit encore avec un visage surpris et penaud.

Là, il devrait rejoindre son groupe pour un temps de travail informatique, pour créer un site web sur l’accessibilité dans sa petite ville. En y repensant, il se redresse et se hisse sur ses bras pour se diriger vers son fauteuil. Râpage sur tout son corps. C’est sa mère qui va râler sur ses vêtements. Il se dit qu’il aurait mieux valu lui mettre une cotte de maille, ou bien une armure pour sa solidité. Quoique, c’est bien lourd. Il relève tant bien que mal son fauteuil roulant. Puis il se donne le challenge de gravir et d’atteindre le sommet. Avec un peu d’élan, il s’élance mais le fauteuil se barre. Il chute face contre terre. Et merde, se dit-il. Il avait mal bloqué les roues. Il recommence. I am te best, s’écrie-t-il !

Il recommence, il sue et râle. Enfin, après avoir bien peiné, il arrive à s’asseoir confortablement. Une grande joie l’envahit. Yes ! Dans l’excitation, il s’agrippe à ses roues pour avancer et se lancer vers le bâtiment. Tellement il est excité qu’il oublie de freiner son fauteuil en arrivant à l’entrée. La porte vitrée n’a pas eu le temps de s’ouvrir que Gaël se le prend de plein fouet. Éclats en mille morceaux. Sonné, il voit l’hôtesse d’accueil venir à lui. Je vais bien, je vais bien ! Sentant qu’il va se fait remonter les bretelles, il crie : « J’ai réussi à monter sur mon fauteuil tout seul ! ». D’autres personnes arrivent pour le sortir de là, parmi les morceaux de verre qui jonchent l’entrée. On l’emmène à l’infirmerie et son éducatrice le rejoint : « Alors, on réalise des exploits ? ». La joie de Gaël est tellement énorme qu’il a oublié sa grosse bourde. Un grand sourire se lie sur son visage et les personnes autour de lui ne peuvent qu’accueillir son état de grâce.

Le grand départ de Papy

Depuis quelques jours, tu étais allongé tout cassé.

Les douleurs t’engourdissaient, te rendaient confus.

Malgré ton semi-inconscience, tu sentais une présence.

Tu ressentais l’amour de tes proches murmurer à ton âme.

Il fallait bien un jour passer vers l’au-delà, auprès de Lui.

Tu le savais au plus profond de toi. Tu te préparais.

La seule chose qui comptait pour toi, c’est sentir ta famille

Se réunir autour de toi pour te parler, pour te rassurer.

Chacun est venu prendre de tes nouvelles, t’embrasser

Soit directement ou bien par téléphone. Nous allons bien.

Grand-mère n’est pas seule. Elle est entourée, en sécurité.

Alors, ce matin, tu es endormi avec une profonde paix.

Nous nous étions préparés à ton départ bien que ça été trop vite.

Merci pour tout ce que tu nous as donné, de nous avoir réuni.

Merci pour ta présence qui restera gravé dans notre mémoire

Comme tes paroles nous guidant vers un monde plus juste

Vers une conscience aiguisée de la vie et la sérénité de l’avenir.

Nous continuerons à transmettre ce que tu as semé et fait fleurir.

Ton combat sur terre ne sera pas vain et sera une victoire pour l’éternité.

Je souhaite à chacun de vivre un deuil apaisé, quand le départ d’un proche survient.

Que la mort ne soit pas un tabou mais source de vie, de dialogue, de retrouvailles, de réconciliation. Je souhaite à chacun de ne pas trop être envahis de remords, de regrets et de pouvoir mettre des mots sur ses blocages, sur son mal-être.

Que le deuil soit un autre départ, une vie renouvelé dans le quotidien malgré l’absence de l’autre.

Le langage de Sophie

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Dans l’accompagnement des jeunes, elle s’évertue à employer un certain langage. Un langage qui lui a beaucoup demandé d’effort sur elle-même. C’est surtout pour mieux appréhender le monde avec un autre regard, un regard plus juste et plus près de la vérité.

La négation a disparu des pensées de Sophie. Les limites, pour elle, sont des cadres et ce qui est interdit sont juste des balises qui demandent de l’attention, de la réflexion.

Ensuite, elle essaie de tout positiver. Les échecs sont des tremplins.

Les non deviennent des stop. Elle essaie d’établir des relations positives avec chaque personne et de proposer un cadre qui peut amener un comportement positif. Surtout elle s’emploie à relever 4 fois plus de qualités si elle a dû nommer un élément négatif. Elle valorise toujours le jeune devant ses pairs et ses collègues. C’est une manière de construire un projet qui ait du sens et porteur d’espoir, d’avenir.

Elle fait le maximum pour être objectif et de ne pas porter de jugements. C’est un vrai challenge qu’elle prend. Elle tente aussi de prendre soin d’elle-même pour être plus disponible aux autres, pour minimiser les luttes de pouvoirs et d’établir des liens positifs envers ses jeunes et ses collègues.

Évidemment Sophie ne vit pas dans un monde parfait et elle est souvent en confrontation avec des collègues impulsifs, qui se moquent d’elle, qui ont une toute autre vision de l’éducation.

 

Et vous ? Qu’en pensez ? Avez-vous essayez d’avoir une attitude bienveillante, sans hypocrisie bien sur. Ce n’est pas de la bienveillance de guimauve. L’attitude peut être aussi ferme pour un cadre qui a été dépassé. Vous avez des expériences à nous partager ?

De la téléréalité à la réalité

20h50. Cédric a fini de ranger la salle à manger avec Franck, l’éduc et un autre jeune. Tout est propre et tout s’est bien passé. Cédric veut regarder «  Les anges de la réalité ». Juste pour rire et savoir la suite. Est-ce que Iolan va rester avec Maria ?

Cédric s’installe tranquillement sur le canapé, en veillant à ne pas trop s’avachir et ne pas trop emmerder les autres. La condition pour regarder son émission préférée, c’est être correct avec tout le monde. Il aime surtout quand Franck regarde une partie avec lui et son groupe.

Rigolades à la suite des révélations d’une candidate, et surtout d’une situation un peu absurde dans laquelle se trouvent les candidats. Ils vont devoir dormir dans la jungle, juste sur un lit pliable.

A la fin de l’émission, Cédric prend le temps d’en discuter avec ses potes. Est-ce qu’ici il pourrait faire la même chose ? Chuis pas fou ! Rétorque Cédric. Ce dernier aime bien prendre des risques mais il y a quand même des limites. Il en a déjà fait les frais avec une cascade de skateboard par-dessus une rampe d’escalier. Trois semaines d’hôpital. Il se dit qu’il a de la chance avec Franck, car on peut discuter, échanger, et puis on fait bien la part des choses entre ce qui se passe à la télé et la réalité.

Tout est biaisé chez les anges de la réalité. Tout est mis en scène et exagéré. A côté de ces débilités, il tente bien que mal à réussir son insertion scolaire. Comme il sent reconnu en vérité et valorisé dans ses capacités d’agir et de réfléchir, il ne songe même pas devenir une célébrité à la télé. A quoi cela sert d’être célèbre juste un temps donné, très court et après, vite oublié, comme un bon à rien ?

Cédric regarde cette émission pour analyser sur ce qu’il ne faut pas essayer de faire dans la vraie vie. Surtout aussi, pour se dire qu’il est vraiment plus intelligent que ces gens-là. Pas envie qu’on me juge, pense-t-il !

Il est l’heure d’aller au lit. Franck laisse les jeunes ranger la télévision. Avec Dylan, Cédric écrivent des idées, des questions sur un cahier d’expression. Un peu de chamailleries à l’étage mais rien de méchant. Arrivée du veilleur. Passage de témoin. Un petit compte-rendu de la soirée.

Au lit, Cédric pense au lendemain. Une très bonne journée à venir car avec son groupe et deux éducateurs, ils vont partir faire une course d’orientation dans la forêt avec des jeunes du lycée voisin. Un projet qu’ils ont préparé depuis des mois. C’est la vraie vie. Rien à voir avec la télé-réalité.

 

 

 

Une réunion mouvementée

Il est 9h00. L’équipe de 3 éducateurs, de 2 AMP et une psychologue sont réunis dans la salle de réunion. Il ne manque que le chef de service, Danielle.

Danielle arrive en trombe, déposant avec énergie des dossiers sur la table. On a du pain sur la planche, s’exclame-t-elle ! Les autres en bouffent sans arrêt des remontrances de Danielle. Elle reprend chaque point et voudrait avoir quelques explications.  Lisa, une des éducatrices, soupire. Elle est arrivée depuis 5 mois et n’arrive pas à prendre sa place. Ses deux collègues éducs, Eric et Martin imposent sans cesse leurs idées. Lisa encaisse et suit les directives. Enfin, elle essaye. Une colère monte en elle ainsi que des larmes. Refoulements. Retenue. Geneviève, la psy, voit bien les tensions mais l’équipe ne veut entendre que ses avis sur les enfants, et rien d’autre.  Une des AMP, Lydia essaye de mettre de la bonne ambiance, de mettre de l’humour mais Martin la remet à sa place. La deuxième AMP, Sarah, reste en retrait. Tout lui passe au-dessus. Elle s’en fout complètement. Ce qui lui importe, c’est d’être avec les jeunes, et de faire des activités toute seule avec eux. L’équipe, elle n’en a rien à foutre. Parfois, elle se réveille à la fin de la réunion et pose une question sur un sujet déjà abordée très amplement. Cela a le don d’agacer au plus profond le reste de l’équipe. Mais personne ne dit rien. On doit éviter les conflits.

Regards fuyants. Des paroles qui fusent ou un discours trop mielleux. Un petit sourire moqueur. Des réactions primaires pour un rien. Danielle demande à chacun de faire un effort et de s’écouter. Eric rétorque que ça doit être réciproque. Clara, dans ses pensées, rigole à propos du film d’hier. Eric agresse verbalement Clara : «  Tu me prends pour un con ? ». Geneviève se lève pour rétablir le calme. Mais Martin lui recommande de s’écraser et de laisser Clara s’expliquer. Clara s’explique mais son agresseur le traite de menteuse. Une baffe claque. Clara quitte la salle furibarde. Lydia est abasourdie : «  Vous êtes sérieux là ? C’est quoi ce délire ? On ne pourrait pas s’écouter, s’entendre autrement ? ».

Elle aperçoit le regard de Martin de manière étrange. Elle n’est pas à l’aise. Grand silence.  Lisa s’étouffe au fond d’elle-même. Elle veut exploser mais non, restons professionnelle. Sarah annonce qu’elle va rejoindre Clara.

Danielle croise le regard de Geneviève. Cette dernière se penche vers elle : «  Tu es dans la merde. Assume tes responsabilités. Nous ne pouvons pas continuer à travailler comme ça ».  Martin, l’ayant entendu, murmure : «  ça c’est sûr. Puis nos jeunes le sentent bien. Ils mettent la pagaille à chaque repas depuis quelques temps. C’est depuis que Lisa est là que c’est le bordel ». Alors là, Cette dernière réagit : «  Non, mais ça va pas. ». Elle se voyait lui foutre un coup de massue sur son crâne, depuis le temps qu’elle rêvait.

La réunion devient un pugilat sans nom. Personne ne s’écoute. Danielle demande à Geneviève et Lisa de sortir un instant. Quelques temps après, du couloir, c’est des engueulades qui fusent. Larmes de Lisa dans les bras de la psy. Tourbillon de colère et de tristesse.

Et pourquoi ça se terminerait bien ? J’imagine que Lisa démissionne pour ne plus vivre un enfer psychologique. Elle l’aurait décidé après avoir pris le temps de la réflexion, et après avoir trouvé un autre poste. Geneviève aurait aussi présenté sa démission voyant l’obstination des éducs. Clara ? Elle se réfugie dans ses activités poussant à bout Danielle, qui la vira pour insuffisance professionnelle. Et les autres ?  A vous d’imaginer.

 

 

Maraude nocturne en banlieue

Il est 20h30. La nuit est tombée. Nous nous garons au milieu des tours, sur un petit parking.

Respiration profonde et regards échangés pour s’encourager. Nous maraudons en douceur.

Un groupe de jeunes s’approche de nous. J’en reconnais deux. Nous nous saluons en confiance.

En confiance malgré quelques réticences de quelques-uns. Serions-nous pas des taupes en devenir ?

Nous savons bien qu’ils trempent dans le trafic de drogues. Nous essayons de les aider à s’en sortir.

A trouver des activités plus épanouissantes et moins risqués au regard de la Loi.

Pour éviter la spirale de la violence. Des jeunes plus petits sont avec eux car les parents sont absents.

Puis y a Nassim. Nassim est un artiste. Il reste distant du groupe et il est respecté malgré tout.

Nassim aime taguer sur tous types de supports. Ses seules conneries ? Taguer les paniers à salades.

Juste pour étonner la bande. Il a quitté l’école à seize ans. Incapable de suivre le cursus général.

Comme pas mal d’entre eux. Ils ont pourtant pleins de capacités. L’un sait trafiquer les disjoncteurs.

Un autre qui sait réparer un moteur de scooter pour le débrider. Un autre sur l’aisance relationnelle.

Ce soir, Nassim vient nous voir, fou de joie. Il veut monter un projet de street art avec la bande.

Nous sommes en cercle dans un square rempli de cannettes de bière et de mégots usés.

Les paroles fusent comme la colère fond dans la joie de créer, d’inventer, d’innover.

Mon collègue sort un bloc-notes et propose une répartition des rôles. Qui veut faire quoi ?

Toi, Abed, qu’est-ce que tu aimerais-faire ? Et toi, Bryan, qu’en penses-tu ?

Nassim suggère à Paul de demander à son père de faire marcher son réseau d’imprimeurs.

Et nos mères ? Elles pourraient préparer le repas pour le quartier et accueillir ceux qui viennent.

Tout s’emballe. Tout s’enflamme dans le bon sens. Et puis une voiture de flic surgit de nulle part.

Sans rien comprendre. Un jeune prend un caillou et balance sur la voiture. Puis tout s’enchaine.

Nassim hurle : «  Mais arrêtez ». Ils partent aux quatre coins du quartier.

Seul reste Nassim et nous deux. Je n’ai rien compris à ce qui s’est passé. Les flics non plus.

Ils sont venus nous voir. Nous leur expliquons ce que nous faisions. Ils sont désolés.

L’un des flics me suggère de les prévenir quand nous intervenons sur place.

Pour éviter de court-cuiter notre démarche préventive.

Mon collège retient la proposition.

Nous repartons après avoir accompagné Nassim vers son immeuble.

Nous comptons sur lui pour relancer son projet, un élément fédérateur du quartier.

Etrange signalisation préoccupante

Le juge vient de l’appeler pour une enquête dans une famille.

Une maitresse a fait une signalisation préoccupante.

Karima prépare ses affaires et se projette déjà le type de situation.

Une famille avec trois enfants dont deux ont des comportements inquiétants.

Maigrichons et inactifs, très sages et bien fatigués, ils accusent un lourd retard scolaire.

L’éducatrice vient d’arriver devant un immeuble de trois étages. Elle sonne à l’interphone.

Elle a bien sur prévenu la mère de son arrivée. Pour ne pas trop brusquer.

En montant à l’étage, elle sent de bonnes odeurs. Rien à signaler.

Devant la porte, un  paillasson impeccable souhaite la bienvenue en couleurs.  

Elle sonne. Pas rapide. Une dame bien habillé lui ouvre, la fait entrer.

Une forte odeur de parfum le fouette. Tout est blanc. Très peu de décoration.

Karima lui fait part des préoccupations et voudrait s’entretenir avec elle.

Etrange pressentiment. Tout est propre et nickel. A part une tache rouge dans un coin.

Tout semble avoir été nettoyé à fond. Rien ne dépasse. Le salon ? Juste un canapé.

Pas de télévision, ni de jouets. Pas de livres ni de bibelots. Juste une photo de tortue.

Vraiment bizarre. La mère emmène Karima à la salle à manger. Pour prendre un verre.

Juste de l’eau, aimerait Karima. Mère droite, à l’aise malgré une parole sèche et rapide.

Elle appelle les enfants. Ils arrivent bien habillés, tout propres et souriants. Un peu exagéré.

Le regard de ces mômes l’interpelle. Elle ne dit rien. Elle apprend qu’ils ne vont qu’à l’aquarium.

Les parcs sont infestés de microbes ainsi que les centres de loisirs. L’école ? C’est un moindre mal.

Coup de téléphone. La mère part dans l’autre pièce. Puis une scène étrange. L’ainé fronce les sourcils. Tout en silence, il lève rapidement son tee-shirt. Des marques rouges. Des bleus.

Karima sent une colère monter en elle. Puis elle croit voir passer une souris verte.

Puis sur les murs, elle semble voir des cadres de photos mise à l’envers. Recouvert de tissus blancs.

La mère revient et s’excuse. Elle tape des mains et les enfants s’en vont en silence, droit.

Karima souhaite voir les chambres des enfants. La mère refuse. Karima la rassure, maladroitement.

Qu’une chambre pour les trois enfants. Juste trois matelats par terre et un meuble pour les vétements. Aucun jouet. Puis elle aperçoit, coincé vers un placard, un bout de ficelle en caoutchouc.

Karima retient son souffle. La mère réagit en la faisant sortir. Claquement de la porte.

L’éducatrice, bouleversé, téléphone au juge. Un placement des enfants est nécessaire

A la suite d’une enquête encore plus approfondit. Très fort soupçon de maltraitance.

Karima essaie de se calmer. Puis va à son instituion pour parler à une de ses collègues.

Vite, débriefer. Faire le point. Accepter son impuissance immédiate. La procédure est enclenchée.