J’aimerai t’écrire une lettre
Une certaine lettre
Pour mettre les choses à plat.
Comment t’atteindre sans que tu te fâches ?
Comment te rejoindre et que tu comprennes ?
J’aimerai te dire que tu n’es pas responsable.
Pas responsable de ce qui fait ma vie.
Pas responsable de qui fait mon handicap.
Que je sois aveugle, tu n’y es pour rien.
Que j’ai des pieds bots, tu n’y es pour rien.
Que j’ai une maladie génétique, tu n’y es pour rien.
Que je sois sourd, tu ne pouvais rien faire
Ni même changer le cours de mon histoire,
Qui fait bien sûr partie de ton histoire
Mais qui n’est pas ton histoire.
J’aimerai t’écrire cette lettre
Pour t’amener à ne plus souffrir pour moi.
Pas à ma place. Pitié, pas de lamentations.
La vie est ainsi faite malgré les deuils à vivre.
Le deuil d’avoir son enfant comme les autres.
Le deuil d’être une mère parfaite.
Le deuil d’une vie droite et paisible.
Jamais je ne t’en voudrais parce que tu m’as engendré
Avec des blessures génétiques, des petits ratés.
Ne porte pas trop le poids de la culpabilité.
Tu n’es pas coupable pour ce que je suis.
La vie est faite de cabossages et de fissures.
Je voudrais te dire ces mots pour être aimé
De façon le plus juste possible.
Mon handicap est le revers d’une médaille.
De l’autre côté, c’est la rage de vivre.
Alors, ne t’inquiète pas, aie confiance.
Comme pour mes frères dans la galère génétique,
Chacun même sa propre vie à son rythme
Avec l’énergie influée par l’entourage.
Je t’écris cette lettre pour tenter d’apaiser
Les maux causés par le handicap de tes fils.