Analyse des observations des jeunes à travers le jeu

Les chapitres qui vont suivre sont le résulat de l’analyse du fonctionnement de l’institution et de l’observation de 5 jeunes. J’ai préféré vous présenter mes analyses sans passer par les observations faites.

Je rappelle que ce sont des extraits de mémoire écrit en 2006 quand j’étais stagiaire dans un CMP, maintenant IRP. ( l’IRP prend en charge des enfants et adolescents dont les manifestations, les troubles rendent nécessaires, malgré les capacités intellectuelles normales ou approchant la normale, la mise en œuvre de moyens médico-pédagogiques pour le déroulement de leur scolarité)

           

  Chapitre 3. Analyse global et vérification de l’hypothèse

            Une ambivalence est présente chez eux dans le jeu. Ils ont à la fois besoin d’être seul et d’être avec les autres.

 

B.   Le jeu de l’enfant et les autres

 

Autour du jeu, se créent des situations plus au moins conflictuelles. Le jeune peut amener à provoquer, à chercher un conflit qui est parfois la base d’une relation. Une situation de sujet à objet se met en place car le jeune impose ses règles, son monde. L’objet doit rester normalement «  figé », accepter la soumission. Mais l’autre refuse, le sujet réagit et « l’anéantit ».Nous pouvons voir là une toute-puissance qui émerge chez le jeune quand il joue avec autrui. Un égocentrisme se crée en rapport à partir des actes valorisants en sa faveur. Il prend toute la place et envahit l’espace transitionnel des autres, et réagit quand il y a une intrusion dans son espace. Je reprends Winnicott expliquant que le jeu de l’enfant se construit dans une aire et plus précisément dans un « espace transitionnel ». L’enfant a du mal à quitter cette aire de jeu et n’accepte pas les intrusions. En fait, l’enfant se rassure dans son monde et ne veut pas voir la réalité, source d’angoisses et de frustrations.

La majorité des enfants impose leurs règles à leur bon vouloir, comportement pouvant révéler les caractéristiques de l’enfant-roi.

A travers le jeu, l’enfant peut se donner à voir pour se rassurer à travers le regard des autres. C’est aussi une manière de se valoriser et de se considérer comme le meilleur. Une compétition se crée, une rivalité entre les jeunes pour montrer leur invulnérabilité. Ils prennent en compte leurs jugements des autres, de manière impulsive quand c’est négatif. Leur violence à une critique serait un manque de confiance en soi et la difficulté à gérer leurs émotions qui peuvent être extrêmes.

La confrontation aux règles est source de conflits car l’enfant doit admettre ce qui est réel, ce qui ne lui appartient pas, ce qui lui est extérieur.

Quelques jeunes sont perméables à l’environnement. Ils sont facilement sollicités par des signes extérieurs, ce qui entraîne des difficultés de concentration, et des relations conflictuelles et éphémères.

 

C.   Le jeu, l’enfant face à l’échec et la réussite

 

La plupart des enfants ayant des troubles de la personnalité et du comportement se trouvent dans des sentiments d’abandon face à un échec. L’enfant peut se laisser tomber, pleurer ou taper quand il ne peut s’exprimer autrement. Il casse les jouets pour recréer une sorte de rupture symboliquement. L’enfant se croit mauvais, donc se dévalorise face aux autres, s’exprime de manière négative sur soi-même. Il est souvent par la suite dans une répétions, en reproduisant les mêmes erreurs. D’autres jeunes emploient des stratégies d’évitement, en mettant en cause l’autre ou le matériel.

L’enfant a des difficultés à prendre de la distance, ce qui entraîne des problèmes de gestion des angoisses. Il peut amener à s’exprimer de manière impulsive en donnant des coups et en lançant des insultes. Une violence est exacerbée car il manque de confiance en soi. Il a des difficultés à gérer ses émotions et à supporter la frustration.

Quand le jeune réussit, il éprouve une satisfaction et fait part de sa joie aux autres de manière verbale ou en les touchant.

            Je vais voir en quoi les activités ludiques pour des enfants ayant des troubles de la personnalité et du comportement l’aide à progresser dans sa socialisation, en rapport avec l’imaginaire.

 

D.   Le jeu favorisant la socialisation ?

 

Lorsque le jeune montre un intérêt pour le jeu et qui le rassure face aux autres, il est apte à accepter les règles du jeu qui le sécurise dans son milieu fantasmatique et affectif. Cet apprentissage des règles se fait à long terme car l’enfant fait un travail sur lui-même pour gérer ses émotions, canaliser sa frustration. Il s’approprie les règles comme étant les siennes, donc accepter qu’un élément extérieur vienne le construire. A partir de l’acceptation des règles, la relation aux autres est moins tendue car l’enfant peut les intégrer dans ses jeux, régie par des règles communes.  Si le jeune accepte les règles d’un jeu, il peut assimiler les règles en général qui cadrent son environnement. Le jeu permet donc la socialisation car elle permet au jeune de s’insérer dans un groupe.

            Toutefois, le jeu peut faire replier le jeune sur lui-même, dans on monde inaccessible aux autres. Pour certains, le jeu ne favorise pas la socialisation. Le jeune passe donc par d’autres moyens de socialisation tel que la communication à travers la vie au quotidien dans un groupe ou une classe, lors des repas ou bien des sorties vers l’extérieur.

 

         Dans cette deuxième partie, nous avons pris connaissance du projet de l’établissement et de son environnement où évoluent les jeunes. A travers les observations et les analyses, j’ai pu constater des traits communs dans leurs comportements face aux jeux tel que le sentiment d’abandon, la toute-puissance, l’intolérance à la frustration et des difficultés relationnels dues à leur impulsivité et leur instabilité.

J’ai pu démontrer qu’il est possible pour le jeune de s’insérer dans un groupe par l’intermédiaire du jeu. Toutefois, je relève qu’il y a d’autres outils de médiation permettant aux jeunes d’entrer en communication, en interaction.

 

(A suivre…)

Le jeu chez l’enfant ayant des troubles de la personnalité et du comportement

            Nous allons établir le lien entre le jouet et l’enfant à travers le jeu pour ensuite développer la notion de socialisation chez les enfants

 

       A. Le jeu et le psychisme de l’enfant

 

       Selon Marcelli[1], quelques études ont mis en lien le niveau intellectuel et la capacité du jeu. Elles ont démontré que les enfants doués jouent beaucoup à des jeux variés et sont inventifs. Néanmoins, les enfants «  retardés » jouent peu, passant d’assez longues périodes inactives. «  Ils préfèrent les jeux sans règles compliqués, auxquels jouent généralement des enfants plus jeunes. [ …] Dans l’utilisation du matériel ludique, par rapport aux enfants « normaux », les enfants « retardés semblent présenter moins de réactions anticipatrices, de formulations de règles, d’autocorrections et d’autocensure lorsqu’ils sont placés en situation d’apprentissage d’un jeu. »[2]

       Winnicott appuie son idée de la distinction entre le jeu et l’émergence pulsionnelle. En effet, « plus la vie fantasmatique de l’enfant est envahissante, plus la projection sur la réalité environnante est grande, plus le jeu est saturé des ces projections. Ceci s’observe particulièrement bien chez les enfants prépsychotiques où toute l’activité ludique est bientôt envahie de thèmes de dévoration agressive, de destruction, d’anéantissement, régression qui s’observe non seulement dans le contenu du jeu mais aussi dans son organisation formelle. En effet, des pulsions ou des fantasmes trop envahissants peuvent interrompre le jeu qui devient instable, changeant, chaotique. » [3]

Quand on demande à l’enfant de jouer calmement en toute tranquillité, il faut qu’il puisse contrôler ses pulsions. Il aura du mal à accepter aussi une règle du jeu car cela serait pour lui une confrontation dans une représentation  normative et symbolique.

Les auteurs sont d’accord pour dire que les différences de sexe sont visibles sur la façon de jouer. Les garçons sont plus agressifs et compétitifs en variant leurs jeux. Pour les filles, ce qui passe avant tout est le plaisir et une maîtrise du jeu, avant « l’expression pulsionnelle ».

Les jeux peuvent se créer aussi autour des fantasmes comme inventer des histoires familiales, en récréant sa généalogie. Des enfants imaginent aussi un compagnon qui n’existe pas et qui compense parfois une absence de frères et de sœurs ou s’ils sont dans une famille repliée sur elle-même.

            Néanmoins, les rapports entre le jeu et les jouets ne sont pas si simples. Winnicott[4] en formule une première idée : Le jouet « suffisamment bon » doit laisser l’enfant s’exprimer et être dans la créativité. . Il faut donc que le jouet soit simple, facile à utiliser et peu importe l’esthétisme de l’objet, pourvu que ce jouet permettre à l’enfant d’imaginer, de se créer un espace. Les jeux compliqués, très techniques ne pourront pas laisser place à cette liberté de création. «  L’excès de jouer peut également être néfaste : trop de jouets tuent le jeu ; trop de jouets isolent l’enfant du groupe des pairs. Le jouet fait alors écran entre l’enfant et le monde extérieur. » [5]

Le rapport que l’enfant a avec le jouet peut être intéressant. Quand l’enfant casse le jouet et que cela se fait de manière systématique, cela démontre qu’il a du mal à établir une aire transitionnelle, concept établi par Winnicott : «  cela traduit son incapacité à contenir l’excitation et l’envahissement par la pulsion agressive et destructrice ».[6]

            L’instabilité de l’enfant met en danger l’équilibre fragile entre le plaisir et le corps. Il s’épuise vite face à une activité s’il n’est plus stimulé et change de jeu.

«  Le jeu implique le corps et le plaisir du fonctionnement du moi éprouvé dans l’activité suppose que ni l’excitation ni l’angoisse ne soient excessives ; Le jeu de l’enfant est précaire dans cet espace entre le subjectif (proche de l’hallucinatoire) et l’objectivement ».[7]

 

            Le jeu a aussi une portée symbolique chez ces enfants car le jeu est moyen de communiquer leur mal-être, leur vécu, leurs émotions. A travers la psychothérapie élaborée par Anzieu, on peut voir dans la relation du jeune et le jeu un «  processus de symbolisation » [8][…]  « Le symbole n’existe qu’en l’absence de l’objet lui-même qui est représenté, privé de ses caractères propres ».[9]

      

            Après avoir vu le jeu comme un élément fédérateur du psychisme de l’enfant, le jeu passe aussi par le rapport avec l’autre, et qui apporte donc obligatoirement une socialisation.

 

       B. La socialisation chez l’enfant ayant des troubles de la personnalité et du comportement

 

            Chez ces enfants, la socialisation n’est pas facilement intégrée car se joue des pathologies pouvant empêcher l’enfant d’entrer en contact avec l’autre. Je pourrai nommer par exemple l’impulsivité et la tendance à la frustration,  à la moindre contrariété. Cela peut entraîner donc une coupure de relation avec l’autre. L’enfant s’inhibe ou s’isole dans un coin comme c’est le cas pour les enfants avec des troubles autistiques et psychotiques. Cela est valable même pour les enfants qui n’ont pas ces pathologies mais qui ont des gestes répétitives, obsessionnels. La socialisation chez ces enfants passe aussi par la relation à long terme.

Les enfants qui ont des troubles du comportement ont du mal à intégrer les règles dans sa totalité. Car ils doivent gérer leurs pulsions tel que le vol, le mensonge ou bien l’agressivité.

A travers leurs actes, ils déforment la réalité et se mettent en marge du groupe.

Selon Marcelli[10], L’intolérance à la frustration qu’on retrouve chez ces enfants est parfois due à des relations artificielles entre les parents, puis à une désacralisation de l’autorité paternelle, et où les modes d’interactions familiales se sont organisés sur le chantage.

       « Pour se défendre contre l’agressivité primaire ressentie comme dangereuse et mortifère, le sujet psychotique morcelle, clive, et projette ses affects environnants : aussi par clivage et identification projective, les objets environnants perdent leurs caractéristiques propres, deviennent persécuteurs et dangereux. » [11] A travers ces propos de Klein, l’enfant psychotique agirait envers les adultes comme des objets mauvais ou bon. Il agit de manière extrême sans prendre de distance avec ses affects.

Chez l’enfant, la relation avec l’autre peut être une source d’angoisse face à l’inconnu, à l’imprévisible. L’enfant, s’il ne gère pas son angoisse, est submergé par ses représentations morbides. Sa crise d’angoisse se manifeste parfois par des passages à l’acte.

« On doit prendre en considération l’importance des schèmes d’interaction souvent déviante, précocement intériorisés : carence affective ou éducative, grave déficience socio-économique », profonde instabilité familiale, se retrouvent constamment. En effet, l’externalisation des conflits, mode réactionnel privilégié du sujet dit «  caractériel » n’est souvent que la reprise par ce sujet d’interaction habituelle de son entourage. » [12]

En clair, l’enfant imite la réaction de ses proches face aux évènements.

Pour que l’enfant puisse respecter les règles en générale, il faut qu’il puisse avant tout se connaître et respecter ses propres valeurs.

 

( Chapitre suivant:  » Au chevet de l’enfant »)


[1]  MARCELLI.D, op.cit, p.207 -208

[2]  MARCELLI.D, ibid, p.208

[3]  MARCELLI.D, ibid, p.208

[4]  Winnicott in MARCELLI.D, ibid, p.211

[5]  Winnicott in MARCELLI.D, ibid, p.211

[6]  MARCELLI.D, ibid, p.211

[7]  Kurts.N in HOUZEL.D (sous la direction), « Dictionnaire de psychopathologie de l’enfant et de l’adolescent », PUF, Paris, 2000, p. 380

[8] ANZIEU.A, « Le jeu en psychothérapie de l’enfant », éditions Dunod, Paris, 2000, 157

[9] ANZIEU.A, ibid, p.170

[10]  MARCELLI.D, op.cit, p.222

[11]  Klein in MARCELLI.D ibid, p. 317

[12]  MARCELLI.D, ibid, p.413

 

 

Extrait de mon mémoire:  » Viens… Laisse moi jouer »

La socialisation chez l’enfant

L’enfant, dès son plus jeune âge, assimile les normes, les valeurs au sein de la famille, l’école et la société. C’est par les expériences et les contacts extérieurs qu’il établit sa propre identité, en se forgeant une personnalité à partir de l’intériorisation des valeurs et des normes. Tout au long de son enfance, le sujet se construit tout en ayant un regard critique sur son environnement. L’environnement familial, scolaire et social le modèle en tant que personne singulière. Chaque enfant évolue en fonction de ce qu’il a vécu, assimilé, appris, réfléchi par rapport à soi-même et au monde extérieur.

«  Piaget considère que l’enfant n’accède à des comportement sociaux que s’il est capable de se décentrer, de se séparer d’autrui et d’établir des relations de réciprocité. »[1]

«  La socialisation est le plus souvent définie, à la suite de Durkheim,[…] comme le processus par lequel la société impose à l’enfant ses règles et ses normes. A partir d’un apprentissage, implicite ou explicite, il doit intérioriser les manières de faire et de penser, les idéaux et les pratiques, les croyances et les rituels conformes à ses milieux de vie et à ses groupes d’appartenance. Il doit intégrer ces données sociales et culturelles à la structure de la personnalité, à l’occasion d’expériences éducatives et grâce à la médiation des agents sociaux significatifs, les parents et surtout les maîtres. »[2]   

La socialisation se fait à long terme puisqu’il y a un processus d’apprentissage des normes, des valeurs par l’enfant. L’enfant est, par nature, influencé par son environnement. Cette assimilation des règles, des normes est assez complexe car elle peut être totalement différente selon les cultures. L’enfant peut être induit par des normes de l’école alors que les valeurs de la famille ne sont pas les mêmes.

 

« Les lieux de première socialisation, à savoir la famille, la crèche, l’école maternelle, peuvent être envisagés comme milieu, ensembles plus ou moins durables des circonstances ou se poursuivent des existences individuelles (Wallon, 1954)».[3]

La première socialisation de l’enfant est le contact avec sa mère. Bowlby (1957, 1958) explique le lien entre le nouveau-né et sa mère avec le concept de l’attachement. « L’attachement se fait à partir d’un certain nombre de réponse instinctuelle relativement indépendantes les unes les autres (sucer, tendre les bras, suivre, crier, sourire) mais qui deviennent normalement intégrées et focalisées sur une figure singulière, la figure maternelle ; il se présente comme une réaction homéostatique contrôlée par des facteurs d’activation (fatigue, douleur, anxiété chez le bébé) et des facteurs d’arrêt (présence visuelle ou auditive). »[4]

       Se jouent ensuite des interactions entre le nouveau-né et le père. Le père a sa place car il devient une tierce personne dans la relation mère-enfant.

       La première année à la crèche est une découverte de la relation aux autres qui ont le même âge. Cela permet au jeune enfant d’expérimenter des contacts au même niveau, à égalité.

«  La première année est occupée à la construction progressive des éléments constitutifs des interactions sociales : l’édification d’un répertoire de conduites sociales, la prise de conscience, la prise de conscience du pair comme émetteur et destinataire potentiel de conduites sociales et la découverte de la dépendance mutuelle entre les actions des partenaires. ».[5]

       Bolliet et Schmitt reprennent la définition de Mead concernant la socialisation : « La socialisation implique la compréhension d’autrui qui met en jeu la faculté de communication et la faculté symbolique des hommes, notamment à travers le langage. Elle implique la faculté- non spontané- de donner une place à autrui dons son univers mental. La socialisation va donc passer par trois moments forts qui mettent en relief l’importance de la socialisation dans l’enfance :

  . »Dans la prime enfance » : Mead explique que la socialisation se situe dans les apprentissages et l’imitation des autres.

. « Dans l’enfance », l’importance du jeu avec ses règles permet à l’enfant de progresser vers l’abstraction.

. «  La dernière étape : l’individu est formaté comme être social. Le processus de socialisation s’achève par l’appropriation subjective de l’esprit. »[6]

 

Suite à ces généralisations sur le jeu et la socialisation, j’étudierai plus précisément ces domaines chez l’enfant ayant des troubles de la personnalité et du comportement.


[1]  MALEWSKA-PEYRE.H, TAP.P,  (sous la direction), « La socialisation de l’enfance à l’adolescence », PUF, Paris, 1991, p.12

[2]  MALEWSKA-PEYRE.H, TAP.P, (sous la direction), ibid, p.50

[3]  Wallon in MALEWSKA-PEYRE.H, TAP.P,  (sous la direction), ibid. p.75

[4]  BOLWBY in MALEWSKA-PEYRE.H, TAP.P, (sous la direction), ibid p.76

[5]  MALEWSKA-PEYRE.H, TAP.P, (sous la direction), ibid. p.85

[6]  Mead in BOLLIET.P, SCHMITT, op.cit, p.28

 

 

Extrait de mon mémoire:  » Viens… Laisse moi jouer! »

Une certaine confidence

Aujourd’hui, j’ai fumé une clope.

    Pourtant, je ne suis pas fumeur.

       Un principe que j’avais se meurt.

           J’ai savouré comme un cyclope.

            Une étrange sensation m’avait pris

             Alors que ça devait me brûler.

               Je me sentais plus apaisé, surpris.

                  Une brume se formait puis s’en allait.

                      Aujourd’hui, j’ai bu de la bière

               Alors que je n’aime pas ce qui est amère.

           Mes interdits ont volé en mille étoiles.

          Une magique liberté se dévoile

             Dans mes pensées profondes

                Toutes légères, bien fumeuses.

                    Ma conscience devient une rameuse

                           Car elle ne me comprend plus du tout.


                               Alors j’ai enchainé comme un chaud matou.

                                               Aujourd’hui, je me suis drogué.

                                                               Vertigineuse folir

                                          Jusqu’à la lie.


                                                      Je suis parti voguer


                                                   Faire un étrange voyage

                                               Loin de toute rage.        


                                                               Ma vie est une héroïne


                                               Avec ma coque vidée de neurones.


                                                               Je deviens un drone.


                                               Je chante comme une égoïne.


                                 Complètement shooté.

 


 

Je retire mes doigts du clavier.

Je relis ce que j’ai écrit.                               

Je souris car tout est évidemment faux.

C’était juste pour le plaisir d’écrire.                      

          &
nbsp;                                                                                  

 

Est-ce que cela vaut la peine?

Aux fachos, aux intégristes, aux antisémites, aux racistes, aux cons tout simplement.

Est-ce que cela vaut la peine de crier sa colère par la violence des mots, par les provocations ?

Est-ce que cela vaut la peine d’injurier ceux qui nous gouvernent et contre ceux avec qui on n’est pas d’accord ?

Est-ce cela vaut le coup d’hurler aux loups quand l’autre partie ignore, se braque, condamne ?

Est-ce qu’on ne se trompe pas de colère en accusant les juifs ? Laissons les tranquille et faisons la part des choses.  Les musulmans ? Arrêtons de mettre tout le monde dans le même sac.

Mais où allez-vous donc en vous radicalisant dans vos discours, dans vos idées bien raccourcis ?

Est-ce que ça fait avancer quelque chose en tirant sur tout ce qui ne nous plait pas, sur ce qui nous fait peur ?

Réfléchissez. Vous valez mieux que vos haines. Vous valez mieux que les amertumes et hontes qui vous rongent de l’intérieur. Ne devenez pas des sauvages ignorants et bêtes, ne pensant qu’à leurs soucis, leurs problèmes.

Plus vous allez gueuler, hurler, cracher vos maux en déshumanisant l’autre, plus vous vous mettez à l’écart. Vous devenez malheureusement un poison qui contamine la société qu’il nous faut guérir. Ne soyez plus ce venin. Vous valez mieux que des parasites.

Vu ce qui s’est passé hier à Paris, j’ai honte. A travers vos actes et vos paroles, vous êtes devenus encore plus abjectes. Et pourtant, vous valez plus que ça. Cela ne vaut pas la peine d’être con. Vous n’avez peut-être pas hélas conscience de cet état de fait.

Est-ce que cela a un sens de haïr l’étranger ? De haïr ceux qui sont différents ? De haïr ceux qui pratiquent une certaine religion ?

C’est quand même con de se prendre la tête et de rester sourds. Ouvrez vos cœurs et vos yeux. Je suis certain que vous ne serez pas déçus du voyage même si au début cela peut paraitre déconcertant, déroutant.  

Arrêtez d’être butés. Mettez vos énergies dans des causes qui en valent la peine, sur des sujets vraiment réfléchis et qui ont du sens. Soyez source de propositions qui peuvent faire avancer, changer pour une société plus juste, plus humaine.

Venez apprendre un peu de douceur et de la finesse, en toute franchise et sincérité.

Je sais ce que c’est de galérer, d’être au chômage, d’être exclu par certains groupes,  mais cela ne m’amène pas à couver ma colère en permanence et à chercher la vengeance. J’ai préféré et je préfère toujours trouver des solutions de dialogue, de trouver des alternatives pour être reconnu à ma juste place et de voir l’autre comme un ami, un frère et non comme un ennemi. Je n’attends pas tout de la société mais je ne fais rien tout seul non plus. Tout est dans la mesure, dans une recherche d’équilibre entre la collectivité et l’individualisme. C’est un autre combat permanent mais, pour ma part, cela en vaut la peine.   

 

Alors, je vous souhaite de vous battre pour des causes réfléchies, qui en valent la peine et qui peuvent apporter du sens.

Penser autrement ?

Rien  que de lire l’actualité, les commentaires, m’informer sur ce que décide le gouvernement, j’ai l’impression que nous ne pouvons pas penser autrement, sous peine d’être taxés d’intégristes, de rétrogrades, d’être mis à la marge. N’y a-t-il pas une juste mesure à trouver pour que chacun puisse agir selon sa conscience, selon ses valeurs ?


      Je voudrais dénoncer le gouvernement de vouloir imposer sa doctrine qui est celle de mettre tout à égalité aux niveaux des droits, de niveler les différences. Est-ce un crime de prendre du recul sur une décision importante tel que l’avortement. Ce que je comprends, c’est que l’avortement est banalisé comme si c’était un acte médical tout simple pour enlever un parasite du corps de la femme. J’entends très bien les femmes le désir d’avoir un bébé quand elles veulent. Ne faudrait-il pas se responsabiliser en amont avec les histoires de contraception, de responsabiliser aussi l’homme ? C’est vrai que je suis mal placé pour en parler mais cela me met en colère que de savoir qu’il y a des femmes qui avortent facilement alors que d’autres femmes galèrent pour avoir un bébé. Où est-elle l’égalité ? Où est l’égalité avec l’homme en permettant un avortement banalisé ?

          Puis-je penser autrement ? Penser que nous pouvons agir d’une autre manière pour réduire les inégalités, surtout les inégalités entre les riches et les pauvres. Facile de s’occuper de minimiser les différences entre l’homme et la femme. Les effets sont plus visibles et rapides.

         En fait, je suis fier de penser autrement, de ne pas être dans la norme. C’est ce qui me distingue. Se détacher de la norme ne veut pas forcément dire refuser complètement le courant et défier la Loi. Il est facile d’être un mouton face à la surenchère de la consommation et aux violences verbales racistes et antisémites. Facile d’être dans la provocation. C’est fuir la réalité et de ne pas oser être vraiment soi, de ne pas oser canaliser ses pulsions sous peur d’être traité de marginale.  

Pourrais-je utiliser une métaphore par rapport à l’action du gouvernement ? Il essaie de panser des petites piqûres aux genoux de Marianne alors que des plaies béantes s’infectent au cœur et au cerveau.


En écrivant ce billet d’humeur, je repense à la chanson de Brassens : «  La mauvaise réputation ». Elle est toujours d’actualité.

Pourquoi pas être à l’écart ?

Mais pitié pas au placard.

Etre à l’écart ? Cela peut nous aider à prendre de la distance face aux discours, de pouvoir mettre du sens et se forger des idées qui nous semblent le juste possible.

Je souhaite à chacun d’être cohérent avec ses pensées, ses valeurs et ses actes. Puis un bon courage si certains d’entre-vous ont l’impression d’être dans les marges. En fait ? Dans les marges, nous pouvons avoir une meilleure vue sur le monde qu’en plein milieu de la foule qui s’agite.

Nous pouvons penser autrement et de ne pas mettre à l’index ceux qui pensent le contraire.

 

 

 

Vivre l’absence

Vivre l’absence.

C’est essayer de mettre du sens

Sur une présence

Invisible

Mais sensible.

Ses souvenirs nous rassurent.

Nous lâchons des murmures

Des notes de mots discrètes.

Il nous semble reconnaitre sa silhouette,

Sa voix qui chante vers l’au-delà.

Il continue à mettre le La

Sur notre chemin de mortel

Avec ses compagnons du ciel.

Il nous a appris à ne pas courber le dos

A persévérer, à toujours y croire malgré le fardeau.

Que du Sol, nous nous élevons vers une harmonie

Au-delà de la douleur, vers le divin Si.

Nous aurons quelques bémols.

Je ne voudrais pas être un fol

Mais continuons à battre la mesure

Et que nos absents nous assurent

Du rythme de nos vies, de nos rêves.

Alors merci cher ami, que sans trêve

Ta musique continue à nous enchanter

A jamais, pour l’éternité.

 


De la colère

Tu aimerais bien lui claquer la porte au nez à celui qui t’a manqué de respect. Pire. Ton collègue a trahi ta confiance. Tu te retiens. Tu respires profondément. Tu lui dis, de façon faussement posé : «  On en reparlera, j’ai du travail ».  Tu te mets devant ton ordi. Mais impossible de se concentrer. Tu bouillonnes. Tu refais le film dans ta tête. Tu te remémores des faits qui auraient l’amener à te trahir. Non, ça ne se fait pas de se mettre en colère. Cela ne vaut pas la peine. Tu te le redis encore une fois mais rien à faire. T’as l’impression que tu vas exploser. Une angoisse te prend aux poumons. Tu te lèves et va aux toilettes. Rafraichissement. Regard à travers le miroir. Je ne suis pas beau, dis-tu. Tu imagines que tu vas le voir. Que tu te vois lui foutre un coup de boule et que son nez éclate en mille morceaux. Non, non, Boris, calme-toi. J’assure. Je respire. Tu fermes les yeux et prends ton inspiration. Une inspiration profonde. Ta tête devient de plus en plus pleine. Cela devient une obsession. Heureusement, ta journée est finie et ton travail attendra demain. Tu prends le métro, les yeux remplis de colère. Tu ignores ceux qui t’entourent. Tu arrives enfin à ton appart. La tension est montée d’un cran. Tu balances ton sac à travers à le salon, et se fracasse contre la lampe. Cette dernière chute et se brise. Mais quel con je suis ! Tu pars à la cuisine et récupères trois vieilles assiettes. Tu les balances par terre. Explosion de porcelaine usée. Tu te déshabilles et te mets en tenue de sport. Tu pars faire du footing avec de la musique à fond dans les oreilles. C’est vraiment dommage que je sois dans cet état. J’ai pourtant passé une très bonne semaine. Tu te défoules en prenant de la distance sur ce que tu as vécu avant l’incident puis pendant.

 

Ce Boris peut-être chacun de nous. Nous pouvons être en proie à des colères qui nous dépassent. Même des colères qui surgissent sans qu’on comprenne lié à un élément déclencheur.

Il n’y pas de honte d’être en colère et de pouvoir exprimer sa colère. Même si l’on est bien, ça n’empêche pas. Il est nécessaire de laisser exprimer sa colère à travers les moyens qu’on peut avoir. S’exprimer par le sport, par la parole, par des actions concrètes comme taper dans un coussin, casser des vieilles assiettes.

Y a des colères qui peut empoisonner toute une vie, empoisonner des relations.

Il n’y a pas de colères sans raison, enfin, il me semble.

Colère à cause d’une injustice, d’une trahison, d’une humiliation etc.

Savoir prendre de la distance grâce à un tiers, mettre des mots.

Ne restez jamais seul avec votre colère. Je pourrais oser dire qu’il vaut mieux ne pas rester seul à gamberger dans ses émotions fortes. Nous avons tous besoin de soupapes.

 

 

Les luttes verbales

Que c’est douloureux d’être confronté aux luttes verbales,
Quand la fraternité et la solidarité sont mis à mal.
Comme le chemin est long, glissant, cher
Face à la société qui bouscule les repères.
Il faut continuer à persévérer et à y croire,
Croire en nos valeurs basant sur nos espoirs
D’une multitudes de visages épanouies,
Ancrés dans les réalités difficiles ou inouïes.
Ne fermons pas nos coeurs, ni nos oreilles

Pour ne pas être atteint par la haine sans pareil.
Ne baissez pas les bras, ne vous crispez pas.
Ne renoncez pas à ce que vous êtes, pas à pas.
Courage, même si votre prochain ne répond guère
A vos attentes, à vos idéaux. Vivez sans guerre. 
Oui, le chemin est dur mais il en vaut la peine.

 

 

 

 


 

Ecrit en 2012

Impressions après Noèl

Soleil couchant rasant les toits du village et des collines alentours.

Silence suspendu au rythme des tracteurs et des promeneurs du jour.

Sonné par le brouhaha de la fête, on s’exile pour un instant d’éternité.

Chaque pas nous emmène sur des ondes de songes vers la liberté.

Retrouvailles. Puis solitude éphémère pour un juste équilibre,

Pour se préserver, souffler et revenir dans une foule qui vibre,

Et nous emporte malgré tout dans une certaine frénésie superficielle.

J’aime prendre le temps de respirer loin du brouhaha, sous un ciel

Qui se pare de mémoires lumineuses de nos ancêtres. Se souvenir.

Temps de pause pour remettre du sens dans ce que l’on vit. Sourire.

J’entends des éclats de rire. Ils m’appellent. Inspiration profonde.

Je repars disponible, serein, prêt à accueillir ce qui advient.

J’aime prendre le temps d’observer, agir sur tout ce qui vient

Pour rendre service, et être vrai au maximum. Rien ne se fonde

Dans l’hypocrisie, l’orgueil, le mensonge, l’absence d’écoute.

Rien n’est jamais facile mais je désire persévérer, partager

Ce qui me tient à cœur, sans renier mes valeurs, malgré des déroutes.

Je reconnais que c’est parfois fatiguant, usant de vouloir garder ses marques.

Mais le jeu en vaut la chandelle de rester soi en étant tourné vers les autres.